Paris, le 16 novembre 2017.









Au XXème siècle, les savants de la "science de l'information", science nouvelle, ont développé, comme il fallait s'y attendre, des notions et des mots nouveaux.

Mais l'application des théories de leur science à ce qu'on avait dénommé "monnaie" dans le passé de l'économie politique, a fait apparaître, à l'occasion, leur ignorance de la notion de "monnaie".


1. L'ignorance de la "monnaie".

Tout se passe comme s'ils considéraient que les hommes de l'état avaient été les inventeurs de la monnaie.

La monnaie ne saurait avoir pourtant un tel point de départ (cf. ce billet d'aout 2014).

a. Les échanges de marchandises.

Pour comprendre son apparition et son existence, il faut la lier à l'échange de marchandises, à ses paiements (notion juridique) ou à ses "marchés conclus" (notion économique) que nous effectuons à chaque instant (cf. en particulier ce billet de novembre 2016).

Sans échange de marchandises, il n'y a pas de monnaie.

Avec échange de type "troc" (bilatéral ou synallagmatique), il y a des "prix relatifs" des marchandises dont nous convenons.

Avec échange d'un type autre que le troc, a émergé, d'abord, le plus souvent, un problème du coût.
Il cachait que le troc ne pouvait avoir lieu et qu'un autre type devait être inventé pour y remédier et être mené.

Dans le passé, les gens ont ainsi inventé progressivement ce qu'est devenu ce qu'on a dénommé "monnaie", mot donné à l'intermédiaire des échanges par excellence (cf. ce billet d'octobre 2016).

b. Les hommes de l'état.

Mais , dans la foulée, au prétexte de protéger les gens contre les contrefacteurs de la monnaie, les hommes de l'état se sont réservés la fabrication de la monnaie - analogique -, d'abord des pièces  de monnaie, puis à partir du XIXème siècle, les billets de banque et, en partie, les comptes bancaires.

Rappelons (cf. ce billet d'août 2013) qu'étant donné l’avenir attendu avec incertitude et ce qu'il pouvait représenter aux yeux des gens, l'Etat – hypostase à définir d’une façon ou d’une autre - a fait valoir qu'il était garant de la monnaie et qu’il avait les capacités de faire respecter la garantie.

Comme pour mieux asseoir la garantie, il a interdit la concurrence des pièces de monnaie et donné un privilège de production de pièces de monnaie à un organisme : en France, ce sera l' « administration des monnaies et médailles ».

Selon Vilfredo Pareto :

… « Au Moyen-âge, les rois et les seigneurs furent très jaloux de leur privilège de battre monnaie, et ils en tiraient de bons revenus. » (Pareto, 1896-97, §379).


Parallèlement, l’Etat obligea les gens à effectuer les paiements en la monnaie pour leurs échanges de marchandises.

Et ils n'ont pas hésité à prendre la place des contrefacteurs privés contre quoi ils voulaient protéger (cf. billet de février 2016).

Du contrefacteur privé à qui on pouvait demander des comptes, on est passé en droit au contrefacteur public à qui aucun compte ne pouvait l'être.

Frappe, taille, titre du métal, aloi de l'alliage des métaux, le monopole de production n'en faisait qu'à sa tête.
Bien plus, les variations de quantité de métal à quoi sa gestion donnait lieu amenèrent des « économistes » à mettre le doigt sur ce qu'on dénomma « inflation » ou « déflation ».

« A notre époque [on est donc en 1896-97], dans tous les pays civilisés, le monnayage est réservé aux gouvernements.
Un très petit nombre de ceux-ci use de ce droit seulement pour garantir l'intégrité de la circulation monétaire.
Le plus grand nombre abuse du droit de monnayage pour émettre du papier-monnaie, et inflige, par là, de grands maux aux populations. » (ibid.)


Les gens devenaient ainsi les dindons de la contrefaçon étatique ou réglementaire en matière de monnayage...
Et en raison de cette contrefaçon, l'Etat vit ses recettes s'accroître.
Les recettes de seigneuriage abondèrent ses recettes fiscales.

