Paris, le 25
octobre 2014.






La notion de "pouvoir d'achat de la monnaie" a posé des difficultés aux gens dès que l'expression a commencé à être couramment utilisée.

Et les difficultés n'ont pas cessé jusqu'à aujourd'hui inclus.

Faisons le point.


1. Pouvoir et puissance.

A la fin du XIXème siècle, Vilfredo Pareto refusait le mot "pouvoir" dans son Cours d'économie politique (1896-97) et y préférait voir employé le mot "puissance".

Soit dit en passant, on retrouve dans ce choix la tendance de Pareto pour le principe de l'analogie entre l'économie politique et les sciences physiques.

Il écrivait ainsi que :

"Mais qu'est-ce alors que la puissance d'achat, que certains auteurs (par exemple J. St Mill, E. P. l, liv. III, chap. l, § 2) font synonyme de valeur d'échange ?

Ce n'est, au fond, qu'une vague conception de l'ophélimité.
Pareillement, les anciens parlaient de corps pesants et de corps légers, et ces termes sont encore en usage dans le langage ordinaire, mais la science leur a substitue la notion plus précise du poids spécifique.

76. L'emploi du terme puissance d'achat a le grand défaut de rendre plus facile une erreur que l'on n'est déjà que trop porté à commettre, en confondant la valeur avec une propriété objective des marchandises." (Pareto, op. cit. §§75-76 )


2. Pouvoir d'achat de la monnaie et prix en monnaie.

Mais c'est Irving Fisher qui a véritablement installé dans l'économie politique la notion de pouvoir d'achat de la monnaie.

La notion, en définitive rhétorique au mauvais sens du mot, ne procédait plus d'une analogie avec les sciences physiques, mais de l'application d'une mathématique particulière, l'analyse matricielle, pour y introduire la notion de "niveau des prix en monnaie" des marchandises échangées.

En effet, dans son livre de 1911, intitulé The Purchasing Power of Money, Fisher a fait intervenir le pouvoir d'achat de la monnaie en relation avec les prix en monnaie passés des marchandises échangées, mais sans trop insister sur la caractéristique mathématique.

Il faut savoir que l'inverse du niveau des prix à quoi a été donné l'expression "pouvoir d'achat de l'unité de monnaie", était en effet d'abord une notion mathématique.

Elle a fait florès par la suite pour mettre en relation les taux de change des monnaies les unes avec les autres.
Dernier méfait en date : la création de l'€uro en 1998 (cf. ce texte).


3. Le pouvoir d'achat de la monnaie et sa valeur d'échange objective.

Autant Irving
Fisher que Ludwig von Mises ont vu dans le pouvoir d'achat de la monnaie une valeur d'échange économique.

Mises était explicite sur le point dans son ouvrage intitulé Théorie de la monnaie et du crédit (1912).
En effet, il n'a pas hésité à parler de la "valeur d’échange objective" du pouvoir d'achat de la monnaie dans le chapitre 2.


4. L'erreur de l'équation des échanges.

Il a fallu attendre quelques décennies ultérieures pour que la démarche de Fisher prétendument économique soit mise à bas par Murray Rothbard.

En effet, Rothbard s'y est opposé, à juste raison, dans son ouvrage intituléMan, Economy and the State (1962).
Il y a expliqué pourquoi la notion de "niveau général des prix" des marchandises échangées dans l'équation des échanges n'avait aucune raison d'être économique.

On retiendra ce qu'il a écrit dans son chapitre 11 sous le titre "Fallacy of the Equation of Exchange".

En voici ma traduction :

13. L'erreur de l'équation de change.

La base sur laquelle nous avons expliqué le pouvoir d'achat de la monnaie et les changements et conséquences des phénomènes monétaires a été une analyse de l'action individuelle.

Le comportement des agrégats tels que la demande globale pour la monnaie et l'offre globale, a été construit à partir de leurs composants individuels [...].

La théorie monétaire dans l'économie américaine, cependant... , a été présenté dans des termes entièrement différents de l'équation des échanges quasi- mathématique, globale, issu notamment de Irving Fisher.

La prévalence de cette approche fallacieuse vaut une critique détaillée. [...]

Fisher a fait un bond dans le monde réel d'une zone de prix individuels pour une liste innombrable d'articles en béton dans la fiction mensongère d'un niveau de prix, sans parler des graves difficultés auxquelles une telle notion doit faire face.
Le sophisme du concept “niveau des prix” sera traité plus loin.

