Paris, le 27 janvier 2014.



                                       « Pour un lecteur moderne sérieux,
                                      la rhétorique est sans pertinence ou,
                                                        pire, induit en erreur ou,
                              pire encore, trompe intentionnellement »

                    R. Solow, Commentaires, hiver 2013-14, p.911


Introduction

1. Hier, en relation avec ce qu'on dénommait alors "monnaie", des économistes s'intéressaient aux marchandises en propriété des gens que ceux-ci avaient échangées dans le passé grâce à celle-ci et qui avaient donné lieu à des quantités de ... monnaie ou de substituts de monnaie bancaires.
L’avenir les laissait de marbre ou dans l’ambiguïté.

Par la suite, et ce qu'on dénommait "monnaie" perdant toute relation avec la marchandise en propriété qu’elle était et devenant « substitut de rien bancaire » ou "néant habillé en monnaie" (1), à cause de la réglementation mise en oeuvre par les hommes de l'Etat, des économistes se sont interrogés davantage sur ses seuls effets.

A l'opposé des innovations, les réglementations étatiques ont détruit progressivement, en grande partie, la connaissance de ce qu’elle était, comme en témoignait encore, par exemple, Ludwig von Mises (1881-1973) en 1917-18 dans un texte sur les « doctrines monétaires catallactique et a catallactique » (2) où il faisait apparaître que, selon les uns, la monnaie procèdait de l’échange et, selon les autres, elle procéderait de l’Etat.

Les réglementations étatiques du XXè siècle ont été essentielles, depuis la décennie 1930.

Beaucoup ont perverti, à cette occasion, de diverses façons, ce qu'il convenait d'en penser.
En particulier, les mots du vocabulaire la concernant ont explosé, mais chacun d’eux ... pour ne plus rien vouloir dire.

Dès à présent, un autre mot que le mot « monnaie » serait donc nécessaire pour désigner ce que recouvre ce qu’on dénomme « monnaie » aujourd'hui.
Comme il n'en existe pas, à défaut, on parlera, avec réserve, de "monnaie/banque réglementée" ou de « banque/monnaie réglementée » ou de "néant habillé en monnaie" (3) .

Une chose est certaine : tout cela a contribué à enfouir dans l'ignorance de chacun l’origine fondamentale de la monnaie, à savoir le processus découvert par les actes des gens à partir des règles de droit et des échanges.


2. Reste qu'une démarche d’économistes de la fin du XIXè siècle et du début du XXè siècle a eu pour conséquences,
d’une part, de faire mettre de côté les règles de droit et,
d’autre part, de mettre au premier plan ce qu’on dénomme « monnaie » aujourd’hui.

Les marchandises en propriété des gens sont devenues des choses, des objets, des services, vendables, achetables, échangeables ou non, mais sans origine ou déduits de l’équilibre économique général téléologique, et non pas des règles de droit et de l'échange.

Sans origine cerné, ce qu’on dénomme « monnaie » aujourd’hui est devenu le résultat d’un ensemble de réglementations étatiques qui sont en contradiction avec, par exemple, ce que disait le gouvernement suisse au début de la décennie 1930, à la suite de l’abandon de l’Union monétaire latine (créée en 1865) :

« Le Conseil fédéral, dans son Message du 3 juillet 1930, à l'appui du projet de loi sur la monnaie, tirait de l'Union latine la conclusion suivante:

'L'expérience nous a instruits;
s'il est un domaine dans lequel les conventions internationales sont
non seulement inutiles,
mais encore inséparables de gros inconvénients au point de vue économique,
c'est incontestablement celui de la législation monétaire.'

Ce jugement rappelle singulièrement l'avis des grands économistes allemands du siècle passé (*).
(*) Bamberger, L'or de l'Empire, traduit par Arnoldy et Van der Rest, Bruxelles 1877. p.43. Cfr. Helffe-rich, op. cit. p. 415. "
(Dubois, 1950)(4)


Malheureusement, le message est resté lettre morte chez la plupart des hommes de l’Etat des autres pays depuis lors.

Tous ces éléments ne doivent pas cacher le recours croissant donné à telle ou telle mathématique à quoi ont procédé nos économistes et dont la majorité serait bien incapable de justifier le choix mathématique pour ne pas parler des mots de ce type: 

"Pour ma part, je chéris l'aphorisme de Sussman :

'En mathématiques, les noms sont arbitraires.
Libre à chacun d'appeler un opérateur auto-adjoint un 'éléphant', et une décomposition spectrale une 'trompe'.
On peut alors démontrer un théorême suivant lequel
'tout éléphant a une trompe'.

Mais on n'a pas le droit de laisser croire que ce résultat a quelque chose à voir avec de gros animaux gris". (Ekeland , 1984, p.123).


Ici, le "gros éléphant gris" est ce qu'on dénomme "monnaie" aujourd'hui.


3. Ce recours a conduit à dénaturer la démarche juridico-statistique de l’assurance mise au point progressivement depuis le XVIIIè siècle et à confondre le risque de perte quantitative et les facteurs de ce risque.

La démarche de nos économistes est devenue majoritaire aujourd'hui et cela malgré l’écart grandissant entre ce qu’elle développe et la réalité.


4. Comme si de rien n’était, un « Conseil européen du risque systémique » (European Systemic Risk Board, E.S.R.B.) 5) a été créée récemment, en 2010, en relation avec l’€uro (6).
C’est un organisme indépendant de l’Union Européenne, responsable de la supervision macro-prudentielle du système financier au sein de l’Union.

L’expression « risque systémique » n’y est guère clairement définie sinon comme interprétation économique d’une variable mathématique ou comme phénomène naturel d’un facteur de risque non défini. .
Elle fait partie de ces expressions nouvelles dont la rhétorique - au mauvais sens du mot - devrait amener chacun à se souvenir du propos de R. Solow (2012) donné en exergue:

« Pour un lecteur moderne sérieux, la rhétorique est sans pertinence ou, pire, induit en erreur ou, pire encore, trompe intentionnellement » (ibid. p.911)

En relation avec ce qu’on dénomme « monnaie » aujourd’hui - l'éléphant -, il en est de même à la fois du « risque systémique » et d’un mot qui lui va de pair, à savoir le mot « liquidité » : ils sont sans pertinence, induisent en erreur et trompent intentionnellement.


5. Le présent texte tend à donner
- une définition économique au « risque systémique » et à ce qu'il cache,
- et non plus une interprétation économique d'une variable mathématique, en relation avec ce qu'on dénomme "monnaie" aujourd'hui et qu'on devrait appeler plutôt "néant habillé en monnaie".

Il propose de définir le "risque systémique" comme l’échangeabilité ou, mieux, comme le "pouvoir de catallaxie" attendu avec incertitude par les gens.
Au lieu de « risque systémique », il préférera donc le « risque de pouvoir de catallaxie » tout en suivant le raisonnement de l’assurance.

Ex post , le "risque de pouvoir de catallaxie" est réalisé quand, en particulier, les gens ont perdu les capacités d’échanger ce qu'ils espéraient, ni ne peuvent échanger comme ils l’entendaient avec ce qu’on dénommait « monnaie ».


6. Un des aspects économiques du « risque de pouvoir de catallaxie » mérite le détour: c’est le "pouvoir de conversion contractuelle" monétaire attendu avec incertitude ou, si on préfère l’expression plus usuelle, la convertibilité monétaire (sous-entendu ex ante), pour ne pas parler de la méconnue qu'est l’assurancielle, « risque de pouvoir de conversion contractuelle ».

Ce fait du "pouvoir de conversion contractuelle" attendu avec incertitude est très ancien, même s’il a été l’objet de mainte contrefaçon en cours de route (par exemple, depuis la création de l'administration des monnaies et médailles en France ).


7. Le texte se propose de montrer dans sa section I que le « risque de pouvoir de catallaxie » procède à la fois de deux notions économiques bien connues, à savoir le pouvoir d’achat de la monnaie et la vendabilité de celle-ci, mais curieusement séparées l’un de l’autre.

Il les intégre dans la notion de « pouvoir de catallaxie » de préférence au mot « échangeabilité » qui en découle plus logiquement.


8. Il s'ensuit que la convertibilité des substituts de monnaie bancaires en monnaie or ou argent qu'on peut aussi dénommer "risque de pouvoir de conversion contractuelle" n'est qu'un aspect du "risque de pouvoir de catallaxie" (section II).


9. Comme les assureurs y insistaient dès le XIXè siècle, il convient de distinguer le risque et ses facteurs de risque.

Le risque de quoi que ce soit correspond à des quantités de monnaie susceptibles d'être perdues.

