Paris, le 3 août 2016.




1. La "théorie de la quantité de monnaie".

La "théorie de la quantité de monnaie" a été le point de départ de tout ce que les économistes ont pu écrire sur ce qu'on a dénommé "monnaie" (acronyme "CQDM") jusqu'à la décennie 1930.

Elle nous situe au XVIème siècle.

Elle consistait alors à reconnaître que les prix en monnaie des marchandises et la quantité de CQDM variaient de concert, dans le même sens, en proportion (cf. Fisher, 1911).


Selon Carmen Cordobat (2015) dans son travail de thèse de doctorat sur « L’effet Cantillon dans la théorie du commerce international (l’impact de la monnaie fiduciaire sur le commerce, la finance et la distribution internationale des patrimoines) », en 1980, Joseph Salerno distinguait dans son propre travail de thèse de Ph. D. deux grands types de théorie de la quantité de monnaie.

Il y avait la version mécanique de Davanzatti et de Locke, qui a été reprise par Ricardo et Mill, qui égalisait échange d’or et échange de marchandises d’un point de vue mondial.

Il y avait aussi la version de Bodin et de Azpilcueta Navarro qui mettait l’accent sur la marchandise monnaie et sur la valeur qui lui était donnée par les gens.  Elle a été reprise par Viner et Mises (cf. Cordobat, 2015, p.31n).



2. L'offre et la demande de marchandises.

Au début du XIXème siècle, trois siècles plus tard, des économistes ont introduit dans l'économie politique les notions d'offre et de demande de marchandises et ont commencé à étudier leur loi (cf. Humphrey, 1992 qui limite l'importance donnée à Alfred Marshall sur le sujet).

L'une et l'autre sont des relations d'échange indirect supposées par les savants entre la quantité de marchandises échangées par une population de gens (les offreurs dans un cas, les demandeurs dans l'autre) et le prix en monnaie.

L'offre est supposée être une fonction monotone croissante du prix, la demande une fonction monotone décroissante du prix.

Nos savants ont été à même de faire apparaître les gains différenciés obtenus par certains, les "surplus" (offreurs ou demandeurs satisfaits) et les pertes supportées par d'autres (offreurs ou demandeurs non satisfaits qui n'ont pas échangé).

a. La notion de "marché"

La juxtaposition de l'offre et de la demande de marchandises a amené les savants à introduire la notion de "marché" qui regroupe non seulement ces éléments, mais aussi leur égalité exprimée par le taux ou rapport d'échange convenu, voire leur ajustement.

Cela étant, relisons Carl Menger (article de 1892 intitulé « La monnaie, mesure de la valeur » écrit en français):

"Ayant cependant reconnu que les rapports d’échange sont déterminés
- non par un mesurage de valeur quelconque,
- mais par le rapport de l’offre à la demande,
il nous reste à expliquer comment les prix sont fixés par ce rapport et sans mesure préalable.

L’ancienne théorie repose sur l’idée que l’égalité des valeurs est la considération qui domine dans l’échange.
Or, une supposition semblable contredit diamétralement les intentions réelles des trafiquants.
Ni l’un ni l’autre ne songent à échanger valeur égale contre valeur égale :
le but qu’ils poursuivent, c’est de satisfaire leurs besoins, chacun aussi complètement que le permettent les ressources dont il dispose.

Généralement, l’échange ne se produit que lorsque chacune des parties croit y trouver un moyen d’améliorer sa position économique.

Les gens qui font affaire ne se soucient absolument pas d’échanger
- des unités égales,
- des quantités de travail égales,
- des frais de production identiques,
- « des biens égaux en valeur économique », ou
- « les égales quantités de valeur d’usage renfermées dans les produits échangés »,
- ni rien de semblable.

S’ils nourrissaient un tel dessein, ils auraient assurément quelque peine à le réaliser.
Mais ils n’y songent point, loin de là.

Ils échangent pour leur profit économique, et l’avantage réciproque est également la considération qui détermine la quantité des biens échangés.

L’échange ne réclame aucun mesurage préliminaire.

Des biens ont été troqués longtemps avant que la monnaie servît d’intermédiaire dans les échanges.
Alors, à coup sûr, les traficants n’interrogeaient que leurs besoins, les quantités dont ils disposaient et l’importance qu’ils attribuaient aux objets échangeables pour leur train de vie et pour celui d’autres ménages.

