Paris le 15 décembre 2017.














1. Peut-on expliquer l'évolution du Bitcoin ? 

L'évolution du Bitcoin a fait que le prix de celui-ci est passé de beaucoup moins d’1 $ en 2010 à beaucoup plus que 15000 $ en 2017 (cf. ce billet de novembre 2017).

Peut-on expliquer économiquement le phénomène ?

A cette question, ma réponse est « oui ».

Et, pour la comprendre, il faut
- d’une part, ne pas faire référence aux « marchés » des économistes du « mainstream » qui, par construction, et sauf exception extraordinaire, excluent de leurs théories l’invention ou les innovations conséquences des actions des gens, pour préférer sacraliser l’« équilibre (macro)économique (générale) » et ce qu'ils croient pouvoir en déduire par le raisonnement et,
- d’autre part, se protéger par la pensée de ce qu’on peut tirer tacitement de l’hypostase des « marchés ».

Certes, des économistes ont commencé à s’intéresser indirectement fin 1960-début 1970 (Allen 1998, Brunner et Meltzer 1971, Cheung 1998, Clower 1971, Miller 1965, Perlman 1971, Ulph et Ulph 1975, Williamson, 1989, etc.) au concept de « coût de l’échange ».

Allen, D.W., (1998), "Transactions Costs", Encyclopedia of Law and Economics, Edward Elgar Press, Chelthenham, 2000, pp.893-926. Site internet : http://encyclo.findlaw.com/0740book.pdf

Brunner, et Meltzer, (1971), « The Uses of Money : Money in the Theory of an Exchange Economy », American Economic Review, décembre, pp.784-805.

Cheung, S.N.S. (1998), "The Transaction Costs Paradigm", Presidential Address Western Economic Association, http://www.google.fr/search?q=cache:dAVrYYe13QkJ:www.stevenxue.com/ref_134.htm+transaction+cost&hl=fr

Clower, 1971

Miller Jr H.L. (1965), "On 'Liquidity' and 'Transaction Costs'" http://www.jstor.org/pss/1054981

Niehans, J. (1969), "Money in a Static Theory of Optimal Payment Arrangements", Journal of Money, Banking, and Credit, 1, novembre, pp.706-26.

Perlman, M. (1971), “The Roles of Money in an Economy and the Optimum Quantity of Money”, Economica, 38, août, pp.233-252.

Ulph, A.M. et Ulph, D.T. (1975), "Transaction Costs in General Equilibrium Theory - A Survey", Economica, 168, novembre, pp.355-372.

Williamson, O. E. (1989). ‘Transaction Cost Economics,’ in Richard Schmalensee and Robert Willig, eds., Handbook of Industrial Organization. Amsterdam: North Holland, pp. 135-182.



Mais ils sont restés coincés par la préférence qu’ils donnaient
- au résultat de l’action d’échange de l'être humain sur l’action elle-même,
- à l’équilibre économique sur les situations économiques changeantes de chacun.

A cause de cela, le processus a consisté tout simplement à mettre de côté, dans la théorie économique, les relations entre « coût de la situation » de chaque être humain, « coût de l’acte d’échange » et « coût de la monnaie ».
En particulier en France, elle est vite restée sans lendemain à cause,
- d’une part, de mauvaises idées sur l’anglicisme « coût de transaction » et,
- d’autre part, sur l’indigence de l’« histoire de la pensée économique » sur le sujet.

Il ne faut pas oublier que ce développement de la prééminence de l’équilibre économique que, par exemple J.M. Keynes (1936) disait reprendre de David Hume (1711-76), était à l’opposé de ce qu'ont pu écrire d’autres philosophes, comme Emile Boutroux (1845-1921),
- « contre » la notion d'immobilité, de permanence, d’équilibre et
- « pour » celle de « situations économiques changeantes ».

Reste que, depuis que des savants économistes les ont inventées aux XIXème et XXème siècles,
- ni la "théorie de l'équilibre économique général"
- ni les approches de la "théorie macroéconomique"
n'expliquent l'invention ni les innovations.

Et pour cause.
Par construction, ils se donnent un équilibre (macro)économique (général) qu’ils peuvent utiliser pour expliquer ce qu’ils cherchent à expliquer et qui exclut toute notion d'invention ou d'innovation (cf. billet de mai 2012).
"Equilibre" et "invention" font deux.

Par là même, les savants économistes excluent aussi de la théorie économique, comme on va le montrer ci-dessous, coûts et amoindrissements des coûts…

En conclusion de The logic of Action I (1997), Murray Rothbard a considéré que :

… “There are three cloudy and interrelated areas that need further elaboration.
[1] One is the route by which money can be released from government control. [...]
[2] A second area for research is the matter of free banking as against one-hundred-percent reserve requirements for bank deposits in relation to gold. [...]
[3] Finally, there is the related question, which Mises did not develop fully, of the proper definition of the crucial concept of the money supply.

In current mainstream economics, there are at least four competing definitions, ranging from Ml to M4.” (Rothbard, 1997, pp. 116-7)


Il me semble qu’il y a eu un quatrième nuage et les lignes qui suivent.y insistent.

Le nuage tient :
- à la négligence des concepts de « coût de l'acte d’échange » et d’ « amoindrissement du coût de l'acte d’échange » que n’a pas évoqué Rothbard et
- aux considérations rhétoriques employées à la place de ces derniers (pouvoir d’achat, épargne, liquidité, fonctions de la monnaie, etc.) :
faute de concepts, on fait de la rhétorique…


2. Comment expliquer la tendance du Bitcoin ?

En faisant le point sur le processus dont témoigne l’évolution, à savoir celui du « coût des actes d’échange » des gens et de son « amoindrissement » en partie réussi (car les coûts ne sont pas nuls…).

De tout temps dans le passé, l’être humain a cherché à satisfaire sa situation économique par l’action, à amoindrir le coût qu’il donnait à sa situation, à savoir le « coût de sa situation », dont il n’était pas satisfait, et c’est un autre phénomène souvent oublié.
Il y est parvenu en partie.

Encore faut-il, pour le comprendre, partir
- des choix de l’être humain et
- non pas de ceux de telle ou telle hypothèse (... ciel, nature, univers, société, marché, état, gouvernement, etc.) inventée par le savant économiste.