Mais des économistes du genre Rogoff (cf. le texte) les soutiennent...

Oubliant tout cela, nos savants de l’information croient ainsi que les hommes de l'état sont les créateurs de la monnaie.
Honte à eux

Pour sa part, Say en 1815 avait insisté sur le fait que :

"Ce n’est donc pas le gouvernement qui fixe la valeur des monnaies ?

Non ;
le gouvernement peut bien ordonner qu’une pièce de monnaie s’appellera un franc, cinq francs, mais il ne peut pas déterminer ce qu’un marchand vous donnera de marchandise pour un franc, pour cinq francs.

Or, vous savez que la valeur d’une chose se mesure par la quantité de toute autre chose que l’on consent communément à donner pour en obtenir la possession." (Say, 1815)



2. Domaine de l'information.


Autant "bit" est le mot d'une notion ancienne du domaine de l'information, autant "bitcoin" et "blockchain" sont récents et certains savants ou commentateurs les font émerger en 2009.

Depuis 2009, "bitcoin" et "blockchain" ont permis d'approfondir ce qu'on dénommait auparavant la "monnaie électronique" (cf. ce billet de 1999 ou celui-ci de juillet 2017).

a. "Bitcoin".

D'un point de vue "numérique" et non plus "analogique" qu'il n'est pas, le "bitcoin" a pour traduction en français, "pièce de monnaie", "pièce d’intermédiaire des échanges" d'une unité de l’ère numérique comparable à une pièce de monnaie d'une unité de l’ère analogique, fût-elle dénommée napoléon, franc, dollar, livre, etc.; euro...

b. "Blockchain"

La "blockchain" est un mot anglais qu'on peut traduire en français par "chaîne des marchés conclus passés" (CMCP).
Le mot désigne, plus précisément, une technique de production spécifique qui regroupe, "enregistre" tous les échanges de marchandises passés en bitcoins (en "pièces de monnaie numérique") depuis que l'unité numérique existe.

Bref, c'est un vaste registre décentralisé et distribué de marchandises que tout un chacun peut connaître, qui préserve l’anonymat des opérateurs de bitcoin et qui s'auto-protège contre les attaques.

c. Les faits.

La plupart des explications sur l'importance de la CMCP en économie politique commencent ainsi avec le bitcoin et l'histoire de la monnaie.

Elles font apparaître que le bitcoin a permis de résoudre la question de la contrefaçon de la monnaie contre quoi les hommes de l'état prétendaient protéger.

Reste la fausse raison que, depuis le XXème siècle, les hommes de l'état mènent des politiques monétaires pour améliorer l'activité économique.

Mais la monnaie numérique n'est que le premier cas d'utilisation de la CMCP.

La CMCP complète la chaîne des actions humaines qui veut que, depuis au moins Jean-Baptiste Say (1815), des économistes aient compris qu’on offre des marchandises pour pouvoir en demander… et non pas le contraire comme l’assènent néanmoins, malgré tout, d’autres économistes et les conseils qu’ils donnent aux politiques, de façon absurde.

Cette seconde chaîne, préalable à la première, cache des coûts :
- coût de la situation de chacun que celui-ci essaie d’amoindrir,
- coût de l’acte d’échange qui vise à l’amoindrissement et
- coût des intermédiaires des échanges (au nombre de quoi des entrepreneurs, des entremetteurs, la monnaie, etc.).

Alors qu’elle est "ouverte", la CMCP est "fermée".


3. Technologie révolutionnaire

Il peut sembler étrange qu'un registre qui n’est jamais qu’un document terne et pratique associé principalement à la comptabilité générale, cœur de la CMCP, soit décrit comme une technologie révolutionnaire.

Mais si la CMCP importe, c'est parce que les registres importent.

a. Les registres.

Les registres sont partout aujourd'hui.
Ils font plus que simplement enregistrer les échanges comptables.