L’emploi des métaux comme intermédiaire a rendu le commerce plus facile et donné plus de précision aux calculs économiques, mais il n’a pas changé la nature du trafic.

De nos jours encore, l’effort de chacun pour satisfaire ses propres besoins, aussi complètement que le permettent les circonstances, est la cause déterminante
- non seulement du fait de l’échange en lui-même,
- mais de la fixation des prix.

Le but des gens qui font affaire sur les marchés est
- d’inscrire un gain au chapitre de leurs recettes, et
- pour celui de la dépense, de se procurer le plus de satisfaction possible en troquant argent contre marchandise.

L’achat et la vente sont l’une des formes principales sous lesquelles se manifeste l’universel désir de gagner et d’améliorer sa position.

L’argent est devenu l’intermédiaire de l’échange, mais s’il sert à mesurer les prix, c’est uniquement dans le sens que nous venons de marquer.

Le mobile du troc est le profit,
mais aussi les quantités, qui s’échangent l’une contre l’autre, sont fixées par l’avantage subjectif des deux sujets [3].
___________________
[3] Voir mes Grundsätze der Volkswirtschaftslehre, Vienne, 1871, p. 172.
___________________

On serait tenté de faire une exception pour le cas où les contractants ne font pas de prix eux-mêmes, mais échangent des quantités déterminées au prix du marché.

L’importance de ce genre d’affaires est vraisemblablement pour beaucoup la source de l’erreur que nous combattons.

Mais dans ce cas exceptionnel lui-même, l’échange n’a pas pour base
- la mesure de certains quantum de valeur, mais
- le prix qui s’est établi sur le marché sous l’empire des mobiles que nous venons de rappeler, chacun de ceux dont le concours a formé ce prix ne poursuivant que son propre avantage." (Menger, 1892).



Et cela a conduit Vilfredo Pareto à définir CQDM à partir des prix des marchandises :

« Une marchandise en laquelle s'expriment les prix des autres marchandises, est un numéraire ou une monnaie:
- le numéraire se distingue de la monnaie en ce que la monnaie intervient matériellement dans les phénomènes économiques, et
- le numéraire n'intervient pas matériellement [...]» (Pareto, 1896-97, §269)



b. La notion de "concurrence".

Dans la foulée, un accent particulier a été mis sur la notion de "concurrence", aspect économique de la liberté selon Pareto.

Pareto a eu l'occasion de faire connaître son point de vue sur la question, en particulier, dans un article de 1893 dans Le monde économique (23 septembre) sans titre mais qu'on pourra intituler "les beautés de la libre concurrence":

… "Il était écrit, ou, pour le dire en des termes moins clairs et un peu plus prétentieux, le présent moment historique exigeait que nos lecteurs eussent à subir une avalanche de lettres d'un économiste cristallisé dans les théories libérales.

Il vous écrivait, il y a quelque temps, pour demander humblement qu'on laissât faire les économistes qui voulaient employer les mathématiques ;
aujourd'hui, il ose porter encore plus haut ses regards téméraires et s'attaquer aux doctrines de la sacro-sainte école historique.
C'est l'occasion qui pousse au crime.

Nous jurons par tous les dieux infernaux que rien n'était plus loin de notre intention que de nous fourrer dans ce guêpier, quand le hasard fit tomber dans nos mains une brochure intitulée: La France, les partis, et les élections, par M. de Pressensé.

Le nom de l'auteur nous engagea à la lire.

Nous ne connaissons pas de plus éloquent plaidoyer en faveur du laissez-faire, en matière de conscience et de religion, que le livre L'Église et la Révolution française, par M. Edmond de Pressensé, c'est notre vade-mecum, notre arsenal où nous puisons les arguments historiques - les économistes libéraux, bien qu'indignes, s'en servent quelquefois - pour prouver qu'il n'y a rien de bon à attendre de l'intervention de l'État dans les questions religieuses.

Mais, hélas ! l'auteur de la brochure n'est pas M. Edmond, c'est M. Francis, et il maltraite fort le maudit laissez-faire.
Jugez-en par ces extraits.