Au nombre des facteurs, interviennent la nature, les actes de chacun ou ceux des hommes de l’Etat, ou encore un mélange des uns et des autres difficile à séparer, à quoi on peut associer des probabilités mathématiques ou des moments d'ordre supérieur ou égal à l'unité.

Interviennent aussi les phénomènes de réglementation et d'innovation.

Comme le « risque de pouvoir de catallaxie », le « risque de pouvoir de conversion contractuelle » a donc des facteurs de risque au nombre desquels sont essentiels les actes irréfléchis ou irresponsables des hommes de l’Etat.

Le présent texte privilégie le facteur de risque réalisé à partir de la décennie 1930 qu’a été l’interdiction de la convertibilité monétaire qu'ont décidée les législateurs ou des hommes des Etats nationaux et qu'ils ont imposé aux gens privés (section III).

D'une part, une chose est certaine : cette interdiction étatique n’a aucune raison doctrinale indiscutable.

D’autre part, rien ne justifie de l'oublier et de ne pas la combattre.


10. Le présent texte vise enfin à montrer (section IV) que le « risque de pouvoir de conversion contractuelle » englobe un autre mot de rhétorique qui a fait florès au XXè siècle, à savoir le mot de « liquidité », qui est méconnu en tant que tel et qui en définitive ne veut rien dire…

Pourquoi, par exemple, parler de "liquide" plutôt que de "fluide" ou de "visqueux"?
Ces mots ont des sens précis en chimie physique, mais aucun en économie politique 7).

Il montre ainsi qu’est incluse tacitement dans le facteur du « risque de pouvoir de conversion contractuelle », la notion de « liquidité » et que celle-ci permet de faire prendre des vessies pour des lanternes en parlant des « réserves officielles » qui sont des objets comptables, mais en rien des réserves, sauf à appeler "chat" un chien.


11. Toutes ces notions cachent des coûts qu’en général les économistes mettent de côté et sur quoi on reviendra en conclusion en relation avec les réglementations et les innovations monétaires, depuis la nuit des temps, mais surtout depuis la décennie 1930.


                           ******************


I. Le « risque de pouvoir de catallaxie ».

I.1. Pouvoir d'achat de la monnaie.

Malgré le titre du livre intitulé The Purchasing Power of Money (its Determination and Relation to Credit, Interest and Crises) (1911) qui laissait penser que le pouvoir d'achat de la quantité de monnaie était le coeur du livre, Irving Fisher (1867-1947) s’était intéressé d'abord à l' « équation des échanges » de marchandises contre monnaie dans le passé.

Cela l'avait amené à insister sur le « pouvoir d'achat » de la monnaie, notion chère au début du XXè siècle à beaucoup d’économistes qui, tel Ludwig von Mises (1881-1973), y voyaient la "valeur" de la monnaie.

De l'"équation des échanges", une équation qu'il considérait du premier degré à une inconnue, Fisher a calculé l'inconnue qu'il a dénommée "vitesse de circulation de la quantité de monnaie" et que, plus tard, les monétaristes (à commencer par Milton Friedman, 1912-2006) monteront en épingle économique au prix de quelques modifications.

De là, sans explication déterminante, il a expliqué qu'à certaines conditions en relation avec la vitesse de circulation de la monnaie,
primo, toute variation de la quantité de monnaie dans un sens provoquait une variation des prix en monnaie des marchandises - ou du "niveau des prix" - de même sens et,
secundo, que les effets de la variation de la quantité se répercutaient sur les prix en monnaie des marchandises.


I.1.a. Pouvoir d’achat ex post ou ex ante.
A la suite de cette causalité qu’il ne justifiait pas, Fisher a fait passer simultanément son équation des échanges du passé à l'avenir, de l’ex post à l’ex ante !
Il y a le pouvoir d’achat qu’on calcule à partir de l’expérience passée – pouvoir d’achat ex post - et le pouvoir d’achat qu’on espère dans l’avenir – pouvoir d’achat ex ante -.

Reste que Vilfredo Pareto (1848-1923) était réservé à l'égard de la notion de « pouvoir d'achat de la monnaie » qu'il dénommait aussi "puissance d'achat" (cf. §75 de son
Cours d'économie politique de 1896-97).
Il préférait mettre l'accent sur les prix en monnaie des marchandises. Il considérait ainsi que la monnaie était la marchandise qui servait de prix aux autres marchandises (
ibid., §269) 8).


I.1.b. La valeur de la "monnaie".
Comme si de rien n’était, le pouvoir d’achat ex post est devenu pouvoir d’achat ex ante, la valeur ex post valeur ex ante !

La valeur qui intéresse l’économiste fait référence le plus souvent aux prix et quantités des marchandises, résultats de l'offre et de la demande de marché, voire des actions économiques d'untel ou untel.

Le fait est que le prix de la monnaie en une marchandise n'est pas la valeur de celle-là.
Il y a quelques siècles d'ailleurs, la valeur de ce qu'on dénommait alors "monnaie" donnait lieu à des jugements dans ce sens.
De façon très générale, il était question, dans l'ordre, de bonne ou de mauvaise monnaie (depuis au moins Aristophane jusqu'à Thomas Gresham), de vraie ou de fausse monnaie (cf. Vilfredo Pareto), d’artificielle ou de naturelle, puis au XXè siècle, de monnaie saine ou malsaine, de monnaie forte ou faible.
Et J.M. Keynes (1936) de mettre son grain de sel à l'occasion en se référant aux deux valeurs que J. Locke donnait, en 1692, à la monnaie (valeur d'usage en relation avec le taux d'intérêt, valeur d'échange en relation avec les marchandises).

Longtemps, les économistes ont mélangé la valeur de la monnaie, voire l’ont confondue avec la quantité de la monnaie.
Ainsi, le prix fixé, invariable, de l'unité de monnaie était qualifié de "valeur intrinsèque" de la monnaie alors qu'il désignait simplement le poids ou le nombre d'une (quantité de) marchandise.

Et plus près de nous, R.W. Clower (1969) n’a pas hésité à transformer le titre du chapitre intitulé
"The total value of the currency needed by a country"
- du livre de A. Marshall intitulé Principles of economics -
"The total currency needed by a country"
sans rien dire sur le "truandage" qu’il opérait ainsi et qui faisait passer à la trappe le mot « valeur »… (ce n'était pas une coquille).


I.1.c. L’achetabilité de la monnaie ex ante.
Fisher n’a pas contribué à faire préférer à l’expression « pouvoir d’achat de la monnaie » l'achetabilité de celle-ci (... i.e. en ligne de mire de son demandeur). Le mot n’apparaît jamais.

L’achetabilité en question est l’achetabilité ex ante et non pas l’achetabilité ex post.

Rien ne s’oppose néanmoins à dénommer le pouvoir d’achat ex post achetabilité ex post et le pouvoir d’achat ex ante achetabilité ex ante.

A ce dernier détail près, il y a trois façons de s’exprimer synonymes: il y a l’achetabilité, l’espérance morale – anticipation - ou le risque.

L’espérance morale ou anticipation fait intervenir des considérations de la personne physique tandis que le risque est une façon de caractériser une entité non personnelle en relation avec le domaine de l’assurance.

Le mot « achetabilité » n’est pas beau, mais plutôt que de parler de pouvoir d’achat, il est toujours possible de parler de l’achetabilité de la monnaie par comparaison à la vendabilité de la monnaie qui, elle, a été employée (cf. § 2 ci-dessous).


I.1.d. Le « risque de pouvoir d’achat » de la monnaie.
Avec la mode actuelle sur l’emploi du mot « risque » qui intervient "à toutes les sauces", on peut voir dans le pouvoir d’achat ex ante de la monnaie le « risque de pouvoir d’achat » de la celle-ci.
Du point de vue de chacun, le « risque de pouvoir d’achat » n’est autre que l’espérance morale ou anticipation de pouvoir d’achat attendue avec incertitude.
Du point de vue de l’acte humain, le risque correspond à l’achetabilité ex ante.


I.1.e. Les facteurs du « risque de pouvoir d’achat ».
Le "risque de pouvoir d'achat" de la monnaie a divers facteurs qui sont de l'ordre de la nature (accident ou autres inconvénients) ou de l'ordre des gens (responsabilité) ou un mélange de l'un et de l'autre difficilement séparables.

De l’« équation des échanges » se déduit le pouvoir d’achat de la monnaie, répétons-le.
Mais dans Man, Economy and the State (1962), Murray Rothbard (1926-95) est très sévère sur le développement de Fisher sur l’ « équation des échanges » 9).

