Paris, le 28 juin 2013.




Les économistes du courant de pensée majoritaire, ceux qui conseillent les hommes de l'Etat, voire les hommes de l'Etat eux-mêmes, sont parvenus à faire oublier au XXè siècle que les règles de droit en général et, en particulier, la règle de droit qu'est la garantie de n'importe quelle quantité de monnaie en "valeur", étaient des points de départ de l'économie politique.

Ils n'ont pas hésité à faire intervenir en complément une mathématique de leur choix pour que l'oubli soit total et réussir ainsi leur entreprise... provisoirement.


1. Des règles de droit à la contrefaçon publique.

En conséquence de l'oubli des règles de droit, ils ont mis de côté des éléments essentiels de celles-ci qui s'en déduisaient logiquement comme, par exemple, les contrefaçons de la monnaie et de sa quantité par les contrefacteurs, ainsi que la pénalisation - avec incertitude - de ces derniers (cf. ce texte de juin 2013).

Leur démarche rompait ainsi avec celle d'un passé plus ancien qui avait conduit les hommes de l'Etat à accaparer, directement ou indirectement, la monnaie et sa quantité.

Dans ce passé, les hommes de l'Etat - défini d'une façon ou d'une autre - avaient en effet insisté sur la question de la contrefaçon... privée.

Et ils avaient fait valoir leur solution, à savoir, dans le cadre national, donner
- à quelqu'un le privilège de monopole de production de la monnaie et celui d'émission de substituts de monnaie bancaires et,
- aux autres, l'obligation d'effectuer les paiements en (substituts de) monnaie (bancaires),
tout cela pour empêcher la contrefaçon privée.

Dans le cadre mondial, sans le savoir, ils ouvraient la voie à la destruction de l'étalon-or, l'ancre des monnaies nationales historiques, qui surviendra au XXè siècle.

Cette solution avait été vivement critiquée par beaucoup, par exemple, par Vilfredo Pareto à la fin du XIXè siècle qui écrivait:

" La facilité avec laquelle les personnes préposées à la "production" de la monnaie abusent de l'autorité qui leur est confiée, si elles ne sont pas contenues par la concurrence, est un de ces faits révélés par l'histoire" (Pareto, 1896-97, §345)

Et l'histoire a continué jusqu'à aujourd'hui inclus.

Avec cette démarche, le grand contrefacteur était donc désormais public.

Soit dit en passant, rien n'avait justifié les décisions prises sinon, par exemple, de conduire les gens à séparer la monnaie et la banque comme si l'une était indépendante de l'autre, comme si elles n'étaient pas indissociables.
Ces décisions n'avaient eu aucune base doctrinale au moment où elles avaient été prises.

Par la suite, des efforts ont été faits pour qu'elles en acquièrent une, mais ce fut vain.


2. Les désastres.

La contrefaçon publique va s'avérer beaucoup plus désastreuse que pouvait l'avoir été telle ou telle contrefaçon privée.

Deux exemples seulement tant ils seraient trop nombreux à citer tous.

A l'échelon national, la démarche a contribué, en particulier, à faire confondre politique budgétaire et politique monétaire:

"L'arithmétique de la contrainte budgétaire du gouvernement dicte que la politique budgétaire et la politique monétaire sont inévitablement interdépendantes (Sargent, 1999).
Avec des budgets équilibrés, la politique budgétaire redistribue la monnaie;
avec le déficit budgétaire monétisée, elle a l'effet supplémentaire d'augmenter la quantité de monnaie.
Ainsi Boulding (1962) affirme que
la politique monétaire a à voir avec la réglementation des marchés financiers, tandis que
la politique budgétaire a à voir avec la réglementation de la quantité de monnaie. "(Cheng et Angus, 2012)

"The arithmetic of the government’s budget constraint dictates that fiscal policy and monetary policy are inescapably interdependent (Sargent, 1999).
With balanced budgets, fiscal policy redistributes money;
with monetised deficit spending, it has an additional effect of increasing the money supply.
Thus Boulding (1962) argues that
monetary policy has to do with the regulation of financial markets, while
fiscal policy has to do with the regulation of the quantity of money." (Cheng et Angus, 2012)

A l'échelon mondial, la contrefaçon publique a amené les hommes de l'Etat de plusieurs  pays à chercher à s'entendre.
Le XXè siècle a été exemplaire.
Désormais, sont en jeu les hommes de l'Etat de divers pays qui ont passé entre eux des accords qu'ils respectent ... moins que plus.