L'auteur se demande quelle solution il faut donner à ce qu'on appelle la question sociale.
Il dit:

« J'ose croire qu'il est une solution, du moins, qui est totalement exclue, et c'est celle de l'individualisme économique pur et simple.
Cette parole a l'air téméraire ;
en France (sic !), en particulier,
où l'orthodoxie économique a encore beaucoup de fidèles, ou plutôt,
où elle règne en maîtresse (que dira M. Méline ?) dans les académies, dans les universités et dans la science,
il peut sembler singulièrement présomptueux de s'exprimer de la sorte.

Ah ! sans doute,
si nous fermons systématiquement les yeux à tout ce qui se fait hors de nos frontières,
si notre libre-échangisme doctrinaire ne croit pouvoir se défendre que par la protection ou même la prohibition des denrées intellectuelles d'Outre-Rhin ou d'Outre-Manche,
il est aisé de s'endormir dans la contemplation des beautés de l'ordre social et de rejeter dédaigneusement les revendications de la foule ou les théories des novateurs ».

Vraiment, si notre auteur ne l'assurait, jamais nous n'aurions cru que les économistes français fussent aussi ignorants de ce qui se passe au dehors des frontières de leur pays, et qu'ils s'endormissent de la sorte en contemplant les beautés de l'ordre social.

Mais comme nous aimons suivre en tout la méthode expérimentale, on voudra bien nous excuser si nous avons tenu, nous ne dirons pas à vérifier, mais à constater, comment se manifestait cette admiration.

Ouvrons, par exemple, un livre de M. G. de Molinari : Les lois naturelles de l'économie politique et voici ce que nous trouvons à la page 218 :

« Le relâchement de la concurrence politique a transformé l'État en un instrument d'exploitation aux mains de ceux qui le possèdent et quelles que soient ces mains. jusqu'à présent il est demeuré au pouvoir des classes supérieure et moyenne.

Dans la plupart des pays civilisés, la classe moyenne a fini par conquérir une prépondérance décisive.
C'est elle qui gouverne.

Comme l'avaient fait ses devancières, la noblesse et le clergé, dès l'époque où leurs appétits avaient cessé d'être contenus par la permanence de l'état de guerre, et dans une plus forte mesure encore, car elle a un plus grand nombre de bouches à nourrir,
la classe moyenne s'est servie de l'appareil à légiférer et à taxer pour augmenter les attributions de l'état et multiplier les emplois civils et militaires, elle a créé des monopoles à son usage et généralisé le protectionnisme, le tout en vue d'augmenter les jouissances de ses membres et de diminuer leur travail et leur peine ».

Il faut avouer que M. de Molinari a une singulière façon d'exprimer son « admiration pour l'ordre social» existant.

Comment s'y prend-il donc quand il veut blâmer les gens ou les choses, si pour les louer il en parle de la sorte ?

Notre bon ami M. Ernest Brelay ne nous semble guère non plus admirer les classes dirigeantes, qu'il se permet d'appeler digérantes.

Il se peut qu'en iroquois ce mot se prenne pour un compliment, mais en français, nous serions assez porté à lui donner un sens contraire.

Un de nos maîtres, M. G. du Puynode, doit, lui aussi, employer quelque langue inconnue, qui attend encore son Champollion, mais comme elle ressemble étonnamment à du bon français, nous nous imaginions que ce n'était pas précisément en vue de payer son tribut de louange à l'ordre social existant qu'il disait :

« Voici trois années surtout que diminuent de plus en plus nos nouvelles sociétés commerciales et les capitaux qui les alimentent...
Ce sont les ignorances économiques des pouvoirs publics, nos budgets accablants et les excitations insensées adressées aux foules dont on convoite les votes, qui donnent une fois de plus la raison de cette nouvelle crise 1) ».
1) Journal des économistes, janvier 1893.

Quant aux « revendications de la foule », il nous semble que M. Léon Say tâchait de les interpréter quand, à la tribune, il demandait qu'on n'imposât pas sur le pain des ouvriers un tribut au profit des grands propriétaires fonciers.

Il est vrai qu'il n'est pas partisan des « revendications » socialistes, mais il se pourrait que ce fut simplement parce qu'il les croit plus aptes à faire le mal que le bien du peuple et des travailleurs.

C'est en effet là le noeud du problème.