Sans s’y référer, Rothbard a fait apparaître des facteurs du « risque de pouvoir d’achat » qu’on peut y trouver et que n’a pas évoqué Fisher.

13. The Fallacy of the Equation of Exchange […]

Monetary theory in American economics, […]
has been presented in entirely different terms - in the
quasi-mathematical, holistic equation of exchange, derived especially from Irving Fisher.
The prevalence of this fallacious approach makes a detailed critique worthwhile.[…]
Money is a generally acceptable medium of exchange, and purchasing power is rightly defined as the “quantities of other goods which a given quantity of goods will buy.”49) 
49) Ibid., p. 13.

He explains that the lower the prices of goods, the larger will be the quantities that can be bought by a given amount of money, and therefore the greater the purchasing power of money.
Vice versa if the prices of goods rise.
This is correct; but then comes this flagrant non sequitur:
“In short, the purchasing power of money is the reciprocal of the level of prices; so that the study of the purchasing power of money is identical with the study of price levels.” 50) 
50) Ibid., p. 14.

From then on, Fisher proceeds to investigate the causes of the “price level”; thus, by a simple “in short,” Fisher has leaped
from the real world of an array of individual prices for an innumerable list of concrete goods into the misleading fiction of a “price level,” without discussing the grave difficulties which any such concept must face..[…]

This off-hand assumption of equality is not self-evident, as Fisher apparently assumes, but a tangle of fallacy and irrelevance. […]

There is certainly no equality of values between two goods exchanged or, as in this case, between the money and the good.
Is there an equality in anything else, and can Fisher’s doctrine be salvaged by finding such an equality?
Obviously not; there is no equality in weight, length, or any other magnitude.[…]

There is no “value-of-money side” equaling a “value-of-goods side.”

The equal sign is illegitimate in Fisher’s equation.
How, then, account for the general acceptance of the equal sign and the equation?
The answer is that, mathematically, the equation is of course an obvious truism:
70 cents = 10 pounds of sugar x 7 cents per pound of sugar.
In other words, 70 cents = 70 cents.

But this truism conveys no knowledge of economic fact whatsoever. 54) 
54) Greidanus justly calls this sort of equation “in all its absurdity the prototype of the equations set up by the equivalubrists,” in the modern mode of the “economics of the bookkeeper, not of the economist.” Greidanus, Value of Money, p. 196.[…]

In fact, it is an identity and not an equation. […]

Thus, Fisher’s attempt to arrive at a quantity equation with the price level approximately proportionate to the quantity of money is proved vain by yet another route.

A group of Cambridge economists—Pigou, Robertson, etc.—has attempted to rehabilitate the Fisher equation by eliminating V and substituting the idea that the total supply of money equals the total demand for money.

However, their equation is not a particular advance, since they keep the fallacious holistic concepts of P and T, and their k is merely the reciprocal of V, and suffers from the latter’s deficiencies.
This example should reveal the fallacy of equations in economic theory.

The Fisherine equation has been popular for many years because it has been thought to convey useful economic knowledge.
It appears to be demonstrating the plausible (on other grounds) quantity theory of money.
Actually, it has only been misleading.

There are other valid criticisms that could be made of Fisher: […]

At any rate, enough has been shown to warrant expunging the equation of exchange from the economic literature.” (Rothbard, 1962)


Soit dit en passant, malheureusement, l’équation des échanges reste pour une grande part à la base des calculs effectués sur les taux de change.


I.2. Vendabilité de la monnaie.

Dans le but d'expliquer l’origine de la monnaie, Carl Menger (1840-1921) avait constaté que, dans le passé, des échanges avaient donné lieu, chacun, à la récurrence d’une marchandise vendue aisément, pas toujours la même selon les temps et les espaces, qu'il était quotidien de dénommer désormais "monnaie".

Il l'admettait « vendable » aisément dans l'avenir et y voyait ainsi une marchandise vendable ex ante. Menger avait en effet mis le doigt sur la « vendabilité » – «saleableness » en anglais, et leur degré, the different degrees of saleableness (Absatzfahigkeit) of commodities. – des marchandises qui deviennent formes de monnaie, leur capacité d'être vendues :

“With economic progress, therefore, we can everywhere observe the phenomenon of a certain number of goods, especially those that are most easily saleable at a given time and place, becoming, under the powerful influence of custom, acceptable to everyone in trade, and thus capable of being given in exchange for any other commodity.

These goods were called “Geld” by our ancestors, a term derived from “gelten” which means to compensate or pay.
Hence the term “Geld” in our language designates the means of payment as such.” (Menger, chap.8) 10).


Depuis lors, les formes de monnaie en question se sont succédées et sont apparues elles-mêmes, à leur tour, aisément vendables…


I.2.a. Vendabilité ou pouvoir de vente de la monnaie.
Au lieu de marchandise vendable ou de vendabilité de la marchandise ex ante dénommée "monnaie", par comparaison au « pouvoir d’achat » de la monnaie, Menger aurait pu faire intervenir la "puissance de vente", le "pouvoir de vente" ou encore la "force de vente" (mot moderne) de la monnaie ainsi cernée. Il ne l’a pas fait.

Qu’à cela ne tienne, et en oubliant Pareto, au lieu de parler de la capacité qu’a quelqu’un d’agir, on peut parler de son pouvoir – voire de son droit… -, ce qui revient au même.

Rien ne s’oppose à dénommer la vendabilité ex post pouvoir de vente ex post et la vendabilité ex ante pouvoir de vente ex ante.

La vendabilité ex ante de la monnaie est la vendabilité attendue avec incertitude par chacun.

On peut encore parler d’espérance de vente attendue avec incertitude par la personne juridique physique.


I.2.b. Le « risque de pouvoir de vente » de la monnaie.
On peut en arriver à voir ainsi dans la vendabilité ex ante de la monnaie, dans le pouvoir de vente de celle-ci attendue avec incertitude par les gens, le « risque de pouvoir de vente ».


I.2.c. Les facteurs du « risque de pouvoir de vente » de la monnaie.
Le « risque de pouvoir de vente » de la monnaie a des facteurs de risque.  On les laissera de côté.

Une chose est certaine : à l’origine, les hommes de l’Etat n’ont eu aucun rôle dans ce facteur de risque, seuls les gens privés s’y étaient attachés.  Par la suite, ils s’y sont immiscés.


I.3.  Echangeabilité de la monnaie.

Menger ne s'est donc pas confronté à ce que d'autres économistes de son temps dénommaient, par habitude, pouvoir d'achat de la monnaie (cf. ci-dessus section I).

Reste que ce qui est capacité de vendre pour l’un est capacité d’acheter pour l’autre et réciproquement.

La vendabilité, pouvoir de vendre ou de vente devrait avoir pour symétrique l’achetabilité, le pouvoir d’acheter ou d’achat.

Une personne a un pouvoir d’acheter ou de vendre de la monnaie, un pouvoir d’achat ou de vente de celle-ci.

Et par rhétorique, on peut dire que la monnaie a autant un pouvoir de vente qu’un pouvoir d’achat… 11)

Les notions de vendabilité et d'achetabilité de la monnaie, de pouvoir de vente et de pouvoir d'achat de la monnaie, sont deux voies opposées qui confortent, chacune, les notions d'offre et de demande de la marchandise, de l’échangeabilité, du marché au sens théorique du mot, bref de la catallaxie.
Elles peuvent être regroupées directement dans la notion d'échangeabilité, de pouvoir de marché ou de catallaxie.

Faut-il rappeler que, selon Friedrich von Hayek (1899-92) :

« Une économie, au sens strict du mot qui permet d'appeler « économie » un ménage, une ferme ou une entreprise, consiste en une combinaison d'activités par laquelle un ensemble donné de moyens se trouve affecté selon un plan unitaire et réparti entre les diverses tâches d'après leur importance respective.
L'ordre de marché ne sert nullement un tel agencement unitaire d'objectifs.

Ce qui est d'ordinaire appelé une économie sociale ou nationale n'est pas en ce sens une unité économique mais un réseau de nombreuses économies imbriquées les unes dans les autres.
Nous verrons que son ordre partage, avec l'ordre d'une économie proprement dite, certains
caractères formels mais non pas le plus important : les activités d'une nation ne sont pas gouvernées par une unique échelle ou hiérarchie d'objectifs.

