Paris, le 20 décembre 2013.




Introduction : l'erreur des libéraux.

"On croit généralement, et ce fut là l'erreur des économistes qu'on nomme "libéraux", que le raisonnement a une grande influence pour déterminer les actions sociales des hommes.

Rien n'est plus faux :
ce sont les sentiments et les intérêts qui déterminent principalement ces actions,
et pour certaines d'entre elles, les sentiments priment les intérêts."  

Telle était l'opinion de Vilfredo Pareto (1848-1923) sur la grande erreur de ses "amis" libéraux, qu'il avait écrite dans un article intitulé "Le raisonnement et l'évolution sociale", Journal de Genève, 16 mai 1903, il y a donc 110 ans.

Dans un article antérieur intitulé "Psychologie du socialisme", Zeitschrift für Socialwissenschaft, III, 1900, p. 599-601, il avait insisté sur le point complémentaire suivant:

"On a beaucoup parlé de ce livre - Gustave Le Bon : Psychologie du socialisme, Paris, Félix Alcan, vii-496 pages - et il mérite d'être lu.

L'auteur est un adepte d'une certaine religion patriotique et anthropologique, il voit dans les socialistes, des concurrents et il les combat vivement.

Son idée fondamentale, c'est que :

« alors que les religions, fondées sur des chimères, ont marqué leur indestructible empreinte sur tous les éléments de civilisations et continuent à maintenir l'immense majorité des hommes sous leurs lois,
les systèmes philosophiques, bâtis sur des raisonnements, n'ont joué qu'un rôle insignifiant dans la vie des peuples et n'ont eu qu'une existence éphémère.
Ils ne proposent en effet aux foules que des arguments,
alors que l'âme humaine ne demande que des espérances. » (p. V).

C'est la vérité, mais ce n'est qu'une partie de la vérité.

Pour qu'une impulsion donnée aboutisse à un résultat utile, il faut deux choses :
1º que les hommes cèdent à cette impulsion ;
2º qu'elle soit en harmonie avec les lois de la nature, qu'elle ne se heurte pas à des impossibilités objectives.

Portez votre attention sur une seule de ces conditions et vous aurez une théorie qui ne sera vraie qu'en partie.

Si vous ne considérez que la première condition, vous donnerez une part prépondérante, exclusive, au sentiment, car en effet seul le sentiment entraîne les hommes.

Si vous ne vous occupez que de la seconde condition, la science aura le premier rang, car en effet c'est la science seule qui nous fait connaître les lois de la nature.


Qu'ont à faire le sentiment, la religion, avec les découvertes de la boussole, de la navigation astronomique, des bateaux à vapeur, des chemins de fer, des télégraphes, des armes de guerre modernes, etc.
M. Le Bon voudrait-il soutenir que toutes ces découvertes n'ont pas
« marqué leur empreinte sur tous les éléments de la civilisation » ?

Pour entraîner des hommes au combat, il faut agir sur leurs sentiments, sur leur religion,
mais pour qu'ils gagnent la bataille, il ne faut pas les faire combattre avec des flèches contre des canons à tir rapide, ni les mettre sous les ordres d'un général qui ignore la stratégie et la tactique.
 
Le sentiment et la raison ont chacun leur part, et aucune de ces deux parts ne peut être négligée.

Il faut se hâter d'ajouter que notre auteur reconnaît l'influence du facteur économique et corrige ainsi ce que sa théorie présente de trop absolu, au moins pour le présent.
« Les facteurs économiques et industriels, dont le rôle fut longtemps très faible, prennent maintenant une influence absolument prépondérante », p. 248.

Nous doutons pourtant encore que même appliquée seulement au passé, la théorie soit exacte." 

Tout cela est bel et bon, mais Pareto est muet sur la question première qui est celle des règles de droit.
Où les situe-t-il dans son canevas théorique?
On ne sait.

Et, justement, pour cette raison, les réglementeurs du XXè siècle vont créer une suite de chaos sans précédent, à partir de la décennie 1930, dont l'économie mondiale n'est jamais sortie (cf. ce texte d'avril 2013).


1. Droit et échange.

Les règles de droit, de justice naturelle (propriété, responsabilité et liberté d'échange), étant en vigueur, respectées dans un pays, force est de reconnaître que les personnes juridiques font des échanges synallagmatiques de marchandises estimés plus ou moins coûteux car, c
omme l'a écrit Frédéric Bastiat en 1850:

"[...] l'homme échange parce qu'étant intelligent et sociable, il comprend que c'est un moyen d'augmenter le rapport du résultat à l'effort. "

"[...] Or les hommes rémunèrent les services selon l'importance qu'ils y attachent.
S'ils n'échangeaient pas ils se rendraient le service à eux-mêmes; et par quoi seraient-ils déterminés, si ce n'est par la nature et l'intensité de leurs désirs? "

Soit dit en passant, économiquement, d'un côté, pas de volonté d'échange des marchandises, pas besoin ou désir de monnaie ; de l'autre, à l'extrême, il y a des échanges de marchandises incapables à réaliser à cause de leur coût estimé trop élevé.


2. Echange et moyen d'échange.

Etant donné des échanges de marchandises impossibles ou plus ou moins coûteux à réaliser, les personnes juridiques recherchent des moyens d'échange et en trouvent pour diminuer le coût des échanges.