Le “niveau des prix” est prétendument déterminée par trois facteurs agrégatifs :
- la quantité de monnaie en circulation ,
- sa “vitesse de circulation”, le nombre moyen de fois au cours d'une période pendant laquelle une unité de monnaie est échangée contre des biens et
- le volume total de marchandises achetées en monnaie.

Ils sont liées par la célèbre équation des échanges :

                                      MV = PT [...]

Cette hypothèse d'égalité hors main n'est pas auto évidente, comme Fisher le suppose apparemment, mais un enchevêtrement d'erreurs et de manques de pertinence [...]

Il n'y a donc jamais d'égalité des valeurs de la part des deux parties.

L'hypothèse selon laquelle un échange suppose une sorte d' égalité a été une illusion de la théorie économique depuis Aristote, et il est surprenant que Fisher, un exposant de la théorie subjective de la valeur à bien des égards , soit tombé dans le piège antique.

Il n’y a certainement pas d'égalité des valeurs entre deux biens échangés ou, comme dans le cas, entre la monnaie et le bien [...]

Nous avons vu, cependant, que même pour l'échange individuel, et en mettant de côté le problème global des “échanges totaux”, il n'y a rien d’”égalité” qui nous dise quelque chose sur les faits de la vie économique.
Il n'y a pas de “côté valeur de la monnaie” qui équivaut au “côté valeur des biens”.
Le signe “égal” est illégitime dans l'équation de Fisher.

Comment, dès lors, tenir compte de l'acceptation générale du signe « égal » et de l'équation?

La réponse est que, mathématiquement, l'équation est évidemment un truisme évident:

               70 cents = 10 livres de sucre x 7 cents la livre de sucre.

En d'autres termes,
                                   70 cents = 70 cents.

Mais ce truisme ne transmet aucune connaissance que ce soit des faits économiques [...]

En bref, ce que nous avons dans l'équation de Fisher, ce sont les deux côtés de la monnaie, chacun identique à l'autre.
En fait, il s'agit d'une identité et non pas d'une équation.

Dire qu'une telle équation n'est pas très éclairante est évident.
Tout ce que cette équation nous dit à propos de la vie économique est que la monnaie totale reçue dans un échange est égale à la monnaie totale abandonnée dans l'échange, à coup sûr, un truisme sans intérêt [...]

La seule connaissance que nous pouvons avoir des déterminants de prix est déduite de la connaissance déduite logiquement des axiomes de la praxéologie.

Les mathématiques peuvent, au mieux, ne traduire nos connaissances antérieures qu'en forme relativement inintelligible ;
ou bien, habituellement, elles tromperont le lecteur, comme dans le cas présent.

Le prix de l'échange de sucre peut être fait pour égaler n'importe quel nombre d'équations truistiques, mais il est déterminé par l'offre et la demande des participants, et celles-ci, à leur tour, sont régies par l'utilité des deux biens sur les échelles de valeurs des participants aux échanges.

C'est l'approche fructueuse de la théorie économique, et non pas la stérile mathématique [...]

Seuls les acteurs individuels peuvent décider ou non d'acheter;
seules leurs échelles de valeurs déterminent les prix.

C'est cette erreur profonde qui se trouve à la racine des erreurs de l'équation des échanges de Fisher : l'action humaine est mise hors de l'image et les choses sont supposées être sous contrôle de la vie économique.

Ainsi,
- soit l'équation de change est un truisme banal « dans ce cas, elle n'est pas meilleure que un million d'autres équations truistiques, et n'a pas de place dans la science, qui repose sur la simplicité et l'économie de méthodes»,
- soit elle est censée transmettre des vérités importantes sur l'économie et la détermination des prix.

Dans ce cas, elle fait la grave erreur de substituer à l'analyse logique correcte des causes liées à l'action humaine, des hypothèses fondées sur l'action des choses induisant en erreur.

Au mieux, l'équation de Fisher est superflue et triviale,
au pire, elle est fausse et trompeuse, bien que Fisher lui-même crût qu'elle véhiculait d'importantes vérités causales [...]

Mais [...]

Fisher est à la recherche d'une équation pour expliquer le niveau des prix et, par conséquent, il apporte la notion de "niveau moyen des prix", P, et une quantité totale de biens vendus, T, telles que E est supposé égaler PT

Mais la transition du truisme banal

                          E = pQ + p 'Q' . . .