 La croyance que les activités économiques des individus membres de la société sont, ou devraient être, les éléments partiels d'une économie au sens propre du terme, et que ce que l'on appelle communément l'économie d'un pays ou d'une société devrait être agencé et jugé d'après les mêmes critères qu'une économie proprement dite, est la principale source d'erreurs dans ce domaine.
Pourtant, chaque fois que nous parlons de l'économie d'un pays, ou du monde, nous employons un terme qui suggère que ces systèmes devraient être conduits à la manière socialiste, et dirigée suivant un plan unique de façon à servir un ensemble unitaire d'objectifs.

Alors qu'une économie proprement dite est une organisation, dans le sens technique que nous avons donné à ce mot — c'est-à-dire un agencement délibéré d'un seul organe collectif pour l'emploi de moyens connus — le kosmos du marché n'est ni ne peut être ainsi gouverné par une échelle unique d'objectifs ; il sert la multitude des objectifs distincts et incommensurables de tous ses membres individuels.
La confusion engendrée par l'ambiguïté du mot économie est si grave que, pour notre propos actuel, il apparaît nécessaire d'en cantonner l'usage strictement dans son sens originaire : celui d'un complexe d'actions délibérément coordonnées visant un seul faisceau d'objectifs ; et d'adopter un autre terme pour évoquer le réseau de nombreuses économies en relations mutuelles, qui constitue l'ordre de marché.

Puisque le nom de « catallactique » a depuis longtemps été proposé pour la science qui étudie l'ordre de marché, et qu'il a récemment été tiré de l'oubli, il semble tout indiqué d'adopter un mot correspondant pour l'ordre de marché lui-même.
Le terme « catallactique » a été tiré du verbe grec katallattein (ou katallassein) qui signifiait originairement, et de façon éclairante, non seulement « échanger » mais aussi « admettre dans la communauté » et « faire d'un ennemi un ami ».
De là, l'adjectif « catallactique » a été dérivé pour remplacer « économique » afin de désigner l'espèce de phénomène dont s'occupe la science de la catallactique.
Les anciens Grecs ne connaissaient pas ce terme, et n'avaient pas de substantif correspondant ; s'ils en avaient forgé un, c'eût été probablement katallaxia.

De là nous pouvons former un mot moderne, catallaxie, que nous emploierons pour désigner l'ordre engendré par l'ajustement mutuel de nombreuses économies individuelles sur un marché.
Une catallaxie est ainsi l'espèce particulière d'ordre spontané produit par le marché à travers les actes de gens qui se conforment aux règles juridiques concernant la propriété, les dommages et les contrats." 
(Hayek, 1976, p. 129-131).

Et on peut en arriver à voir ainsi dans l’échangeabilité ex ante de la monnaie, le pouvoir de catallaxie de celle-ci attendu avec incertitude par les gens.

. Définition du « risque de pouvoir de catallaxie ».
Avec la mode actuelle sur l’emploi du mot « risque » qui intervient « à toutes les sauces », en relation avec le "risque systémique" du « Conseil européen du risque systémique » - dont la définition n’est guère éclairante -, compte tenu du flou qui règne autour de l’expression « risque systémique », il est plus approprié de parler du "risque d'échangeabilité" ou mieux, du "risque de pouvoir de catallaxie" pour identifier sa réalité, au lieu de limiter le mot au seul « risque de pouvoir d’achat » de la monnaie ou au seul « risque de vendabilité » .

Cette notion n’a rien d’original même si, par exemple, von Mises la confrontait à son opposé logique dans le texte de 1917-18 déjà cité sur les « doctrines monétaires catallactique et a catallactique » et si, en France, elle est peu connue.

Du point de vue de chacun, le « risque de pouvoir de catallaxie » n’est autre que l’espérance morale ou anticipation de pouvoir de catallaxie attendue avec incertitude.


Soit dit en passant, échangeabilité ou pouvoir de catallaxie devient alors synonyme de « marchandise ».
Comme la marchandise, le pouvoir de catallaxie est autant ex post que ex ante.
Reste qu'à la différence de la marchandise ou du pouvoir de catallaxie, l'échangeabilité suppose l'avenir et est uniquement à envisager ex ante.


                           ******************


II. Convertibilité des substituts de monnaie bancaires en monnaie or ou argent .

Le « risque de pouvoir de catallaxie » a divers aspects.

Celui qu’on privilégie dans ce texte est la convertibilité des substituts de monnaie bancaires en monnaie or ou argent …, autre façon de parler du « risque de pouvoir de conversion contractuelle » des substituts de monnaie bancaires attendu avec incertitude par les gens.


II.1. Le « risque de pouvoir de conversion contractuelle ».

Le « risque de pouvoir de conversion contractuelle » des substituts de monnaie bancaires en monnaie or n’est jamais que la convertibilité, le « pouvoir de conversion contractuelle » ex ante.  Les deux expressions qui se placent dans des domaines différents sont synonymes.
Le mot « convertibilité », ancien, a tendance à cacher le mot « risque de pouvoir de conversion contractuelle », nouveau, qui s’épanouit dans le domaine de l’assurance.


II.2. Les règles de droit.

La notion de convertibilité des S.M.B. en monnaie or ou argent est juridique, elle est assise sur les règles de vrai droit.
Comme l’a écrit Pascal Salin :

« Tout système bancaire repose sur des garanties de convertibilité.
La convertibilité de la monnaie produite par une banque est garantie par une monnaie de réserve.
A la limite, seule cette monnaie « de réserve » mérite véritablement le nom de monnaie » (Salin, 1990, p.83)

« Il convient de préciser le processus concret par lequel on met en œuvre la garantie de convertibilité contre les monnaies » (ibid., p. 87).

La garantie de convertibilité est donc une considération en relation avec à la fois les règles de droit, l'acte d'échange et la monnaie.

 Depuis longtemps, les gouvernements ont fait valoir les contrefaçons de la monnaie et se sont érigés comme le seul moyen de l’empêcher.
De fait, ils s'avèrent avoir été les premiers contrefacteurs non pénalisés.

Mais, d’une part, fin XIXè, début XXè, certains économistes ont séparé l’économie politique des règles de droit.

D’autre part, au début du XXè siècle, sans que cela soit distingué, la notion de convertibilité des substituts de monnaie bancaires en monnaie or ou argent avait rejoint, dans sa nature, les notions de vendabilité ex ante ou d'achetabilité ex ante, bref d’échangeabilité ou de pouvoir de catallaxie ex ante.
Comme celles-ci, elle ignorait le passé et supposait tacitement l'avenir, se situait ex ante.

La voie de l'interdiction du "risque de pouvoir de conversion contractuelle" était potentiellement ouverte.


II.3. La couverture comptable.

La notion de convertibilité est ensuite comptable..., un chiffre, la comptabilité sour la rubrique "couverture comptable" s'en déduit par la suite.

 La couverture comptable a un taux qui n’est autre que le rapport entre deux montants détenus par la banque, à savoir le montant de la monnaie or ou argent et celui des SMB …


II.4. Remarque : convertibilité juridique et couverture comptable.

Les éléments font intervenir un taux de conversion juridique et un taux de couverture comptable entre l’or ou l’argent et les SBM.

Le taux de conversion juridique est ex ante tandis que le taux de couverture comptable est ex post.  

Une ambiguïté existe entre convertibilité et couverture.
Il y a une façon comptable de parler de la convertibilité ex post, de la conversion passée, c’est la couverture comptable.
Celle-ci a un caractère observable, arithmétique résultant de la comptabilité bancaire.
Elle est source d'informations qui peuvent être vraies ou fausses.


Soit dit en passant, si on ne peut pas mentir sur un stock d'or ou d'argent détenu, sauf à le cacher par l'intermédiaire d'un compte - secret - dont on ne retient à l'actif du bilan de la banque que le solde 14), il en est tout différemment d'un stock de créances qui lui fait intervenir les débiteurs.


La convertibilité des "substituts de monnaie bancaires" (billets et comptes de dépôt bancaires) (S.M.B.) est ex ante, elle concerne la conversion contractuelle entre les banques et les agents, la conversion contractuelle attendue avec incertitude par ceux-ci à un prix convenu..

La convertibilité des SMB doit être distinguée de la conversion contractuelle des échanges de marché où les agents sont entre eux et où aucun prix n'est a priori convenu.
En liberté, la conversion contractuelle peut être comparée à l’échange en monnaie - et de ses substituts bancaires depuis le XIXè siècle - contre des biens « non monnaie » « sur le marché », en catallaxie.
On échange chaque fois une quantité de marchandises à un prix en monnaie ou, ce qui revient au même contre une quantité de monnaie.
Le prix de la marchandise en monnaie n’est alors jamais que la quantité de monnaie à recevoir ou à donner convenue, le taux d’échange conclu.


