Paris, le 6 septembre 2011.




On parle beaucoup aujourd'hui des « monnaies » et, en particulier, de la « jeune » monnaie dénommée «euro » après avoir mis un long temps à en parler comme si l'ajustement mondial en cours depuis des années n'aurait pas eu de relation directe avec celles-ci.
Je m’en étonnais il y a près de trois ans dans ce billet intitulé "Motus et bouche cousue sur l'euro"


1. Ecrivons peu, écrivons bien...

Mais, d’abord, on devrait parler des « monnaies réglementées » nationalement, régionalement, ou internationalement... sauf à identifier, sans le dire, comme une évidence, monnaies et monnaies réglementées.
Les monnaies non réglementées n'existent plus aujourd'hui. Elles sont à la merci des hommes de l'Etat et de leurs banques centrales depuis au moins le XXème siècle.


Ensuite, on ne devrait plus employer le mot « monnaie » ! L'évidence est fausse.

Depuis la décennie 1930 et l'interdiction de la convertibilité « intérieure » des substituts de monnaie bancaires – billets et dépôts bancaires – en monnaie or ou argent, à la demande et à un taux fixe, prise par les hommes de l’Etat de par le monde, "billets et dépôts bancaires" sont des « substituts de rien », du « néant habillé en monnaie » pour reprendre l'expression que Jacques Rueff avait forgée pour désigner la monnaie institutionnelle que le Fonds monétaire international avait reçu l'autorisation d’allouer au début de la décennie 1970, à savoir les Droits de tirages spéciaux (D.T.S.) – cf. ce billet intitulé "Plus çà change, plus c'est pareil" - .

Restent certes les « pièces de monnaie », bien dénommées.
Mais elles ne s'échangent pas internationalement et leur valeur faciale est supérieure aux prix d’échange qu'on pourrait tirer de la fonte de l'alliage dont elles sont faites : en d'autres termes, elles ont « cours forcé » et c’est pourquoi elles ne sont pas échangeables internationalement.

Soit dit en passant, la loi Glass Steagall – juin 1933 (1) - qui a commencé à devenir fameuse en France, depuis son abrogation en 1999 - est concomitante avec l’interdiction de la convertibilité intérieure des substituts de monnaie bancaires libellés en "dollar des Etats-Unis" en monnaie or, prise en mars 1933 par le président des Etats-Unis, Franklin Delano Roosevelt (F.D.R....).

(1) « The first Glass-Steagall Act of 1932 was enacted in an effort to stop deflation, and expanded the Federal Reserve's ability to offer rediscounts on more types of assets, such as government bonds as well as commercial paper.
The second Glass–Steagall Act (the Banking Act of 1933) was a reaction to the collapse of a large portion of the American commercial banking system in early 1933.
Literature in economics usually refers to this latter act simply as the Glass–Steagall Act, since it had a stronger impact on US banking regulation.» (wikipedia anglais)

Ce point est rarement évoqué... Pourquoi ? Je vous laisse deviner la réponse.


Je préfère insister sur le fait que les décisions d'interdiction de la convertibilité des substituts de monnaie bancaires en monnaie or de la décennie 1930, décennie d'un socialisme triomphant en particulier sur la dénaturation de la pensée de Vilfredo Pareto, ne sont que des réactions réglementaires à la "mauvaise conjoncture", de prétendus remèdes qui, en vérité, ne font que s'inscrire dans la ligne de l'accord international de Gènes (1922), cf. par exemple ce billet intitulé "D'une quarantaine monétaire à l'autre", mais il y a en a d'autres.


2. Conséquences de l’interdiction de la convertibilité.

A qui a profité le crime de l’interdiction de la convertibilité?

Aux ignorants … qui ont pu ainsi appeler « chat » un chien... , abuser les honnêtes gens et les amener à croire, comme c'est le cas aujourd'hui, qu’ils ont, dans la poche ou sur leur compte bancaire, de la monnaie.

A ceux qui ont pensé pouvoir tirer les ficelles de la situation.

Par exemple, les dirigeants de l’institution internationale dénommée Fonds monétaire international qui a été créée par les accords monétaires internationaux dits "de Bretton-Woods" en 1944 et qui aurait dû disparaître en 1971, au moment de la dénonciation par le président des Etats-Unis de ces mêmes accords, à savoir l'inconvertibilité « extérieure » des substituts de monnaie bancaires nationaux en monnaie or, dénonciation qui était la preuve que l'institution n'avait pas mené à bien sa mission.

Par exemple, les dirigeants des Etats des pays de la zone « euro » qui ont agi de façon à substituer à leurs monnaies nationales respectives, effets de l’histoire…, à partir du 1er janvier 1999 une monnaie régionale construite de toutes pièces dénommée « euro », sans précédent, dans le but de créer un Etat européen comme si une telle entreprise eût pu avoir un début de commencement de réalité (cf. billet intitulé "Vers une manipulation financière de trop")..


