Paris, le 9 mai 2016.



1. Au prétexte que, dans le passé, ce qu'on dénommait "monnaie métal" (en pièces, lingots ou barres) pouvait être l'objet d'abus de production ou de contrefaçons de la part des particuliers (cf. Say, Catéchisme de l'économie politique, 1815), les hommes de l'état ont fait valoir un remède.

Ils se sont donnés le privilège du monopole de la production de "monnaie métal" et obligé les particuliers à employer celle-ci, et seulement celle-ci, dans les échanges de choses.


2. Du fait de l'innovation permises par les bons esprits, par la suite, des banquiers ont émis des billets en papier (puis des comptes de dépôt de toute nature) en proportion de la monnaie métal dont ils disposaient, permettant aussi des échanges de choses.

Mais, au prétexte que des banquiers pouvaient abuser de leur situation, les hommes de l'état ont décidé d'organiser le secteur des banquiers, principalement à partir du XIXème siècle, en privilégiant une banque, la banque dite "centrale", et en lui donnant le monopole d'émission des billets en papier.

Les autres banquiers, désormais, dits "de second rang", sous tutelle de leur banque centrale, une par pays, et les gens reçurent l'obligation additionnelle de ne pas refuser les billets en papier.

Vilfredo Pareto a eu l'occasion de s'émouvoir de la décision en faisant valoir que seule la concurrence pouvait s'opposer à la "facilité de la production de monnaie" (cf. Pareto, Cours d'économie politique, 1896-97, §345).

Qu'à cela ne tienne.


3. Dans la foulée, deux ans avant la création de la banque centrale des Etats-Unis d'Amérique en 1913 - ce qu'on dénomme la "Fed" -, Irving Fisher (1911) a eu l'occasion de confondre "équation" et "causalité" dans un livre intitulé The Purchasing Power of Money (Its Determination and Relation to Credit, Interest, and Crises).

Cela lui a permis de rationaliser, à sa façon, la vieille "théorie de la quantité de monnaie", avancée sans précision, avec son "équation des échanges" (cf. ce texte de mai 2015 ou celui-ci d'octobre 2014).

Il n'a pas hésité à développer l'idée, sans raison, que la variation de la quantité de monnaie (monnaie en métal, billet en papier ou compte de dépôt) dans un sens provoquait la variation des échanges dans le même sens, à certaines conditions.

Le point a été repris par Milton Friedman et ses amis "monétaristes" soixante ans plus tard, légèrement modifié (cf. Friedman, 1970).

Désormais, la variation de la quantité de monnaie dans un sens provoquait, à court terme, la variation de l'activité ou du revenu des particuliers ou des entreprises et, à long terme, la variation du niveau général des prix, tout cela à certaines conditions.

Et ils en sont arrivés à parler d'"hélicoptère monétaire" qui pourrait distribuer de la "monnaie" aux gens (cf. par exemple, Mark Thornton, mai 2016) ...


4. Toutes les réglementations qui avaient été concoctées entre 1911 et 1971 par les législateurs nationaux (cf. ce texte de janvier 2014 et celui-ci de juillet 2011) et avaient contribué à détruire les "monnaies nationales réglementées", étaient ainsi, purement et simplement, laissées de côté comme si elles n'avaient pas eu d'effet économique profond ...


5. Aujourd'hui, la fantaisie continue de plus belle.

Aux mots près qui sont différents, il est question de "quantitative easing process" ou d'"adoucissement de la quantité de monnaie" par tel ou tel banquier central (cf. ce texte d'octobre 2012).

Tout se passe comme s'ils s'ingéniaient à développer mon texte de mai 2011 sur les alchimistes ...

Tels sont les faits dont il faut pourtant s'affranchir avant qu'il ne soit trop tard.





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