                                   ***************


III. L’interdiction étatique de la convertibilité monétaire réalisée.


III.1. Les facteurs des risques.

Comme tout risque, les « risques» de la monnaie cache des facteurs de risque variant avec le risque en question.

On a déjà évoqué les facteurs de risque du "risque de pouvoir d'achat" et du "risque de vendabilité" de la monnaie.  En voici d'autres.


III.1.a. Cas du « risque de pouvoir de catallaxie ».
Le « risque de pouvoir de catallaxie » ne doit pas cacher les facteurs du risque qui lui donnent ses caractéristiques.

Ces facteurs procèdent en particulier des postulats que les gens donnent à la catallaxie en relation avec le coût de l’échange synallagmatique présent qu’ils estiment, chacun, à sa façon et avec sa variation, selon quoi, en principe, la monnaie le diminue.

Ils font intervenir deux postulats.

. Postulat n°1 :
Le postulat est que
- l'acte d'échange synallagmatique présent de la personne juridique ESP est possible,
- mené, il est espéré profitable.
- un bien échangeable  15) est un bien dont le coût de l'échange synallagmatique présent –CESP- est estimé bas ou peu élevé 16).

Il revient au même de dire que
- les gens ont les capacités (juridiques, techniques ou économiques) d'échanger, de mener l'action d'échange qu’ils se donnent et que
- le coût de l'échange envisagé est estimé bas ou pas trop élevé.

Postulat n°2
Le postulat est que
l'acte d'ESP est espéré impossible.

L'échange désiré est impossible car le coût d'échange est trop élevé.
Si l'échange ne débouche pas, si le marché n'est pas conclu, c'est en particulier parce que l'échange a eu un coût estimé trop élevé à un certain instant.

Des biens ne sont pas échangeables, une marchandise n’est pas échangeable quand le coût de l'échange est trop élevé.
Un bien non échangeable, non marchand cache en fait un CESP trop élevé.

Malgré la monnaie, des échanges ne se font pas, des biens ne sont pas échangeables, ils sont « non marchands » en raison des capacités impossibles à avoir pour les mener à bien.

Les coûts de l’échange dans les postulats n°1 (possibilité) et n°2 (impossibilité) ne sont rien d’autres que des facteurs réalisés du « risque de catallaxie »: selon l’un, les coûts sont bas, selon l’autre, les coûts sont élevés.

A l’opposé, si le coût de l’échange devient trop élevé, plus d’échange n’est possible,

Si le coût d’échange élevé est abaissé comme il le faut, il autorise davantage d’échanges qui deviennent profitables.
les biens deviennent échangeables, marchands.
Il revient au même de dire que
- les gens ont acquis les capacités d'échanger, de mener l'action d'échange
- le coût de l'échange de biens envisagé a été abaissé ou que
- les biens sont devenus échangeables les uns contre les autres,
- il y a des obstacles abaissés ou frictions moins nombreuses.

Ex ante, la catallaxie attendue avec incertitude par les gens a trois grands postulats qui sont ses facteurs du risque.


III.1.b. Cas du « risque de pouvoir de conversion contractuelle ».
 Le « risque de pouvoir de conversion contractuelle » a divers facteurs qui sont de l’ordre de la nature (accident ou autres inconvénients) ou de l’ordre des gens (responsabilité) ou d’un mélange de l’un et de l’autre difficilement séparables.

Tantôt ces facteurs sont attendus avec incertitude, tantôt ils ne le sont pas et doivent être considérés réalisés, le plus souvent une fois connus.

Certains de ces facteurs sont irréversibles (irrémédiables), et d’autres ne le sont pas.


III.2. Cas du facteur « interdiction étatique » du « risque de pouvoir de conversion contractuelle » réalisé.

Qu'on le veuille ou non, le facteur de risque qu'est l'interdiction étatique du « risque de pouvoir de conversion contractuelle » a été la réglementation monétaire 17) majeure du XXè siècle.

Qu’est-ce qu’une réglementation ou que devrait-elle être d'un point de vue économique ?
C’est d'abord une limitation des (effets des) règles de droit (propriété, responsabilité et liberté d'échanger), une limitation (des effets économiques) de l'application et du respect de celles-ci.

Curieusement, aujourd'hui, peu de gens parlent de la réglementation étatique de la monnaie et en tirent les conséquences qui devraient s’imposer en dépit de sa singularité.
Tout se passe comme si elle n'existait pas ou bien avait existé de tout temps et devait être perpétuelle...

Elle a été expliquée par la puissance économique que pensait obtenir le gouvernement de l’Etat d’un pays par ce choix.

Elle fut instaurée à partir de la décennie 1930 dans tous les pays.
Elle s’est réalisée totalement au début de la décennie 1970.

Elle a été réalisée et constatée ex post par les gens. .
Et, indirectement, les effets du facteur de risque, à savoir l’interdiction supportée par les gens, ont duré jusqu’à aujourd’hui.

Rien ne justifie de ne pas s’interroger – comme le font d'ordinaire les économistes - sur la réalisation de ce facteur de risque et sur sa pérennité.

Rien ne peut être dit sur ce qu’elle sera dans l’avenir sinon l'évolution des espérances de prix attendues avec incertitude par chacun.


III.2.a. Irréversibilité du facteur « interdiction étatique ».
Ensuite rien ne justifie de considérer que l'interdiction sera perpétuelle et de ne pas en parler.

Il est important d’insister sur le fait que les réglementations édictées un beau jour dans le passé ne sont pas perpétuelles.

Les lois, les réglementations qui vont et viennent ne doivent pas être confondues avec l’Histoire.

Contrairement aux innovations des gens qui se succèdent pour une jugée de facto meilleure et donnent l’impression, elles aussi, un temps, d’être perpétuelles, les réglementations ne se succèdent pas et sont susceptibles d’être abandonnées.

Ces variations des réglementations ne sauraient être comparées à des faits historiques.


Et simplement parce qu'une réglementation ne saurait être perpétuelle et donc irréversible et que son coût ou celui de ses effets ne peut que croître, il conviendrait de la garder à l'esprit.

Une réglementation ou un paquet de réglementations est nécessairement éphémère - à l'échelle de l'Histoire - ou, si on préfère, n'est pas irréversible malgré ce que certains veulent bien dire.
Et il en est ainsi de l'interdiction de la convertibilité monétaire qu'on le veuille ou non.

Bien sûr, on peut toujours tenter de faire confondre réglementation et innovation, ce qui est la mode politique actuelle, mais cela ne peut que durer un temps.

On peut aussi tenter de faire confondre interdiction et obligation.

En tout état de cause, il s'agirait d'évoquer en permanence les aspects de ce fait en relation avec les règles de droit (cf. ci-dessous).

Il ne faut pas mélanger la réglementation qu’est une interdiction étatique et l’Histoire.

L’interdiction étatique n’est pas irréversible en dépit de ce que certains colportent et à cause de ce dont l’histoire témoigne.
Le facteur "interdiction étatique" n’est pas irréversible comme l’a démontré, par exemple, le législateur de l’Angleterre après 1821 et sur quoi, en particulier, avait écrit David Ricardo.

A sa base, il y a le coût économique du facteur et le coût de ses effets qui ne peuvent que croître.

La réglementation ne saurait cacher le coût à quoi elle donne lieu.

Seules les innovations sont irréversibles et elles le sont parce qu'elles cachent des économies de coûts.

Le facteur "interdiction étatique" est toujours en acte aujourd’hui, mais il n’est pas irréversible, ni irrémédiable (cas du "bitcoin" en route... pour vraisemblablement enlever le remède).


III.2.b. Remarque : interdiction étatique nouvelle et comptabilité bancaire invariable.
Suite à l'interdiction étatique de la conversion contractuelle de la décennie 1930, il aurait dû y avoir une modification de la comptabilité bancaire.

L’interdiction a eu pour conséquence extraordinaire qu'il n'y a pas eu de variation des règles de la comptabilité bancaire pour autant, jusqu’à aujourd’hui inclus.

J’ai développé le point dans le texte du 13 janvier 2013 (cf. le texte de janvier 2014) que j’ai proposé au séminaire J.B. Say, je vais résumer.

Il envisageait deux grands aspects en relation avec les mots (je n’avais pas alors lu Solow…) et avec la comptabilité bancaire qui sont étroitement liés.

La logique du droit, fondement de la vraie comptabilité bancaire, a été en vérité oubliée ou contrecarrée pour ne pas écrire "foulée aux pieds" par cette réglementation.
Rien ne justifiait que billets et dépôts bancaires persistassent, inscrits au passif du compte de bilan de la banque centrale comme ils l’ont été.

