Paris, le 3 mai 2014.
  



L'€uro n'est pas le problème économique que beaucoup, politique ou non, veulent bien dire.

Le problème est le communisme monétaire qui a été instauré en Occident, au XXè siècle, et qui ne cesse de le détruire (cf. Rueff (1971), Le péché monétaire de l'Occident)


1. La monnaie n'existe plus aujourd'hui. 

Les marchandises en propriété que dénommait le mot "monnaie" dans le passé n'ont pas été abandonnées, mais interdites brutalement au XXè siècle par les hommes de l'Etat ou les législateurs (cf. ce texte de mai 2011).

Ces décisions étatiques sont autant d'interdictions de propriété de vous et moi qui ne doivent pas être mises de côté.

Soit dit en passant, malgré cela, des politiques, en l'espèce Sylvie Goulard, député européen, contre toute connaissance digne de ce mot, n'hésite pas à déclarer sur BFM, le 5 mai 2014, deux jours plus tard que ce billet, que l'€uro est une "monnaie politique".
La "monnaie politique" est une autre façon de ne pas parler du communisme monétaire.

Contre toute attente, les substituts de monnaie bancaires édifiés sur ces marchandises "monnaie" par des banquiers en accord avec leurs clients, depuis longtemps, ont été dénommés, à la place, "monnaie" alors qu'au même moment, leur réalité devenait "illusion": ce n'était pas l'ombre qui était prise pour la proie, mais l'évanescence de l'ombre dans la nuit du communisme monétaire (cf. ce texte de janvier 2014).

Jacques Rueff avait mis le doigt sur le point à l'occasion de la perspective, à la fin de la décennie 1960, de l'allocation des droits de tirages spéciaux (D.T.S.) par le Fonds monétaire international en dénommant « néant habillé en monnaie » ceux-ci (cf. ce texte d'octobre 2011 )

Bref, la monnaie n'existe plus aujourd'hui à cause des bouleversements réglementaires sans précédent décidés au XXè siècle et des conséquences désastreuses de ces derniers que nous pouvons observer.


2. Le fait règlementaire.

Certes le fait réglementaire est réversible et loin d'être  irréversible (cf. ce texte d'avril 2014).

Mais personne ne l'évoque.


3. L'obstacle.

Il reste que le fait réglementaire n'est pas un sens de l'histoire mais un obstacle aux règles de - vrai - droit, à la justice naturelle qui contribue à les rendre davantage "imparfaites".


4. D'ailleurs, l'histoire n'a pas de sens.

Mais l'économie politique en a un, le plus souvent laissé de côté, qui tient dans sa loi éponyme, la loi de l'économie, c'est-à-dire la diminution des coûts supportés par les unes et les autres, personnes juridiques physiques, en recherche permanente de la diminution.

Cette loi explique à soi seule que l'économie politique ait une méthode et soit une science, la première de toutes les sciences.


5. Une absurdité.

 A l'extrême, rien ne justifie de proclamer que l'économie politique n'est pas une science comme le font beaucoup, à commencer par les "marxistes" ou "marxiens".
  
Cela fait partie des absurdités à supporter.


6. La loi de l'économie.

 A défaut, rien ne justifie d'assujettir l'organisation de l'économie politique à telle ou telle mathématique ou bien à telle ou telle représentation mathématique d'un phénomène non économique (physique, biologique, etc.), au risque de dire n'importe quoi sur la réalité économique (cf. cet ouvrage).

Les premiers mécaniciens du XVIIIè siècle ne s'y étaient pas trompés: ils avaient fait l'hypothèse que la "nature" appliquait la loi de l'économie dans tout ce qu'elle choisissait d'effectuer et faisait toute chose au moindre temps, au moindre effort ou encore à la moindre action.

On connaît la suite et les merveilleuses innovations.

Mais il a fallu les travaux mathématiques de Lagrange (cf. ce texte) puis de Laplace pour qu'aux yeux de beaucoup, le "moindre" devint le "minimum", voire le "maximum" de son contraire...

