Paris, le 5 décembre 2009.



1. Les banques centrales, "prêteuses en dernier ressort"...

Beaucoup voudraient aujourd'hui que les banques centrales, les banquiers centraux, fussent des "prêteurs en dernier ressort".

Ils reprennent ainsi une idée d'économistes de la seconde partie du XIXème siècle selon laquelle les instituts d'émission de billets qui avaient acquis du législateur le privilège de monopole, seraient tels.

Et ils la transposent à cette entorse faite à la liberté monétaire et généralisée au XXème siècle que sont les banques centrales.

Rappelons en passant que, par exemple, la banque centrale des Etats-Unis - la "Fed" - n'a pas cent ans d'âge, elle les aura en 2013 si elle existe toujours (cf. ci-dessous).

Mais des économistes ont développé la science économique depuis lors et des économistes spécialisés en monnaie ont mis le doigt et insisté sur des concepts fondamentaux comme ceux de "coût de l'échange" et d'"intermédiaire de l'échange".


2. Le coût de l'échange.

Tout échange est coûteux, tout échange est une action coûteuse.
Estimé trop élevé, le coût dissuade d'échanger.

De fait, l'homme a fait des efforts par le passé et ses efforts ont été couronnés de succès.
Il est parvenu progressivement à réduire le coût des échanges. Et ce n'est pas fini car le coût n'est toujours pas nul.(1)
[(1) Soit dit en passant, l'expression "coût de transaction" est souvent employée à la place de "coût de l'échange".
Il s'agit d'un anglicisme que rien ne justifie de préférer à la dénomination "coût de l'échange", sinon, peut-être, de s'attacher à ce qu'il recouvre, de prétendues "imperfections du droit de propriété ou du contrat" et des refus, d'une part, de raisonner en termes d'action humaine et, d'autre part, de voir dans l'échange une action humaine].

L'homme a ainsi mis au point ce qu'on dénomme la "monnaie" – l'"argent" comme on dit communément et curieusement en France -.
Le recours à la monnaie dans les échanges réduit le coût de ceux-ci.

Il reste que le coût de l'échange n'est pas constant, fixe, mais variable.
Ponctuellement, on peut estimer qu'il augmente parfois au point d'interdire l'échange désiré.
Et cette augmentation estimée peut avoir de fâcheuses conséquences pour soi ou pour autrui.


3. Les intermédiaires de l'échange.

Dans cette perspective, la monnaie est un intermédiaire de l'échange, un type d'intermédiaire car il y en a beaucoup d'autres dont ne se sont pas préoccupés les économistes en majorité jusqu'à la décennie 1960.

La monnaie est autant un intermédiaire de l'échange que, par exemple, un "agent immobilier" ou que la personne à qui on s'adresse dans une banque ou ailleurs et qui va transmettre un ordre d'achat ou de vente d'actions ou d'obligations sur un marché organisé, sur une bourse.

De même que la personne intermédiaire rend un service, de même, la monnaie rend un service dont il s'agirait de connaître et comprendre l'importance économique et qu'il ne s'agirait pas de galvauder.

Et de même que la personne intermédiaire est rémunérée pour le service qu'elle rend, pour son efficacité ou sa qualité, de même, la monnaie est rémunérée pour le sien.
En fait, elle procure à son détenteur une rémunération - non pécuniaire - qu'il s'agirait de connaître et comprendre et qu'il ne s'agirait pas de galvauder, là encore.


4. Les banques centrales ou trésors publics, "intermédiaires de l'échange" improvisés irresponsables.

Ponctuellement, étant donnés la structure de leur bilan et, en particulier, leurs capitaux propres, des banquiers de second rang – i.e. sous tutelle d'une banque centrale - peuvent décider de ne pas procéder à tels ou tels échanges car ils sont responsables et estiment le coût de ceux-ci trop élevé. Certains commentateurs diront alors "qu'il n'y a plus de marché", "qu'il n'y a plus de liquidité" comme si monnaie, marché et liquidité allaient de pair...

Mais cela peut déplaire ou ne pas convenir au banquier central à qui ils sont assujettis par la réglementation monétaire ou bancaire et qui veut mener telle ou telle politique monétaire, en toute irresponsabilité...

Dans ce cas, le banquier central mettra en branle une action qui, en définitive, tendra à réduire le coût de l'échange estimé pour que les échanges ne soient pas esquivés, mais aient lieu. La politique monétaire devient ainsi illusionnisme et magie.

Dans le système monétaire international actuel dont sont convenus, implicitement ou non, les autorités monétaires nationales des divers pays du monde, ces dernières décennies depuis la conférence de Gènes (1922), et l'expérience de ces derniers mois le démontre, les banques centrales et les trésors publics ne semblent pas en effet avoir de "contrainte de bilan" alors qu'ils peuvent contribuer à en imposer une aux banquiers de second rang de leur ressort.

Une preuve d'actualité en est qu'ils ont racheté consciemment des titres financiers – qu'au passage, ils ont même dénommés "actifs toxiques" - dont les débiteurs sont a priori insolvables ou en voie de l'être.