En le restant, il fallait admettre que le nouveau faux concept, celui de « substitut de rien bancaire » (S.R.B.) recouvrirait désormais, malgré tout, les deux grandes formes, billets en papier et dépôts bancaires, que recouvrait le concept de S.M.B., avec une signification juridique non dite.

Bien évidemment, la présentation comptable inchangée ne posait pas de problème à ceux qui en avaient oublié le fondement juridique pour en conserver l'arithmétique.
Quand on met de côté les règles de droit et quand l'obligation de paiement conserve ses caractéristiques antérieures, rien ne s'y oppose.

Mais, la logique du droit en tête, il pouvait en être autrement.

Tout s'est dpnc passé pour ceux qui étaient dans ce cas comme s'ils avaient résolu le problème en ne changeant rien.

Pour le législateur, tout s'était passé comme si la nouvelle réglementation de la conversion contractuelle, i.e. l’interdiction de sa conversion, n'avait pas eu d'impact sur la comptabilité bancaire.
On peut aussi penser que, pour les uns, on ne voulait pas modifier les règles en question, pour les autres, on ne savait pas faire.
Et sur ce dernier point, les faits se sont accumulés jusqu'à aujourd'hui inclus (par exemple, en relation avec le "hors bilan" des banques).

Simultanément, malgré l’interdiction étatique et les nouvelles réglementations - sans variation comptable supposée -, les substituts de monnaie bancaires
- ont été pris pour "monnaie" au lieu d'être considérés pour ce qu'ils devenaient, des "substituts de rien bancaires" et
- sont devenus, pour des économistes orthodoxes, et en relation avec la banque centrale, "monnaie interne" et "monnaie externe" à la suite des travaux de Gurley et Shaw (1960) (19).

Une chose est certaine : d’une part, l’interdiction étatique n’a aucune raison doctrinale indiscutable.

D’autre part, rien ne justifie de l'oublier et de ne pas la combattre.


                            *********************


IV. La liquidité.

Le facteur de risque qu’était l’interdiction étatique du « risque de pouvoir de conversion contractuelle » ne s’est pas arrêté là.

Il a été prolongé à partir du début de la décennie 1970 et lui a été approprié un mot nouveau de la rhétorique -au mauvais sens du mot-, celui de "liquidité".
Il a conduit à parler des « réserves internationales » ou des « réserves officielles » pour désigner certaines créances/dettes des banques centrales comme si celles-ci étaient de la monnaie, alors qu’elles n’étaient que des « néants habillés en monnaie ».

Selon Friedrich von Hayek dans Denationalisation of Money (1978, p.71n), il semblerait que le mot "liquidité" ait été introduit depuis au moins Carlile (1901) qui parlait de “liquid asset” (20)).


IV.1. Liquidité comptable d'une créance/dette (sens n°1).

Pour sa part, Gustav Cassel (1866-1945) s'était intéressé, quant à lui, à la comptabilité des échanges effectués permises par ce qu'on dénommait "monnaie" et au remboursement prochain attendu des créances par le propriétaire, en faisant intervenir la notion de "liquidité".

La liquidité n'était donc qu'une considération comptable, un rapport de la créance en monnaie à la créance en monnaie à sa maturité prochaine convenue (premier sens du mot) (c’est qu’en a dit Hutt, 1956).


IV.2. Préférence pour la liquidité (sens n°2).

Au moment où l'interdiction de la convertibilité monétaire commençait à dénaturer ce qu'on avait dénommé jusqu'alors la monnaie, tout a tendu à changer.
La liquidité allait acquérir un sens particulier d'échangeabilité (deuxième sens du mot).

Pire que les réglementations de la monnaie à quoi l'étude de la monnaie devrait inciter, il y a eu en effet l'accent mis sur la "préférence pour la liquidité", ancre du motif de spéculation keynésien pris par beaucoup pour référence générale de la demande de monnaie.

John Maynard Keynes (1883-1946) a ainsi enfoncé le clou en parlant de "préférence pour la liquidité" pour désigner une composante de la demande de monnaie qu'il particularisait tel dans le livre intitulé Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie (1936).
Il mettait l’épargnant nouveau face au dilemme : demander de la monnaie ou demander certaines créances/dettes.

Etant donné l'épargne nouvelle et les créances/dettes à long terme, à revenu fixe, à taux d'intérêt nominal invariable, à quoi il supposait que s'attendait avec incertitude l'épargnant/investisseur, Keynes a en effet défini la "préférence pour la liquidité" comme une composante de la demande des substituts de monnaie bancaires - convertibles ou non en monnaie or, on ne sait - par opposition à la demande de créances/dettes longues, à revenu fixe.

La prévision "variation monnaie et créances/dettes à long terme" dans l'avenir faisait prévoir à l'épargnant/investisseur, en théorie, un gain ou une perte à court terme selon qu'il choisissait la monnaie ou la créance/dette.

James Tobin (1918-2002) a proposé, vingt ans plus tard, une explication microéconomique faisant intervenir des notions nouvelles, complémentaires comme celle d'"aversion pour le risque".

Dans cette approche, la "monnaie réglementée" cannibalise la notion de comptabilité réglementée qu'est la liquidité et devient la "liquidité absolue", à quoi les économistes comparent les autres actifs de patrimoine, plus ou moins liquides, les autres réserves de valeur.

Et aujourd'hui, la liste des actifs plus ou moins liquides est longue...

Et les banques centrales semblent s'être données pour règle de dire lesquelles sont liquides - et qu'elles sont prêtes à acheter ou à prendre en pension - et celles qui ne le sont pas – et qu’elles n’achèteront pas -.

D'un jour à l'autre ou presque, d'ailleurs tout peut changer.

En d'autres termes, avec cette voie de la comptabilité réglementée inspirée d'une approche répréhensible de ce qu'on dénommait "monnaie" hier, sous la rubrique de la "liquidité" ; la "monnaie réglementée" se voit juxtaposée, sans réserve, à des "actifs de patrimoine", tout cela sans se préoccuper des réglementations assénées aux uns et aux autres.

La confusion ne s'arrête pas là.

La liquidité a ainsi acquis un sens particulier de catallaxie mais elle a continué à cacher le coût d'opportunité de l'acte d’échange ex ante à quoi donnait lieu la catallaxie en question (« friction » de Hicks, cf. ci-dessous §6).

A aucun moment, Keynes ne fait référence à ce coût.
La "prime de liquidité" qu’il évoque n’est qu’un aspect de ce coût laissé de côté (21).


IV.3. Les réserves officielles « néant habillé en monnaie » (sens n°3).

La liquidité a acquis une troisième signification en relation avec la permanence de la réglementation comptable bancaire, malgré l’interdiction étatique nouvelle de la convertibilité ex ante, du « risque de conversion contractuelle ».

Au lieu que les mots « monnaie » ou « liquidité » continuent à être employés dans les sens précédents, les agents officiels se sont donnés un nouveau mot, à savoir le mot « réserve » 22), au prix d’un adjectif complémentaire « officielle ».

Il y avait déjà :
- les « réserves fractionnaires », rapport entre le montant des substituts de monnaie bancaires et celui des crédits (taux de couverture),
- les « réserves obligatoires » des banques de second rang auprès de la banque centrale, rapport imposé par le législateur ou l’Etat entre principalement le montant des dépôts des banques de second rang à la banque centrale et le montant des substituts de monnaie bancaires des banques.

Il y aura désormais les « réserves officielles » ou « réserves internationales » qui ne fait intervenir aucun rapport 23).
Depuis 1971-73, les « réserves officielles » ont retrouvé ainsi les « substituts de rien bancaires » détenus par les agents privés. La conversion contractuelle en monnaie or ou argent a été supprimée. Agents privés ou agents officiels, même combat 24) .


IV.4. Remarque : « monnaie », liquidité, réserves officielles et finance.

Quel lien logique existe-t-il entre la « monnaie », la liquidité, les réserves officielles et la finance ?

Pour les uns, c’est la contagion… (cf. par exemple « Global liquidity and financial contagion » http://www.bis.org/review/r140116f.pdf?frames=0 )

La question n’est pas originale.
Il existe des théories économiques qui tressent des liens
- entre la monnaie et la liquidité (en particulier, les keynésiens, voire les monétaristes, cf. par exemple Claassen, 1970, chap. 2) ou
- entre la monnaie et la finance (cf. par exemple Gurley et Shaw, 1960).

Ces théories non autrichiennes ont en commun de parachuter des éléments pour parvenir à leurs fins et, surtout, de ne pas partir du point de départ le plus logique qui soit, à savoir l’échange de marchandises en propriété des gens, type d’acte humain.