à l'équation 
                          E = PT

ne peut être faite aussi allègrement que Fisher le croit.

En effet, si nous nous intéressons à l'explication de la vie économique, elle ne peut pas être faite du tout.

Par exemple, pour les deux opérations (ou quatre), qu'est T ?

Comment 10 livres de sucre peuvent être ajoutées à un chapeau ou à une livre de beurre, pour arriver à T ?

De toute évidence, aucune addition ne peut être effectuée, et le T holiste de Fisher, la quantité totale physique de tous les biens échangés, est un concept vide de sens et ne peut pas être utilisé dans l'analyse scientifique [...]

Ainsi, toute notion de niveau de prix moyen consiste à ajouter ou multiplier les quantités d'unités complètement différentes de produits, tels que le beurre, chapeaux, sucre, etc, et il est donc inutile et illégitime.

Même les livres de sucre et les livres de beurre ne peuvent pas être additionnés, car ce sont deux produits différents et leur valorisation est complètement différente.

Et si l'on est tenté d'utiliser la pesée comme unité commune de quantité, qu'est-ce que le poids d'une livre d'un concert ou d'un service médical ou juridique? [...]

Il est évident que PT, dans l'équation des échanges totaux, est un concept tout à fait fallacieux.

Alors que l'équation
                                    E = pQ

pour un échange individuel est au moins un truisme banal, mais pas très éclairant,
l'équation
                                    E = PT

pour la société dans son ensemble, est un faux.

Ni P ni T ne peut être défini de manière significative, ce qui serait nécessaire pour que cette équation ont une validité quelconque [...]

Prenons l'autre côté de l'équation,

                            E = MV,

la quantité moyenne de monnaie en circulation durant la période, multiplié par la vitesse moyenne de la circulation.
V est un concept absurde [...]

La vitesse n'est pas une variable indépendante définie.
Fisher, en fait, peut tirer V uniquement comme étant égale dans tous les cas et à chaque période à E / M [...]

Mais il est absurde de donner une dignité à toute quantité avec une place dans une équation, sauf si elle peut être définie indépendamment des autres termes de l'équation [...]

En fait, puisque V n'est pas une variable indépendante définie, M doit être éliminé de l'équation ainsi que V, et l'équation de Fisher (et de Cambridge), ne peut pas être utilisée pour démontrer la « théorie quantitative de la monnaie » [...]

Cet exemple devrait faire ressortir la fausseté des équations de la théorie économique.

L'équation de Fisher a été populaire pendant de nombreuses années car elle a été jugée transmettre une connaissance économique utile.
Elle apparaît démontrer la théorie quantitative de la monnaie plausible (pour d'autres motifs).
En fait, elle a été seulement trompeuse [...]

Même Fisher a admis cela en admettant qu'une variation de M aurait toujours un impact sur V, de sorte que l'influence de M sur P ne pourrait être isolée.

Il a soutenu que, après la période de transition, V reviendrait à une constante et l'effet sur P serait proportionnel.

Pourtant, il n'y a pas de raisonnement pour étayer cette affirmation.

En tout cas, suffisamment de choses ont été démontrées pour justifier de radier l'équation des échanges de la littérature économique.”


5. L'échange à deux mi-temps successives.

On ne peut que regretter que Rothbard ne se soit pas appesanti sur l'échange qui encadrait en fait le pouvoir d'achat de la monnaie.

N'oublions jamais que, sans échange, il n'y aurait pas de monnaie.

Mais avec échange, de quoi parle-t-on: de l'offre de marchandise qu'on est prêt à donner contre monnaie et de la demande de marchandise qu'on est prêt à acquérir en conséquence avec la monnaie obtenue ou bien d'un équilibre économique général ou macroéconomique au-delà de tout cela?

Rothbard n'a pas montré en effet que le pouvoir d'achat de la monnaie n'était jamais que l'intermédiaire entre la mi-temps de l'offre de marchandises par les personnes juridiques et la mi-temps de leur demande de marchandises.

. L'équilibre économique: le nouvel infini actuel.

Ce fait est véritablement en décalage avec l'idée de l'équilibre des offres et des demandes qui s'imposerait à chacun.

Mais cette idée n'est jamais que l'illusion du transfini ou de la "logique" de l'"infini actuel" contre quoi s'élevait Henri Poincaré, le grand mathématicien, au début du XXè siècle (cf. ce texte de mai 2012).

