Paris, le 6 juin 2014.
  

L'économie mondiale meurt des fausses idées sur la monnaie qu'ont créées, au XXè siècle, de prétendus savants et qui ont été colportées depuis lors.

Ces idées ont tendu à soutenir des décisions prises par les hommes de l'Etat comme les conséquences de la conférence de Gènes (1922) et, à partir de la décennie 1930, les réglementations sur l'interdiction de la convertibilité des substituts de monnaie bancaires en monnaie or.

Soit dit en passant, étant donné ces réglementations, c'est une absurdité de parler aujourd'hui de monnaie - d'argent en France - comme cela a été le cas jusqu'en 1930.
Depuis lors, la "monnaie" désigne des "substituts de rien bancaires" comparés aux "substituts de monnaie bancaires" d'hier qui étaient assis sur une contrepartie monnaie-or, librement échangeable.

Parce que toutes ces idées sont ignorées ou oubliées aujourd'hui, il faut mettre l'accent sur les fausses considérations juridiques qui s'y cachent et que l'économie politique majoritaire a mis, pour sa part, de côté.

Au nombre de celles-ci doit être mis un terme, en particulier, au Fonds monétaire international qui n'a plus de raison d'être, si tant est qu'il en avait eu une auparavant, depuis 1971 (cf. ce texte de mars 2009).
L'€uro qui n'est qu'un succédané de tout cela, n'aurait plus lieu d'être et disparaîtrait dans la foulée, sans tambours ni trompettes (cf. ce texte de mai 2014).


1. "L'équation des échanges" d'Irving Fisher.

Le titre du livre d'Irving Fisher (1911) intitulé The Purchasing Power of Money cache l'important de l'ouvrage, à savoir l'équation des échanges économiques, une équation du premier degré à une inconnue, la vitesse de circulation de la quantité de monnaie.

Il a mis sur un piédestal la notion qu'il en a déduite, à savoir le pouvoir d'achat de la quantité de monnaie, et qui a amené à mettre définitivement la quantité de monnaie au départ du raisonnement économique alors qu'elle n'est qu'un intermédiaire qui ne doit pas cacher l'intermède dont on ne parle pas...

Soit dit en passant, il ne faut jamais oublier ce que Frédéric Bastiat a écrit sur le sujet de la monnaie, marchandise intermédiaire:

"C'est pourquoi, dès l'origine même de la société, on voit les hommes faire intervenir dans leurs transactions une marchandise intermédiaire, du blé, du vin, des animaux et presque toujours des métaux.

Ces marchandises remplissent plus ou moins commodément cette destination, mais aucune ne s'y refuse par essence, pourvu que l'Effort y soit représenté par la valeur, puisque c'est ce dont il s'agit d'opérer la transmission.

Avec le recours à cette marchandise intermédiaire apparaissent deux phénomènes économiques qu'on nomme Vente et Achat." (Bastiat, L'échange, 1850

Les réglementations de toute nature n'ont fait que détruire cette réalité de l'échange - la transaction n'étant, en langue française, qu'une étape de l''acte d'échange -.

Poursuivi à sa façon par John Maynard Keynes et ses amis à partir de la décennie 1930 et revigoré par Milton Friedman et les monétaristes, les décennies 1950-1980, l'ouvrage domine encore aujourd'hui les esprits, malgré ses multiples formes.


2. "Les doctrines monétaires catallactique et a catallactique" de Ludwig von Mises.

Un an après Fisher, en 1912, Ludwig von Mises avait écrit un livre intitulé The Theory of Money and Credit qui avait peu de choses en commun avec l'ouvrage précédent.

Un de ses points importants était qu'il avait mis en relation la quantité de monnaie et la quantité de crédit bancaire et en avait déduit la "théorie du cycle économique".

Autre point important, il avait rétabli le lien étroit de la monnaie et de l'échange perdu par beaucoup, les dernières décennies, et mis ainsi, au premier plan, l'échange économique et non plus la monnaie (cf. annexe intitulé "Doctrine monétaire catallactique et a catallactique").


3. La rhétorique de la monnaie, au mauvais sens du mot.

A la différence de Fisher, Mises s'était opposé, en particulier, à l'idée des fonctions de la monnaie, hormis l'idée de la fonction de moyen d'échange/paiement qu'il prônait.

On ne peut que regretter sa démarche.

Comment Mises n'avait-il pas vu que les fonctions évoquées, y compris celle qu'il admettait, n'étaient jamais qu'une façon rhétorique de parler du "coût de l'échange", la méthode rhétorique étant un mal qu'il n'avait de cesse de dénoncer dans ses propos?


4. L'économie politique est une science praxéologique.

Lui qui avait compris que tout acte mené par la personne juridique physique n'était jamais qu'une façon pour elle de changer de situation économique - quand il ne tendait pas à identifier toute activité humaine à un échange économique -, que n'a-t-il insisté sur le coût de l'action en général, et celui de l'échange, en particulier ?

Pourquoi n'a-t-il pas enfoncé le clou et insisté sur le fait que ce qu'on dénommait "monnaie" n'était jamais qu'une diminution du coût de l'échange, aspect de l'action, bénéficiant à tout un chacun?

Il savait que l'économie politique n'était pas une science des fonctions des choses, qu'elle n'avait pas pour objet les fonctions des choses, quelles qu'elles fussent.

Comme l'avait écrit Vilfredo Pareto dans la décennie 1890 dans son Cours d'économie politique, il savait que l'économie politique s'intéressait aux phénomènes économiques qui résultaient de l'action humaine.

Et à la différence de Pareto, il avait pris soin de ne pas limiter sa démarche aux phénomènes économiques pour s'intéresser aussi à l'action elle-même, c'est-à-dire à la praxéologie.