Et des économistes, oubliant le point de départ de la mécanique dans le meilleur des cas, ont pris cette erreur pour la vérité et l'ont appliqué à ce qu'ils dénommaient "coût" ou "profit".

En sont résulté le "profit maximum" ou le "coût minimum"... et ce qu'ils ont pris pour conséquences de l'erreur...

Il faudra attendre Armen Alchian et la décennie 1940 pour que l'erreur soit dénoncée (cf. ce texte de 1950).


7. Le second principe de thermodynamique.

Entre temps, s’est juxtaposé à la loi de l'économie le « Second Principe de la thermodynamique », connu aussi sous la dénomination « Principe de Carnot-Clausius ».
Ce Principe a été découvert au début du XIXè siècle par Nicolas-Sadi Carnot (1796-1832).

Il devrait intéresser chacun car il apprend que, dans notre Univers, toute structure organisée s’use et vieillit de façon irréversible, si elle ne reçoit plus d’information*.
* Voir BrunorLes indices pensables (série d’albums "Bd"). Tome 4 : La Lumière fatiguée.

Pour sa part, Rudolf Clausius (1822-1888) avait compris que ce Principe
 avait une dimension universelle et il lui a donné le nom d’entropie, à partir du grec "entropé" pour signifier ce qu’elle était: une involution, une régression, exactement le contraire d’une évolution ou d’une progression. 

Vers 1850, Clausius l’énonçait ainsi :

« Toute composition, physique, chimique ou biologique, qui ne reçoit plus d’information, tend à retourner à son état le plus probable qui est la poussière, la dispersion. »

Clausius a été le premier à faire constater que la loi de l’entropie concerne tout dans notre Univers.
Tout est soumis à cette loi de l’usure et de la destruction, de façon « naturelle ».
C’est la pente naturelle de tout ce qui est composé/construit/organisé…

Le second Principe de la thermodynamique conduit certains à poser la question d’une intelligence créatrice et organisatrice, capable de surmonter l’entropie pour créer des structures hautement improbables comme des êtres vivants.

La dimension universelle de la loi devrait attirer l'attention.
En effet, l’entropie concerne l’augmentation du désordre.
De fait, ce n’est pas exactement le désordre qui augmente [ou bien l’ordre qui diminue...], mais autre chose, quelque chose de beaucoup plus pertinent…

D'ailleurs, on n'observe pas du désordre, ce qu'on a observé n’était pas une perte d’ordre.

Mais alors qu’est-ce qu’on a perdu ?
Ce qu'on a perdu, c'est de l’information !
Le grand mot "information" est lâché.
Il va exploser au XXè siècle et donner lieu à la théorie multi fond de l'information.

Ce que vous appelez « désordre » dans un message n'est jamais qu'une perte d’information.
Ce que vous appelez « désordre » est « un certain ordre » privé d’information, un certain ordre qui est aussi difficile à retrouver « par hasard » (en lançant les lettres d'un message en l’air), que cet autre « certain ordre » contenant de l’information du message soi-même…

Dans tous les cas, les lettres d'un message sont toujours dans un « certain ordre » qui contient ou non de l’information.
Avec tel ou tel message, on n’est pas passé de l’ordre au désordre, on est passé d’un certain ordre informé, à un certain ordre privé d’information.

C’est cela que produit l’entropie : elle produit la perte d’information.
Car le « désordre » n’existe pas.
De même que le néant absolu n’a jamais existé.

Des mots sont informés, ils ont reçu de l’information qu’ils retransmettent, ils ont un contenu intelligible car, vraisemblablement, une intelligence les a organisées.

Souvent, des messages n’ont pas reçu d’information, ils ont été "tapées" par hasard, selon des lois statistiques que nos savants étudient.
Il n’y a pas de contenu intelligible, il n'y a pas besoin d’intelligence à la source.

Quelle différence y a-t-il entre les atomes qui composent un brin d’herbe et les atomes qui composent un caillou ?