L'"infini actuel", c'est la transposition du concept arithmétique de "nombre transfini" qu'avait conçu Georg Cantor (1845-1918) et par quoi il voulait que les mathématiques commençassent à être enseignées aux enfants, à l'économie politique pour désigner les concepts d'équilibre - ou de croissance -.

Relisons Poincaré:

"J'ai parlé plus haut du besoin que nous avons de remonter sans cesse aux premiers principes de notre science et du profit qu'en peut tirer l'étude de l'esprit humain.
C'est ce besoin qui a inspiré deux tentatives qui ont tenu une très grande place dans l'histoire la plus récente des mathématiques.

La première est le cantorisme, qui a rendu à la science les services que l'on sait.
Cantor a introduit dans la  science une manière nouvelle de considérer l'infini mathématique et nous aurons l'occasion d'en reparler au chapitre VII.

Un des traits caractéristiques du cantorisme, c'est qu'au lieu de s'élever au général en bâtissant des constructions de plus en plus compliquées et de définir par construction, il part du genus supremum et ne définit, comme auraient dit les scolastiques, que per genus proximum et differentiam specificam.
De là l'horreur qu'il a quelquefois inspirée à certains esprits, à Hermite par exemple, dont l'idée favorite était de comparer les sciences mathématiques aux sciences naturelles.

Chez la plupart d'entre nous ces préventions s'étaient dissipées, mais il est arrivé qu'on s'est heurté à certains paradoxes, à certaines contradictions apparentes, qui auraient comblé de joie Zénon d'Élée et l'école de Mégare.
Et alors chacun de chercher le remède.

Je pense pour mon compte, et je ne suis pas le seul, que l'important c'est de ne jamais introduire que des êtres que l'on puisse définir complètement en un nombre fini de mots. " (Poincaré, pp.40-41)
[...]

"Les mathématiques peuvent-elles être réduites à la logique sans avoir à faire appel à des principes qui leur soient propres;
il y a toute une école, pleine de force et de foi, qui s'efforce de l'établir.
Elle a son langage spécial où il n'y a plus de mots et où on ne fait usage que de signes.
Ce langage n'est compris que de quelques initiés, de sorte que les profanes sont disposés à s'incliner devant les affirmations tranchantes des adeptes.

Il n'est peut-être pas inutile d'examiner ces affirmations d'un peu près, afin de voir si elles justifient le ton péremptoire avec lequel elles sont présentées.
Mais pour bien faire comprendre la nature de la question, il est nécessaire d'entrer dans quelques détails historiques et de rappeler en particulier le caractère des travaux de Cantor. <153>

Depuis longtemps la notion d'infini avait été introduite en mathématiques; mais cet infini était ce que les philosophes appellent un devenir.

L'infini mathématique n'était qu'une quantité susceptible de croître au delà de toute limite;
c'était une quantité variable dont on ne pouvait pas dire qu'elle avait dépassé toutes les limites, mais seulement qu'elle les dépasserait.

Cantor a entrepris d'introduire en mathématiques un infini actuel, c'est-à-dire une quantité qui n'est pas seulement susceptible de dépasser toutes les limites, mais qui est regardée comme les ayant déjà dépassées.

Il s'est posé des questions telles que celles-ci:
y-a-t-il de points dans l'espace que de nombres entiers?
Y-a-t-il plus de points dans l'espace que de points dans un plan?
Etc.

Et alors le nombre des nombres entiers, celui des points dans l'espace, etc., constitue ce qu'il appelle un nombre cardinal transfini, c'est-à-dire un nombre cardinal plus grand que tous les nombres cardinaux ordinaires.

Et il s'est amusé à comparer ces nombres cardinaux transfinis;en rangeant dans un ordre convenable les éléments d'un ensemble qui en contient une infinité, il a imaginé aussi ce qu'il appelle des nombres ordinaux transfinis sur lesquels je n'insisterai pas.

De nombreux mathématiciens se sont lancés sur ses traces et se sont posé une série de questions de même genre. Ils se sont tellement familiarisés avec les nombres transfinis qu'ils en sont arrivés à faire dépendre la théorie des nombres finis de celle des <154> nombres cardinaux de Cantor.

A leurs yeux, pour enseigner l'arithmétique d'une façon vraiment logique, on devrait commencer par établir les propriétés générales des nombres cardinaux transfinis, puis distinguer parmi eux une toute petite classe, celle des nombres entiers ordinaires.
Grâce à ce détour on pourrait arriver à démontrer toutes les propositions relatives à cette petite classe (c'est-à-dire toute notre arithmétique et notre algèbre) sans se servir d'aucun principe étranger à la logique.

