A Paris, 2  juin 2013.




Vous et moi, personnes juridiques physiques, menons des actions économiques dans un cadre, d'une part, d'ignorance/connaissance propre à chacun et, d'autre part, de règles de droit ou de réglementations légales.

Les règles de droit contribuent à diminuer l'ignorance, à augmenter les connaissances de chacun.
Laissons de côté la fameuse "connaissance commune" ...

Nous menons, chacun, les actions pour substituer une situation économique à une autre, préférée.

Les actions menées par les personnes juridiques physiques sont, ex post, des gains ou des pertes.

Ex ante, toute action humaine imaginable a un coût d'opportunité sur quoi on peut réfléchir sans limites.


1. L'échange économique.

Action humaine parmi d'autres, plus essentielle que ces dernières en général malgré les coups qui lui sont portés par maints économistes qui le cannibalisent par la production, la consommation, l'exportation..., il y a l'acte d'échange avec autrui à propos de biens en propriété.

Ex post, l'acte d'échange cache offre et demande des gens, marché conclu, en accord, en égalité, en équilibre...

Ex ante, l'acte d'échange qui va être mené effectivement par les personnes juridiques physiques a un profit attendu avec incertitude par chacune.

Ex ante, la personne juridique physique cherche, recherche aussi ... à diminuer le coût d'opportunité de l'acte d'échange et la recherche est elle-même une action...


2. Pièces de monnaie et contrefaçons.

On observe que, dans le passé, les gens avaient pris l'habitude d'échanger des objets juridiques qui avaient reçu le nom de "monnaie".

Ces objets cachaient aussi une organisation de la monnaie, mais celle-ci était alors ignorée (cf. ci-dessous) ...

Sous prétexte que ces objets pouvaient être contrefaits, l'autorité légale, les pouvoirs publics du pays s'en étaient émus et avaient accordé un privilège de monopole de production des pièces de monnaie à une institution.
En France, ce fut, au XIVè siècle, l'administration des monnaies et médailles.

Ils ont aussi obligé autrui à accepter les pièces de monnaie en paiements de leurs échanges.

Ces objets "monnaie", désormais réglementaires, contribuèrent à l'organisation ignorée qu'était en vérité la monnaie...

La contrefaçon de la monnaie ne fut pas interrompue pour autant, mais changea de camp... (cf. par exemple ce texte).
Les gens devinrent les dindons de la contrefaçon étatique en matières de titre d'objet et d'aloi d'alliage...
Les recettes de seigneuriage abondèrent ainsi les recettes fiscales des pouvoirs publics.


3. Banques et contrefaçons.

Avec l'innovation technique, à partir du XVIIIè siècle, des banques ont trouvé la capacité d'émettre des formes de monnaie autres que les pièces, ce furent des billets, puis des dépôts.

Mais ces banques, quand elles étaient donc "de monnaie", ont amené les hommes de l'Etat à s'attendre à de nouvelles contrefaçons, à celle des formes ou substituts de monnaie bancaires.

Pour y faire face, dans le cadre national, comme précédemment, les mêmes ont mis en place un moyen, la "banque centrale", chargé de veiller au bon fonctionnement des autres banques, à leur "non faillite"...

La banque centrale acquît, en particulier, le privilège de monopole d'émission de billets et quelques autres réglementations (dont celle d'interdire la convertibilité des substituts de monnaie bancaires en monnaie or ou argent à taux fixe, à la demande, par la suite).

Comme précédemment, la contrefaçon réglementaire ne fut pas interrompue pour autant, mais accrue.
Les gens restèrent donc les dindons de la contrefaçon étatique, une contrefaçon qui s'élargissait.

Désormais, l'augmentation arbitraire des billets et des dépôts allait donner lieu à l'augmentation des prix en monnaie (comme ce fut le cas, par exemple, en France, la décennie 1790 - cf. Florin Aftalion - ou après la guerre de 1914-18 dans des pays européens).

Bref, les recettes de seigneuriage abondèrent les recettes fiscales des pouvoirs publics, éléments du budget de l'Etat.


4. Accord monétaire inter étatique et contrefaçons.

Avec le XXè siècle, les Etats des pays sont parvenus à s'entendre par des conférences sur certains points monétaires, au nombre de quoi le prix d'une monnaie dans une autre ou bien les "réserves internationales".