Double conséquence actuelle :
- depuis 1971-73, perdure l'interdiction de la convertibilité des substituts de monnaie bancaires nationaux en monnaie or (cf. ce texte de septembre 2011) et,
- depuis 1999-2002, c'est la transformation de monnaies nationales historiques en quelque chose de régionale dénommée "€uro", sous tutelle d'une Banque centrale européenne et obligatoire en grande partie pour les gens des pays concernés (cf. ce texte de janvier 2013).


Bref, aujourd'hui, il n'existe plus de monnaie dans le monde sauf à dénommer "chat" un chien.

Il n'existe plus non plus de substitut de monnaie bancaire mais des substituts de rien bancaires - que Jacques Rueff avait eu l'occasion de dénommer "néant habillé en monnaie" (cf. ce texte de juillet 2011) - dénommés "monnaie", sous le couperet de l'action que choisit de mener telle ou telle banque centrale nationale ou régionale, voire tel ou tel fonds ou mécanisme, à n'importe quel moment.

Les décisions des hommes de l'Etat du XXè siècle n'ont pas amené nos économistes à s'interroger sur ces résultats.

Et leur point de départ méthodologique a été mis de côté.


3. De la comptabilité en droits constatés à la comptabilité en faux droits.

En conséquence de la mathématique choisie qu'avait été la comptabilité générale en droits constatés et qui n'existait qu'en conséquence des règles convenues avec autrui - la comptabilité générale constituant une véritable méthode mathématique alliant les règles de droit et celles de l'arithmétique -, nos économistes n'ont pas hésité à procéder à sa modification.

Ils ont fait admettre, en partie, le principe des règles de l'arithmétique et avancé non pas les résultats observés par les actes d'échange de chacun et la monnaie à quoi ils donnaient lieu, mais ceux qu'inventaient leurs imaginations.

Ce furent, à partir de la décennie 1930, la macroéconomie ou, depuis plus récemment, la macroéconométrie, l'une et l'autre fondées sur la nouvelle comptabilité nationale qui n'avait que faire de l'acte d'échange de vous et moi et des substituts de monnaie bancaires convertibles en monnaie or.

Et, en conséquence des réglementations monétaires intervenues depuis lors, la comptabilité nationale, aux "principes" variables d'un pays à un autre, s'est cru obligée de considérer marginalement les "néants habillés en monnaie".

Pour autant, les faux droits des comptabilités nationales ne sauraient harmoniser ces dernières, mais, au contraire, contribuer à les faire dissoner.


4. Les réserves de change étranger officielles.

Remarquable est, par exemple, la composition en "monnaie" des réserves de change étranger officielles dont informe le Fonds monétaire international périodiquement sous le sigle C.O.F.E.R. - la dernière en date a été publiée le 28 juin 2013 - (cf. tab. ci-dessous).


                                          Tableau

Evolution des réserves de change étranger officielles
                                      2001-2013



Source: http://www.imf.org/external/np/sta/cofer/eng/index.htm


Ces réserves ne sont jamais que les quantités de "monnaie" émises par des autorités monétaires étrangères et que détient l'autorité monétaire ciblée.

Comme le souligne le F.M.I., les données sont, au départ, volontaires et confidentielles:

"COFER data are reported to the IMF on a voluntary and confidential basis.
COFER data for individual countries are strictly confidential."

En dépit du mot "réserve" qui est employé et qui ne témoigne en rien d'une garantie non susceptible de contrefaçon publique, les quantités de "monnaie" en question ne sont que des faux droits aux mains des agents officiels, i.e. des contrefacteurs publics potentiels..., bref de la "monnaie magique" sans commune mesure avec de l'or ou l'étalon de son choix.





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