A Paris, le 18 mars 2012.




1. Les fonctions de la monnaie.


N'est-il pas paradoxal de donner des "fonctions" à ce qu'on dénomme "monnaie" - et plus communément "argent"... en France -, comme c'est habituel, et de définir celle-ci par ces fonctions alors que, dans le même cadre de pensée, on laisse de côté les actions que mènent les êtres humains ?

Les êtres humains ne sont-ils pas les seules entités à avoir la capacité de remplir des fonctions - aspects de leurs actions - ou à donner à leurs semblables des fonctions à remplir ?

La monnaie ne saurait avoir les fonctions de "moyen d'échange", d'"unité de compte" et de "réserve de valeur" qu'on veut bien dire.

Soit dit en passant, depuis que la politique monétaire a vu le jour au XXè siècle et est censée avoir un impact sur l'équilibre macroéconomique, le niveau de l'activité ou de l'emploi, voire la croissance, pourquoi la monnaie n'a-t-elle pas reçu pour quatrième fonction reconnue ce rôle ?

Une chose ne saurait avoir des fonctions ou alors des fonctions mécaniques automatiques comme en ont les machines à laver ... le linge, la vaisselle, etc., ce qui n'est pas le cas de la monnaie.

De fait, ceux qui suivent cette démarche des fonctions en arrivent rapidement à dire que "la monnaie pose des problèmes en théorie et en pratique".
Mais dans le même temps, ils ne conviennent pas que leur définition de la monnaie est absurde ainsi que certaines hypothèses autres qui vont de pair...
De plus, au lieu de cela, ils tentent de règlementer davantage ce qu'ils dénomment et définissent comme monnaie sans trop informer sur ce qu'ils attendent de la nouvelle réglementation.


2. La quantité de monnaie comptabilisée.

Soyons honnête, il existe une démarche concurrente, sinon aussi paradoxale, du moins en grand décalage.

Elle consiste à définir la monnaie par une partie du passif du bilan comptable consolidé du système monétaire, voire par une partie du passif du bilan de la seule banque centrale privilégiée du système monétaire.

En vérité, elle définit la monnaie par sa quantité comptabilisée - qui cache des règles juridiques dont on ne parle pas - et ainsi ne distingue pas la question de l'existence de la monnaie et la question de l'existence de la monnaie en une certaine quantité... comptabilisée, pour ne pas parler de l'existence de la monnaie sous telle ou telle forme.

Les macroéconomistes monétaristes ont porté aux nues la démarche dans les décennies 1960 et 1970.

Mais là encore, ceux qui procèdent ainsi en arrivent à dire que "la monnaie pose des problèmes en théorie et en pratique".
Ils ne remettent pas en question, d'une part, la définition qu'ils croient donner à la monnaie en dépit de toutes les réglementations que la monnaie a connues au XXè siècle, et, d'autre part, l'évolution de quoi les règles de comptabilité n'ont pas tenu compte... (cf. ce billet) et qui fait que ce qu'on dénomme "monnaie" aujourd'hui n'est pas comparable à ce qu'a pu être la monnaie jusqu'au début du XXè siècle.

Et ils cherchent à réglementer davantage encore ce qu'ils dénomment et définissent comme monnaie pour résoudre les problèmes qu'ils évoquent.


3. "L'€xpérience".

De fait, aux problèmes près, tels l'aveugle et le paralytique, les deux démarches ont eu tendance à se conforter l'une l'autre.

Et on peut dire que, dans le cas de l'euro, elles ont trouvé un point de réconfort.

"Euro" est le nom donné à quelque chose qu'ont créée récemment les hommes de l'Etat de certains pays européens, par fusion de monnaies étatiques existant alors, mais mal définies par la méthode alternative précédente.

Soit dit en passant, l'"euro" devait être un tremplin vers la création d'un Etat européen.  Implicitement, une nouvelle fonction, une cinquième, était ainsi dévolue à la monnaie : "vecteur de création d'Etat"...
Quant à sa comptabilité, elle fait intervenir tellement de règles que peu d'observateurs semblent s'y retrouver. 
Même des officiels en arrivent ces derniers jours à parler des "banques zombies" à l'occasion de l'évocation de certaines règles comme l'"emergency liquidity assistance" qui permet à une banque centrale nationale - en l'espèce, en ce moment, celle de la Grèce - d'acheter des créances en toute indépendance de la Banque centrale européenne et de créer des "euro", en contradiction avec les règles établies.

Et ils cherchent à réglementer davantage encore le système monétaire de l'"euro" en créant des organismes et en les juxtaposant à la banque centrale européenne comme si cela pouvait résoudre les prétendus problèmes sur quoi ils mettent le doigt (cf. par exemple ce billet).