Leur relation est confortée par la monnaie et la finance, voire l’assurance.
En effet, la monnaie, la finance et l’assurance ne sont jamais que des renforts de la relation d'échange pour autant qu’en principe, celles-ci réduisent le coût d’opportunité de l’échange temporel ou incertain de chacun.

La vérité ne se trouve donc pas dans la rhétorique au mauvais sens du mot, celle à quoi faisait allusion Solow 25).


                            ****************


Conclusion.

Ce qu’on dénomme « monnaie » aujourd’hui ne doit pas cacher la course poursuite entre les réglementations et les innovations.

L’interdiction étatique du « risque de pouvoir de conversion contractuelle » qui a été réalisée au XXè siècle n’a pas empêché d’autres réglementations, ni surtout des innovations depuis lors (le bitcoin...).

L’ère de la « monnaie analogique » a laissé progressivement le pas à l’ère de la « monnaie numérique », impensable encore dans la décennie 1930, au moment de la réglementation de l’interdiction étatique.

Au coeur de cette évolution, il y a un mot important, véritablement économique, qui est pourtant rarement évoqué, à savoir celui de coût d'opportunité de l'acte d'échange en monnaie de la personne juridique physique ... pour changer de situation.

Le changement de situation de la personne donne lieu à un coût estimé par chacun qui doit être distingué du coût d’opportunité de l’acte d’échange.

Semblent préférées à ce coût, par les uns et les autres, l’innovation et la réglementation, considérations non économiques.

Mais ces mots eux-mêmes ne doivent pas cacher que les porte le coût d’opportunité de l’acte d’échange de chacun.
C’est ce coût d’opportunité de l’acte d’échange qui fait que tous les mots précédents tournent autour de lui et, surtout, autour de sa diminution dont les économistes ne semblent pas avoir idée et à quoi donne lieu ce qu'on dénomme "monnaie" aujourd'hui.

Encore faut-il traiter de ce coût d’opportunité de l’acte d’échange.
Ce qui n’est que très rarement le cas : il est soit mis de côté, soit supposé nul, soi-disant pour simplifier.

C’est ce coût que permettent les références au « risque de pouvoir de catallaxie » de la monnaie en général et au « risque de pouvoir de conversion contractuelle » de celle-ci en particulier, ainsi qu’au facteur de risque, en général, et en particulier au facteur « interdiction étatique » de ce dernier risque.  Ces références l’échafaudent.

On peut dire que si le coût d’opportunité de l’acte d’échange est jugé bas malgré les réglementations, tout va bien.
S’il est jugé devenir élevé, tout va changer.
Et les réglementations cachent alors des coûts à modifier, mais comment?.

. L'€uro.
Summum par excellence de la démarche aveugle de l’interdiction étatique du « risque de pouvoir de conversion contractuelle » poursuivie tout au long du XXè siècle, ce qu'on dénomme "€uro" et tout ce qui s'y rattache depuis 1999.

A aucun moment, le facteur « interdiction étatique » que cache l’€uro n’est évoqué. Il en est pourtant la base.
Suivant en cela, par exemple, l’Angleterre de 1797-1821 (pour ne pas parler de la France de 1793)  ou l’Union monétaire latine d’hier, il n’est pas irréversible.

Le coût économique du facteur de risque impliqué et le coût de ses effets ne peuvent que croître et le faire réversible ou remédiable.

Malgré cela, ceux qui ont amené au capharnaüm actuel, qu'ils ne comprennent pas, veulent aller néanmoins au-delà et imposer, dernier "dada" réglementaire, une "union bancaire" aux banques de second rang.
A leurs yeux, cette obligation, nouvelle réglementation, devrait améliorer la situation !

L’interdiction et l’obligation étatiques d’hier se voient ainsi compléter par une nouvelle obligation.
Reste qu’aucune base doctrinale ne leur permet de le soutenir.



Références

Bastiat, F. (1850)
http://bastiat.org/fr/services.html

Carlile, W.W. (1901), Evolution of Money, https://archive.org/details/evolutionofmoder00carluoft

Clower, R.W. (1969), Theory of Money

Debreu, G. (1960), Théorie de la valeur 

Dubois, L.A. (1950), « La fin de l’Union monétaire latine », thèse, Université de Neuchatel. http://doc.rero.ch/record/5351/files/2_these_DuboisLA.pdf

Ekeland, I. (1984), Le calcul, l'imprévu (Les figures du temps de Kepler à Thom), Seuil, Paris.

Fisher, I. (1911) The Purchasing Power of Money (its Determination and Relation to Credit, Interest and Crises) http://oll.libertyfund.org/?option=com_staticxt&staticfile=show.php%3Ftitle=1165&Itemid=27

Gurley et Shaw (1960), Monnaie dans une théorie des actifs financiers).

Hayek, F. von (1976), Droit, législation et liberté, tome 2, « Le mirage de la justice sociale », tr. R. Audouin, Paris, © PUF, 2è éd. 1986.

Hayek, F. (von) (1978), Denationalization of Money, I.E.A., Londres

Hicks J. R. (1962), “Liquidity”, The Economic Journal, Vol. 72, No. 288, Décembre, pp.787-802

Hicks, J. R. (1935), “A Suggestion for Simplifying the Theory of Money”, 2, Economica, pp.1-19.

Hutt, W.H. (1956) “The Yield from Money Held”, Sennholz, M. ed., On Freedom and Free Enterprise: Essays in Honor of Ludwig von Mises, Mises Institute, pp.

Jevons, S. (1898), Money and the Mechanism of Exchange, New York, D. Appleton and Company. http://ia700400.us.archive.org/2/items/moneymechanism00jevo/moneymechanism00jevo.pdf

Marshall, A. (1924), Principles of economics

Menger, C. (1892)
http://library.mises.org/books/Carl Menger/On the Origins of Money.pdf

Miller Jr H.L. (1965), On "Liquidity" and "Transaction Costs" http://www.jstor.org/pss/1054981

Mises, L von. (1969) November 8, http://mruniversity.com/courses/development-economics/calculation-profit-and-loss?utm_source=Twitter&utm_medium=link&utm_campaign=MRUTweets&8241231

Mises, L. von (1966), Human Action, chap. 17 mises.org/daily/3958

Mundell, R. (2011), Interview, Forbes, 3 juin

Pareto, V. (1896), Cours d'économie politique dans Bousquet, G.H. et Busino, G. (Ed.), Oeuvres complètes de Vilfredo Pareto, tome 1 : Cours d'Economie politique, Librairie Droz, Genève, nouvelle édition, 1964.

Rothbard M. (1962), Man, Economy and the State, http://mises.org/(S(anc0dh2v5w1mdi55ovxwfw55))/media/6706/1113-The-Fallacy-of-the-Equation-of-Exchange/13

Rueff, J. (1945), Oeuvres complètes, tome IV : L'ordre social, Plon, Paris, 1980.

Salin, P. (1990), La vérité sur la monnaie, Editions Odile Jacob, Paris.

Solow, R. (2013-14) « De Hayek à Friedman, l’idéologie du libéralisme économique », Commentaire, hiver 2013-14

Walras, L. (1900),  Eléments d'économie pure



Notes

1) A cause des réglementations imposées par le législateur dans l'aveugle -

2) Qui deviendra appendice du livre intitulé Theory of Money and Credit - http://mises.org/document/194

3) La "monnaie/banque réglementée" a en effet peu de choses à voir avec ce que le public dénommait hier, au début du XXè siècle, "monnaie", avant en particulier l'interdiction de la convertibilité contractuelle des substituts de monnaie bancaires, détenus par les agents privés, en monnaie or, décidée par les législateurs nationaux à partir de la décennie 1930.
L'ensemble des autorités des pays a d’ailleurs réussi à faire jusqu'à présent que le monde soit truffé de "banques/monnaies réglementées" tantôt échangeables internationalement (comme l'€uro ou le dollar des Etats-Unis), tantôt non échangeables internationalement (comme le yuan renminbi de la Chine populaire), sur quoi il y a peu d’analyse.
Pour leur part, les économistes ont mis curieusement de côté les réglementations dans les explications qu’ils en donnaient.
L’expression « néant habillé en monnaie » est adaptée de Jacques Rueff qui l’appliquait aux « droits de tirage spéciaux » à la fin de la décennie 1960.