Il s'agit de savoir si, oui ou non, la libre concurrence produit le maximum du bien-être pour le plus grand nombre des humains.
Les économistes libéraux disent oui, et ils produisent leurs preuves.

Celles-ci sont de deux sortes.

Les unes déductives, les autres vérifiant expérimentalement les résultats de la déduction.

Que l'on conteste ces preuves, rien de mieux, toute discussion sérieuse ne pouvant que servir au progrès de la science.

Mais les partisans des différentes écoles socialistes se gardent bien de se laisser entraîner sur ce terrain.

Ils nous reprochent notre dogmatisme, et eux ne procèdent que par des assertions qu'ils ne daignent pas appuyer de preuves.

On ne saurait lire leurs écrits sans se rappeler ce que dit Montesquieu des livres de théologie « doublement inintelligibles et par la matière qui y est traitée et par la manière de la traiter »1).
1) Lettres persanes, CXXXIV.

Ce reproche ne s'adresse pas à notre auteur.
Il écrit en français c'est un avantage pour ses critiques, mais c'est un préjudice pour ses théories.

La langue française, avec son admirable clarté et sa précision, décèle immédiatement le sophisme des raisonnements lâches et vagues. I
l fallait une langue comme le grec de la décadence pour disserter à perte de vue sur [en grec...] et [en grec...].

Essayez d'expliquer en français ce que c'est que l'État de droit, ou l'État éthique des auteurs allemands, et vous vous apercevrez de suite que ce ne sont là que des ombres sans corps, des mots qui semblent vouloir dire quelque chose et qui ne signifient rien.

Nous avons peut-être eu tort de prendre à la lettre les termes que la précision de la langue française obligeait notre auteur d'employer.

Au fond, ce n'est pas l'admiration pour les beautés de l'ordre social qu'il a entendu reprocher aux économistes français, c'est l'admiration pour les beautés de la libre concurrence.

Ce n'est pas du tout la même chose, car les économistes se plaignent précisément de ce que l'ordre social actuel viole, en maintes occasions, la libre concurrence.

Mais ne chicanons pas là-dessus, et suivons notre auteur sur ce nouveau terrain. "


La notion de "concurrence" en est arrivée à reposer sur l'hypothèse particulière que les notions d'offre ou de demande de marchandises réagissent, chacune à sa façon, à une variation du prix en monnaie ...

Algébriquement, il y a eu la notion extrême qui voulait que l'élasticité-prix de l'offre ou de la demande soit infinie.

Si on préfère, toujours algébriquement, cela revenait à dire que l'offre ou la demande, en tant que quantité, n'avait pas d'influence sur le prix en monnaie...

Et, en cela, quoique aucun économiste n'y insistât, la notion de "concurrence" a rejoint celle de "réglementation" du prix, qui empêcherait qu'il varie ...


La démarche algébrique de la "concurrence" a fait florès : la notion a été l'objet de diverses qualifications comme "concurrence pure et parfaite", "concurrence imparfaite"... et a donné lieu à une littérature abondante.

Mais jamais la confusion algébrique implicite entre la concurrence et la réglementation du prix fixé par les hommes de l'état n'a été évoquée !

A fortiori ne l'a pas été le fait que la réglementation crée des "marchés noirs" alors que la concurrence déroule la liberté de chacun.

c. Le coup de pied de l'âne.

Il ne faudrait pas oublier non plus que des économistes ont beaucoup diversifié l'offre et la demande de marchandises au point qu'au XXè siècle, ils sont arrivés à un stade où, par exemple, John Maynard Keynes, dans La théorie de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie (1936)  jugeait que :


" ... l'Ecole classique a adopté deux théories du taux de l'intérêt foncièrement distinctes,
l'une dans le volume 1, la théorie de la valeur, et
l'autre dans le volume 2, la théorie de la monnaie." (Keynes, 1936, p.197)


Et Keynes de poursuivre, quelques pages plus loin:


"Tant que les économistes s'occupent de ce qu'on appelle la théorie de la valeur, ils ont coutume d'enseigner que les prix sont régis par les conditions de l'offre et de la demande [...]

