A Paris, le 11 septembre 2014.





1. Puisqu'en France, on aime bien la cuisine, la bonne cuisine de préférence, que penser de la "sauce lyssenko" qui est versée en permanence, implicitement, par les hommes de l'état pour enrober l'économie ?

Certes, elle n'a rien à voir avec la cuisine, au moins au sens premier du mot, car l'économie de la France n'est en aucun cas un mets qui permette de se pourlécher les babines.


2. Mais, d'un point de vue rhétorique, on peut toujours considérer qu'elle nappe l'économie par ce qu'on dénomme la "comptabilité nationale" au point que celle-ci la fasse disparaître des goûts et des couleurs.

Soit dit en passant, la comptabilité nationale n'est pas non plus un mets, mais un "objet frontière" qui devrait défier n'importe quelle imagination (cf. ce texte de février 2010 ) .


3. Et elle-même ruisselle de l'"équilibre économique", aujourd'hui de la "croissance" (cf. ce texte de mai 2012), entité polylogique - et toujours pas mets - chère à certains économistes et à quoi sont sensibles les hommes de l'état.

Soit dit en passant là encore, les seconds ont l'attention des premiers et, par vague, se vautrent dans le "conseil d'analyse économique".
Le C.A.E. est une entité qui a été instaurée par décret (décret n°97-766 du 22 juillet 1997) par Lionel Jospin, alors Premier ministre du gouvernement de l'état, dont la "version consolidée au 6 novembre 2012" précise, en particulier, que:

"Vu le décret n° 90-437 du 28 mai 1990 fixant les conditions et les modalités de règlement des frais occasionnés par les déplacements des personnels civils sur le territoire métropolitain de la France lorsqu’ils sont à la charge de l’Etat, des établissements publics nationaux à caractère administratif et de certains organismes subventionnés,

Article 1

Il est créé auprès du Premier ministre un Conseil d’analyse économique ayant pour mission d’éclairer, par la confrontation des points de vue et des analyses, les choix du Gouvernement en matière économique. "


4. Que vient faire, plus précisément, la dénomination "sauce lyssenko" en relation avec l'économie de la France, la comptabilité nationale et l'équilibre économique ou la croissance, me direz-vous?

Elle est, en vérité, une expression centrée sur le nom d'un natif de Russie, à savoir Trophim Denissovitch Lyssenko, en russe, Трофим Денисович Лысенко (1898-1976), qui a été le maître de la biologie soviétique sous Staline et Khrouchtchev.


5. Il faut savoir que l'homme en question a combattu la génétique en montrant que les enseignements à quoi elle donnait lieu étaient contraires à la théorie marxiste.

Selon l'analyse de Lyssenko, la science progressiste, celle qui découlait de la théorie marxiste, appelait à la transformation de la société et s'opposait à l'autre science, à la science qualifiée de réactionnaire, qui justifiait le conservatisme et l'inégalité.

Pour être fidèle à l'inspiration de Lyssenko, à défaut de comprendre ce qu'il pouvait bien vouloir dire et comme y invite la sauce éponyme, il convenait donc de faire confiance et de suivre tous ceux qui s'attaquaient aux théories des "réactionnaires" et, à l'opposé, de dénoncer au minimum ceux qui soutenaient les propos de ces derniers dans tous les domaines de la science.


6. Dans le cas de l'économie de la France, la "sauce lyssenko" consiste à transformer la comptabilité nationale, déjà bien ébranlée par naissance (dans la décennie 1940, cf. ce texte d'avril 2014), en une structure plus marxiste encore et à la faire dominer le discours économique, n'en déplaise au décret précédent.


7. Exemplaire, et devrait faire sursauter chacun, est qu'on parle de "produit intérieur brut" au lieu de parler d'"échange intérieur brut" convenu, comme si tout procédait de la production alors que tout procède en réalité des échanges de marchandises de vous et moi.

On échange des marchandises qu'on a produites, il ne faut jamais l'oublier.


On peut toujours faire croire, à ce point, qu'il existe des "biens marchands" et des "biens non marchands" ou des "biens" et des "services" (cf. ce texte de juin 2014).

On ne peut que regretter que Vilfredo Pareto ait écrit:

"Les biens se transforment les uns en les autres matériellement par la production, économiquement par l'échange" (Pareto, 1896-97, §43)

ou bien encore:

"Les biens économiques se distribuent sous l'action de la concurrence" (ibid. § 416)

sans préciser ce qu'il mettait sous le mot "bien" et sans faire référence aux actes économiques humains.
A d'autres moments, il fut mieux inspiré.

Soit dit en passant, le service témoigne d'un acte de vous ou moi qu'une analyse économique sans concept d'"acte humain" laisse de côté ou identifie à résultat d'action.
Le service n'est pas un objet comme certains le supposent explicitement ou non, à l'exemple de Gérard Debreu qui n'hésitait pas à voir dans le "travail" un type de "tâche accomplie":

"Le premier exemple d'un service économique sera le travail humain. Sa description est celle de la tâche accomplie [...]" (Debreu, 1960)

La réalité est que le "service" représente tout acte de l'être humain, de la personne juridique physique qu'elle est, de son patrimoine connu ou non.

Les "services" procèdent d'"objets" que les gens y découvrent quand ceux-ci ne sont pas échangés en tant que tels, indépendamment de ce dont ils procèdent.

Malheureusement, le travail qu'a fait intervenir Debreu tenait donc, non seulement dans le résultat de l'acte de la personne juridique physique et non pas dans l'acte de celle-ci, mais encore dans le résultat accompli, ex post, et non pas dans l'acte ex ante.


8. D'ailleurs, dans sa soif de mesure, la théorie de l'équilibre économique général ou la théorie macroéconomique n'ajoute-t-elle pas au produit intérieur brut, les "importations", type d'échanges avec l'extérieur, pour introduire les "ressources" dont a disposé l'économie de la France, au cours d'une période de temps passée?

En d'autres termes, l'addition du "produit intérieur brut" et des "importations" donne des "ressources", mais l'ensemble n'est guère cohérent.

Comme pour prévenir la critique, certains préciseront à l'occasion que le "produit intérieur brut" est le nom donné à la "somme des valeurs ajoutées brutes", une de ces diverses définitions (cf. définitions de l'I.N.S.E.E.).
Mais cela n'ajoute rien.

Les échanges de marchandises, de choses échangées, ont de la valeur pour ceux qui en sont les parties, qu'elles soient intérieures ou achetées à l'étranger.
Elles ne sauraient être confondues ni avec des produits qui, le cas échéant, n'ont pas été échangés, ni avec des "valeurs ajoutées".


9. Reste que la "valeur ajoutée" n'est pas une notion de théorie économique, elle n'est ni expliquée, ni explicative.

"Valeur ajoutée" et "valeur" font deux.
Et quand bien même elles feraient un pour des ignares, la "valeur" a trop de définitions aujourd'hui en économie politique pour s'en satisfaire.

La "valeur ajoutée" n'est qu'une expression conçue ou convenue par quelques hommes de l'état farfelus ignorants de l'économie politique.




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