Cette méthode est évidemment contraire à toute saine psychologie; ce n'est certainement pas comme cela que l'esprit humain a procédé pour construire les mathématiques; aussi ses auteurs ne songent-ils pas, je pense, à l'introduire dans l'enseignement secondaire.

Mais est-elle du moins logique, ou pour mieux dire est-elle correcte?
Il est permis d'en douter.

Les géomètres qui l'ont employée sont cependant fort nombreux.
Ils ont accumulé les formules et ils ont cru s'affranchir de ce qui n'était pas la logique pure en écrivant des mémoires où les formules n'alternent plus avec le discours explicatif comme dans les livres de mathématiques ordinaires, mais où ce discours a complètement disparu.

Malheureusement, ils sont arrivés à des résultats contradictoires, c'est ce qu'on appelle les antinomies cantoriennes, sur lesquelles nous aurons l'occasion de revenir. (ibid., pp. 152-154)

L'"infini actuel", c'est aujourd'hui la démarche irréfléchie des économistes dominants qui se placent donc au-delà de la limite imaginée de l'équilibre et qui excluent que les offres présentes sont en relation avec des demandes antérieures et les demandes présentes le sont avec des offres postérieures.

L'"infini actuel", c'est encore l'imagination infinie des inspecteurs des finances de "Bercy", du ministère de l'économie et des finances, qui se placent au-delà de ceux-là et qui, à partir de cette situation illusoire de ce qu'ils dénomment "société", ont la prétention de dire ce qu'il faudrait faire et le font via toutes les réglementations qu'ils concoctent ou font concocter.

A supposer que l'économie politique soit restée l'"arithmétique politique" dont parlaient au XVIIème siècle William Petty ou au XVIIIème siècle Denis Diderot, nos économistes devraient au moins suivre la ligne que leur a dévoilée Georg Cantor pour être "logique", tout en faisant, bien sûr, comme si le théorème que Kurt Gödel a développé sur les limites de l'arithmétique (cf. ce texte) n'avait jamais vu le jour au XXè siècle.

. Pouvoir et droit.

Reste que certains opposaient aussi "pouvoir" et "droit", fondement de l'échange, comme l'avait fait valoir Montesquieu (1748) dans De l'esprit des lois.

. Echangeable et non échangeable.

Reste aussi que depuis quelques années, des économistes ont introduit, dans la langue anglaise, la notion de "tradable" et celle de "traded" pour "échangeable" et "échangé" et les notions de "tradable" et de "not tradable" pour "échangeable" et "non échangeable", tant pour des échanges intérieurs que pour des échanges avec l'étranger.
A priori, ils ont ainsi donné à des marchandises des valeurs originales, leurs valeurs d'échange.

En vérité, ils ont exprimé sous ces mots les vieilles formes de la chose, échangeable ou non échangeable.

Ils ont fait apparaître que la marchandise était une valeur particulière par rapport à la chose que lui donnions vous ou moi.

. Pléonasme et oxymore.

 
Un fait est certain : un service marchandise échangeable est un pléonasme et un service marchandise non échangeable un oxymore.

Le service, type de marchandise, étant par nature échangeable ou une marchandise (mot synonyme), il n'y a pas, ex ante, des services marchands et des services non marchands comme certains le pérorent en permanence, mais seulement des services.

Ex post, des services ont été échangés (et ont caché des coûts et des profits attendus avec incertitude antérieurement) et d'autres ne l'ont pas été (et ont caché des coûts en définitive trop élevés).  

Les services non échangés ne sauraient être pris pour des services non marchands, sauf volonté de détruire la connaissance par ceux qui s'expriment ainsi.
Il suffit seulement de reconnaître que les services n'ont pas été échangés pour des raisons de capacité juridique, technique ou économique.
D'un jour à l'autre, cela pourra changer.

En d'autres termes, parler des "services marchands" est un pléonasme et parler des "non marchands" un oxymore.

Ou bien, alors, par "non marchand", on entend, sans le dire, "réglementé", mais on joue, dans ce cas, sur les mots. 
Les "services non marchands" sont des services réglementés que le législateur a décidé de mettre en oeuvre et a rendus obligatoires ou interdits aux gens.  
Soit.  
Mais rien ne justifie le "jeu de mots".

