moi il y a un an



A Paris, le 25 mai 2018







1. La géométrie d’Euclide.

En 1838, dans un livre intitulé Recherche sur les principes mathématiques de la théorie des richesses , Antoine Augustin Cournot a expliqué, à l'aide d'une mathématique (à savoir la "géométrie euclidienne"), deux relations supposées exister entre une quantité de marchandises et un prix en monnaie de la marchandise.
L'une est la loi d'offre qui varie dans le sens du prix, l'autre, la loi de demande qui varie en sens contraire.

L'idée a fait florès avec la déduction de ces lois qu'a été la notion de "marché" que certains ont identifiée malencontreusement à un lieu...
Le marché est un concept, rien d'autre.

Dans le langage commun, la "bourse des valeurs" est, certes, un lieu que beaucoup prennent pour synonyme ou représentatif du marché.
Mais, avant d'être telle, la "bourse des valeurs" n'est qu'une organisation, un "marché organisé", bref une firme bien délimitée dans l'espace, dont un des produits est de permettre aux gens d'échanger des valeurs. 

De ce point de vue, firme et marché font deux.


2. La « courbe de préférence pour la liquidité ».

Près d'un siècle plus tard, en 1936, John Maynard Keynes a introduit la notion de "préférence pour la liquidité" dans son ouvrage intitulé Théorie de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie, comme une relation, une courbe supposée exister entre la "quantité de liquidité" et le "taux d'intérêt".

William Hutt (1956) s'est intéressé dans le chapitre d'un livre sur ce que pouvait bien vouloir dire le mot "liquidité" (1)
(1) Hutt, W.H. (1956) “The Yield from Money Held”, dans Sennholz, M. ed., On Freedom and Free Enterprise: Essays in Honor of Ludwig von Mises, Mises Institute.

Le mot "liquidité" remplaçait, certes, d'autres "mauvais" mots du type "monnaie naturelle ou artificielle", "bonne ou mauvaise monnaie", "vraie ou fausse monnaie", "monnaie saine ou insane", "monnaie forte ou faible", etc.

Mais il faisait dériver la théorie économique vers des lieux d'ignorance d'où elle ne sortira plus jamais, au moins jusqu'à présent...


3. La courbe « LM ».

Bien avant un texte de 1962 cherchant à cerner ce que pouvait bien vouloir dire le mot "liquidité", John Hicks (dans un article de 1937) avait proposé une représentation de géométrie euclidienne de la relation de Keynes pour en rendre compte.

Et elle a fait flores, elle aussi, via la trop fameuse courbe "LM" qui s'en déduit et caractérise le "marché de la monnaie" dans le plan géométrique "revenu national"-"taux d'intérêt" où les hommes de l'état peuvent fixer la quantité de monnaie au niveau qu'ils jugent bon...

Aujourd'hui, les premières années, les étudiants d'économie politique doivent la supporter et s'en accommoder.


La théorie monétariste qui a été développée dans les décennies 1950-1980 "contre la théorie keynésienne", n'a jamais été qu'une combinaison modifiée de la Théorie du pouvoir d'achat de la monnaie d'Irving Fisher (1911) et de la théorie de Keynes (cf. ce billet de mai 2015).

Elle a tendu a expliquer précisément la loi de demande de monnaie par le taux d'intérêt (voire la structure des taux d'intérêt).


Reste que rien n’a jamais justifié de mettre en relation ce qu'on dénomme "monnaie" et "taux d'intérêt " sinon la "théorie de la sélection de portefeuille" et une situation économique extrême où la monnaie est prise à tort pour un "actif" (cf. Claassen, 1970).

Par définition de ce qu'il est, ce qu'on dénomme abusivement "monnaie" aujourd'hui n' a rien à voir avec le temps ou la durée, mais tout avec le coût des échanges de marchandises entre les gens.



4. Les mêmes idées fausses.

A son invention, la "quantité de liquidité" de  la "courbe de préférence pour la liquidité" a été envisagée comme une composante de la demande de monnaie, notion récente alors de la théorie économique.

Mais la "liquidité" est en vérité une façon de parler des "créances/dettes" tout comme s'y appliquait le mot "devise" auparavant (cf. The Theory of foreign exchange de Lord Goschen de 1863). 


La monnaie n’a rien à voir avec les notions de « temps » ou de « durée » que cachent les "créances/dettes" et autres devises.

Elle a, au contraire, tout à voir avec celle d'"intermédiaire des échanges" comme l’avait expliqué Jean Baptiste Say (par exemple dans cet ouvrage de 1815).

La monnaie est, en effet, l'invention humaine qui a permis de contribuer à amoindrir le coût des échanges de marchandises.

Malheureusement, au prétexte de protéger contre les malfaisants les gens qui se servaient des premières monnaies, les hommes de l'état se sont donnés le privilège de monopole de la production et ont obligé à les accepter.

On sait la suite...
Le coût des échanges a été amoindri mais moins que ce qui aurait pu se faire à cause des malversations des hommes de l'état.

Aujourd'hui, avec les "cybermonnaies", le processus est exactement le même, on retrouve le processus d'hier.

On agite le vol possible des Bitcoin, des Ethereum, etc. et de leur plate-forme ici ou là par on ne sait qui, plutôt que de se satisfaire de cette nouvelle invention qui amoindrit encore un peu le coût des échanges.

Et, bien évidemment, les hommes de l'état s'en inquiètent avant que...
Exemplaire est un propos récent du "ministre de la culture" du gouvernement en place (cf. le billet).


On peut dénommer "chat" un chien, mais le chat et le chien font deux, tout comme la "monnaie" et la "liquidité".




Retour au sommaire.