Paris, le 31 octobre 2014




1. Le pouvoir d'achat de la monnaie.

Au début du XXè siècle, Irving Fisher a installé dans l'économie politique la notion de "pouvoir d'achat de la monnaie" (cf. ce texte d'octobre dernier ).

La notion, en définitive "rhétorique au mauvais sens du mot", ne procédait plus d'une analogie avec les sciences physiques, comme elle pouvait l'avoir été auparavant par la "théorie de la quantité de monnaie", mais de l'application d'une mathématique particulière, l'analyse matricielle, pour y introduire les notions de "niveau de prix en monnaie" des marchandises échangées et de "volume des échanges".

En effet, dans son livre de 1911, intitulé The Purchasing Power of Money, Fisher a fait intervenir le pouvoir d'achat de la monnaie en relation avec les prix en monnaie passés des marchandises échangées exprimés sous la forme d'un "niveau de prix" et leurs échanges en volume.

L'inverse du concept de "niveau des prix" à quoi a été donnée l'expression "pouvoir d'achat de l'unité de monnaie", était ainsi d'abord une notion mathématique.

Le pouvoir d'achat de l'unité de monnaie a fait florès par la suite pour mettre en relation les taux de change des monnaies les unes avec les autres (par l'intermédiaire des travaux de Gustav Cassel).

Dernier méfait en date : la création de ce qu'on dénomme "€uro" depuis 1998 sur la base des taux de change spot des "monnaies nationales" d'un certain nombre de pays (cf. ce texte).


2. L’équation des échanges écornée.

On ne peut que regretter que Murray Rothbard (1962) ne se soit pas appesanti davantage sur la mathématique qui avait permis à Fisher d'introduire le concept de "niveau de prix en monnaie des échanges" (cf. le texte), de prolonger la théorie absurde de Marx au terme de quoi la quantité de la monnaie est un obstacle pour les échanges et de s'acoquiner avec la théorie de la quantité de monnaie en la déformant.

A sa façon, il a surtout rationalisé la vieille théorie qui voulait que les variations de la quantité de la monnaie dans un sens entraînassent des variations des prix en monnaie dans le même sens (dans un temps plus ou moins long, cf. "effets Cantillon").

L'analyse matricielle que Fisher a adoptée, peut-être sans le savoir lui-même, l'a amené à proposer une "équation des échanges" à la fois simple et particulière pour celui qui n'est pas fermé à la démarche.

L'inconnue qu'il a montée en épingle, à savoir la "vitesse de circulation de la monnaie", se calculait sans difficulté mathématique.

Elle pouvait même faire en sorte qu'au gré du savant, l'"équation des échanges" restât "équation" ou devînt "égalité", "identité" ou "tautologie".

Mais, en aucun cas, elle ne justifiait de transformer l'équation, l'égalité ou la tautologie en une causalité.


3. Le péché monétaire de l’Occident.

En outre, en introduisant par la même occasion le concept de "volume des échanges", elle ouvrait la porte à une "fausse porte de sortie", à un trompe l'oeil qui était celui qui voulait que la quantité de monnaie limitât le volume des échanges (antienne marxiste).






Salvador Dali : "Trompe l'œil".






Et les gouvernements des pays s'en sont saisis et servis pour - croire - justifier que les quantités de monnaie nationales, telles qu'elles étaient définies alors, constituaient un obstacle sur le chemin de la restauration des économies européennes détruites par leur guerre de 1914-18.

C'est ainsi qu'au terme d'une conférence monétaire internationale (Gènes, 1922), il fut décidé par un grand nombre de gouvernements de pays que désormais les "substituts de monnaie bancaires" (billets et dépôts bancaires) échangeables en monnaie or, à la demande, pourraient être détenus en dehors de leurs frontières à la suite d'échanges internationaux de marchandises alors que, jusqu'à présent, ils ne pouvaient pas l'être.

Le "péché monétaire de l'Occident" venait d'être commis.


4. Des réglementations ultérieures absurdes.

Malgré les réglementations intervenues entre temps, les gouvernements des pays se sont retrouvés en 1944 pour "améliorer" ce qu'ils avaient pris l'habitude de dénommer "système monétaire international".

Comme pour "solder" les destructions considérables à quoi allait donner lieu la guerre de 1939-45 en cours, ils sont convenus de créer un organisme particulier, à savoir le Fonds monétaire international (en sigle F.M.I., cf. texte de mars 2009), qui aiderait les pays qui le lui demanderaient, à rétablir l'équilibre de leur balance des paiements, nouvelle donnée politique.

Plus de trente ans plus tard, les gouvernements des pays membres du F.M.I. ont dû se rendre à l'évidence, à savoir l'inefficacité totale des règlementations dont ils étaient convenus depuis 1944, F.M.I. compris.

Faute de trouver de nouvelles réglementations, ils en sont arrivés à abandonner d'un commun accord le principe qui gouvernait le système monétaire international, jusqu'alors à savoir celui des substituts de monnaie bancaires convertibles en monnaie or.

En conséquence de quoi, les taux de change des prétendus substituts de monnaie bancaires sont devenus "flottants" pour ne pas dire "variables".

Et le F.M.I. a perduré sans aucune raison malgré tout.


5. L’équation du revenu/dépense erronée.

Suite aux travaux de Milton Friedman et des monétaristes (décennies 1960-70) menés dans l'intervalle pour modifier le "niveau de prix en monnaie des échanges " en "niveau de prix du revenu/dépense" et le "volume des échanges" en "revenu réel" - représenté en pratique par le produit intérieur brut en volume des comptabilités nationales toutes nouvelles -, la "quantité de monnaie" a été jugée, à son tour, être le grand obstacle à la variation du revenu réel dans le bon sens.

Et, par exemple, aujourd'hui, les gouvernements s'efforcent d'augmenter la quantité de monnaie de façon à augmenter le revenu réel, par l'intermédiaire de ce qu'ils dénomment "quantitative easing" (cf. ce texte d'octobre 2012) .


6. Le néant habillé en monnaie.

Reste que la "quantité de monnaie" d'aujourd'hui n'a plus rien à voir avec la quantité de monnaie de 1911.

La France, par exemple, n'a plus de quantité de monnaie nationale, mais une quantité qu'elle partage avec d'autres pays sous la dénomination "€uro".

A l'échelle du monde, la "quantité de monnaie" n'est plus qu'un ensemble de quantités de prétendus substituts de monnaie bancaires sans ancre, un ensemble de "néants habillés en monnaie" (pour reprendre l'expression de Jacques Rueff, cf. le texte de janvier 2014) que des taux de change relient les uns avec les autres grâce aux marchés.




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