. Biens et services.

Dans ces conditions, rien ne justifie d'agréger des biens et des services comme déclarent le faire, par exemple, les comptables nationaux (de l'I.N.S.E.E. et d'ailleurs) sauf à additionner, en mathématiciens qu'ils sont ou voudraient être, des vecteurs qui ne sont pas colinéaires, ce qui est contraire aux règles en question.

Mais le plus souvent, le statisticien, qui devrait pourtant être soucieux de cette dernière règle mathématique, s'en moque et n'hésite pas à s'engager dans la démarche.

Après avoir donné des prix en monnaie aux uns et aux autres, justifiés ou non par les marchés observés, il peut procéder à la manipulation, laquelle n'a aucune réalité.
Il est absurde de voir des "biens et services" dans la manipulation et, a fortiori, de mesurer le total - et d'y voir, par exemple, le produit intérieur brut (P.I.B.) de telle ou telle nation selon la comptabilité nationale de la même -.

Il y a des biens (ou des maux) de type "chose ou objet" et des biens (ou des maux) de type " service" et il ne faut pas les confondre.  
Parler de "biens et services" est donc une absurdité.

Les "objets ou choses" rendent des "services" dès lors qu'ils ont été échangés par des gens tandis que les "services" procèdent d'"objets ou choses" que les gens y découvrent quand les services ne sont pas échangés en tant que tels, indépendamment de ce dont ils procèdent.

Sauf à admettre qu'il y ait des "services" découverts qui ne procèderaient pas des "objets ou choses" cernés - ce qui est le cas du travail de vous et moi -, il faudrait raisonner soit sur des "objets ou choses" échangés à des prix en monnaie, soit sur des "services" échangés à des prix en monnaie.

Rien ne justifie de mélanger les uns et les autres, sauf vouloir altérer ce qu'on mesure, avec des raisons à donner.

Il est classique aujourd'hui d'entendre parler des "biens et services" en général et d'en voir proposer une mesure - par l'utilisation de la "comptabilité nationale" - qui n'est autre que le "produit intérieur brut".
Mais la distinction est fallacieuse.

Il n'existe pas des biens et services.
Il y a soit des biens, soit des objets et des services (cf. ce texte de juin 2014 ).

Le service n'est pas un objet comme certains le supposent, explicitement ou non.
La fausse approche des biens et services rejoint celle de la valeur.
La jonction se produit quand le mot "valeur" désigne sans distinction bien ou service.
Et l'une s'appuie à l'autre.
Dans ce cas, le mot "valeur" désigne autant des biens que des services qu'il n'est pas possible de séparer les uns des autres, malgré le souci de l'économie politique d'y parvenir.

Ainsi, par exemple, le "produit intérieur brut" (P.I.B.), "somme des valeurs ajoutées" du pays comme le veut en principe la comptabilité nationale, varie arbitrairement en raison des prix ou des quantités considérés par les comptables nationaux et donne lieu à des combats à n'en plus finir entre pseudo-économistes qui ont pour point de départ ce faux fait du P.I.B., véritable forfait.

Et un des domaines de l'économie politique a approfondi l'absurdité en introduisant, en particulier, la fausse notion de "valeur travail".

. Il n'y a pas de service "non marchand".

L'imposture est totale quand le mot "service" est prolongé par un qualificatif qui le déforme ou le dénature et devient, par exemple, "service non marchand".

Le service, acte d'échange de l'être humain, personne juridique physique, est nécessairement échangeable dès lors qu'il est mené, c'est fondamentalement une marchandise.

A l'opposé, le "service non marchand" est un oxymore sauf à transformer, sans le préciser, le mot "service" et à y voir, le plus souvent, un département dont on ne précise pas l'organisation d'où il procède ou bien à y faire intervenir la réglementation (en vérité, l'interdiction).


6. Le retour aux vraies sources.

L'échange de marchandises en propriété par les personnes juridiques physiques amène à s'interroger sur l'alternative introduite par Aristote entre "ex post" et "ex ante".

Gilles Deleuze (1988), en philosophe qu'il voulait être, y est revenu en ces termes:

"Enfin nous pressentons que l’antécédence, ce qu’Aristote appelait déjà l’avant et l’après, bien qu’il n’y ait pas ici d’ordre du temps, est une notion compliquée :
les définissants ou les raisons doivent précéder le défini, puisqu’ils en déterminent la possibilité, mais c’est seulement suivant la « puissance », et non pas selon l’acte, qui supposerait au contraire l’antécédence du défini.
D’où justement l’inclusion réciproque, et l’absence de tout rapport de temps" (Deleuze, 1988, pp.57-58)

En conséquence, l’alternative « ex post- ex ante » est indépendante de la prise en considération, ou non, du temps ou de la durée.