4) http://doc.rero.ch/record/5351/files/2_these_DuboisLA.pdf

5) ESRB - Recommendation on lending in foreign currencies (ESRB/2011/1) Follow-up Report– Overall assessment :
« Pursuant to Article 16 of Regulation (EU) 1092/2010 of the European Parliament and of the Council of 24 November 2010 on the European Union macro-prudential oversight of the financial system and establishing a European Systemic Risk Board5, the ESRB shall issue recommendations for remedial action when a significant systemic risk is identified.”
http://www.esrb.europa.eu/pub/pdf/recommendations/2013/ESRB_2013_2.en.pdf?eda874b88b4fce8918998ef4d7abf7af


6) Son siège est situé à Francfort et son secrétariat est assuré par la BCE.
https://www.banque-france.fr/eurosysteme-et-international/eurosysteme/conseil-europeen-du-risque-systemique.html

7) Hicks (1935) l’avait introduit en relation avec ce qu’il dénommait « friction », mot de « mécanique », pas d’économie politique, qu’il faisait intervenir néanmoins dans celle-ci.

8) Soit dit en passant, le "schéma de la boite géométrique des marchandises échangées" sera imputé curieusement, par la suite, à F.Y. Edgeworth et A.L. Bowley (comme l'expliquent et s'en formalisent Tarascio (1972) puis Weatherby (1976)). – On peut le lire dans son Manuel d'économie politique qui permet d'expliquer économiquement les échanges synallagmatiques de marchandises échangées -,
Sans le savoir, ces travaux sur Pareto complètent la façon dont ses idées ont été dénaturées à partir de la décennie 1930 par un certain nombre d'économistes (... en particulier américains, cf. ce texte de juillet 2009).

9) http://mises.org/(S(anc0dh2v5w1mdi55ovxwfw55))/media/6706/1113-The-Fallacy-of-the-Equation-of-Exchange/13

10) Soit dit en passant, en France, ce ne fut pas l’or, mais l’argent… http://library.mises.org/books/Carl Menger/On the Origins of Money.pdf


11) Par la rhétorique, échanger des biens devient « bien échangeable », marchand... marchandise, on passe ainsi
du fait que « j'échange des biens » ou que la « personne juridique physique échange des biens »
au fait de l’« échange de marchandises en propriété » réalisable ou effectif,
à celui du bien échangeable, marchand...ou bien

à celui de « l'échangeabilité des biens » qui cache la capacité d'échanger qui n'est pas mentionnée ou
à des « biens échangeables (service, marchandise), biens vendables ou achetables »

12) On remarquera que, dans leur étude de l’origine de la monnaie, les Autrichiens n’ont pas cerné nettement toutes les dimensions du concept que cache le concept de vendabilité sur quoi avait aussi insisté Menger, à savoir le concept d’échangeabilité.

13) http://archive.mises.org/10569/edwin-kemmerer-the-money-doctor/

14) Par exemple, cas en France du fonds de stabilisation des changes à partir de la fin de la décennie 1930.

15) On remarquera qu’on parle désormais, en anglais, de « tradable good », de « bien échangeable internationalement », en macroéconomie internationale depuis la décennie 1970.


16) Si l'acte d'échange aboutit, l’échangeabilité donne lieu, entre autres, à un taux d’échange des biens convenus, négociés entre les parties.

Elle privilégie comme concept de départ l'action humaine qu'est l'échange synallagmatique entre deux personnes juridiques de deux biens en propriété – interaction … -
Elle fournit d'autres concepts nécessaires à l'analyse monétaire digne de ce nom, à la compréhension des phénomènes ou faits monétaires à commencer par ceux de son émergence dans le passé – fait primordial - et de sa pérennité jusqu'à aujourd'hui – fait premier -.
Il faut prendre pour point de départ ces concepts, à savoir, en particulier, l'acte d'échange Synallagmatique Présent, et non pas l'échange ... résultat de l'acte d'échange...
http://mises.org/daily/5518/How-to-Think-Like-a-Good-Economist
Ils déplacent le centre de gravité de l'analyse dans l'acte d'échange – constante de la praxéologie - en lieu et place de la monnaie – variable dans le temps et dans l'espace, en forme et en quantité -.

17) http://www.adamsmith.org/research/think-pieces/technology-privacy-and-innovation-in-2014 Technological innovation is what will solve privacy problems, not government regulation:

18) https://archive.org/stream/jstor-25108102/25108102#page/n1/mode/2up
http://books.google.fr/books?id=psgxQESvcXAC&pg=PA183&lpg=PA183&dq=ricardo+england+1797-1821&source=bl&ots=WzW6xFt6pw&sig=EciJs4ZR3b34IVoDQecaxTj6uJo&hl=fr&sa=X&ei=XxXhUrT1JMW70QXX_IDQDw&redir_esc=y#v=onepage&q=ricardo%20england%201797-1821&f=false

19) Cette distinction ne doit pas être confondue avec la distinction qu'évoquait Ludwig von Mises dans un article de 1917-1918 [repris dans la deuxième édition allemande de Theory of Money and Credit, puis reléguée par la suite dans une annexe]. Elle avait trait à la distinction entre la "valeur interne" (Binnenwert) et la "valeur externe" (Aussenwert) chère aux étatistes de la monnaie comme Lexis, par exemple.*
* Lexis, "Papiergeld," in Handwörterbuch der Staatswissenschaften, 3d. ed., vol. 6, pp. 987 ff.

20) https://archive.org/details/evolutionofmoder00carluoft


21) Dans la foulée, un débat a commencé à opposer les économistes sur l'influence des taux d'intérêt des créances/dettes et la politique monétaire des autorités.
Par "piège à liquidité", il fallait comprendre l'influence inefficace de la politique monétaire sur l’activité économique, les variations de la quantité de monnaie étant supposées incapables de faire varier dans le bon sens les créances/dettes, la production ou le revenu.
Mais il y a eu d’autres pièges de ce type.
Par exemple, quelles sont les créances/dettes en question ? A court ou long terme ?

22) Hier, du temps de l'étalon-or, ils faisaient référence au "change" ou aux "devises", type de créances/dettes à liquidité comptable.

23) Elles seront aussi dénommées en France les "réserves publiques de change officiel" de la banque centrale d'un pays étant donné les taux de change fixes et balance des paiements en équilibre des pays membres (Bretton Woods, 1944).

24) L'ensemble des autorités des pays a réussi à faire jusqu'à présent que le monde soit truffé de "banques/monnaies réglementées" tantôt échangeables internationalement (comme l'€uro ou le dollar), tantôt non échangeables internationalement (comme le yuan renminbi), sur quoi il y a peu d’analyse.
Existent désormais la « monnaie/banque réglementée » par les autorités d’un pays ou d’une région dont la plupart des économistes mettent curieusement de côté la réglementation dans l’explication qu’ils en donnent
On laissera de côté la confusion qui consiste à parler de « monnaie convertible » pour désigner des monnaies « non échangeables internationalement » (comme le yuan renminbi par exemple
«The development and future of the offshore Renminbi market», Mr Eddie Yue, Acting Chief Executive of the Hong Kong Monetary Authority, at the Third Meeting of the Hong Kong – London RMB Forum, Hong Kong, 26 September 2013.).

25) Suite au rapport Radcliffe (1957), John Hicks (1904-1989) est revenu en 1962 sur la notion de liquidité à quoi il s'était intéressé, en particulier, en 1935 en relation avec ce qu'il avait dénommé alors "frictions".
Il faut reconnaître que, d'une part, les "frictions" étaient pour lui une façon de ne pas parler des coûts d’opportunité des actes d'échange ...

D'autre part, les frictions s'opposaient à la préférence pour la liquidité de Keynes qui avait laissé de côté le coût d'opportunité des actes d'échange entre "monnaie" et "créances/dettes".
Elles étaient une autre façon de parler de la notion mathématique de l « 'élasticité prix » imparfaite des actifs, i.e. non infinie.

. Liquidité, prix en monnaie du marché des actifs et concurrence.
La liquidité a acquis enfin un quatrième sens – « double détente » - en relation avec les prix en monnaie des actifs et la concurrence des marchés financiers.

D’une part, elle a contribué à faire supposer que les créances/dettes et les actions de société (hypothèse des statisticiens) peuvent être confondues pour en faire des actifs homogènes.
Depuis la décennie 1950, les "financiers" parlent ainsi de "liquidité parfaite" pour désigner une concurrence à élasticité des "prix des actifs" infinie.
La liquidité est imparfaite quand l'élasticité n'est pas infinie (cf. ce texte).

D’autre part, elle a contribué à faire supposer que les créances/dettes de l’Etat ne présentent pas de risque. Elles auraient un risque nul.





Retour au sommaire.