Troisième phénomène, de tout temps dans le passé, l’être humain a aussi cherché à amoindrir le « coût des actes d’échange » qu’il menait et y est parvenu en partie.
La méthode suivie s’apparente à la « loi de l’économie » chère à certains savants de l’économie politique ou d’autres sciences (dont les sciences physiques…).

Dernier phénomène, l’invention, puis les innovations mises en œuvre par l’être humain de l’intermédiaire des échanges qu’est la « monnaie» (cf. par exemple Say, 1815), ont contribué à lui permettre d’amoindrir le « coût des actes d’échange » …en dépit de la législation croissante dans le domaine que lui infligeaient, sans vraie raison, les hommes de l’état.


3. Quel avenir, dans ces conditions, pour le Bitcoin.

Ce qui est dénommé aujourd’hui « Bitcoin », marque juridique d’un intermédiaire récent, nouveau, des échanges, n’est qu’un nouveau stade du processus d’amoindrissement du coût des actes d’échange.
Il semble ouvrir le passage de l’ère analogique à l’ère numérique de ce qui avait été dénommé jusqu’alors « monnaie » et est devenu ce qui est dénommé « cybermonnaie » ou « cryptomonnaie » …


Les lignes qui suivent se proposent de faire intervenir tous ces coûts en harmonie avec la « loi de l’économie », alternative aux "marchés", pour expliquer le Bitcoin.

Elles font apparaître que l’être humain, axiome de base de la théorie de l’ « économie politique autrichienne », insatisfait de sa situation économique, y voit un coût, à savoir le « coût de la situation », étant donné le propos suivant qu’a écrit explicitement James Buchanan en 1969 :

… "Le coût ne peut pas être mesuré par quelqu'un d'autre que le décideur car il n'y a aucun moyen que l'expérience subjective puisse être directement observée".

"Cost cannot be measured by someone other than the decision-maker because there is no way that subjective experience can be directly observed" (Buchanan, 1969, p.42).


Buchanan rejoignait ainsi le propos de Carl Menger (1871), à savoir :

« La valeur n'est rien d'inhérent aux biens […] [n'est] pas une propriété de ceux-ci, ni une chose indépendante existant en elle-même.

C'est un jugement que les individus économiques font de l'importance des biens […] la valeur n'existe pas en dehors de la conscience des individus ». » (Menger, 1871, pp.120-1).

Il faut être David Ricardo et ses disciples pour confondre "quantité" et "coût" et dénommer "coûts" des "quantités" (cf. L. Baudin, 1947).

Et n’oublions pas ce que Mises a écrit à propos du « prix en monnaie » de n’importe quoi :

… « Les prix ne sont pas mesurés en monnaie, ils consistent dans de la monnaie. » (Mises, 1953, p.664).

Si les "prix en monnaie » des marchandises et quantités de marchandises dont nous convenons vont certes de pair, les échanges convenus ne doivent pas faire oublier les coûts.

Ensuite, le présent texte fait valoir que l’être humain cherche à amoindrir le coût qu’il lui donne par l’acte d’échange qu’il choisit de mener, à savoir le « coût de l’acte d’échange ».

Enfin, il montre qu’y contribuent tant l’intermédiaire des échanges qu’est l’invention qu’on a dénommée « monnaie » hier que le coût de production de celle-ci et tout ce qui s'y rattache (en particulier, les réglementations..., les normes comme on dit aujourd'hui) que l’être humain supporte, à savoir le « coût de la monnaie ».


Dans une première section, les lignes qui suivent évoquent des postulats à dénoncer en relation avec l’échange ou le commerce de marchandises et "ce qu’on dénomme « monnaie »" (initiales : C.Q.D.M.).

Dans une seconde, elles schématisent l’explication du Bitcoin qu’on a pu observer à partir des notions de "coût" et d’"amoindrissement du coût".


4. Des postulats du commerce à dénoncer.

a. Ludwig von Mises.

Ludwig von Mises (1881-1973) a eu l’occasion, dans un journal scientifique, en 1917-1918, il y a donc précisément un siècle, d’insister sur l’importance de lier la monnaie aux actes d’échange de chaque être humain – qu’il a dénommés « catallaxie » -, si on voulait comprendre ce qu’était ce qu’on dénommait alors « monnaie ».

Mises a insisté de nouveau sur le texte intitulé « On the Classification of Monetary Theories », en particulier en 1953, en annexe de la réédition anglaise de son livre de 1912 intitulé Theory of Money and Credit.

Il a distingué, à cette occasion,
- d'un côté, la doctrine catallactique de la monnaie où celle-ci procède explicitement de l'échange et,
- de l'autre, les doctrines « a catallactiques » dont la monnaie ne procède pas, mais principalement des hommes de l'Etat.

Et il y a mis en pièces les « a catallactiques » en insistant sur les catallactiques en ces termes:

… « Les théories catallactiques de la monnaie […] s’accordent à la théorie des taux d'échange.

Elles recherchent ce qui est essentiel dans la monnaie lors de la négociation des échanges, elles expliquent sa valeur par les lois de l'échange.

Il devrait être possible
- pour toute théorie générale de la valeur, de fournir aussi une théorie de la valeur de la monnaie, et
- pour toute théorie de la valeur de la monnaie, d’être incluse dans une théorie générale de la valeur.

Le fait qu'une théorie générale de la valeur ou une théorie de la valeur de la monnaie remplisse ces conditions n'est en aucun cas une preuve de sa justesse.
Mais aucune théorie ne peut s'avérer satisfaisante si elle ne remplit pas ces conditions.

Il peut sembler étrange que des vues a catallactiques sur la monnaie ne fussent pas complètement supprimées par la croissance de la doctrine catallactique.

Il y a plusieurs raisons à cela.
Il n'est pas possible de maîtriser les problèmes de l'économie théorique, sauf si les questions de la détermination des prix (prix des matières premières, salaires, loyers , intérêts, etc. ) sont d'abord traitées dans l'hypothèse d'un échange direct, l'échange indirect étant laissé temporairement de côté.

Cette nécessité donne lieu à une division de la théorie de la catallaxie en deux parties
- la doctrine de l'échange direct et
- celle de l’échange indirect.

Désormais aussi abondants et difficiles que soient les problèmes de la théorie pure, a été très bien accueillie la possibilité de mettre une partie d'entre eux de côté, au moins pour le moment.

Ainsi elle a fait que la plupart des récents chercheurs ont consacré
- soit aucune attention
- soit très peu à la théorie de l'échange indirect ;
de toutes les façons, elle a été la partie la plus négligée de notre science.