Le fait est que, longtemps, l'alternative n'avait pas été retenue par les économistes.

Ce n'est qu'au milieu du XXème siècle qu'elle a été prise en considération dans le cadre de l'économie politique en relation avec l'introduction des espérances de prix en monnaie des marchandises et par opposition aux prix observables passés des marchandises échangées...

G. Myrdal et E. Lindahl l'ont remise à l’ordre du jour économique dans la décennie 1930, en certains pays, en conséquence des travaux de Knut Wicksell (cf. Uhr, 1960, p.313, Sandelin, 2013, p.188).
Et D.M. Lamberton (1971) a associé curieusement l'alternative "ex post - ex ante" d'Aristote, sans s'y référer, à Myrdal et Lindahl dans l'édition "Penguin Modern Economic Readings" (p.11).

Mais dans d'autres pays, l'alternative n'a pas été oubliée, comme en France.


Le pouvoir d'achat de la monnaie était en vérité, implicitement, une notion ex post dans la démarche de Fisher qui limitait les définitions données antérieurement.

Mais, sans y prêter attention, l' ex post est devenu, sous sa plume, ex ante en relation avec les prévisions proposées, autre incohérence de sa démarche.


7. Pouvoir d'achat ex ante de la monnaie ou "vendabilité" d'une marchandise.

Reste encore que, dans cette perspective du pouvoir d'achat ex ante de la monnaie, la notion a retrouvé une autre notion habituelle, à savoir celle de l'achetabilité, plus connue sous sa forme diamétralement opposée, à savoir celle de la vendabilité, mais les économistes ont oublié de faire le lien.

. Vendabilité de la marchandise.

Quelques temps avant les propos de Pareto, Fisher et Mises, Menger (1892) avait en effet introduit la notion de vendabilité d'une marchandise pour expliquer l'origine de la monnaie.

Et cela est évoqué par nos amis américains de la façon suivante:

"1. Menger on the Origin of Money.

The Austrian school has offered the most comprehensive explanation of the historical origin of money.
Everyone recognizes the benefits of a universally accepted medium of exchange.

But how could such a money come into existence?

After all, self-interested individuals would be very reluctant to surrender real goods and services in exchange for intrinsically worthless pieces of paper or even relatively useless metal discs.
It's true, once everyone else accepts money in exchange, then any individual is also willing to do so.

But how could human beings reach such a position in the first place?

One possible explanation is that a powerful ruler realized, either on his own or through wise counselors, that instituting money would benefit his people.
So he then ordered everyone to accept some particular thing as money.

There are several problems with this theory.

First, as Menger pointed out, we have no historical record of such an important event, even though money was used in all ancient civilizations.

Second, there's the unlikelihood that someone could have invented the idea of money without ever experiencing it.

And third, even if we did stipulate that a ruler could have discovered the idea of money while living in a state of barter, it would not be sufficient for him to simply designate the money good.
He would also have to specify the precise exchange ratios between the newly defined money and all other goods.
Otherwise, the people under his rule could evade his order to use the newfangled "money" by charging ridiculously high prices in terms of that good.

Menger's theory avoids all of these difficulties.

[Cf. texte en français http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112833m/f171.image ]

According to Menger, money emerged spontaneously through the self-interested actions of individuals.
No single person sat back and conceived of a universal medium of exchange, and no government compulsion was necessary to effect the transition from a condition of barter to a money economy.

In order to understand how this could have occurred, Menger pointed out that even in a state of barter, goods would have different degrees of saleableness or saleability.
(Closely related terms would be marketability or liquidity.)

The more saleable a good, the more easily its owner could exchange it for other goods at an "economic price."
For example, someone selling wheat is in a much stronger position than someone selling astronomical instruments. The former commodity is more saleable than the latter.

Notice that Menger is not claiming that the owner of a telescope will be unable to sell it.
If the seller sets his asking price (in terms of other goods) low enough, someone will buy it.
The point is that the seller of a telescope will only be able to receive its true "economic price" if he devotes a long time to searching for buyers.
The seller of wheat, in contrast, would not have to look very hard to find the best deal that he is likely to get for his wares.