Les atomes du brin d’herbe ont reçu de l’information.
Ils sont informés/ composés/ organisés par les instructions de leur message génétique dont le contenu est intelligible.
Depuis peu, les chercheurs savent lire le message, ils séquencent l'ADN.
On dit : « séquencer l’ADN », comme on lit une partition de violon ou un plan d’architecte ou tout simplement un livre contenant toutes les instructions pour construire physiquement ce brin d’herbe, mais plus généralement, un hamster, un marronnier ou un être humain.

Pour le caillou, pas besoin de message "génétique" : il n’est pas un organisme vivant, mais un agglomérat d’atomes qui répondent à certaines lois statistiques ou autres…

Désormais, les biologistes savent faire la différence entre ce qui est vivant et ce qui ne l’est pas.

Si un message génétique est présent, il est la partie lisible des instructions destinées à organiser des atomes en organisme vivant.
On est certain qu’il y a « de la vie » depuis le premier instant de la présence de ce message.

Soit dit en passant, l’expression « matière vivante » ne veut plus rien dire du tout.
Il n’existe strictement aucune matière vivante.
Il n’existe que de la matière animée, c’est-à-dire ce qu’Aristote appelait des "psychismes", des éléments de matière multiple, les atomes, organisés en organisme par un principe qui les organise.

Pour un caillou: c'est de la matière inerte, privée de message ADN.

Aristote avait compris que, pour que des êtres vivants existent, il fallait d’abord que des atomes existassent, ils constitueront la matière de leur organisme.

Mais il pensait que cela ne suffisait pas car ces atomes étaient incapables, par eux-mêmes de s’organiser tout seuls pour construire une fougère, un lapin, un être humain.

Il pensait que ces atomes obéissaient aux instructions de « quelque chose » qui organisait les atomes.
Ce « quelque chose », Aristote l’avait appelée "psyché".

C’était un principe invisible qui transmettait aux atomes de l’information, en sorte que ces atomes fussent informés dans les deux sens du mot: 
- informer pour transmettre un enseignement, des instructions, un message, des paroles…
- informer pour donner une forme à une chose, une statue, la sculpter…

La psyché, selon Aristote, jouait ce double rôle, durant toute la durée de la vie de l’être vivant dont elle organisait les atomes.
Elle a été traduite en latin par "anima" et en français par "âme" (cf. Paul Valéry)
Le mot "âme" est employé non pas au sens religieux, mais au sens biologique de « ce qui anime », de ce qui fait que tout être vivant est « animé » (comme le mot "animal").

La psyché est le principe qui compose la matière multiple, les atomes, qui les organise en organisme.
Quand la psyché/anima/âme n’est plus là (c’est-à-dire la mort venue), ce qui était composé va se décomposer.

Mais faut-il croire Aristote ?

A son époque, Aristote était engagé dans deux débats,
- l’un avec son maître Platon qui proposait une autre interprétation du même mot « âme », et
- l'autre avec les « atomistes » Démocrite et Epicure.
Ces derniers niaient toute intelligence créatrice et affirmait que les atomes se débrouillaient absolument tout seuls, sans intelligence, pour fabriquer des êtres vivants.

Si bien que, depuis 2350 ans, subsistaient deux débats dont personne ne connaissait la vraie réponse.
Aujourd’hui, nous la connaissons.

La question est celle de l’information et de comment elle peut être présente ou absente.

Aristote avait déjà compris que pour qu’un message contînt de l’information, il fallait qu’une intelligence ait mis cette information dans le message.
Ainsi, tant qu’un problème est mal posé, on n’a aucun espoir de le résoudre.

 Ce que nous appelons du désordre, n’est pas réellement du désordre…
Mais plutôt : « un certain ordre privé d’information ».
Ce qui fait la différence, c’est la présence ou l’absence d’information.


8. Une illustration.

Ce qu'on dénomme "monnaie" aujourd'hui est une illustration de la loi de l'économie mélangée d'informations.

Elle atteste, depuis la nuit des temps, de la diminution permanente des coûts des actes d'échange des personnes juridiques physiques, certes réglementés à l'occasion par les mensonges du réglementeur et confortés par des économistes stipendiés.