Les conséquences de cette omission ont été des plus malheureuses.
Elles ont été exprimées
- non seulement dans le domaine de la théorie de l'échange indirect, de la théorie de la monnaie et de la banque,
- mais aussi dans le domaine de la théorie de l'échange direct.

Il y a des problèmes de théorie dont la pleine compréhension ne peut être atteinte qu'à l'aide de la théorie de l'échange indirect.

Trouver une solution à ces problèmes, parmi quoi, par exemple, il y a le problème des crises, sans instruments autres que ceux de la théorie de l'échange direct, conduit inévitablement à s'égarer. » (Mises, http://www.econlib.org/library/Mises/msTApp.html.)

Rappelons, comme l’a souligné K. Boulding quelques années plus tard, que :

… « Another difficulty is that only things which are clearly capable of being appropriated are subject to being exchanged and if a thing cannot be property, it obviously cannot be a commodity (Boulding, 1966, p.23)

Que « la marchandise cache nécessairement la propriété » est en général oublié ou méconnu d’une majorité d’économistes "non autrichiens"…


A la distinction misesienne, il me semble nécessaire de juxtaposer une autre distinction entre « échange synallagmatique » et « échange dépersonnalisé » ( échange dépersonnalisé selon l'expression de Douglas North pour désigner l'échange de marché organisé en pratique ou par le théoricien – Léon Walras – toujours de type "Marshall", canalisés par les concepts d'offre et de demande de marché).

La distinction vise à remettre «au centre du jeu économique », explicitement, les règles de droit et, en conséquence, leurs effets sur les actes humains trop souvent mis à l'écart .
En d'autres termes, elle a pour double but
- non seulement d'insister sur les règles de droit qui président à l’action d'échange de marchandises de vous et moi ;
- mais aussi de prendre en considération leurs effets sur la (quantité de) monnaie qu'en général on passe sous silence.

Sans échange « besogné » ou désiré de marchandises, pas besoin ou désir de monnaie.

Avec échanges besognés ou désirés de marchandises et sans monnaie, il y a des échanges de marchandises de type "troc" (échange bilatéral ou synallagmatique…) et des coûts moindres comparés à ceux de l’inexistence.

Avec échanges besognés ou désirés de marchandises et avec monnaie, il y a des échanges de marchandises de type "dépersonnalisé" (échange catallactique …) qui accroissent les échanges conclus par rapport à ce qu’ils seraient sans monnaie, et amoindrissent les coûts .

b. Le concept de « coût de l'échange ».

Comme tout acte humain, l'acte d'échange de propriétés, de choses en propriété a un coût d'opportunité qui n'est rien d'autre que la valeur que lui donne la personne, à savoir le revenu d'un autre acte qu’il abandonne et qu’il aurait pu mener à la place de l'acte d'échange, avec les mêmes ressources (cf. ci-dessus Buchanan, 1969, p.42).

Ce coût d'opportunité de l'acte d'échange qu'on dénommera « coût de l'échange » n'est pas évoqué, à ma connaissance, par Mises.

De l'acte d'échange/commerce devrait se déduire « naturellement » le concept de « coût de l’échange » de vous et moi, celui de diminution de ce coût et celui de coût « résiduel ».
Reste que le « coût de l'échange » n'est pas à confondre avec la notion de "coût de transaction" .

Il est d'ailleurs dénommé faussement, en français, "coût de transaction", anglicisme notoire, par certains économistes comme si la transaction n'était pas un moment de tout échange, celui du débat par les parties, celui où les participants cherchent à s'entendre, à convenir d'un accord (cf. Bastiat, 1850, l'échange), sauf bien sûr quand les prix sont supposés imposés par les hommes de l'état ou ce qui est dénommé "concurrence", en vigueur.

c. Amoindrissement du coût de l’échange.

La notion d’amoindrissement du coût de l'échange des valeurs a été discernée par Frédéric Bastiat en 1850 quand il affirmait que :

"... c'est dans l'amoindrissement successif de la valeur que le progrès de l'humanité consiste." (cf. ce texte de mai 2015 ou celui-ci).

Mais il ne s’y est pas appesanti.

La valeur à quoi il faisait allusion recouvrait en vérité, tacitement, le coût de l'échange.
Son amoindrissement témoignait implicitement de la réalité de la "loi de l'économie" (cf. ce texte).

d. Loi de l'économie.

En effet, l’amoindrissement du coût de l'échange des valeurs illustre, à sa façon, la méthode fondamentale de la science économique d’hier, dénommée « loi de l'économie »
La loi de l'économie, c'est
- « faire autant avec toujours moins » (à ne pas confondre avec l’hypothèse de rationalité…),
- « des dépenses en moins pour un même revenu attendu » ou
- « pas trop de dépenses »... (cf. ce texte, celui-ci de juin 2015 ou celui-ci de juillet 2015).

Mais, malgré ce qui est cru, importent aux économistes "autrichiens"
- non pas les quantités de choses, leur rareté (notion subjective, en général, non définie) et ce qu'on peut faire avec les techniques, juridiques ou autres, de quantités,
- mais les coûts et les profits des actes que l’être humain a choisis de mener et comment la loi de l'économie se réalise.

Et cette loi de l'économie est totalement ignorée, au moins aujourd'hui, par un grand nombre de gens, à commencer par les économistes qui semblent se réfugier derrière des théorèmes mathématiques ou le scientisme.

Il faut le regretter car la « loi de l’économie » a été d'abord un principe philosophique et non pas une considération de physicien ou de mathématicien.


On sait les succès qu'ont obtenus, en particulier, les physiciens en appliquant cette loi de l’économie à "la Nature" et leur échec ... à l'expliquer aujourd'hui encore (cf. Omnès, 1994).

Son application a permis aux physiciens du XVIIIème siècle de découvrir ce qui allait devenir la "mécanique classique".

Ils partaient du principe que "la Nature" menait toutes ses actions au moindre temps, au moindre effort ou à la moindre action.

Et, aujourd’hui, les propos un peu rapides de certains, économistes ou non, ne parlent plus d’"économie", mais de "mécanique" et d'"équilibre" ou de « l’état » !
Le serpent se mord la queue...

La "loi de l'économie" intrigue aussi les physiciens de la "mécanique quantique" qui l'y découvraient ces dernières décennies.

. Loi de l'économie et inventions ou innovations.
Reste que l'invention ou l'innovation situe nécessairement ex post.

