Paris, le 21 janvier 2016.




L'activité économique, c'est-à-dire la production de "valeurs ajoutées" une fois échangée, n'a rien à voir avec ce qu'on dénomme abusivement "monnaie" - pour ne pas dire "argent"... - aujourd'hui.

L'activité économique atteste, d'une part, des actions des entrepreneurs, des gens qui ont produit des choses.
En particulier, elle n'a rien à voir avec les actions des hommes de l'état.
Elle résulte des espérances juridiques, techniques et économiques des premiers (cf. ce texte d'août 2015).

Elle témoigne, d'autre part, des échanges de produits des entrepreneurs avec des demandeurs qui ont abouti.


1. L'oubli.

Quoique les économistes se situassent en général
- dans le cadre de la théorie de l'équilibre économique général (du type Théorie de la valeur (axiomatique de l'équilibre économique) de Gérard Debreu (1960) ou d'autres ouvrages du même type, cf. par exemple ces textes d'août 2010, d'avril 2013 et de mars 2015) ou
- dans celui d'approches de la théorie macroéconomique (cf. ce texte de juin 2010), grâce à des hypothèses non appropriées, qui, a priori, mettent de côté le "coût de l'échange",
Ulph et Ulph ont fait remarquer en 1975 que:

* en français:

… "Voici longtemps qu'il a été réalisé que l'échange des marchandises était une activité coûteuse et la reconnaissance de ces coûts jouera un rôle important dans l'explication de certains phénomènes économiques.

Toutefois, à la fois Clower (1967) et Hahn (1965) ont récemment fait valoir que seulement par une analyse explicite des coûts de transaction, on peut construire une théorie monétaire qui soit intégré de façon satisfaisante dans la théorie micro [...]

Hahn a ensuite fait valoir qu'une seconde exigence qu'un modèle approprié doit répondre est qu'il doit spécifier assez précisément les conditions dans lesquelles les marchés à terme de diverses marchandises se présentent'.

Cela soulève le phénomène qu'à tout moment de temps, il peut exister des marchandises pour quoi il est impossible de passer des contrats de vente et livraison.
Ce problème a été discuté principalement dans le cadre de contrats de marchés à terme et contingents (cf. Radner, 1972)" ;



* en anglais:

… "It has long been realized that the exchange of commodities is a costly activity and the recognition of such costs will play an important part in explaining certain economic phenomena [...]

However, both Clower (1967) and Hahn (1965) have recently argued that only by explicit analysis of transactions costs can we build a monetary theory that is satisfactorily integrated into micro theory [...]

Hahn went on to argue that a second requirement that a suitable model must meet is that 'it must specify rather precisely the conditions in which futures markets for various commodities would arise'.

This raises the phenomenon that at any moment of time there may exist commodities for which it is not possible to make contracts for sale and delivery.
This problem has been discussed mostly in the context of contracts in future and contingent markets (cf. Radner, 1972) [...]"  (Ulph et Ulph, 1975, p. 355) 1)
1) Ulph , A. M. and D. T. Ulph [1975]. “Transaction Costs in General Equilibrium Theory—A Survey.” Economica 42 (November):355–372.



Qu'on le veuille ou non, le "coût de l'échange" dans un monde économique supposé sans monnaie fait que des échanges ne sont pas effectués, n'aboutissent pas, les gens jugeant "trop coûteux" certains échanges car il n'y a pas "double coïncidence des besoins/désirs" des gens concernés (selon l'expression de S. Jevons, 1870).


2. L'invention de la monnaie.

L'économie politique a eu l'occasion de montrer que l'invention de l'existence de l'intermédiaire des échanges des choses (cf. J.B. Say, 1815, Catéchisme de l'économie politique) par, certes, "on ne sait qui" - comme c'est le cas pour l'univers... -, a conduit à ce que, pour le bien de tous, des échanges qui n'étaient pas effectués antérieurement, le sont devenus.
Ce service de la monnaie est essentiel.

En d'autres termes, l'existence de l'intermédiaire des échanges dénommé "monnaie" a donné lieu à un "coût de l'échange" d'un montant inférieur à celui du "coût de l'échange" antérieur, c'est-à-dire "sans monnaie", tout en créant la nouvelle notion de "coût de production" de la monnaie.


3. Un peu d'histoire.

De fait, et curieusement, des économistes ont mis l'accent, non pas sur les bienfaits de la monnaie, mais sur le "coût de production" de la monnaie sans mettre en regard le "coût de l'échange" qui était amoindri par l'existence de celle-ci et qui a donc été mis de côté.

. Les hommes de l'état.

En outre, les hommes de l'état se sont emmêlés de la question.

Pour ne pas remonter trop loin dans l'histoire, on dira que, primo, les hommes de l'état ont fait valoir, il y a bien longtemps, auprès de leurs sujets le "risque de contrefaçon de la pièce de monnaie" que ces derniers courraient.