9. Quid de l'information dont la monnaie a été aussi la cible?

Avant d'être interdite, la monnaie avait été galvaudée et s'était vue souvent confondue avec la finance (cf. ce texte de février 2013).

Ainsi Keynes n'avait pas hésité à faire référence à Locke pour justifier d'établir une relation en matière de taux d'intérêt comparable à celle de ce dernier et à faire dépendre la quantité de monnaie "du" taux d'intérêt, via le marché de la monnaie et la "préférence pour la liquidité".

En effet, selon Keynes (1936):

"Le grand Locke, dans sa controverse avec Petty, fut peut-être le premier qui ait exprimé en termes abstraits le rapport existant entre le taux de l'intérêt et la quantité de monnaie.

A l'encontre de la proposition de Petty, qui voulait fixer un maximum au taux de l'intérêt, il soutenait qu'une telle limitation était aussi impossible que celle de la rente du sol, car
« la valeur naturelle de la monnaie, c'est-à-dire son aptitude à fournir un revenu sous forme d'intérêt, dépend du rapport entre la quantité globale des espèces circulant dans le Royaume et le commerce total dudit Royaume (i. e. les ventes totales de toutes les marchandises) ».

Locke explique que la monnaie a deux valeurs : elle possède une valeur d'usage mesurée par le taux de l'intérêt
« et en cela elle a la même nature que la terre, le revenu de l'une étant appelé Rente et celui de l'autre Intérêt ».

Elle possède ensuite une valeur d'échange
« et en cela elle a la nature d'une marchandise »,
car sa valeur d'échange
« est uniquement fonction du rapport entre l'abondance ou la rareté de la monnaie et celles des produits ; et
« elle ne dépend nullement du niveau de l'Intérêt ».

Locke est donc l'auteur d'une double théorie quantitative.
Il affirme d'abord que le taux de l'intérêt dépend de la proportion entre le volume de la monnaie (compte tenu de sa vitesse de circulation) et le chiffre total du commerce.
Il soutient ensuite que la valeur d'échange de la monnaie dépend de la proportion entre la quantité de monnaie et le volume total des biens existant sur le marché.

Mais, ayant un pied dans le monde mercantiliste et l'autre dans le monde classique, il ne parvient pas à élucider la relation existant entre ces deux proportions et néglige complètement le fait que la préférence pour la liquidité peut varier.

Cependant, il explique volontiers que la baisse du taux de l'intérêt n'a pas d'effet direct sur le niveau des prix et qu'elle agit sur lui uniquement
« dans la mesure où les variations de l'intérêt commercial entraînent des entrées ou des sorties de monnaie et de marchandises, modifiant ainsi à la longue la proportion existant en Angleterre entre leurs volumes respectifs »,
ce qui revient à dire que la baisse du taux de l'intérêt agit sur les prix uniquement dans la mesure où elle provoque une sortie de numéraire ou un accroissement de la production.
Mais il ne semble jamais avoir procédé à une véritable synthèse de ces différentes idées." (Keynes, 1936, chap. 23)

Et Keynes avait introduit la "préférence pour la liquidité" et en avait déduit des conséquences sur l'équilibre macroéconomique à court terme (dont il faisait procéder l'emploi).


Pour leur part, les hommes de l'Etat ne s'étaient pas opposés à la confusion de la monnaie et de la finance et ils ont eu tout intérêt - ils l'avaient compris - à ne pas s'opposer à cette erreur essentielle.

Elle est au coeur des débats du marché politique actuel en relation avec les déficits des budgets des Etats.


10. La "pulvérisation".

Et les réglementations de la monnaie ont fait le reste pour pulvériser cette dernière.

Une réglementation n'est jamais qu'une destruction d'informations et une entrave à de nouvelles informations.

Ce qu'on dénomme "monnaie" aujourd'hui n'est, en conséquence, qu'une illusion ...

Il est certain qu'elle sera dénoncée un jour.
Mais comment cela se passera-t-il ?

Oh, nuit.






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