Ce n'est qu'après coup qu'on peut dire qu'il y a eu invention ou innovation.

Selon toute vraisemblance, l’être humain a toujours cherché à diminuer le « coût de l'échange ».

Et les faits historiques montrent qu'il y est parvenu par son action, de différentes façons.

Ont contribué à l’amoindrissement du coût de l'échange des choses trois grands processus : la monnaie, la finance et l'organisation des marchés par les gens.

Je mets l’accent ci-dessous uniquement sur C.Q.D.M..

e. Définition de la monnaie.

Les concepts de « coût d'opportunité de l'acte d'échange » - qui sera désormais exprimé en abrégé en « coût de l'échange » -, d’« amoindrissement du coût de l'échange » et de coût de l'échange « résiduel » permettent de définir, sans équivoque, C.Q.D.M.
Ils se déduisent logiquement l'un de l'autre au terme de la loi de l’économie et surtout de leur point de départ, à savoir les règles de droit naturel et l'acte d’échange de qui que ce soit qui en résulte indirectement.

. L'intermédiaire des échanges de valeurs.
Dans le passé, les gens ont ainsi inventé progressivement ce qu'est devenu C.Q.D.M., mot donné à l'intermédiaire par excellence des échanges (cf. Say et ce billet d'octobre 2016).

J.B. Say avait bien vu dans le livre intitulé Catéchisme de l'économie politique (1815), c'est-à-dire bien avant les absurdités que nous vivons, que:

… "[...] La monnaie n’est pas le but, mais seulement l’intermédiaire des échanges."(Say, 1815, p.49)


étant entendu que :


"[...] les ventes et les achats ne sont, dans la réalité, que des échanges de produits.

On échange le produit que l’on vend et dont on n’a pas besoin, contre le produit qu’on achète et dont on veut faire usage.[...] » (ibid.)


De façon très judicieuse, Say a donc expliqué que les gens offraient des produits pour pouvoir, ensuite, en demander d'autres.
Peu importair la "monnaie-or" ou "-argent" d'hier à quoi certains économistes font référence dans le meilleur des cas... aujourd’hui.
Surtout, il n'inversait pas la causalité contrairement à ce que feront les "marxistes" qui voudront qu'on demandât pour pouvoir offrir !

. Remarque 1: valeur ou produit.

Plutôt que de « produit », et avec Say, on peut parler de « valeur » en général :


« Quand on les considère sous le rapport de la possibilité qu’elle confère à leur possesseur d’acquérir d’autres choses en échange, on les appelle des valeurs ;
quand on les considère sous le rapport de la quantité de besoins qu’elles peuvent satisfaire, on les appelle des produits » (Say, 1815, p.14)

En vérité, par "valeur", Say entendait toute richesse, autant les objets que les services (produits immatériels), autant les matières que les non matières, autant les produits que les facteurs de production, autant les échanges que les intermédiaires des échanges, autant les quantités que les utilités, autant les taux d’échange convenus que les prix … autant les profits que les coûts.
Les gens étaient prêts, individuellement, à abandonner des valeurs en propriété pour pouvoir, ensuite, acquérir, celles qu'ils préféraient.

. Remarque 2: les statisticiens.

Cela a conduit les statisticiens à être bien ennuyés pour « mesurer » les valeurs en question.

Le problème de la mesure de la valeur a été simple à résoudre quand les valeurs n'étaient que des « objets matériels ».
Il suffisait de faire appel aux "poids et mesures" de la science physique et d’identifier les valeurs aux quantités et unités de quantité, aux prix ou quantités unitaires convenus.
Il suffisait, en particulier, d’identifier coût et quantité consommée ou perdue.
Le problème est devenu plus compliqué dans le cas où était en question une valeur de type « service », à commencer par le travail d’un être humain.
Exemplaire est leur démarche qui a consisté à mesurer la chose "travail" (service ou facteur de production) par la "durée" comme si la durée n’était pas une notion a priori étrangère à l'économie politique.

. Remarque 3: une identité.

Etant donnés les concepts de coûts introduits, la définition de la monnaie tient dans la « vérité analytique » suivante :

A été « monnaie » ce qui a contribué à amoindrir le coût d'opportunité de l'acte d'échange d'une (quantité de) chose en propriété présent(e) contre un(e) autre.

La proposition de la contribution de la monnaie à l’amoindrissement du coût de l'échange est un exemple de la loi de l'identité de la monnaie, elle est une tautologie.

Contredire la proposition en privilégiant, directement ou non, on ne sait quoi, des fonctions ou un point de vue comptable par exemple, en définissant ainsi autrement la monnaie, implique une contradiction (cf. Branden, 1962, Peikoff, 1967).

. Remarque 4: des regrets.

… « Comment la monnaie sert-elle dans les échanges ?

Elle sert en ceci, que lorsque vous voulez changer le produit qui vous est inutile, contre un autre que vous voulez consommer, il vous est commode, et le plus souvent indispensable de commencer par changer votre produit superflu en cet autre produit appelé monnaie,
afin de changer ensuite la monnaie contre la chose qui vous est nécessaire. (Say, 1815, pp.49-55)

Comme si ce qu’il avait expliqué antérieurement en faisant référence à l'intermédiaire des échanges, ne suffisait pas…
En vérité, l'expression de Say a été aussi doublement imprécise.
Elle doit être complétée par:
- d'une part, la notion de « récurrence » et
- d'autre part, celle de « séquence » ou de « suite » de l'offre de valeur par la personne juridique physique, vous et moi, puis de sa demande, comme il y a insisté.

Pour avoir été cernée et pérennisée, la « valeur » qui est devenue "ce qu'on dénomme abusivement 'monnaie' aujourd'hui" (initiales : C.Q.D.A.M.A.) a été nécessairement récurrente.
Si elle ne l'avait pas été, jamais elle n'aurait reçu progressivement d’audience et le nom générique de "monnaie".

C.Q.D.A.M.A. ne saurait être envisagé indépendamment de ce dont procèdait C.Q.D.M., à savoir les règles de droit et l'ensemble des actes d'échange de choses en propriété des gens qui s’en déduisait.

Pour cette raison,  la monnaie devrait être analysée en tant que telle, bien avant toute étude des relations de sa quantité avec d'autres concepts économiques tels que, par exemple, l'offre, la demande, le niveau des prix, etc.