Un registre se compose simplement de données structurées par des règles.
Chaque fois que nous avons besoin d'un consensus sur des faits, nous utilisons un registre.

Les registres enregistrent les faits qui sous-tendent l'économie moderne.

Ils confirment la propriété.

Les registres des titres de propriété indiquent à qui appartient quoi et si les terres sont sujettes à des restrictions ou à des charges.

L'entreprise est un registre en tant que réseau de relations de propriété, d'emploi et de production visant un but.

Un club est un registre qui structure "qui" en profite et "qui" n'en profite pas

Les registres confirment l'identité.

Les entreprises ont des identités enregistrées sur des registres du gouvernement pour suivre leur existence et leur statut en vertu des lois fiscales.

Le registre des naissances, des décès et des mariages enregistre l'existence d'individus à des moments clés et utilise cette information pour confirmer les identités lorsque ces individus interagissent avec le monde.

Les registres confirment le statut.

La citoyenneté est un registre, enregistrant qui a les droits et est soumis à des obligations en raison de l'adhésion nationale.

La liste électorale est un registre, permettant, voire obligeant ceux qui sont sur le registre à voter.

L'emploi n'est jamais qu'un registre donnant à ceux qui sont employés une demande contractuelle de paiement en échange d'un travail.

Les registres confirment l'autorité.

Les registres identifient "qui" peut valablement siéger au parlement, "qui" peut accéder à quel compte bancaire, "qui" peut travailler avec les enfants, "qui" peuvent entrer dans des zones réglementées.

À leur niveau le plus fondamental, les registres dressent la carte des relations économiques et sociales.

L'accord sur les faits et quand ils changent - c'est-à-dire, le consensus sur ce qui est dans le registre, et la confiance que le registre est exact - est l'une des bases fondamentales l'économie de marché actuelle.

b. Propriété, possession et registres.

Il convient de faire une distinction qui est cruciale ici  mais facile à manquer: propriété et possession font deux.

Prenez le cas des passeports.
Chaque nation revendique le droit de contrôler qui traverse ses frontières, et chaque nation maintient un registre de ses citoyens qui ont le droit de voyager.
Un passeport est un objet physique - appelons-le un "jeton" ou une "pièce" - qui renvoie à ce registre.

Dans le monde pré-numérique, la possession indiquait la propriété de ce droit.
Le registre des passeports se composait de fiches tenues par le gouvernement de l'état.
Les agents frontaliers présentés avec un passeport pouvaient supposer que le voyageur qui le détenait était inscrit sur un registre éloigné autorisé à voyager.
Certes, cela laissait le contrôle des frontières très exposé à la fraude.

La possession implique la propriété, mais la possession n'est pas la propriété.
Maintenant, les passeports modernes permettent aux autorités de confirmer la propriété directement.
Leurs caractéristiques numériques permettent aux compagnies aériennes et aux autorités d'immigration d'interroger la base de données des passeports nationaux et de déterminer si un passager est libre de voyager.
Les passeports sont un exemple relativement simple de la distinction.

c. Mais comme le bitcoin l'a montré: la monnaie est aussi un registre.

La possession d'une coupure de billet de banque indique la propriété.

Au XIXe siècle, le possesseur - «porteur» - d'un billet de banque avait le droit de tirer sur la banque émettrice la valeur du billet.
Ces billets étaient des engagements directs de la banque émettrice et étaient enregistrés dans le "grand livre" des banques.
Un régime de possession indiquant la propriété signifiait que les billets de banque étaient susceptibles d'être à la fois volés et falsifiés.

A notre époque de fausses "monnaies fiduciaires", une coupure de billet de cinq dollars ne peut pas être retournée à la banque centrale pour de l'or.

Mais la relation persiste - la valeur d'un billet dépend d'un consensus social sur la stabilité de la monnaie et le gouvernement qui l'a émis.

Les billets de banque ne sont pas une richesse, comme l'ont malheureusement appris dans le passé les gens, plus ou moins à tour de rôle.

Un billet est une demande sur une relation du registre (maintenant synthétique) et si cette relation s'effondre, la valeur de la loi s'effondre également.