Moyen d'échange trouvé dans un passé lointain et longtemps récurrent tel quel, ce qu'on a dénommé "monnaie" (cf. ce texte de décembre 2013).


3. Monnaie et quantité de monnaie.

Jusqu'au début du XXè siècle, la monnaie a existé en quantité et sa quantité unitaire - par unité de marchandise - n'était autre que le prix en monnaie échangé de telle ou telle marchandise, d'un commun accord entre deux personnes juridiques, qui n'était rien d'autre que le taux d'échange convenu.

Certes, le législateur veillait à "lutter contre la contrefaçon" quand lui-même ne s'y adonnait pas en autorisant l'exécutif à ne pas s'en soucier.

Pour sa part, la quantité de monnaie en circulation qu'on pouvait mesurer au travers de la vraie comptabilité (cf. ce texte de mai 2013) ne devait pas cacher
- ni la marchandise monnaie, directe ou indirecte, qu'elle était; 
- ni les prix en monnaie, i.e. les taux d'échange convenus des quantités de marchandise dans des quantités de monnaie, les quantités de monnaie unitaires conclues.


4. Monnaie et monnaie réglementée.

Il reste qu'alors la référence à la quantité de monnaie en circulation était une façon de ne pas insister sur les réglementations directes ou indirectes que le législateur avait inventées et allait faire exploser au XXè siècle et qui la perclusent désormais.

Aujourd'hui, la quantité de monnaie en circulation n'est jamais qu'une quantité de "monnaie réglementée" ignorée (cf. ce texte d'août 2013).

A écouter le législateur, ces réglementations ont pour objet de limiter des règles de droit actuelles jugées pernicieuses ou de promouvoir de nouvelles réglementations jugées bienfaisantes.
La malfaisance ou la bienveillance ne sont guère justifiées...

A coup sûr, la "monnaie réglementée" est un oxymore, la monnaie, la "vraie", l'intermédiaire de l'échange se suffisant à soi-même.


5. Coût de l'échange et coût du moyen d'échange.

Reste que, dans le passé, la monnaie, moyen d'échange, a diminué le coût d'opportunité des échanges, sinon elle n'aurait pas vu le jour.

Mais la diminution n'a pas conduit le coût à atteindre le niveau "zéro", ne serait-ce qu'à cause de la quantité de monnaie en circulation qui cachait un coût de production (cf. ce texte de 2004).

Le coût de production a fait que la diminution (en valeur absolue) du coût d'opportunité des échanges est inférieure à ce qu'elle aurait pu être.

Soit dit en passant, laisser de côté le coût d'opportunité des échanges amène à parler d'une situation économique avec quantité de monnaie en circulation dans quoi ce coût est supérieur à la réalité dans une mesure à faire valoir indéterminée.

Et des économistes de certaine école de pensée en arrivent à considérer non pas les bienfaits qu'occasionne la quantité de monnaie, mais les méfaits qu'elle impliquerait, opposant ainsi leur rêve à la réalité.


6. Monnaie réglementée et coût de l'échange.

Les théories économiques font apparaître que les réglementations de la quantité de monnaie n'ont jamais été mises en relation avec le coût des échanges dans le passé.

Pourquoi ce choix tacite?

Les économistes n'ont-ils rien à dire sur la question ou bien ne veulent-ils pas qu'il y ait débat sur le point ?

Comment, par exemple, S. Skaperdas (1992) ose-t-il situer son raisonnement économique sur l'échange dans un univers économique sans droit de propriété?
Et ses suiveurs ou lui-même de s'engouffrer dans ses absurdités pour en arriver, par exemple, à ce texte de 2006?


7. Coût de l'échange ou emploi/chômage.

Aujourd'hui où ce qu'on dénomme "monnaie" n'est jamais qu'un ensemble de réglementations en évolution réglementaire permanente et aveugle,
où "monnaie réglementée" est un oxymore et
où, en une partie de l'Europe géographique, une "union bancaire" est en route réglementaire dans ce qu'on dénomme la "zone €uro",
la question du coût de l'échange est primordiale.

Elle n'est jamais évoquée par les réglementeurs car ceux-ci ignorent la notion de "coût d'échange" (cf. textes de la zone €uro ou de l'Union européenne).
L'accent qu'ils font intervenir à la place, reposent, dans le meilleur des cas, sur de fausses théories économiques qu'ils articulent sur l'emploi ou le chômage en employant des mathématiques variées qu'ils ne sauraient justifier.


8. L'union bancaire.

Seule cette question du coût de l'échange peut amener à s'opposer à l'union bancaire que proposent des irresponsables et à ce qu'elle cache, à savoir de nouvelles réglementations aveugles.

Rétrospectivement, l'union bancaire s'avère être un élément caché non pas de la théorie de la monnaie du XIXè siècle - en anglais, "currency theory" -, mais de la théorie de la banque de la même époque - en anglais "banking theory" - qui s'avère, une fois de plus, en décalage avec l'union monétaire initiale qui a été colportée en théorie dans la décennie 1960, laquelle reposait sur la théorie de la monnaie et non pas sur la théorie de la banque, puis en politique dans la décennie 1990, mais dénaturée (cf. ce texte de octobre 2009).





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