A Paris, le 2 août 2012.



1. Une première analogie : lumière et monnaie.


La science du XXè siècle a pu faire découvrir à chacun que la lumière était "onde" et "corpuscule".

Quitte à faire une analogie - ... condamnable comme toutes les analogies (cf. Rothbard (1926-95) par exemple) - entre l'économie politique et la science physique, je dirai que la "monnaie" est "organisation" et "objet cerné".

Les gens ont malheureusement tendance à mettre l'accent sur l'objet cerné plutôt que sur l'organisation, ce qui les conduit à penser que la monnaie existe depuis la nuit des temps, inchangée ou presque, et à ne pas s'interroger sur l'organisation.

A certaines périodes, en certaines circonstances, force est néanmoins de constater que la subjectivité de chacun a fait que l'objet cerné disparût de l'échange - de la "circulation" comme on disait au XIXè siècle - ou, à l'opposé, fût refusé malgré les obligations légales de toute nature.
Etait alors en jeu, de fait, plus l'organisation que l'objet et l'organisation dût être modifiée, réformée...

Le XXè siècle a été riche de telles périodes et circonstances et de tels changements (cf. par exemple ce billet de mars 2011).
Ils ont fait, en particulier, que ce qu'on dénommait "étalon or" à son début a été proscrit et qu'entre autres, par exemple, la toute nouvelle République fédérale allemande connût en 1948 une réforme monétaire (cf. ce billet de juillet 2008) dont l'esprit fît trembler certains, et aujourd'hui encore...

A la différence de la lumière, qui a une source - certes de seconde main - bien identifiée, à savoir le soleil, la monnaie a une source mal identifiée par la plus grande partie du commun des mortels, commentateurs, politiques ou autres.
Soit dit en passant, la source ... de première main est l'univers dont la "conjecture de Poincaré", vieille d'un siècle, qui vient seulement d'être démontrée, donne la forme (cf. ce billet de janvier 2010).


Pis, la source de la monnaie est objet de nombreuses confusions ou d'impostures (que je laisse de côté dans ce billet, cf. par exemple ce billet de décembre 2010)).

La monnaie dénommée "euro" est exemplaire à cet égard, jusqu'à la dernière grande question d'actualité qui préoccupe: à savoir la Banque centrale européenne achètera-t-elle, ou non, en tout non droit, i.e. contrairement aux statuts qui la fondent et lui donnent privilège d'exister avec telle et telle forces de coercition de vous et moi, des obligations à long terme des Etats - dites "dettes souveraines" - sur le marché primaire ?

A ce propos, il faut savoir que tout achat de créances par la Banque est d'abord une émission d'une quantité d'euro d'un même montant (cf. ce billet de décembre 2011) et que le vendeur des créances en question va employer les euro acquis en des achats de toute nature aux multiples conséquences...
Pour sa part, tout achat sur le marché primaire signifie que la Banque achète la nouvelle dette de l'Etat au moment où celui-ci l'émet : c'est ce que certains (par exemple, Raymond Aron, cf. ce billet de mai 2011) ont appelé au XXè siècle, la monétisation des dettes de l'Etat par la banque centrale nationale.


2. Deuxième analogie : "euro" et monnaie.

Autre analogie physico-mathématique possible, l'euro est aux "choses rondes dans la nature" ce que la monnaie est au "cercle".

En écrivant cela, je transpose une critique de Stuart Mill par Henri Poincaré en 1908 à propos de l'existence des objets.

Contrairement à ce qu'avait écrit Mill, à savoir qu'en définissant le cercle, on affirmait qu'il y avait des choses rondes dans la nature, Poincaré soutenait qu'en mathématiques, l'existence signifie l'absence de contradiction car, en particulier, les objets mathématiques ne sont pas des objets matériels et les mathématiques ne sauraient être réduites à une logique...

Si tant est que certains économistes croient pouvoir soutenir l'euro à partir d'un modèle mathématico-économique, ils ne semblent pas se soucier que ce qu'ils dénomment "euro" n'est qu'un concept de monnaie dont ils n'ont pas démontré qu'il n'impliquait pas la non contradiction.

Ils seraient d'ailleurs bien en peine de le faire pour autant qu'ils laissent de côté dans leur démarche - ou bien les déforment ou bien les dénaturent - les concepts que sont l'"action humaine d'échange", le "coût d'opportunité de l'action d'échange synallagmatique présent" et la "diminution" de ce coût à quoi contribue ce qu'on dénomme "monnaie" pour leur préférer celui de l'"équilibre macroéconomique" et tout ce que cette dernière notion recouvre aujourd'hui (cf. par exemple ce texte de août 2010).