Dans le cadre de l'Union européenne, certains en sont même arrivés à s'entendre sur la transformation de leur monnaie nationale en une monnaie régionale: c'est le cas de ce qui est dénommée "€uro".

Et la contrefaçon réglementaire explosa à concurrence soit de la réglementation nationale soit de la réglementation inter étatique.

Mais désormais le supplément de recettes de seigneuriage posait des problèmes d'allocation entre les Etats membres distincts de leur budget.

En d'autres termes, l'expérience historique prouve que, loin d'atteindre l'objectif affiché, c'est-à-dire empêcher la contrefaçon de la monnaie dans un pays, les hommes de l'Etat du pays s'étaient satisfaits d'abord de la contrefaçon réglementaire de la monnaie nationale à quoi donnaient lieu leurs politiques, puis de celle qui a résulté de leurs accords monétaires inter étatiques - pour ne pas parler des institutions qu'ils y ont superposées (du type B.R.I., F.M.I., ... M.E.S.) -.

On en est là aujourd'hui.


5. La confusion.

Il reste que les réglementations légales ont créé une confusion dans le cadre de l'Etat d'un pays: les assujettis mélangent la politique budgétaire et la monnaie (cf. ce texte de 2012 sur l'effet Cantillon).

Certains voient ainsi d'un bon oeil dans la monnaie un moyen de contribuer à la politique budgétaire.
Hier, leurs prédécesseurs voyaient dans la monnaie obtenue par les exportations du pays un moyen de contribuer à la richesse du pays et s'y attachaient.


6. Ce qu'on ne voit pas.

La réglementation de la monnaie ne doit pas cacher la réglementation directe ou indirecte de l'acte d'échange.
Elle s'ajoute aux réglementations de cette dernière d'une façon difficile à cerner (problème d'incidence...).

A l'extrême, elle pousse à inverser la causalité entre échange et monnaie.
Au lieu de se flatter que l'échange ait conduit à découvrir le moyen d'échange qu'est la monnaie, l'accent est mis sur la quantité de monnaie - quantité souvent non définie à définir... - et son effet sur les échanges.

C'est la causalité dévoyée de l'équation des échanges d'Irving Fisher, dans son livre de 1911, qui veut que la quantité de monnaie tantôt limite les échanges, tantôt empêche leur bonne augmentation.

Et c'est pour les hommes de l'Etat l'occasion de dire qu'ils vont y parvenir à leur façon pour l'économie nationale ou au travers d'une conférence inter étatique - avec institution ou non - pour l'économie mondiale (par exemple, conférence de Gènes, 1922).


7. Innovation et réglementations.

Autant l'innovation est irréversible en tout domaine, autant les réglementations légales sont réversibles: elles ne peuvent que l'être en particulier en matière de monnaie (faut-il rappeler le souvenir de l'Union monétaire latine).
Il est vain de vouloir trouver un sens dans une suite de réglementations légales, nationales ou inter étatiques.

Aucune réglementation légale ne saurait être perpétuelle du fait de l'innovation (cf. ce billet d'avril 2013)


8. L'économie politique de la monnaie.

Quand elle ne met pas de côté les règles de droit comme le font les macroéconomistes et qu'elle prend bien en considération l'échange économique - la catallaxie selon les "économistes autrichiens" -, l'économie politique de la monnaie chapeaute deux grandes voies.

L'une s'efforce de montrer aux gens tout ce qu'il y a à gagner de l'Etat en matière monétaire réglementée (par exemple, les discours des présidents des banques centrales).

L'autre explique les gains qu'il y aurait à tirer de monnaies non plus réglementées, mais vraies (par exemple, Friedrich von Hayek dans Denationalisation of Money - The Argument Refined, 1976-78, que certains, tel Otmar Issing (1999), essaient de faire curieusement parler...).

Pour l'instant, la première a encore la main (depuis au moins les résultats de la conférence de Gènes). 
Espérons rapidement la seconde que tentent de faire ignorer les opposants ou qu'ils évoquent en termes de risques (cf. ce texte de la Banque centrale européenne d'octobre 2012).






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