4. L'évolution de la CMCP.

Malgré toute son importance, la technologie du registre n'a pratiquement pas changé ... jusqu'à aujourd'hui.

Les registres sont apparus à l'aube de la communication écrite.

Les registres et l'écriture se sont développés simultanément dans l'ancien Moyen-Orient pour enregistrer la production, le commerce et la dette.

Les tablettes d'argile cuites au four avec des écritures cunéiformes détaillaient les rations, les impôts, les ouvriers, etc.

La première "communauté" internationale a été organisée à travers un réseau structuré d'alliances qui fonctionnait comme un registre distribué.


En enregistrant à la fois les débits et les crédits, la comptabilité en partie double conservait les données dans plusieurs registres (redistribués ou répartis) et permettait la réconciliation des informations entre les registres.

Rappelons, par exemple, que: 

"Avant le bitcoin, le processus de gestion du registre de transaction était resté inchangé depuis que les Médicis avaient développé la comptabilité en partie double au 14ème siècle.
Le processus de comptabilité des Médicis obligeait les banques (dont la famille Médicis était la propriétaire) à tenir un registre des débits et des crédits détenus à la banque." (cf. https://www.forbes.com/sites/briankelly/2017/10/24/why-bitcoin-matters-more-than-blockchain/#473543b37ac5 ).


Le dix-neuvième siècle a vu une nouvelle avancée dans la technologie du registre avec la montée des grandes sociétés et des grandes bureaucraties.
Ces registres centralisés ont contribué à une augmentation spectaculaire de la taille et de la portée de l'organisation, mais reposaient entièrement sur la confiance dans les institutions centralisées.

À la fin du vingtième siècle, les registres sont passés des livres de comptes analogiques aux numériques.
Par exemple, les registres des passeports ont été numérisés et centralisés.

. Base de données.

Une base de données permet une distribution, un calcul, une analyse et un suivi plus compliqués.
Une base de données est calculable et consultable.

Mais une base de données repose toujours sur la confiance;
un registre numérisé est seulement aussi fiable que l'organisation qui le maintient (et les individus qu'elle emploie).

C'est ce problème que la CMCP résout.

La CMCP est un registre qui cache des échanges "pair à pair" qui ne sont pas sans rappeler les échanges de type "troc"...
Il est distribué sans dépendre d'une "autorité centrale de confiance" pour maintenir et valider le registre.


5. La CMCP et les institutions économiques.

La structure économique moderne a évolué pour servir ces registres.

Oliver Williamson a soutenu, après bien d'autres, que les gens produisaient et échangeaient sur les marchés, les entreprises ou les gouvernements en fonction des coûts de l'échange relatifs de chaque institution.

L'approche des coûts de l'échange de Williamson fournit une clé pour comprendre quelles institutions gèrent les registres et pourquoi.

Les gouvernements maintiennent des registres d'autorité, de privilège, de responsabilité et d'accès.

On aime à croire que les gouvernements sont l'entité de confiance qui conserve les bases de données sur la citoyenneté et le droit de voyager, les obligations fiscales, les droits à la sécurité sociale et la propriété.
Lorsqu'un registre exige une coercition pour être appliqué, le gouvernement est requis.

Les entreprises tiennent également des registres:
des livres de comptes exclusifs sur l'emploi et la responsabilité, la propriété et le déploiement du capital physique et humain, des fournisseurs et des clients, de la propriété intellectuelle et des privilèges d'entreprise.

Une entreprise est souvent décrite comme un «nœud de contrats».
Mais la valeur de l'entreprise vient de la façon dont le lien est ordonné et structuré - l'entreprise est en fait un registre des contrats et du capital.

Les entreprises et les gouvernements peuvent utiliser des CMCP pour rendre leur travail plus efficace et plus fiable.

Les entreprises multinationales et les réseaux d'entreprises ont besoin de réconcilier les échanges à l'échelle mondiale et les CMCP peuvent leur permettre de le faire presque instantanément.