3. Troisième analogie: chauve-souris et "euro".

Quitte à faire une dernière analogie métaphorique, tout aussi condamnable que les précédentes,  on peut dire que l'euro, c'est la "chauve souris" de la fable :
"je suis oiseau, voyez mes ailes [...]
je suis souris, vivent les rats".

L'euro est "objet échangeable", voyez les pièces de monnaie en alliage de métal, les coupures de billets en papier, les comptes bancaires dont les informations étaient codées hier "analogiquement" et aujourd'hui, depuis quelques années désormais, "numériquement".

L'euro est "réglementation", "vivent" les interdictions ou obligations accumulées pondues par des politiques et autres législateurs au XXè siècle à qui, soit dit en passant, il conviendrait de faire passer des tests de connaissance sur ce qu'est la monnaie ... à l'image des "stress tests" qu'ils croient bon de faire passer aux banques...
Peu importe que l'organisation qu'est la réglementation charge de plus en plus les actions que vous et moi avons choisi de mener!


4. "Euro" et ... boule de gomme.

Le fait est que ce qu'on dénomme "euro" aujourd'hui a peu de choses en commun avec ce qu'on dénommait "monnaie" au début du XXè siècle quand, par exemple comme en France, on ne parlait pas plutôt d'"argent" ou d'"or"...

A fortiori, ce qu'on dénomme "euro" aujourd'hui, qui n'existait donc pas il y a cent ans et qui n'existe que depuis 1999, n'a plus guère de choses à voir même avec cette "monnaie régionale réglementée" dont les politiques ont demandé à leurs peuples respectifs de voter l'existence dans la décennie 1990 (cf. par exemple ces billets de mai 2012, de février 2012, de décembre 2011, etc.).

En apparence, l'"objet cerné ou échangeable" paraît le même, mais l'"organisation ou la règlementation" a profondément changé et est en passe de l'être davantage encore, à entendre la cacophonie des discours politiques ou les propos du nouveau gouverneur de la Banque centrale européenne.

Faut-il rappeler que les règles juridiques élaborées alors et convenues n'ont pas été respectées par les hommes de l'Etat, malgré les engagements pris par les uns et les autres?

Qu'on le veuille ou non, ce que cache ce qu'on dénomme "euro" aujourd'hui est différent du résultat de la fusion juridique du cartel des monnaies nationales, selon les règles convenues dans la décennie 1990, qu'il a été au départ (cf. par exemple ce billet).

Sous couvert de l'"euro", de la "zone euro", les politiques ajoutent, chaque jour ou presque, aux règles, respectées ou non par leurs soins, de nouvelles règles (cf. ce billet) comme si l'accumulation était synonyme de "cohérence".

Dernier paquet de réglementations en date, dont ils n'informent pas ou très peu les peuples et sur quoi ils ne leur demandent pas de se prononcer: le "traité du 'mécanisme européen de stabilité'" (cf. le texte).

Et cela, pour ne pas parler des propos du gouverneur de la Banque centrale européenne qui, le 9 juillet 2012, à l'occasion d'une audition par la Commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen (cf. ce texte), n'a pas justifié ses propos sur la base des statuts d'icelle qu'il a pour charge de respecter, mais sur la base de tout et de rien qu'un étudiant en cours d'études et intéressé par la théorie de l'offre de monnaie aurait pu dire (cf. ce billet).


5. La fable.

"Mais quelle est la fable, signalée plus haut ?" se demandera-t-on .

Cher lecteur, je vous laisse donner la réponse à la question.

Pour l'alimenter, je me permets de vous rappeler la raison du refus de l'analogie entre l'économie politique et la physique que donnait en 1939 Friedrich von Hayek (1899-1992) et pour laquelle l'expérience de l'euro ne saurait être envisageable ni comparable à quelque expérience de physique, de science de la nature, que ce soit :

"Dans les sciences sociales, toutefois, la situation est exactement l'inverse. 

D'une part, l'expérimentation est impossible : nous ne pouvons donc connaître des règles définies dans le phénomène complexe comme dans les sciences naturelles.
D'autre part, la situation de l'homme à mi chemin entre les phénomènes naturels et les phénomènes sociaux - dont il est l'effet en ce qui concerne les premiers, et la cause, en ce qui concerne les seconds - prouve que les faits essentiels de base dont nous avons besoin pour l'explication du phénomène social participent de l'expérience commune et de la matière de nos pensées.

Dans les sciences sociales, ce sont les éléments des phénomènes complexes qui sont connus, sans aucune contestation possible [...]

Or l'existence de ces éléments est tellement plus certaine que l'existence des règles quelconques dans le phénomène complexe auquel ils donnent naissance, que ce sont eux qui constituent le vrai facteur empirique dans les sciences sociales. [...]

dans les sciences sociales, [le processus de déduction] part directement d'éléments empiriques connus et les utilise à la découverte des règles dans les phénomènes complexes que l'observation directe ne peut établir".




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