En conséquence, tout se passe comme s'ils n'étaient pas sensibles aux variations du coût de l'échange dont, en définitive, les banquiers de second rang les avaient informés.

En d'autres termes, loin d'être les prêteurs en dernier ressort dont certains aveugles veulent bien parler aujourd'hui, les banques centrales et, a fortiori, les trésors publics ne sont aujourd'hui que des intermédiaires de l'échange improvisés, ils ne sauraient être efficaces.

Mais ce sont des intermédiaires qui présentent une autre originalité : celle de se moquer du coût de l'échange estimé par les banquiers de second rang ou autres intermédiaires financiers et des variations de ce coût, bref de braver l'information donnée par le marché.

Pour cette raison, non seulement ils ne sauraient avoir quelque efficacité que ce soit, mais encore ils ne font que différer des coûts dont il faudra payer l'addition.


5. La concurrence, "la liberté conduite à l'autel".

Reste qu'en tant qu'intermédiaires de l'échange, ils sont en concurrence avec la monnaie, autre intermédiaire de l'échange, qu'ils le veuillent ou non.

Certes, en s'affranchissant entre autres progressivement de l'étalon-or au XXème siècle (période 1922-71), ils ont pris le contrôle de l'intermédiaire monnaie. Le cas échéant, ils ont même détruit des formes historiques de celui-ci (par exemple, avec la création de l'euro) comme pour mieux le faire oublier.

Ils peuvent penser qu'ils ont désormais toute latitude d'action, de politique monétaire.

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Mais pour autant, ils n'ont pas fait disparaître la concurrence car la concurrence n'est jamais que le nom donné à la liberté "quand celle-ci est conduite à l'autel" :

"… comme ce mot sacré a encore la puissance de faire palpiter les cœurs, on dépouille la Liberté de son prestige en lui arrachant son nom;
et c'est sous le nom de concurrence que la triste victime est conduite à l'autel, aux applaudissements de la foule tendant ses bras aux liens de la servitude." (Bastiat, 1850, chap. 1)

La liberté ou la concurrence, conséquence du droit naturel de la propriété et de la responsabilité, se réglemente, se limite, mais ne se détruit pas.
Limitée ou de plus en plus limitée par tel ou tel moyen, elle fait supporter à chacun un coût de plus en plus élevé qui fait espérer ou annonce l'abandon inéluctable de la réglementation en question.
Entre temps, elle acquiert une autre face qui surgit sous les traits de ce qu'on dénomme "marché noir".

Bref, la liberté ou la concurrence en matière d'intermédiaire de l'échange, si on préfère, la liberté ou la concurrence monétaire existe toujours.
Et il faudrait que les autorités monétaires, d'où qu'elles soient, fussent à son écoute plutôt que veuillent l'ignorer sous prétexte que la monnaie est aujourd'hui, apparemment, toujours emprisonnée par leurs rêts.
Même les dirigeants de l'U.R.S.S. s'y étaient résolus avant que disparaisse celle-ci.

J'écris "apparemment" étant entendu qu'en matière monétaire aussi, nous sommes entrés dans l'ère numérique avec la "monnaie électronique" et que celle-ci commence à faire réfléchir et amène certains à se poser des questions du genre : "7. E-Money and the Reintroduction of Private Money: Is the Fed Obsolete?" ("La monnaie électronique et la réintroduction de la monnaie privée : la Fed est-elle obsolète ?").


6. L'innovation libératrice.

Car une grande conséquence de la liberté ou de la concurrence, limitée ou non, réduite à des marchés plus ou moins noirs, est l'innovation.

Et le plus souvent, en science économique par exemple, c'est dans les domaines où la réglementation est la plus grande que l'innovation éclate.
A défaut de chercher à s'affranchir des règles que la réalité impose et qu'on ignore ou ne cerne pas directement ou bien, au moins chercher à s'affranchir de celles que les prétendus omniscients ou protecteurs auto déclarés que sont banques centrales et autres trésors publics infligent.


7. La sanction du mépris de l'innovation.

Le refus ou la négligence de la connaissance de l'innovation financière depuis au moins une trentaine d'années a conduit des dirigeants de banques de second rang ou d'intermédiaires financiers à faire n'importe quoi, à ne pas faire ce qu'ils auraient du faire s'ils avaient su – certains l'ont reconnu – et à provoquer ainsi l'ajustement économique que nous subissons depuis 2007.

De même, le refus ou la négligence de la connaissance de l'innovation en matière de monnaie depuis, là encore, au moins trente ans – cf. par exemple, Hayek, F. (1978), Denationalisation of Money, Institute of Economic Affairs, Londres ou Rueff, J. (1971), Le Péché monétaire de l'Occident, Plon, Paris - conduit et conduira des dirigeants de banque centrale ou de trésor public à faire n'importe quoi, à ne pas faire ce qu'ils auraient du faire.
Et cela ne pourra que provoquer un ajustement économique autrement désastreux que celui que nous vivons depuis quelques temps.

Quand ?
S'il n'y a pas une réaction salutaire rapide, l'avenir le dira d'ici peu.



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