Il s'ensuit que ce qu'on dénomme aujourd’hui « monnaie » n'est plus ce qu'on dénommait « monnaie » au début du XXème siècle – alors que ce qu'on dénommait alors « monnaie » était presque identique à ce qu'on dénommait « monnaie » un siècle plus tôt, voire antérieurement.  Attention donc aux comparaisons inter temporelles et aux anachronismes.

Parler des "monnaies" aujourd'hui est purement et simplement un abus.

En d’autres termes - certes … théoriques et peu employés -, ce qu’on dénomme « monnaie » aujourd’hui n'est plus le grand processus qui avait contribué à la diminution du coût des actes d'échange de vous et moi, ni, si on préfère, la manifestation d'un aspect de la loi de l'économie qu'elle était et aurait dû le rester.


3. Pitié pour les banques de second rang.

Pire peut-être que l’interdiction de la convertibilité, il y a maintenant la cause du sort que connaissent les banques dites « de second rang » du fait de leur gestion "actif-passif".

Les banques émettrices de monnaie dans le passé sont en effet aujourd’hui des banques centrales privilégiées qui émettent des billets – billets qui relèvent donc du « néant habillé en monnaie » - et, à concurrence des dépôts reçus, des banques de second rang assujetties à ces banques centrales.

Il s’avère qu’après « s’être fait avoir » par les produits financiers conséquences des lois américaines sur les créances hypothécaires dites « subprime », les banques de second rang se voient mises en difficulté par les créances dites « souveraines ».

Ces placements a priori « de bonne mère de famille » en créances sur certains Etats des pays de la zone « euro » s’avèrent aussi pourris que l’ont été – et le sont encore car l’affaire n’est pas terminée – les créances « subprime » ou les produits structurés assis sur ces dernières.

« A qui se fier ? », les dirigeants de ces banques doivent-ils se demander ?


4. Un grand merci au marché financier.

Il en est ainsi car le marché financier n’accepte plus de prêter aux Etats aux conditions qu'il avait pratiquées antérieurement étant données son évaluation de leur présent et surtout son évaluation de leur avenir.

En vérité, l’interdiction de la convertibilité et cette prise de position du marché financier sont intimement liées et leur succession logique.
 

Si la convertibilité n’avait pas été interdite, jamais les Etats n’auraient pu accumuler les déficits qu’ils ont accumulés.

Le marché de la monnaie – « marché des changes » - se serait chargé de rappeler à l’ordre les Etats prodigues qui auraient présenté quelques déficits consécutifs en faisant pression sur le taux de change de leur monnaie nationale – et la pression se serait résolue par une dévaluation -.
Ce fut le cas au moins jusqu'à 1971.

Avec la convertibilité interdite tant intérieurement (depuis la décennie 1930) qu’extérieurement (depuis le début de la décennie 1970), les hommes de l’Etat ont crû qu’ils pourraient abuser autant qu’il leur plairait et cela d’autant plus que le marché financier connaissait de grandes innovations.

Ce fut une grosse erreur, une de plus…

Ainsi, au lieu que ce soit le marché de la monnaie qui les rappelle à l’ordre, c’est le marché financier qui s'en charge.

Et les premiers dindons sont les banques de second rang : "information ordonnée commence par soi-même", n'est-ce pas.

Et les provisions qu’elles doivent constituer pèsent sur leur activité et donc sur ce qu'il est convenu de dénommer «monnaie».


A cette occasion, que certains hommes de l’Etat ou de la classe politique critiquent les banques tient autant de la merveille, d'une farouche hypocrisie que d’une ignorance crasse.

Qu’auraient-ils dit, quelles nouvelles réglementations auraient-ils trouvé le moyen de pondre si les banques n’avaient pas souscrit aux emprunts d’Etat à long terme ?

Rappelons en passant qu'en France, c'est depuis mai 1972 que les banques peuvent souscrire à ce type d'emprunt. 
La décision en avait été prise suite au rapport "Marjolin-Sadrin- Wormser" qui conseillait de décloisonner les marchés - marché boursier des obligations, marché monétaire -, les actions de la Banque de France et les activités des établissements financiers.


5. La réalité.

L’interdiction de la convertibilité des substituts de monnaie bancaires en monnaie or et l’instauration d’un néant habillé en monnaie dénommé différemment selon le monopole privilégié qui s’en occupe (« monnaie euro », « monnaie dollar des Etats-Unis », « monnaie yuan renminbi », etc.) sont en définitive la cause de la situation actuelle qui, elle-même, ponctuellement, n’est jamais qu’une situation de plus dans la longue série commencée depuis lors, à cause de l’interdiction.

Grande différence avec les précédentes néanmoins : le rôle tenu par le marché financier.
Il montre que la situation n’est pas une crise monétaire, mais d'abord un vaste capharnaüm monétaire où les Etats ont, chacun, un rôle central.
C'est lui qui va y mettre de l'ordre.

Comment va-t-il y procéder ? La réponse sera l’objet d’un prochain billet.




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