Tout cela ne doit pas cacher un long processus d'amoindrissement des coûts de l'échange des choses entre les gens dont ceux-ci ont bénéficié et qui utilisaient les formes de C.Q.D.M. au fur et à mesure qu'elles éclosaient.

Les concepts de coût de la situation et de coût de l’échange permettent de définir C.Q.D.M. sans équivoque, comme ce qui a contribué à amoindrir le coût de l’échange, mais pas à zéro : il y a un coût de l’échange « résiduel ».

f. L'attrape keynésienne....

De tout cela, aujourd’hui, le « mainstream » économiste, à savoir les macro économistes (néo-keynésiens ou néo-monétaristes) depuis la seconde moitié du XXème siècle n'ont que faire, même
- si certains d'entre eux font l'hypothèse, "en passant...", que le coût de production de CQDM est nul et
- s'ils n'en tirent pas de conséquence.

Ils s'en moquent car, selon eux, la demande de monnaie, notion apparue en économie politique au XXème siècle, dépend,
- non pas des actes d'échange de choses des gens et de leur aboutissement,
- mais des « épargnes » - des "revenus" – des gens et des "taux d'intérêt" qu’ils leur accolent, les uns et les autres laissant croire qu'ils ne sont pas résultats des actions humaines (ce n’est pas une façon de parler…).

i.«résultat de l’acte d’épargne » et « acte d’échange »
Malheur à J.M. Keynes qui a contribué au développement de la prééminence du « résultat de l’épargne » sur celui de l’acte d’échange, en particulier, dans son ouvrage de 1936 intitulé
La théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie, fondement des socialismes des banques centrales (cf. Keynes, 1936, chap. XV), devenu la seule considérée par les économistes du « mainstream » (y compris par les monétaristes).

Acte d’épargne et acte d’échange font pourtant deux.

A fortiori, « résultat de l’acte d’épargne » et « acte d’échange » font deux.

 

ii. Liquidité et monnaie

Malheur à lui d’avoir  introduit le faux concept de " liquidité" en complément de la « monnaie » plutôt que de parler de « prêt/emprunt » ou de « devise » pour la dénommer.

La liquidité, en définitive non définie, a peu de chose en commun avec C.Q.D.M. (cf. par exemple Hutt, 1956) quand elle ne devient pas un labyrinthe (cf. Hicks, 1962).

Liquidité (prêt/emprunt, devise) et monnaie font deux.

Le résultat de l’acte d’épargne n’est pas nécessaire à la liquidité tandis que l’est impérativement l’acte d’échange/commerce de valeurs à l’intermédiaire des échanges qu’est C.Q.D.M. étant donné des économies de coûts …

 

iii. préférence pour la liquidité et demande de monnaie.

Malheur à lui d’avoir  introduit le faux concept de "préférence pour la liquidité", troisième composante de la demande de monnaie à concurrence de sa prétendue relation entre la préférence collective avec "le" taux d'intérêt", qui est devenue, aujourd’hui, la « demande de monnaie » à soi seule.

Pourtant, préférence pour la liquidité et demande de monnaie font deux.

 

La préférence pour la liquidité, tacitement collective, ne saurait dominer, en théorie économique, la demande de monnaie, qui fait intervenir des  quantités de monnaie d’une population de gens différents…

 

iv. Monnaie et taux d’intérêt
Qu'à cela ne tienne, il ne faudrait pas oublier non plus que relativement à la notion de taux de l'intérêt, Keynes jugeait aussi que :

… " ... l'Ecole classique a adopté deux théories du taux de l'intérêt foncièrement distinctes,
- l'une dans le volume 1, la théorie de la valeur, et
- l'autre dans le volume 2, la théorie de la monnaie." (Keynes, 1936, p.197)

Et de poursuivre quelques pages plus loin:


"Tant que les économistes s'occupent de ce qu'on appelle la théorie de la valeur, ils ont coutume d'enseigner que les prix sont régis par les conditions de l'offre et de la demande [...]

Mais lorsque, le plus souvent dans un ouvrage séparé, ces économistes abordent la théorie de la monnaie et des prix, on n'entend plus parler de ces notions simples sans doute, mais faciles à comprendre." (ibid. p.308)

Il apparaît ainsi qu'en plus d'être muet sur la science du droit naturel et ce qu’elle implique, et fort de sa conception de la théorie de la valeur et de celle de C.Q.D.M. qu'il a juxtaposées, Keynes a été muet sur la praxéologie, domaine essentiel de l'économie politique, et est resté coincé, si on puit dire, dans les valeurs résultats des choix d’actions des êtres humains.


5. L'invention présente.

Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que des économistes ne puissent pas se préoccuper de l'apparition et l’existence du Bitcoin dans la réalité, et de son évolution fulgurante.

Pour s'en préoccuper, il faudrait qu'ils oublient les notions
- de « valeur d’usage », de « valeur d’échange », de « valeur subjective » ou de « valeur objective », de "valeur intrinsèque", … ou
- de "vendabilité" (Menger 1892), de "pouvoir d'achat" (Fisher, 1911) ou d'échangeabilité (cf. ce billet d'octobre 2014).

Ainsi, au-delà de l’intermédiaire « analogique » des échanges et du coût de celui-ci d’hier, la démarche de l’être humain a fait émerger à la fois un intermédiaire « numérique » des échanges, ses éléments dénommés « bitcoin » et « blockchain » et les coûts que leur ont donnés les gens.

a. Remarque préliminaire 1: la "fonction de moyen d'échange".

Même Mises n'a pas échappé aux notions approximatives en faisant référence à la « fonction de moyen d'échange » de la monnaie.
C’est même par cela que commence son livre intitulé Theory of Money and Credit(1912).

A la différence de la plupart des autres économistes qui attribuaient trois fonctions à ce qu'ils dénommaient « monnaie », Mises n'en admettait qu'une, la « fonction de moyen d'échange », et il montrait que s'en déduisaient les deux autres de la façon suivante:

… Chapter 1—the functions of money
1. The General Economic Conditions for the Use of Money (p. 29)
2. The Origin of Money (p. 30)
3. The "Secondary" Functions of Money (p. 34)


Plutôt que la « fonction de moyen d'échange », Mises faisait référence à l'occasion au "pouvoir d'achat" de la monnaie (notion très critiquée par Vilfredo Pareto 1896-7) 
Je suis en désaccord avec lui sur ce point.
Qu'il montre que les deux autres fonctions citées habituellement se déduisaient logiquement ne l'innocente pas...

