Paris, le 13 octobre 2015.



Dans la première livraison de l'année 2000 de la Review de la Banque de réserve fédérale de Saint Louis (U.S.A.), Daniel L. Thornton a publié un texte qui commençait par ces mots:

"Un problème majeur de l'économie monétaire a été d'introduire la monnaie dans l'économie d'une manière qui:
(1) explique comment la monnaie émerge de façon endogène,
(2) explique pourquoi la monnaie est préférée à d'autres méthodes d'échange, et
(3) identifie les gains de bien-être liés à l'utilisation de la monnaie".


En anglais:

"A major problem in monetary economics has been to introduce money into the economy in a way that:
(1) explains how money arises endogenously,
(2) explains why money is preferred to other methods of exchange, and
(3) identifies the welfare gains associated with money’s use."
(cf. https://research.stlouisfed.org/publications/review/00/01/0001dt.pdf)


Au cœur du texte, se trouvait, en particulier, la notion de "gain de bien-être", sous entendu "collectif", associée à ce à quoi conduisait l'emploi de la monnaie, selon l'auteur.


1. L'oubli de l'école de pensée économique autrichienne.

Hormis une exergue tirée d'un texte de Carl Menger (1892) sur l'origine de la monnaie et une bibliographie nombreuse, aucun auteur de l'école de pensée économique autrichienne ni, a fortiori, de l'école de pensée économique française (cf. ce texte de septembre 2015) ne sont évoqués dans le développement.
Cela est pour le moins étonnant de la part d'un chercheur.


2. Les rets d'une approche mathématique.

Tout le développement de Thornton se situe dans les rets d'une approche mathématique de l'économie politique qui le conduit à dire que :

"la monnaie augmente le bien-être économique »
" ... améliore le bien-être économique »

tout cela étant considéré

"... indépendant de la structure du marché"

En anglais:

"money increases economic welfare" (p.42)
"... enhances economic welfare" (p.43)
"... independent of the market structure" (ibid.)


Et l'approche suivie est muette sur toutes les réglementations qui ont déformé ou dénaturé la monnaie au XXème siècle, bref qui ont contribué à cacher ce qu'on dénommait "monnaie" jusqu'alors et fait que ce qu'on dénomme "monnaie" aujourd'hui est à la fois
- sans relation avec l'échange des choses par les gens
- ni avec la monnaie d'hier.

La démarche est vraiment étonnante.


3. Le pléonasme en guise de causalité.

Thornton a conclu son texte avec, en particulier, ces mots :

"... la monnaie est un dispositif social résultant d'un processus évolutif compliqué.
La monnaie existe parce qu'elle facilite les échanges en réduisant le coût de l'échange".


En anglais:

"... money is a social arrangement resulting from a complicated evolutionary process.
Money exists because it facilitates exchange by reducing the cost of trade." (ibid. p.57)


Rien à dire sur cette conclusion sinon que l'échange des choses par les gens n'est pas facilité par le "coût de l'échange" comme l'a résumé l'auteur.

Le "coût de l'échange" et l'"échange facilité" ne sont que deux façons d'exprimer la même idée, l'une étant théorique et l'autre une expression de rhétorique "au mauvais sens du terme" (cf. ce texte de juin 2015).


4. L'ignorance fondamentale.

L'idée à côté de quoi est passé l'auteur - et, par conséquent, le "département de recherche" de la Banque de Saint Louis ... - est que l'"intermédiaire de l'échange" qu'ont inventé les gens dans le passé et qu'ils ont dénommé "monnaie" jusqu'au début du XXème siècle, a amoindri le coût de l'échange.

L'idée importante est, en effet, que le passage de l'échange direct à l'échange indirect, puis l'existence du développement de l'intermédiaire de l'échange a amoindri, progressivement, le coût de l'échange.

Et cette idée, fondée sur l'action de nos ancêtres, est entièrement ignorée de nos jours par une multitude de gens de tous ordres, à commencer par les banquiers centraux "qui n'ont pas de colonne vertébrale" ou, si vous préférez, sont "assis sur leurs réglementations sans doctrine".

. Le mal des théories appréciées des hommes de l'état.

L'idée est, en particulier, ignorée parce que la notion d'"équilibre économique général", au coeur des théories économiques dominantes (théorie de l'équilibre économique général ou approches de la théorie macroéconomique), a mis de côté les notions d'"invention" ou d'"innovation".

Le "quantitative easing program" ou, si l'on préfère, l'assouplissement ou la monétisation de la quantité de monnaie, si présent dans tous les propos d'actualité, mais en vérité d'un autre âge, est à des années-lumière de l'amoindrissement du coût de l'échange.

Selon leurs dires, il vise simplement à faire augmenter les prix en monnaie des choses (cf. ce texte d'octobre 2015).
Mais c'est aveuglément ...
Attention à la boucherie qui en résultera et qu'on peut toujours imaginer...

Reste que l'un est réversible car il est réglementation alors que l'autre ne l'est pas car il est innovation, progrès économique.


5. Un dernier mot.

On aura l'occasion de revenir sur la notion absurde de "structure de marché" dans de prochains billets.

Le "marché" n'est pas une structure, c'est une façon de parler de la liberté de chacun d'échanger des choses.

Il est au mieux un concept organisé par des savants économistes.
Au pire, il donne du grain à moudre aux ignorants pour leurs faux débats.






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