Paris, le 10 avril 2011.



Peut-on dire que la monnaie de la France était dépendante du budget de son Etat au début du XXème siècle ?
On peut toujours le soutenir même si cela est très discutable.
La monnaie d'un pays et le budget de l'Etat de celui-ci n'ont a priori rien à voir l’un avec l’autre.

Peut-on le soutenir aujourd'hui, au début du XXIème siècle?
Non, car la France a pour monnaie l'euro et que l'euro ne lui est pas propre.

Peut-on soutenir alors que la monnaie euro est dépendante des budgets des Etats des pays membres de la zone euro ?
Certains le soutiennent plus ou moins tacitement.  Rien ne justifie pourtant une réponse affirmative à la question sinon pour tenter de perpétrer un mauvais coup.


1. Petit rappel.

La quantité de monnaie – la « masse monétaire » comme on dit en France – circulant dans un pays et le budget de l’Etat de ce pays n’ont a priori rien à voir l’un avec l’autre.

La monnaie contribue à réduire le coût de l’échange des biens en propriété tandis que la plupart des postes du budget de l'Etat recouvrent des opérations qui court-circuitent l’échange et qui tiennent davantage dans des vols légaux de propriétés aux uns et dans des dons de celles-ci à d'autres, voire à eux-mêmes.

Cette indépendance de la quantité de monnaie et du budget a longtemps étayé la recherche macroéconomique, discipline de l’économie politique apparue à la fin de la décennie 1930.

Celle-ci portait principalement sur les effets respectifs de la politique monétaire et de la politique budgétaire sur le revenu national – la production, l’emploi – et, le cas échéant, sur le taux de change de la monnaie nationale réglementée.

Forme extrême de cette recherche : le modèle économétrique « monétariste » dit "réduit" de la Banque fédérale de Saint Louis (U.S.A.) qui avait vu le jour à la fin de la décennie 1960 et qui établissait une relation directe chiffrée entre le revenu national, la quantité de monnaie "dollar" et le budget de l’Etat fédéral.
Il laissait de côté le taux de change du dollar.

Dans le cadre de l’expérience actuelle de l’euro commencée en 1999, les hommes de l’Etat des pays membres de la zone euro semblent vouloir faire croire aujourd’hui que « beaucoup de choses », à commencer par l'existence même de l'euro, dépendent des budgets des Etats en question.

Selon eux, étant données les politiques budgétaires qui ont été menées par les uns et les autres depuis le début de l’expérience, qui s’avèrent être en opposition avec les règles convenues, et leurs endettements respectifs résultant, il faut instituer une solidarité entre Etats.
En d’autres termes « terre à terre », il faut prendre aux peuples des uns et donner aux peuples des autres, en se servant au passage – il faut bien vivre, n'est-ce pas … -.

Premiers organismes créés dans cette optique : l’"Eurogroupe" et la « facilité européenne de stabilité financière » (F.E.F.S.) .

De fait, aujourd’hui, les pays membres de la zone euro n’ont pas, chacun, une quantité de monnaie spécifique qui circule dans leurs frontières et qui irrigue leurs activités économiques.
Leurs populations respectives s’adressent spontanément au système monétaire "euro", un système bureaucratique hiérarchisé au sommet de quoi se trouve une banque créée pour l’occasion, la banque centrale européenne (B.C.E.).

Statutairement, la B.C.E. a reçu mission de faire en sorte qu’il y ait stabilité des prix en monnaie dans la zone euro et que le système monétaire qu’elle coiffe offre de la monnaie en conséquence - sauf conditions extraordinaires, vraisemblablement méconnues du grand public … -.
En d’autres termes, elle doit faire en sorte que le pouvoir d’achat de l’euro soit stable.

Soit dit en passant, curieusement, certains distinguent aujourd’hui le pouvoir d’achat d’une monnaie et son taux de change : la création de l’Eurogroupe en est une conséquence directe.

Exit, dans ces conditions, la discussion officielle sur les effets de la politique monétaire sur le revenu national dans chacun des pays de la zone euro.

Reste la politique budgétaire.
Les pays membres de la zone euro n’ont pas, par contre, une politique budgétaire commune.
Ils avaient des règles que les hommes de l’Etat s’étaient donnés au départ, dont ils étaient convenus et qui devaient faire fonction ou jouer le rôle de la politique budgétaire commune.

Le fait est que la plupart des hommes de l'Etat ne les ont pas respectées.

Certains voulaient même l’institution d’un Etat européen qui s’en chargerait, mais des peuples consultés par referendum sur la question l’ont refusé.

L’entreprise de solidarité entre Etats en gestation est donc un camouflet de plus – certes caché par la rhétorique – donné aux peuples, voire à l’intelligence des phénomènes économiques par les économistes.

Même si les apparences semblent faire croire le contraire, l’entreprise n’est pas nouvelle.
Elle est une espèce de poursuite d’une entreprise passée dont on peut dater la naissance.