L'expérience au sens premier du mot est complète et l'est autant que pouvait l'être, il y a un siècle, l'expérience sur les "rayons X".


4. "Coût de l'échange" et "coût de la monnaie".

Quand comprendra-t-on que "fonctions" et "comptabilité réglementée" n'expliquent en rien l'existence de la monnaie et ne sauraient la définir?

Quand comprendra-t-on que, au contraire, la référence à ces considérations est la porte ouverte à de mauvais coups étatiques, le dernier grand en date étant celui de l'"euro", et au maintien dans l'ignorance et l'arbitraire.

Il faudrait que chacun comprît que ce qu'on dénomme "monnaie" est une méthode, progressivement mise au point par les êtres humais depuis la nuit des temps, en relation avec l'action d'échange synallagmatique présent de chacun et rien d'autre.
En particulier, elle n'est pas la subtantifique moelle de quelque oukase étatique judicieux.

En d'autres termes, elle a contribué à diminuer le coût d'opportunité de ce type d'échange, mais certes pas encore à zéro.  Et, pour cette raison, il faut s'attendre à ce qu'elle évolue.

Mais, au lieu de se flatter de cette diminution partielle du coût - et pour cause : beaucoup laissent de côté ou ignorent le concept, faute de prendre en considération les actions d'échange de chacun, autre concept exclu -, les mêmes inversent la perspective pour faire valoir le "coût de la monnaie" depuis le XIXème siècle et les écrits de A. Smith ou de D. Ricardo (cf. Mises)...

Soit dit en passant, même les économistes dits " autrichiens" ont le vertige de la fonction de "moyen d'échange" de la monnaie, à commencer par Ludwig von Mises.
S'ils ont contribué à l'évolution de la théorie du coût d'opportunité comme le souligne James Buchanan (1969), de fait, ils n'emploient pas, comme concept explicatif de ce qu'on dénomme "monnaie", le coût d'opportunité de l'action d'échange synallagmatique présent.

Ils mettent alors l'accent sur les ressources que nécessite la production de monnaie. 

Soit dit en passant, ces ressources sont nécessairement inférieures à celles que recouvrent le coût d'opportunité de l'échange.  Sinon, et même malgré la coercition, la monnaie aurait disparu.

Ils proposent des moyens de réduire ces ressources, d'économiser sur ces ressources.

Soit dit en passant, ils disent cela quand ils n'évoquent pas, dans certaines circonstances particulières de taux d'intérêt élevé ou d'anticipations inflationnistes, le coût de détention de la monnaie en relation avec le concept de demande de monnaie.

C'est un peu la question de la couleur du cheval blanc d'Henri IV.
Et s'articulent à ce dernier argument de l'économie de ressources, les trois grandes nouvelles réglementations du XXè siècle, à savoir, dans l'ordre :
- en 1922, l'échangeabilité internationale des substituts de monnaie bancaires convertibles en monnaie or à taux fixe, à la demande (cf. par exemple ce billet);
- dans la décennie 1930, l'interdiction de la convertibilité intérieure des substituts de monnaie bancaires en monnaie or (cf. par exemple ce billet);
- depuis 1971-1973, l'interdiction de la convertibilité extérieure en monnaie or des substituts de monnaie bancaires des "agents officiels" (cf. par exemple, ce billet).

Soit dit en passant, mais il faut y insister, parler aujourd'hui de "monnaie" est un abus de langage. Ce qu'on dénomme "monnaie" recouvre essentiellement, aux "pièces de monnaie" près, des substituts de rien bancaires (billets et dépôts bancaires) - du "néant habillé en monnaie" selon l'expression de Jacques Rueff à propos des D.T.S. - droits de tirages spéciaux - du Fonds monétaire international (F.M.I.) qui anticipait donc sur les "banques zombies".

Tout cela pour ne pas parler de l'instauration même de ce qu'on a dénommé "euro" (cf. par exemple, ce billet).

Ces réglementations ont peut-être diminué le "coût de la monnaie", mais elles n'ont certainement pas contribué à diminuer le "coût d'opportunité de l'échange" - lequel est essentiel -, bien au contraire.

Et cette hausse du "coût de l'échange" se manifeste périodiquement par des crises, ces crises monétaires à répétition (dont inflation mondiale mi-décennie 1970-mi décennie 1980) que les nouvelles réglementations n'ont pas supprimées comme le pensaient qu'elles le feraient leurs auteurs, mais au contraire accrues en intensité et en fréquence.




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