Mais lorsque, le plus souvent dans un ouvrage séparé, ces économistes abordent la théorie de la monnaie et des prix, on n'entend plus parler de ces notions simples sans doute, mais faciles à comprendre." (ibid. p.308)


Et Keynes de prétendre que sa "théorie générale" remédiait à ce défaut!


3. L'innovation de CQDM.

Entretemps, CQDM, intermédiaire récurrent des échanges de marchandises, a connu des innovations.

Des banquiers ont trouvé la démarche qui consiste à émettre des "billets en papier" et des "comptes de dépôt", adossés à la monnaie métallique et convertibles à un taux convenu avec celle-ci, pour permettre aux gens qui le désireraient d'effectuer des paiements ... en CQDM.

Les économistes dits "autrichiens" - ... par les historiens de la pensée économique essentiellement marxistes - ont dénommé "substituts de monnaie bancaires" ces instruments, à commencer par Ludwig von Mises.

Jusqu'à la décennie 1930, les prix en substituts de monnaie bancaires ont été convertis en CQDM au taux de conversion convenu.


4. Les taux ou rapports d'échange de marchandises.

A la fin du XIXème siècle, au lieu de mettre l'accent sur les relations d'offre et de demande de marchandises et tout ce qu'elles cachaient, des économistes se sont intéressés aux échanges synallagmatiques des gens après que David Ricardo se fut intéressé, au début du même siècle, aux échanges entre "nations" (théorie des coûts comparatifs ou des avantages relatifs en matière d'échange international).

Au lieu de s'intéresser à la "nation", entité imaginée par leurs soins, ils se sont intéressés aux gens, personnes juridiques physiques bien réelles.

Ils ont mis l'accent sur les taux ou rapports d'échange d'une quantité de marchandises en une autre ou bien sur les taux d'échange d'une quantité de marchandise en "CQDM" (ou en "substituts de CQDM bancaires") dont les gens convenaient, deux par deux, "synallagmatiquement", entre eux, étant donné leurs utilités personnelles.

Nos économistes en ont déduit la définition du prix en monnaie d'une quantité de marchandises échangée comme "taux d'échange convenu", "quantité de monnaie unitaire convenue" sans trop insister sur les utilités qu'elles cachaient.

Cela a conduit récemment Tarascio (1972) puis Weatherby Jr. (1976) à vouloir qu'on insiste pour que la primauté de la théorie de l'échange soit donnée à Pareto et non pas, comme elle l'est aujourd'hui, à Edgeworth (cf. ce texte de juillet 2014


5. L'"équation des échanges".

Début XXème siècle, des économistes n'ont considéré qu'un des aspects des échanges de marché, soit celui résultat de l'égalité de l'offre et de la demande de marchandises, soit celui taux d'échange de marchandises convenu entre deux personnes, à savoir le prix en monnaie de la quantité de marchandises échangées.

Ils laissent, en particulier, de côté que les prix dont ils parlent résultent des quantités échangées.

A commencer par Irving Fisher qui, en se plaçant dans la durée, a introduit une "équation des échanges" (équation du premier degré à une inconnue, à savoir la "vitesse de circulation de la quantité de CQDM en quantité d'échanges") qu'il a résolue.

Il en a déduit, sans aucune raison, une causalité entre la quantité de CQDM (et des substituts de monnaie bancaires) et la quantité d'échanges.

. Et Friedman...

Et, dans la décennie 1960, Milton Friedman n'a pas hésité à modifier la démarche afin que les hommes de l'état puissent dire que la variation de la quantité de CQDM (en partie CQDAMA) provoquait une variation de même sens des prix en monnaie et des revenus réels (activité, emploi...).

Il a aussi essayé de faire apparaître les proportions de la variation des prix en monnaie et de celle des revenus réels.

Folles thèses, foutaises.


6. La falsification étatique de CQDM.

Les propositions ont tenu bon, malgré leurs erreurs évidentes que n'avaient pas vu, semble-t-il, leurs auteurs.

Au nombre de ces erreurs, il y avait, en particulier, qu'on ne tenait pas compte :
- des "surplus" des gens satisfaits, ni de leurs effets à attendre sur leurs actions,
- des "pertes" des gens non satisfaits, ni de leurs effets à attendre sur leurs actions.