Les gouvernements peuvent utiliser l'immutabilité de la CMCP pour garantir que les titres de propriété et les documents d'identité sont exacts et non codés.
Des règles d'autorisation bien conçues sur les applications de la CMCP peuvent donner aux citoyens et aux consommateurs plus de contrôle sur leurs données.

Mais les CMCP sont également en concurrence avec les entreprises et les gouvernements.


6. La technologie institutionnelle.

La CMCP est une technologie institutionnelle.
C'est une nouvelle façon de maintenir un registre - c'est-à-dire de coordonner l'activité économique - distinct des entreprises et des gouvernements.

Les CMCP peuvent être utilisées par les entreprises, mais elles peuvent aussi remplacer les entreprises.

Un registre des contrats et des capitaux peut maintenant être décentralisé et distribué d'une manière qu'ils ne pouvaient pas connaître auparavant.

Les registres de l'identité, de la permission, du privilège et du droit peuvent être maintenus et appliqués sans le soutien du gouvernement.


7. La cryptoéconomie institutionnelle

Et c'est ce que la cryptoéconomie institutionnelle étudie : les conséquences institutionnelles des registres cryptographiquement sécurisés et sans se préoccuper de la confiance.

Des économistes classiques et néoclassiques comprennent que le but de l'économie est d'étudier la production et la distribution de ressources rares, ainsi que les facteurs qui sous-tendent cette production et cette distribution.

L'économie institutionnelle comprend l'économie comme faite de règles.

Les règles (comme les lois, les langues, les droits de propriété, les règlements, les normes sociales et les idéologies) permettent à des personnes dispersées et opportunistes de coordonner leur activité ensemble.

Les règles facilitent les échanges - les échanges économiques mais aussi les échanges sociaux et politiques.

Ce qui a fini par s'appeler "cryptoéconomie" se concentre sur les principes économiques et la théorie qui sous-tendent la CMCP et les mises en œuvre des alternatives des CMCP.

Il se penche sur la théorie des jeux et la conception des incitations en relation avec la conception des mécanismes de la CMCP.


En revanche, la cryptoéconomie institutionnelle se penche sur l'économie institutionnelle de la CMCP et la cryptoéconomie.

Comme l'économie institutionnelle, son cousin proche, l'économie est un système de coordination des échanges.
Mais plutôt que de regarder les règles, la cryptoéconomie institutionnelle se concentre sur les registres : des données structurées par des règles.

La cryptoéconomie institutionnelle s'intéresse
- aux règles qui régissent les registres, les institutions sociales, politiques et économiques qui se sont développées pour servir ces registres, et
- à comment l'invention de la CMCP change les modèles des registres dans la société.


8. Les conséquences économiques de la CMCP.

La cryptoéconomie institutionnelle nous donne des outils pour comprendre ce qui se passe dans la révolution de la CMCP - et ce que nous ne pouvons pas prédire.

Les CMCP sont une technologie expérimentale.
Où la blockchain peut être utilisée est une question entrepreneuriale.
Certains registres vont se déplacer sur la CMCP.
Certains entrepreneurs vont essayer de déplacer des registres sur la CMCP et échouer.

Tout n'est pas un cas d'utilisation de la CMCP.

Nous n'avons probablement pas encore vu l'application des tueurs de CMCP pour le moment.

Nous ne pouvons pas non plus prédire ce que la combinaison des registres, de la cryptographie et du réseautage "pair à pair" fera jaillir à l'avenir.

Ce processus va être extrêmement perturbateur.
L'économie mondiale est confrontée (au moins des économistes s'y attendent-ils) à une longue période d'incertitude sur la manière dont les faits qui la sous-tendent seront restructurés, démantelés et réorganisés.

Les meilleures utilisations de la CMCP doivent, selon eux, être «découvertes».

Ensuite, elles doivent être mises en œuvre dans un système politique et économique du monde réel qui a des institutions solides et établies qui servent déjà les registres.
Cette deuxième partie ne sera pas gratuite.