Ils ont décidé de les "protéger contre ce risque" et ont choisi comme remède celui de se donner le privilège de monopole de production des intermédiaires des échanges en métal ou en alliage de métal, dernières formes de monnaie en date.

Secundo, quelques siècles plus tard, les hommes de l'état se sont inquiétés du "risque de contrefaçon des coupures de billets en papier" à quoi leurs sujets étaient exposés.

Ils ont décidé de les "protéger contre ce risque" et ont choisi comme remèdes,
- d'une part, celui de donner le privilège de monopole d'émission des substituts de monnaie bancaires-coupures de billets à une banque, dite "banque centrale", et,
- d'autre part, celui d'obliger les vendeurs de choses à les accepter en paiements.

Tertio, un siècle plus tard, grosso modo au XXème siècle, les hommes de l'état ont, pour une fois, écouté des économistes qui considéraient que le "coût de production" de ce qu'on dénommait "monnaie" alors détruisaient, sans raison valable, une partie de leurs facteurs de production qui pourraient être mieux employés à d'autres activités.

C'était, par exemple, Vilfredo Pareto qui, en 1896-97, considérait qu'il fallait "économiser la monnaie métallique" (cf. Pareto, §277, de son Cours d'économie politique, 1896-97).
C'était encore John Hicks, trois-quarts de siècle plus tard (1967), qui parlait de la "monnaie métallique trop chère" (p.256) ...

De fait, la démarche se ramenait à admettre que la quantité de monnaie était plus ou moins rare et qu'il fallait diminuer cette rareté par tous les moyens.

En conséquence, les hommes de l'état ont décidé,
- d'une part, d'interdire à tout un chacun la conversion des substituts de monnaie bancaires (billets ou dépôts dans les banques) en métal-or (ou -argent) aux conditions convenues et,
- d'autre part, de les obliger à les utiliser dans l'échange.

La décision fut prise en deux temps,
- d'abord dans la décennie 1930,
- puis dans la décennie 1970.
Les substituts de monnaie bancaires devenaient ainsi des "néants habillés en monnaie" (cf. ce texte de mai 2011 ou celui-ci de janvier 2014).


4. L'erreur ignorée d'Irving Fisher.

A défaut de mettre l'accent sur les actions des gens et, en particulier, sur les coûts de celles-là amoindris, des économistes ont, entre temps, suivi l'erreur d'Irving Fisher (1911) qui avait consisté à transformer son "équation des échanges" en "relation de causalité" comme si une telle équation pouvait être prise pour une telle relation (cf. ce texte de mai 2015).

Avec justesse sinon exactitude, Fisher avait mis, en effet, en égalité les échanges de choses et les échanges de monnaie dans le passé.
Et il s'était efforcé de voir si l'inconnue qu'était la "vitesse de circulation de la monnaie" était constante ou variait.


A tort, il a mélangé les deux échanges que cache le principe de l'"échange indirect" de la personne.

Il a additionné l'échange qui égalise l'offre  de la personne qui correspond au début de son échange indirect et une demande qui correspond à la fin d'un autre échange indirect (équilibre de marché n°1), puis l'échange qui égalise la demande résultant de l'offre de l'échange indirect précédent et l'offre potentielle résultant de nouveaux échanges indirects (équilibre de marché n°2) (cf. ce texte de septembre 2015).

Mal interprétée même par son auteur, l'"équation des échanges" devenue "relation de causalité" a ainsi conduit dès la décennie 1920 à une erreur de plus.

Elle a consisté à admettre que la quantité de monnaie était cause de l'activité économique et que l'augmentation de la première provoquerait l'augmentation de la seconde (cf. ce texte de mai 2015).


Aujourd'hui, cette folle thèse qui est bien installée au moins chez les banquiers centraux du monde entier, a donné lieu au "quantitative easing process", à l'"assouplissement de la quantité de monnaie" (cf. ce texte d'octobre 2012 et celui-ci de décembre 2014).


5. Le paquet-cadeau.

Le processus de l'€uro, mis en oeuvre depuis 1999, allie les deux inventions précédentes, les deux erreurs, à savoir :
- amoindrir le coût de production de ce qu'on dénomme abusivement "monnaie" aujourd'hui par la fusion des privilèges de monopole de production de monnaies étatiques réglementées (cf. ce texte de mai 2014), et
- "assouplir" la quantité de monnaie pour augmenter l'activité économique (cf. ce texte de juillet 2015).


6. Un dernier mot.

La comptabilité, l'économétrie comme les statistiques pourront bien faire croire que ces erreurs théoriques n'en sont pas, mais elles ne pourront pas s'opposer à la réalité, le processus est vain.

Il faut le dire haut et fort et ne pas se morfondre dans le mutisme.
"Lève-toi et Marx" et "Marx ou crève" sont malheureusement, en France, les deux principes des politiques et des historiens de la pensée économique majoritaires.


Folle thèse, foutaise.






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