Malgré ces erreurs laissées de côté, les hommes de l'état n'ont pas hésité dans la décennie 1930, puis dans la décennie 1970, à légiférer sur CQDM et ont interdit la conversion des "substituts de CQDM bancaires " en "CQDM", c'est-à-dire en or.

En sont résulté ce qu'on peut dénommer des intermédiaires des échanges "non corporels", "non matériels" en possession des gens, qui, seuls, circulent en tant que tels et qui ne tiennent qu'à l'illusion des gens sur ce qu'ils peuvent bien représenter.


7. L'hypothèse fausse.

Malgré tout, sans référence doctrinale, les hommes de l'état continuent à faire croire aujourd'hui que l'augmentation de la quantité de ce qu'ils continuent à dénommer "monnaie", voire "argent", augmente l'activité et l'emploi, aspects des échanges.

Le capharnaüm est total.


8. Le socialisme dans la zone €uro.

Dans la zone €uro, conscients des difficultés qu'ils connaissent pour faire admettre l'absurdité qu'ils avancent, les hommes de l'état semblent essayer de tirer parti de l'opprobre qu'ils contribuent à jeter sur les banques.

Dernière en date : les "stress tests" de l'Autorité bancaire européenne du 29 juillet 2016.

Ni glorieux ni calamiteux : les résultats des "stress tests 2016" menés par l'European Banks Association (EBA) sur 51 établissements bancaires de l'Union européenne (pesant 70 % des actifs de la zone), révèlent que le secteur est plus à même de faire face à une crise systémique.

Mais il doit continuer à muscler ses fonds propres "durcis" ou "Tier 1", même si cette voie écrêtera une rentabilité déjà mise à mal par un contexte de taux directeurs durablement plats, synonyme d'activités de marché moins lucratives.

Tout se passe comme si, faisant miroiter l'adage faribolesque du "too big to fail", après la fusion des monnaies nationales en l'€uro, la création de la banque centrale européenne puis l'union des banques dans la zone €uro, les hommes de l'état cherchaient à réglementer encore  les actions de vous et moi dans la zone €uro au prétexte de précaution.

Malheureusement, leur précaution n'est qu'un socialisme, de moins en moins invisible, de plus en plus voyant qui pèse sur les banques à défaut de les détruire totalement (cf. cet audio du 2 août 2016 ou celui-ci du 3 août ...).

Les Anglais l'ont compris, ils ont quitté l'Union européenne...


9. Un dernier mot.

Le dernier mot de ce billet sera de Pareto (1893) et de sa prévision de l'idéologie socialiste pour l'avenir de l'Europe :

… "Nous ignorons si l'Europe traversera ou non une période socialiste.
La chose nous paraît fort probable, mais la science manque d'une théorie qui permette de prévoir avec sûreté cet événement.

Au contraire, elle en possède une, éprouvée mainte et mainte fois par l'expérience, qui lui permet de prévoir, avec toute la précision désirable, l'effet économique qu'aura ce fait, s'il se produit.

Et cet effet sera une énorme destruction de richesse,
d'où suivra, comme conséquence inévitable,
la misère et la mort pour un grand nombre d'hommes.

Tel est le but auquel aboutiront nécessairement tous les systèmes qui, par ignorance et de parti pris, vont à l'encontre des conditions que la science enseigne pouvoir seules produire le maximum de bien-être.

Peu importe les beaux noms dont se décorent les différents systèmes socialistes.

. Qu'il s'agisse
- du socialisme populaire,
- de celui de la chaire ou
- de celui qui se dit chrétien,
. qu'on ait en vue la communauté des biens et des femmes, ou seulement, la socialisation des instruments de travail,
. que, pour ne pas trop effaroucher le bourgeois, on parle de société coopérative au lieu de société socialiste,
. qu'on y arrive par l'évolution naturelle du protectionnisme et du militarisme, ou bien par une révolution ;
. que les socialistes, faisant taire leurs scrupules, s'unissent aux politiciens pour que la société glisse de la tyrannie des uns dans celle des autres, ou bien
. que les socialistes chassent les politiciens et prennent leur place,
ce ne sont là que des questions de forme, plus ou moins importantes, mais qui ne changent rien au fond des choses.

L'effet final sera le même, et les maux qui en seront la conséquence retomberont précisément sur la classe des travailleurs, que l'on prétend vouloir soulager."


Dont acte.






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