Les registres sont si omniprésents - et les applications possibles de la CMCP si englobantes - que certains des principes les plus fondamentaux régissant notre société sont en jeu.


9. La destruction créatrice institutionnelle.

Il est courant de comparer l'invention du bitcoin et de la CMCP avec Internet.
La CMCP est l'Internet 2.0 - ou l'Internet 4.0.

L'Internet est un outil puissant qui a révolutionné notre façon d'interagir et de faire des affaires. 
Qu'à cela ne tienne, la comparaison sous-estime la CMCP.

L'Internet nous a permis de communiquer et d'échanger mieux - plus rapidement, plus efficacement.
Mais la CMCP nous permet d'échanger différemment.


10. Contrats intelligents complets et incomplets.

Oliver Williamson et Ronald Coase ont placé les contrats au cœur de l'organisation économique.
Les contrats sont au centre de la cryptoéconomie institutionnelle.
C'est ici que les CMCP ont les implications les plus révolutionnaires.

Les contrats intelligents sur la CMCP permettent d'exécuter automatiquement, de manière autonome et en toute sécurité les accords contractuels.

Les contrats intelligents peuvent éliminer une catégorie entière de travail qui maintient actuellement, applique et confirme que les contrats sont exécutés - les comptables, les auditeurs, les avocats, et en effet une grande partie du système juridique.

Mais les contrats intelligents sont limités par ce qui peut être spécifié dans l'algorithme.

Les économistes ont mis l'accent sur la distinction entre les contrats complets et incomplets.

Un contrat complet spécifie ce qui doit se produire dans toutes les éventualités possibles.

Un contrat incomplet permet de renégocier les termes du contrat en cas d'événement imprévu.
Les contrats incomplets expliquent pourquoi certains échanges ont lieu dans des entreprises et pourquoi d'autres se déroulent sur des marchés, et fournissent un autre guide sur les questions relatives à l'intégration verticale et à la taille de l'entreprise.

Les contrats complets sont impossibles à exécuter, tandis que les contrats incomplets sont chers.

La CMCP, quoique contrats intelligents, réduit les coûts d'information et les coûts de transaction associés à de nombreux contrats incomplets et élargit ainsi l'échelle et la portée de l'activité économique qui peut être entreprise.

Elle permet aux marchés de fonctionner là où auparavant seules les grandes entreprises pouvaient opérer, et elle permet aux entreprises et aux marchés de fonctionner là où auparavant seul le gouvernement pouvait fonctionner.


Les détails précis sur comment et quand cela se produira est un défi et un problème à résoudre pour les entrepreneurs.

Actuellement, les oracles fournissent un lien entre le monde algorithmique de la CMCP et le monde réel, des entités de confiance qui convertissent des informations en données qui peuvent être traitées par un contrat intelligent.

On peut penser que les vrais gains à faire dans la révolution de la CMCP sont dans le développement d'oracles meilleurs et plus puissants - convertissant des contrats incomplets en contrats qui sont suffisamment complets pour être écrits en algorithme et exécutés sur la CMCP.

La révolution marchande du Moyen Age a été rendue possible par le développement des tribunaux de commerçants - des oracles de vraie confiance - qui ont permis aux commerçants de faire respecter les accords privés.
Pour la CMCP, cette révolution semble encore à venir.


11. Un dernier mot (provisoire).

La CMCP et les changements technologiques associés perturberont massivement les conditions économiques actuelles.

La révolution de la CMCP verra une économie dominée par une plus grande autonomie individuelle.

Comment cela se déroule n'est pas clair à l'heure actuelle.

Une chose est certaine : les entrepreneurs et les innovateurs résoudront l'incertitude, comme toujours, à travers un processus d'essais et d'erreurs.


P.S.
Le texte a été inspiré par un texte récent de Chris Berg, Sinclair Davidson et Jason Potts (cf. https://medium.com/@cryptoeconomics/the-blockchain-economy-a-beginners-guide-to-institutional-cryptoeconomics-64bf2f2beec4).




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