Already we have left the world of standard microeconomics. In typical models, we can determine the equilibrium relative prices for various real goods.
For example, we might find that one telescope trades against 1,000 units of wheat.

But Menger's insight is that this fact does not really mean that someone going to market with a telescope can instantly walk away with 1,000 units of wheat.

Moreover, it is simply not the case that the owner of a telescope is in the same position as the owner of 1,000 units of wheat when each enters the market. Because the telescope is much less saleable, its owner will be at a disadvantage when trying to acquire his desired goods from other sellers.

Because of this, owners of relatively less saleable goods will exchange their products not only for those goods that they directly wish to consume, but also for goods that they do not directly value, so long as the goods received are more saleable than the goods given up.

In short, astute traders will begin to engage in indirect exchange.
For example, the owner of a telescope who desires fish does not need to wait until he finds a fisherman who wants to look at the stars.

Instead, the owner of the telescope can sell it to any person who wants to stargaze, so long as the goods offered for it would be more likely to tempt fishermen than the telescope.

Over time, Menger argued, the most saleable goods were desired by more and more traders because of this advantage.
But as more people accepted these goods in exchange, the more saleable they became.
Eventually, certain goods outstripped all others in this respect, and became universally accepted in exchange by the sellers of all other goods.
At this point, money had emerged on the market."

Cf. Robert P. Murphy, « The Origin of Money and Its Value”, Mises Daily: September 29, 2003 ; http://mises.org/daily/1333


Reste enfin que, dans ce passé, la vendabilité de la marchandise monnaie cachait encore une potentialité de celle-ci, une espèce de futur antérieur sur quoi Menger n'avait pas insisté.

La vendabilité d'une marchandise en propriété envisagée était donc, fondamentalement, une notion ex ante.
Si une marchandise était aisément vendable, alors, autre façon de s'exprimer, elle avait un pouvoir de vente.

. Vendabilité ou achetabilité.

A sa façon, dans le cadre de l'échange théorique, la vendabilité d'une marchandise apparaissait comme diamétralement opposée au pouvoir d'achat ou à l'achetabilité d'une autre marchandise.

Bref, toute marchandise en propriété était a priori, ex ante, pouvoir de vente ou pouvoir d'achat, bref, pouvoir d'échange ou encore "pouvoir de catallaxie" pour utiliser le mot qu'appréciait Friedrich von Hayek pour insister sur l'économie qu'est l'échange (cf. Hayek, Droit, législation et liberté, tome 2, chap.4).

Une marchandise qui devenait "aisément" vendable devenait monnaie tandis qu'une quantité de monnaie ouvrait le possibilité d'acheter une quantité d'une autre marchandises.

Et si une quantité de monnaie ouvrait la possibilité d'acheter, alors, autre façon de s'exprimer, elle avait un pouvoir d'achat.

En d'autres termes, le "pouvoir d'achat" de la monnaie n'était qu'une potentialité relativement à l'avenir de l'échange tout comme pouvait l'être son "pouvoir de vente" en tant que marchandise monnaie.


8. Le risque de catallaxie.

 Etant donné la mode qu'a acquise le mot "risque" ces dernières années, on peut considérer que la potentialité d'un échange de marchandise peut être identifiée, consciemment ou non, à une autre expression, à  savoir celle de "risque" d'achat ou de vente,
ou bien, le cas échéant, on lui a reconnu et préféré des causes, à savoir des "facteurs de risque" de la potentialité.

L'incertitude sur un échange de marchandise, expression de rhétorique forgée sur les qualificatifs eux-mêmes rhétoriques de "certain" ou d'"incertain", a été prise en considération pour devenir "risque", suite, entre autres, aux propos de Frank Knight.


9. Un dernier mot.

Bref, le pouvoir d'achat de la monnaie est une expression toujours problématique pour désigner la valeur de ce qu'on dénomme "monnaie" aujourd'hui.

S'y référer est sans valeur pour juger, par exemple, du taux de change d'une "monnaie" dans une autre.

Avec cette expression, il n'y a donc rien de nouveau sous le soleil de l'économie politique sinon la capacité d'introduire des notions - procédant de la rhétorique - ambigües et mises de côté jusqu'à présent comme les notions d'échangeabilité, de "risque d'échangeabilité" et de "risque de non échangeabilité", de "risque de catallaxie" et d'en déduire éventuellement d'autres conséquences.








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