2. L'évidence.

Jusqu’à l’interdiction de la convertibilité en or de "la" monnaie – en toute rigueur, la convertibilité en or des substituts de la monnaie bancaires (billets et compte de dépôt) puisque la monnaie était de l'or (ou de l'argent) -, l'indépendance de la monnaie et du budget d'un Etat était une évidence pour chacun.

Les ajustements économiques se faisaient spontanément par variations ponctuelles des prix en monnaie des échanges intérieurs, par variations de la quantité de monnaie-or, couverture des substituts de monnaie bancaires, en relation avec les échanges extérieurs et, à l’extrême, par variation du prix de « la » monnaie en or.


3. La révolution de palais ignorée.

Avec l'interdiction de la convertibilité en or et la charlatanerie qui s'est ensuivie, l'apparence de la dépendance de la monnaie au budget de l'Etat a été prise pour "argent comptant" par l'opinion publique.

En vérité, les hommes de l'Etat de l'Occident ont fait une espèce de révolution de palais, curieusement ignorée des historiens, dans la décennie 1930.

Ils y ont procédé quand ils ont interdit, chacun leur tour - ceux de France en 1937 -, la convertibilité intérieure en or de « la » monnaie dans les pays de l’Occident – et malgré l’exemple récent alors des dégâts qu’avait causés l’inconvertibilité de certaines monnaies au lendemain de la guerre de 1914-18 (cf. par exemple, le livre de Jacques Rueff intitulé Théorie des phénomènes monétaires et publié en 1927) -.

Ils ont considéré qu'ils étaient les plus forts ainsi et qu'ils ne seraient plus pris de court par les ajustements économiques, celui du début de la décennie 1930 serait le dernier. 
A défaut de tous les empêcher, au moins ils "amoindriraient" leur intensité .

De plus, après les variations des prix des monnaies nationales en or choisies dans la première moitié de la décennie 1930 et les interdictions de la convertibilité intérieure de la monnaie nationale en or – à commencer par les Etats-Unis -, des économistes ont affirmé expliquer que les ajustements économiques peuvent se faire ou se contrer par des opérations budgétaires (fiscalité, dépenses de l’Etat, endettement), bref par la politique budgétaire.

Et ils ont été écoutés par les hommes de l'Etat.


4. Faut-il rappeler la suite ?

La suite, c’est le débat des économistes sur les coûts et avantages de la politique budgétaire et de ce qu’on dénomme depuis récemment alors, la « politique monétaire », pour ne pas parler, comme c’est le cas entre autres en France, de la « planification », jusqu'à aujourd'hui inclus (cf. par exemple ce texte).

C’est le débat sur les déséquilibres des balances des paiements internationaux des pays membres du système monétaire international convenu à Bretton Woods (U .S.A.) en 1944, jusqu'à aujourd'hui inclus.

C’est la décision du président des Etats-Unis, Nixon, qui, en 1971, décrète l’inconvertibilité extérieure du dollar en or et cela, en définitive, en dépit de l’action menée par le Fonds monétaire international (F.M.I.), organisme créé en 1944, qui devait aider au fonctionnement du système conclu alors – en d’autres termes, et entre autres, pour empêcher une telle décision -, qui a donc échoué et qui, contre toute attente rationnelle, a survécu à la décision présidentielle.

Ce sont alors des augmentations permanentes des dépenses des Etats des pays et des augmentations de leurs déficits budgétaires respectifs jusqu'à aujourd'hui inclus.

C’est l'ajustement économique par la montée du chômage dans les pays de l'Occident à des niveaux parfois élevés d'où, comme en France, il ne descendra plus guère.

C’est parallèlement l'ajustement économique par l’inflation mondiale de la fin de la décennie 1970 et du début de la décennie 1980.

Ce sont des ajustements économiques, dénommés le plus souvent "financiers", à répétition, depuis 1987.


5. L'entrée en jeu de l'euro.

C’est encore l’« €xpérience » – je veux insister par ce mot sur l’expérience actuelle de l’euro – depuis le 1er janvier 1999, sur la base des règles convenues entre les gouvernements des Etats d’un certain nombre de pays de l’Union européenne (résultat du traité de Maastricht), des règles que les hommes de l’Etat de ces gouvernements se sont empressés de ne pas respecter sauf une, celle à quoi ils ne pouvaient échapper, à savoir les prix de fusion des monnaies nationales en euro convenus en mai 1998.


6. Le marché de l'or.


C'est enfin l'évolution du prix de l'or qui équilibre le marché de celui-ci, voire très indirectement l'économie mondiale...

Cette dernière semaine, le prix de l’once d'or en dollar a atteint :

                         $ 1450,

une once, c'est 31,1 grammes.

Ce prix fait apparaître une multiplication du prix de l'once d'or en dollar de 1900 - $ 20,7 - par un chiffre de l’ordre de:
             
                             70

et de l’ordre de :
             
                             40

si on fait référence à son prix de 1934, année de la première dévaluation du dollar depuis 1900 décidée par le président des Etats-Unis, Roosevelt : prix fixé à $35.