5. La loi de l'économie.

L'échange économique, c'est-à-dire l'échange des marchandises par vous et moi, est un acte à la fois profitable et coûteux dès lors qu'il est mené (cf. ce texte de mai 2014).

A cet égard, l'économie politique est aussi la science dont la grande méthode est sa loi éponyme, celle des coûts de l'action humaine toujours réduits.

Etonnante est la démarche majoritaire actuelle qui, plus généralement, laisse de côté la question du coût de l'action de vous et moi, hormis de rares fois, quand on sait que les savants d'autres sciences la prenaient pour point de départ et l'appliquaient à la nature, depuis au moins le XVIIIè siècle, pour admettre encore aujourd'hui qu'elle est au cœur de la mécanique quantique (sous la forme "loi de la moindre action").


6. L'économie politique modélisée.

Quitte à préciser la praxéologie, l'économie politique devrait avoir aujourd'hui pour objets les incitations d'action de vous et moi en relation avec les profits et les coûts, dans le cadre des règles de droit, de justice naturelle.

Au lieu de cela, grande absurdité persistante, les modèles économiques laissent de côté les règles de droit et incluent dans leur développement qu'ils ont rendu mathématique, des "signaux" ou des "chocs", autant d'irrationnels économiques présentés comme rationnels, au nombre de quoi se trouvent des réglementations tirées de nulle part.


7. L'inversion de la causalité à remettre dans le bon ordre.

L'échange économique est la condition nécessaire de la monnaie.  Sans échange, sans coût de l'échange, pas de monnaie.

Ce n'est pas l'inverse comme a tendu à le sous-entendre la théorie de la quantité de monnaie depuis l'origine, obsédée qu'elle était par les résultats de l'action humaine plutôt que par l'action humaine soi-même.

Cette inversion de la causalité, rationalisée par Fisher en 1911 avec l'équation des échanges et modélisée par la suite de multiples fois (cf. par exemple Haavelmo, 1978), est le point de départ des absurdités qui ont débouché sur les réglementations évoquées ci-dessus de la monnaie et, indirectement, de l'échange.

Et on ne peut que s'étonner que Milton Friedman et ses amis monétaristes aient été muets, cinquante ans plus tard, dans la décennie 1960, sur les destructions de diverse nature qu'elles occasionnaient.

Leur mutisme serait-il éloquent néanmoins ?


8. Rueff ou Friedman?

Le fait est que Jacques Rueff et Milton Friedman, deux libéraux devant l'éternel, se sont différenciés fondamentalement sur ce point de la réglementation de la monnaie.

Jacques Rueff voulait revenir sur les réglementations imposées évoquées ci-dessus (cf. Le péché monétaire de l'Occident, 1971 par exemple) tandis que Milton Friedman les acceptait, mais désirait qu'un prix qu'il jugeait essentiel fût libéré des tentacules des hommes de l'Etat, à savoir les taux de change des prétendues "monnaies".

Il y a près de cinquante ans, en 1965, Friedman écrivait ainsi:

"Je suis parfaitement d'accord avec Jacques Rueff sur le fait que, tout comme maintenant, la situation était aggravée par l'étalon de change or, et que, si un système de cours nationaux liés par des taux de change fixes doit exister, il est de beaucoup préférable que toutes les réserves officielles soient constituées en or plutôt qu'en devises provenant des monnaies de certains pays.

Cependant, je ne m'accorde pas avec lui pour soutenir qu'il est actuellement souhaitable d'évoluer vers une situation par le moyen d'une augmentation substantielle du prix de l'or.

La raison de mon opposition réside dans le fait que la situation ne serait pas fondamentalement transformée, mais seulement rendue un peu moins instable, si l'on remplaçait par de l'or la fraction des réserves officielles actuellement détenues sous forme métallique [...]

Le retour à un véritable étalon-or pourrait donc être souhaitable, mais il est pratiquement impossible.  Il exigerait que tous les pays renoncent à utiliser la politique monétaire aux fins d'influencer le marché intérieur, l'emploi et le niveau des prix.

La substitution d'un pseudo gold standard au pseudo gold exchange standard serait un gain positif mais minime.
Tout comme l'étalon actuel, il impliquerait un interventionnisme politique sur le commerce et les paiements internationaux, ainsi que de grandes crises temporaires, et entraverait toute tentative réelle de libéralisation des échanges.

L'autre alternative libérale souhaitable est un système de taux de change fluctuant librement, où l'or n'aurait aucun rôle officiel particulier [...]

il est paradoxalement plus aisé de favoriser un véritable gold standard en suivant cette direction qu'en s'attachant délibérément à la forme du gold standard, au mépris de son esprit." (Friedman, 1968, 1976, pp.315-322)

Friedman a gagné quelques années plus tard, les hommes de l'Etat ont déclaré libres les taux de change des monnaies, au moins en apparence.

Mais, cinquante ans plus tard, aujourd'hui, il faut reconnaître qu'en dépit de ce qu'il imaginait, tout n'a fait qu'empirer, à commencer par ce qu'il est convenu de dénommer "crise" (cf. ce texte de septembre 2012).

Rien ne s'est amélioré dans le sens qu'il avait souhaité avec, en particulier, la nouvelle machine dénommée "banque centrale européenne" et son cortège de réglementations "Théodule" dénommées "mécanismes" et tirées, elles aussi, malgré ce qu'on veut faire croire, de nulle part (cf. ce texte de juillet 2013).

Les idées de l'étalon-or, socle de la vraie monnaie, ont aujourd'hui disparu de l'économie politique majoritaire malgré les efforts de Rueff pour qu'il en soit différemment et il convient de les y restaurer (cf. ce texte d'avril 2014), sans oublier le principe de la concurrence entre les monnaies.






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