La référence à la fonction de moyen d'échange de la monnaie ou à celle de pouvoir d'achat me semble inappropriée car elle tient de la rhétorique
Et force est de reconnaître qu’en définitive, cela a pour cause un manque de concept.

Si Mises avait procédé à la déduction de la notion de « coût de l'échange » dans ses développements, il n'aurait pas eu besoin vraisemblablement de faire référence à la « fonction de moyen d'échange » de la monnaie qui tient de la rhétorique et n'est pas un concept.

L'approche est diamétralement opposée à celle qui procède de l’action humaine en général, de la praxéologie, et de l’action d’échange, en particulier, et que suivait Mises.

Forts de ses autres concepts pertinents, je m’étonne que Mises se soit laissé enrubanné.

Le point de vue et les définitions à quoi donne lieu la considération de toutes ces notions sur la monnaie ont été vraisemblablement la porte ouverte à ce qui s'est produit au XXème siècle, à savoir davantage de réglementations, l'étatisation du » marché de la monnaie », la « guerre » des monnaies réglementées ou, si on préfère, la course poursuite innovation-réglementation de la monnaie qu'on connaît aujourd'hui, en effet :

… "Rien de plus dangereux qu'une idée générale dans des cerveaux étroits et vides ;
comme ils sont vides, elle n'y rencontre aucun savoir qui lui fasse obstacle, comme ils sont étroits, elle ne tarde pas à les occuper tout entiers " (Taine, 1875)

Pour se préoccuper du Bitcoin, il faudrait que les économistes revinssent
- non seulement à l'idée de la recherche par les gens en matière d'amoindrissement du coût d'opportunité des actes d'échange et du coût de production de ce qu’est la « monnaie réglementée » aujourd’hui,
- mais aussi à la relation essentielle qui veut que le coût de production de la monnaie affecte le coût d'opportunité des actes d'échange.
On ne peut qu'admettre que le coût de l'échange des choses ait été amoindri, au départ, par l'invention, puis des innovations de la monnaie réglementée et donc de son coût.

b. Remarque préliminaire 2: invention ou innovations sont toujours inconnues ex ante.

L'invention ou l'innovation qu'a été ce qu'on a dénommé "monnaie" a été lente...
Ce fut un processus qui a perduré jusqu'à aujourd'hui au moins, au prix d'une course poursuite entre intermédiaire des échanges innovant et réglementations des hommes de l'état.
A ce jour, on ne connaît pas ses inventeurs...
Et, dès à présent, on reconnaît qu'on ne sait pas non plus l'inventeur du "Bitcoin" (cf. ci-dessous) ...

On ne peut aussi qu'admettre que la dernière étape actuelle du processus a donné lieu à la fois
- à un amoindrissement du coût de C.Q.D.A.M.A. et
- à un amoindrissement du coût de l'échange,
le premier coût restant inférieur ou égal au second coût.

Et il y a fort à parier que si, dans l'état où il se trouve, le coût de C.Q.D.A.M.A. venait à lui être supérieur, celle-ci disparaîtrait au moins sous cette dernière forme (cf. ce texte de juillet 2016).

Mais la relation ne saurait être expliquée rationnellement car, comme on l’a écrit ci-dessus, elle repose sur l'invention
- par les gens, par leur action de recherche dans l’ignorance limitée où ils se trouvent et
- non pas, comme il l’est prétendu, par les hommes de l'état, incapables de le faire.

Autre raison, le phénomène échappe à l'économie politique comme à toute autre science.

c. « Bitcoin » et « blockchain ».

Il convient de distinguer le « bitcoin » et la « blockchain ».

Autant "bit" est le mot d'une notion ancienne de la théorie de l'information du XXème siècle - c’est l’unité d’information -, autant "bitcoin" et "blockchain" sont récents et certains savants ou commentateurs les font émerger en 2009.
Depuis cette date, "bitcoin" et "blockchain" ont permis d'approfondir ce qu'on dénommait auparavant la "monnaie électronique" (cf. ce billet de juillet 2017).

. "Bitcoin".

Le "bitcoin" a pour traduction en français, "jeton numérique", "pièce numérique", "pièce d’intermédiaire des échanges" d'une unité comparable à une pièce de monnaie analogique d'une unité, fût-elle dénommée napoléon, franc, dollar, livre, etc.; euro... voire « valeur intrinsèque »…

Le bitcoin est à distinguer du Bitcoin, crypto-monnaie marque de celle-ci.

A la différence du Bitcoin, le bitcoin est totalement dépourvu de cadre juridique, il n'a pas en particulier de « cours légal », sa « valeur » n'est régulée par aucune banque centrale.

Le bitcoin s'échange sur des « plateformes en ligne » d’ordinateurs, de personne à personne, de « pair à pair », contre des marchandises, voire d'autres « devises monétaires (euro, dollar, yen...) », en-dehors des réseaux bancaires traditionnels, et donc de façon totalement « décentralisée ».

A cette façon près de s’exprimer, son centre est partout et sa circonférence nulle part … (Blaise Pascal, XII.djvu/399).

Le Bitcoin a permis de résoudre la question de la contrefaçon de la monnaie contre quoi les hommes de l'état ont toujours prétendu protéger dans le passé.

. "Blockchain"

Comme toute crypto-monnaie, le Bitcoin a été créé à partir de la "blockchain".

La "blockchain" est un mot anglais qu'on peut traduire en français par "chaîne des marchés conclus passés" (initiales : C.M.C.P.) ou « historique des blocs de données d’échanges » ou encore, tout simplement, « registre » ou « grand livre »…

Le mot désigne, en fait, une technique de production spécifique qui "enregistre" tous les échanges de marchandises passés et convenus en bitcoin, en "pièces numériques"; depuis qu’existe l’unité.

La C.M.C.P. est ainsi un vaste registre de marchandises que tout un chacun peut connaître, mais qui préserve l’anonymat des opérateurs de bitcoin et qui « s'auto-protège » contre les attaques (dont la contrefaçon… d’où qu’elle puisse venir) par des caractéristiques.

C’est une technique informatique de stockage et de transmission de données ou d'informations sécurisée et fonctionnant sans organe central de contrôle.

Elle s’apparente à un immense registre public et anonyme qui regroupe tous les échanges effectués par des utilisateurs et qui grandit avec le temps…

Sa spécificité est d’être un registre crypté qui nécessite une certaine quantité de puissance informatique – d’énergie - pour permettre aux gens d’y inscrire et de valider les échanges entre opérateurs (voir ci-après, « minage de Bitcoin »  https://hackernoon.com/dummies-guide-to-bitcoin-energy-use-5f38e91c3253).