Pour sa part, le franc, monnaie de la France, est passé de :

                          322 mg d'or en 1900
à
                            1,6mg d'or en 1969

- soit une division par plus de :

                             200,

en d'autres termes, le pouvoir d'achat du franc a été divisé par 200 ! -.

Il a disparu en 1999, fusionné avec d'autres monnaies de pays de l'Union européenne dans l'euro sur la base de :

                  € 1 = F 6,55957 .

Par comparaison, il faut savoir qu'entre 1803 et 1914, le prix du franc était resté égal à 322 mg d'or, donc son pouvoir d'achat stable malgré les périodes de trouble traversées.

De plus, le franc à ce prix était devenu à partir de 1865 la référence de l'Union monétaire latine (qui regroupait la Suisse, la Belgique, l'Italie et la Grèce) et le restera jusqu'à 1914. 
Un franc, c'était aussi une lire ou une drachme, 322mg d'or.

Il le restera malgré en particulier la défaite militaire de la "guerre de 1870" qui amènera l'Etat de la France à devoir payer à l'Allemagne, au titre des réparations, F 5 milliards (en fait F 6 milliards au total...).

Pour avoir une idée de l'ordre de grandeur de ce chiffre, il faut savoir que le budget de l'Etat de la France en 1869 était un peu supérieur à F 2 milliards et qu'en1914, équilibré, il était de peu inférieur à F 5 milliards.

Pour sa part, en 1873, le prix du mark allemand était fixé en or et le restera jusqu'à 1914 : 

                     1 mark = 393 mg d'or

Quant à l'Angleterre, première puissance financière mondiale reconnue alors, en 1900 :

                     1 souverain = 7.99 g d'or.


Depuis 1971, les monnaies réglementées nationalement ou régionalement ne sont donc plus convertibles en or.

Sur le marché de l'or, de janvier 1971 à février 2008, le prix de l'once d'or en dollar a eu l'évolution retracée sur la figure ci-dessous :


                                     Figure 1

                        Prix de l'once d'or en dollar
                         janvier 1971- février 2008
                             



Si on privilégie les dates extrêmes, l'once d'or est passée de $35 à $950,

Cette évolution est à interpréter comme un ajustement économique durable, ponctué des péripéties citées sur le graphique.

Et depuis janvier 2006 jusqu'à aujourd'hui, le prix de l'once d'or en dollar a eu l'évolution suivante :

                                    Figure 2

                             Prix de l'once d'or
                        (janvier 2006-Avril 2011)


source : http://goldprice.org/gold-price-history.html

L'once d'or est passé de $600 à plus de $1450.

Sur la base d’un prix de l’euro en dollar voisin de $1,45 la semaine dernière, le prix de l’once d’or a donc atteint grosso modo :

                          € 1000.

Comment interpréter ce phénomène d'ajustement économique durable qui a donc fait "pan dans le 1000"?


7. La morale.

Malgré tout ce qui s'est produit et aurait dû convaincre qu'elle n'était pourtant pas la réalité, mais un contraire de cette dernière, manipulé, qui la minait, la dépendance de la monnaie d'un pays au budget de l'Etat de celui-ci a prospéré comme idée.

Elle atteint aujourd'hui un comble
avec le système monétaire actuel de l'euro.
Il y aurait une dépendance de la monnaie « euro » aux budgets des Etats des pays de la zone "euro", au moins est-ce ce à quoi veulent faire croire beaucoup d'hommes de l'Etat.

A les entendre, refuser cette dépendance ou mieux..., ce qu'elle cache selon eux, à savoir une solidarité nécessaire entre Etats, serait économiquement dangereux, mieux..., immoral.

D’où, en particulier, dernièrement, la création de la « facilité européenne de stabilité financière », un intermédiaire financier créé ex nihilo… et abondé, comme si la coupe n'était pas encore pleine.
 
De telles leçons de morale de la part de ces mêmes hommes de l’Etat qui n'ont pas respecté les règles dont ils étaient convenus, une fois de plus, devraient faire réagir les peuples!

A les entendre, et avec un minimum de mémoire, on ne peut qu’admettre qu’il y a vraiment une grandeur dans le mal - leur démarche depuis l'origine - qui mérite l’attention qu’on peut porter à la grandeur dans le bien. Sa mesure ?

Peu importe sa mesure.
Mais si on tient absolument à en avoir une, c'est pour l'instant:

                    € 1000,

le niveau où a grimpé le prix - en euro -  de l’once d'or, cette dernière semaine.

Ce prix informe d'un ajustement économique en cours extraordinaire dont la cause et l'issue devraient préoccuper.

Pour ma part, je vois
la cause dans la révolution de palais ignorée qui s'est produite dans la décennie 1930.  Quant à l'issue, elle va bien survenir un jour ou l'autre, elle tient dans la responsabilisation des hommes de l'Etat.





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