A Paris, le 17 juillet 2014.




1. Le coût de l'échange.

Parmi les expressions de l'économie politique bannies ou ignorées par un grand nombre, économistes ou non, il y a la notion de "coût de l'échange".

On parle de tout sauf du coût que cachent les échanges de toute nature que nous menons, vous et moi, et que permet de connaître l'"économie autrichienne".

On oublie que le coût est d'abord une notion subjective connue seulement de son "propriétaire":

"Le coût ne peut pas être mesuré par quelqu'un d'autre que le décideur car il n'y a aucun moyen que l'expérience subjective puisse être directement observée".

"Cost cannot be measured by someone other than the decision-maker because there is no way that subjective experience can be directly observed" (Buchanan, 1969, p.42).

Le plus souvent, dans les approches non autrichiennes de l'économie, l'acte d'échange est cannibalisé par la production, résultat de l'acte de production, et tout ce qui est associé à celle-ci (fonction de production, productivité, coût de production, compétitivité, etc.) sans oublier la comptabilité nationale (cf. ce texte d'avril 2014 ou celui-ci de juillet 2013).

Dans cette perspective, exemplaire est la fameuse théorie de l'équilibre économique général qui a connu des firmaments d'intérêt au XXè siècle, dans la décennie 1930 ou après 1960.
Elle ignore la notion de coût de l'équilibre et celle du coût des échanges qui y conduisent!
On parle d'équilibre, mais on est muet sur ses coûts.

L'équilibre économique n'aurait-il pas de coût et se ferait-il sans coût de l'échange?

On remarquera déjà que la théorie a mis de côté ce qu'on dénomme la "monnaie".
Quand on sait la diminution de coût qu'apporte l'existence de la monnaie aux échanges, on ne peut qu'être étonné du choix (cf. ce texte de novembre 2011).

Alors que l'équilibre économique n'est jamais qu'une transposition de la machine simple de la physique qu'est la "mécanique" et que la physique en question a pour principe la "loi de l'économie", autre façon de parler de la diminution perpétuelle du coût de l'échange de la nature, la théorie de l'équilibre ne dit rien sur la notion.

Cela est pour le moins étonnant.

En vérité, elle identifie "échange" et "production", en ne distinguant pas acte de vous et moi et résultat de l'acte, et met l'accent sur la production-résultat, de façon absurde.

Sa méthode dite de l'équilibre, essentiellement mathématique aujourd'hui, est à critiquer au plus haut point.


2. Coût de l'échange et coût de transaction.

Parfois, la notion de coût de l'échange est confondue tout simplement, volontairement ou non, avec celle de "coût de transaction" qui n'est jamais qu'un anglicisme récent de l'économie dominante et dénaturé en français.
En toute rigueur, en français, la transaction est un moment de l'échange, celui du débat entre les parties.  Elle passe après la rencontre des parties et avant leur éventuel accord qui, en particulier, donnera lieu au taux d'échange convenu, c'est-à-dire à un prix.

Le champ de bataille de la notion mérite attention (cf. texte de Allen, 1998, par exemple).


3. "Difficultés" et "obstacles", la mauvaise rhétorique.

Malgré cela, la place lui reste prise, depuis des lustres, par la fausse notion de "difficulté" (ou son opposé, celle de "facilité") et autres "obstacles" à on ne sait qui ou quoi...

Ce ne sont que des jugements de valeur à l'emporte-pièce qui se veulent objectifs et situent dans la mauvaise rhétorique et non pas dans la science qu'est l'économie politique et que refusent beaucoup, à commencer par des économistes.


4. Le deus ex machina.

Plus grave peut-être, il s'avère que l'ignorance de chacun que traduit la situation ouvre la voie à un prétendu deus ex machina, à savoir les hommes de l'Etat, pour créer des réglementations plus absurdes les unes que les autres, jusqu'à ce qu'ils les abrogent... un beau jour, comme si de rien n'était.

Aucun homme de l'Etat ne saurait être omniscient.
Il n'est ni plus ni moins ignorant que vous ou moi.
Malheureusement, il dispose de la force violente contre toute chose (dont vous et moi), au moins l'espère-t-il.

Et cette force violente porte, en particulier, sur les réglementations qu'ils peuvent imposer... un temps.

Soit dit en passant, les mêmes feront confiance à des théories économiques qui mettent de côté les règles de droit ou bien à des économistes qui s'abreuvent aux théories précédentes.
Ils ne sont pas à une incohérence près.


5. Innovation et réglementation.

Le phénomène de l'innovation à quoi donne lieu, de temps à autre, l'intelligence de vous ou moi, a réussi progressivement à s'extirper de l'ignorance pour donner lieu à des connaissances.

Ce qu'on a dénommé "monnaie" était l'une d'elles.
Elle n'avait rien à voir avec les hommes de l'Etat (cf. ce texte de Mises).

La démarche est allée de pair avec la diminution du coût économique, en général, et avec celle du coût de l'échange, en particulier.

Et le tout s'est accumulé pour le plus grand bien de chacun jusqu'au début du XXè siècle.

A l'opposé, tel ou tel phénomène de réglementation, c'est-à-dire de déformation ou de dénaturation des règles de droit, a été créé un beau jour par les hommes de l'Etat, puis détruit un suivant, plus ou moins éloigné, moyennant de grosses pertes extraordinaires entre temps supportées par vous et moi, ou par nos ancêtres.

Et, au XXè siècle, la réglementation s'est jetée sur la monnaie pour, sinon la détruire, au moins la dénaturer, moyennant les pertes supportées par chacun, dont personne ne parle (cf. par exemple ce texte d'octobre 2010 ou celui-ci de septembre 2012).


6. Un dernier mot.

Rien ne justifie d'employer aujourd'hui le terme "monnaie" comme on pouvait le faire au début du XXè siècle.

Un autre terme devrait être trouvé à moins qu'on redécouvre d'ici là ce qu'est la vraie monnaie, à savoir un marché libre de la monnaie, une concurrence entre les monnaies, bref des monnaies affranchies des méfaits des réglementations des hommes de l'Etat.





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