Une autre particularité de la C.M.C.P. est d’être découpée en une suite de « blocs », où la dernière partie de chacun (à savoir la signature cryptographique, appelée en anglais « hash ») permet de constituer le bloc suivant, et donc de rendre toute la C.M.C.P. sécurisée et non-modifiable.


Soit dit en passant, tout cela n’est pas sans rappeler le développement des sciences…
Les sciences sont le résultat des recherches aboutis des savants, des recherches non centralisées.
Grande différence, tous les échanges de la C.M.C.P. sont accumulés et validés alors qu’en sciences, une partie seulement d’entre eux le sont.

d. "Cybermonnaies" ou "crypto monnaies".

"Cybermonnaies" ou "crypto monnaies" se déduisent, en effet, sans détours, de l'amoindrissement effectif des coûts précédents en question réalisés par les gens.

Le mot "crypto monnaie" semble être apparu pour caractériser la technique de la "blockchain", la « cybermonnaie » rassemblant la "blockchain" et le "bitcoin", l'unité de la "cybermonnaie" considérée dont le prix est un des résultats de la valeur que leur ont donné les gens ...

Soit dit en passant, il y a près de vingt ans, j’ai écrit un texte intitulé « La monnaie électronique » pour le Séminaire de théorie économique J.B. Say (cf. ce texte de 1999).
Près de dix ans après ce texte, Satoshi Nakamoto a expliqué des éléments de la première cybermonnaie qui allait voir le jour, à savoir le Bitcoin, dans plusieurs textes et, en particulier, celui-ci.
Aujourd’hui, selon la Commission d'enrichissement de la langue française (J.O.R.F. du 23 mai 2017), la monnaie électronique est une « [m]onnaie dont des unités de compte sont stockées sur un support électronique »,

tandis que la cybermonnaie est une

« [m]onnaie dont la création et la gestion reposent sur l'utilisation des techniques de l'informatique et des télécommunications ».

Bref,
« [l]a cybermonnaie ne doit pas être confondue avec la monnaie électronique ».

Reste que « monnaie électronique » et « cybermonnaie » sont des inventions, puis des innovations, techniques des gens qui, en tant que telles, ne sont pas des étapes ultimes d’un processus technique ancien, fût-il dénommé « monnaie ».

Comme l'indique le mot " cryptomonnaie », on change tacitement présentement d'ère monétaire, on abandonne progressivement l'"ère analogique" pour s’embarquer dans l'"ère numérique".

A ce titre, ces notions méritent une analyse économique et non pas de rapiécer ou rafistoler un processus économique passé avec de fausses notions.

e. Création et « minage » des bitcoin.

L'émission ou la création des Bitcoin est issue, à l’origine, de la valeur que les utilisateurs lui donnaient (cf. Buchanan ci-dessus).
C'est une réponse à une question économique

A l’inverse, pour valider un échange en Bitcoin entre utilisateurs et l’inscrire définitivement dans la C.M.C.P., un algorithme cryptographique a été programmé pour un certain niveau de difficulté et pour demander une certaine quantité de puissance informatique – en énergie -.
C'est une réponse à une question des sciences physiques.

Le Bitcoin a une limitation prévue par l’algorithme et fixée à un volume maximal de 21 millions d’unités.
C'est une réponse à une question mathématique.

f. Contrefaçon.

Les utilisateurs qui mettent à disposition leur ordinateur pour créer une signature cryptée, infalsifiable, sécurisée, sur un « bloc d’échanges», bref les « créateurs », sont appelés des « mineurs » de Bitcoin.

En échange de ce service qu'ils rendent et qui n’est jamais qu’un service passé à crypter les échanges de marchandises, l'organisation du Bitcoin les récompense en leur donnant une quantité de Bitcoin.

Pour créer ou « miner » des Bitcoin régulièrement, et donc valider les échanges de Bitcoin entre utilisateurs, il est impératif qu’un grand nombre de mineurs calculent la signature cryptographique de la C.M.C.P. à tout moment.

De par la difficulté croissante de l’algorithme cryptographique de la C.M.C.P. et sa taille, les Bitcoin se voient créés à un rythme décroissant…

Ainsi le Bitcoin a eu un coût de production en forte augmentation en 2016-17 (cf. graphique 1).

                                      Graphique 1

                    Coût du « bitcoin » échangé 2016-17

Source : Blockchain.info https://www.bloomberg.com/gadfly/articles/2017-12-01/bitcoin-is-hot-until-you-actually-try-to-spend-some

g. Technique du registre.

Il peut sembler étrange qu'un registre qui n’est jamais qu’un document sans relief et pratique, associé aux règles de la comptabilité générale, soit décrit comme une technique, que dis-je, comme une technologie révolutionnaire.

Force est de reconnaître que les registres sont partout aujourd'hui. Ils font plus que simplement enregistrer les échanges comptables de choses.

. Le registre.
Un registre se compose simplement de données structurées par des règles.
Chaque fois que nous avons besoin d'un consensus sur des faits ou des phénomènes, nous utilisons un registre.

Les registres enregistrent les faits qui sous-tendent l'économie moderne.

. Le droit de propriété.
Ils confirment la propriété.

Les registres des titres de propriété indiquent à « qui » appartient « quoi » et si les propriétés sont sujettes à des restrictions ou à des charges.

L'entreprise est un registre en tant que réseau de relations de propriété, d'emploi et de production visant un but. Un club est un registre qui structure "qui" en profite et "qui" n'en profite pas Les registres confirment l'identité.

Les entreprises ont des identités enregistrées sur des registres du gouvernement pour suivre leur existence et leur statut en vertu des lois fiscales.

Le registre des naissances, des décès et des mariages enregistre l'existence d'individus à des moments clés et utilise cette information pour confirmer les identités lorsque ces individus interagissent avec le monde.

Il convient ici de faire une distinction cruciale ici mais facile à manquer entre propriété et possession, celles-ci font deux. Les registres confirment le statut.

La citoyenneté est un registre, enregistrant qui a les droits et est soumis à des obligations en raison de l'adhésion nationale.

La liste électorale est un registre, permettant, voire obligeant ceux qui sont sur le registre à voter.

L'emploi n'est jamais qu'un registre donnant à ceux qui sont employés une demande contractuelle de paiement en échange d'un travail.

Les registres confirment l'autorité.

Les registres identifient "qui" peut valablement siéger au parlement, "qui" peut accéder à tel compte bancaire, "qui" peut travailler avec les enfants, "qui" peuvent entrer dans des zones réglementées.

À leur niveau le plus fondamental, les registres dressent la carte des relations économiques et sociales.

L'accord sur les faits et quand ils changent - c'est-à-dire, le consensus sur ce qui est dans le registre, et la confiance que le registre est exact - est l'une des bases fondamentales de l'économie de marché actuelle, de l’harmonie économique.

. Base de données.

La technique du registre ne doit pas cacher la base de données qui permet une distribution, un calcul, une analyse et un suivi plus compliqués.

La base est calculable et consultable. Mais une base de données repose toujours sur la confiance; un registre numérisé est seulement aussi fiable que l'organisation qui le maintient (et les individus qu'elle emploie).

C'est ce problème que la CMCP résout.

. L'échange pair à pair.
La CMCP est un registre qui cache des échanges de choses "pair à pair" qui ne sont pas sans rappeler les échanges de type "synallagmatique"...

Le registre est distribué sans dépendre d'une "autorité centrale humaine de confiance" pour le maintenir et le valider.

h. La monnaie avait pour principe un registre ignoré.

Comme le Bitcoin l'a fait apparaître: l’intermédiaire numérique des échanges a pour principe un registre, un grand livre.

Et cela ne doit pas cacher que la monnaie a été hier un vaste registre ignoré, très approximatif.

Le registre qu’est la C.M.C.P. complète la chaîne des actions humaines qui veut que, depuis au moins Say, des économistes aient compris
- qu’on offre des marchandises pour pouvoir en demander… et
- non pas le contraire comme l’assènent néanmoins, malgré tout, d’autres économistes et les conseils qu’ils donnent aux politiques, de façon absurde.

Cette seconde chaîne de la CMCP est pourtant préalable à la première.

Elle cache des coûts de production techniques :
- coût de l’acte d’échange de choses qui vise à l’amoindrissement du coût de la situation et
- coût des intermédiaires des échanges de choses (au nombre de quoi des entrepreneurs, des entremetteurs, « la » monnaie, etc.) qui vise à l’amoindrissement du coût de l’acte d’échange.

Alors que la chaîne des actions humaines est "ouverte", la C.M.C.P. est "fermée".
Et si la C.M.C.P. importe, c'est parce que les registres importent.

Hier, au XIXe siècle, la possession d'une coupure de billet de banque qu’était la monnaie analogique indiquait le droit de propriété.
Le possesseur - «porteur» - d'une coupure avait le droit de tirer sur la banque émettrice la valeur économique du billet, de l’or ou de l’argent.
Les coupures de billets étaient des engagements directs de la banque émettrice et enregistrés dans le "grand livre" des banques.

Un registre de possession indiquant la propriété signifiait aussi que les billets de banque étaient susceptibles d'être à la fois volés, contrefaites et falsifiés.

A notre époque des fausses "monnaies fiduciaires", une coupure de billet de cinq euro ne peut pas être retournée à la banque centrale pour de l'or.

Mais la relation persiste.
La valeur d'un billet dépend tacitement d'un « consensus social » sur la stabilité de la monnaie et sur qui l'a émis.
Les billets de banque ne sont pas des richesses, comme l'ont appris dans le passé beaucoup de gens.
Un billet n'est qu'une inscription sur une ligne du registre (désormais synthétique) et si cette relation s'effondre, la valeur du billet s'effondre également.


6. Conclusion : un dernier mot (provisoire).

Tout ce qui tourne autour de la monnaie aujourd'hui devrait donc s'articuler sur le coût des situations économiques des gens, le coût des actes d'échange et le coût de l’intermédiaire des échanges qui leur sied.

Au point où elle se trouve aujourd’hui, la "cybermonnaie" n'est jamais en définitive que la tentative faites par des gens pour mettre en concurrence

- l'organisation existante des systèmes monétaires centrées sur la technique analogique - dénommée "monnaie", cachant comme valeur, chose animée ou inanimée, pièce de métal, coupure de billet et compte bancaire produite ou émise, et prétendument gérée par les hommes de l'état -,

par

- une technique nouvelle, numérique, - dénommée « cybermonnaie » cachant comme valeurs, "bitcoin" et "CMCP" a priori plus performantes, plus efficaces ou encore moins coûteuse (cf. ce billet de novembre 2017) -.

Jusqu'à présent et depuis longtemps, les hommes de l'état se sont approprié la technique analogique en faisant valoir
- de faux inconvénients de l'intermédiaire des échanges (contrefaçon possible...) et
- de faux remèdes (monopole de production ou d’émission donné à un privilégié et interdiction à chacun de ne pas accepter les produits) (cf. ce billet de novembre 2016).

Les concepteurs de la technique numérique doivent
- admettre les véritables inconvénients de la cybermonnaie (par exemple, de ce type) et
- faire valoir ses remèdes.

Cela leur permettra de s'opposer ainsi, par avance,
- aux faux inconvénients qui ne manqueront pas de survenir ou que les opposants feront valoir et
- aux faux remèdes que ne manqueront pas de développer les hommes du monopole de production obligatoire actuel.

La révolution de la cybermonnaie se trouve dans une économie harmonisée par une plus grande autonomie individuelle.
Les entrepreneurs et les inventeurs/innovateurs résoudront seuls l’ignorance ou l'incertitude qu’elle ne doit pas cacher, comme toujours, à travers un processus d'essais et d'erreurs de vous et moi.

Exemplaire est, le 11 décembre 2017 où un marché de dérivés du Bitcoin s’est tenu pour la première fois et où le Bitcoin a atteint $18500 (cf. graphique ci-dessous).

                                          Graphique

                       Marché d'un dérivé de Bitcoin en dollar.

… Source : https://www.bloomberg.com/news/articles/2017-12-10/bitcoin-futures-trading-opens-bringing-crypto-to-wall-street



Soit dit en passant, je partage la position des Winklevoss Twins selon qui les marchés de dérivés du Bitcoin sont la véritable phase de démarrage su Bitcoin, ... près de dix ans après  (https://www.bloomberg.com/news/articles/2017-12-12/winklevoss-twins-say-futures-are-starting-gun-for-bitcoin).






Retour au sommaire