Paris le 13 octobre 2017






En 1979, Henri Guitton (1904-92) a publié un livre intitulé De l'imperfection en économie où il ne citait pas un texte de Friedrich von Hayek (1899-1992) intitulé "Nature et historique du problème" - publié dans L'économie dirigée en régime collectiviste (1939) au premier chapitre, - quoique certains de ses propos s'en inspirassent ... tacitement.

Nous approchons de 2019, tout ce qu'a écrit Hayek alors, il y a quatre-vingts ans, est d'une actualité brûlante.
On ne peut pas en dire autant du livre de Guitton.


1. La décadence de la science économique.

Rappelons la structure du texte de Hayek :

1. Ignorance du problème 
2. Problèmes économiques et technologiques
3. La décadence de la science économique
4. L'attitude du marxisme.
5. Socialisme et planisme.

6. Les différents types de socialisme.
7. Planisme et capitalisme .
8. Base de la critique moderne.
9. La guerre et ses effets sur le socialisme européen .
10. Mises, Max Weber et Brutzkus

11. Études plus récentes.
12. Buts de notre étude.



Je retiendrai le point 3, "la décadence de la science économique", qui s'approfondit de plus en plus en France aujourd'hui, mais aussi dans le monde.
Je n'en veux pour preuves que les derniers lauréats du prix Nobel et, en particulier, celui de 2017... Richard Thaler.


Qu'a écrit Hayek dans ce paragraphe ?

"3. Décadence de la science économique.

Il y a toutefois d'autres raisons, en dehors de l'évidence croissante de la technique compliquée de la production moderne, qui motivent notre actuelle incapacité à nous rendre compte de l'existence des problèmes économiques.

Il n'en a pas toujours été ainsi.

Durant une période relativement courte du milieu du siècle dernier, le degré auquel le grand public se rendait compte des problèmes écono-miques et les comprenait était certainement plus élevé qu'aujourd'hui.

Mais le système classique de politique économique dont l'extraordinaire influence facilitait cette compréhension était construit sur des bases peu sures et, sur certains points, délibérément fausses ;
sa popularité avait été acquise au prix d'une simplification poussée à un degré tel qu'elle causa sa perte.

Ce n'est que beaucoup plus tard, lorsque son enseignement eut perdu toute influence, que la reconstruction graduelle de la théorie économique montra que les défauts qui existaient dans ses concepts fondamentaux infirmaient son explication du fonctionnement du système économique dans des proportions beaucoup plus faibles qu'on ne l'avait cru tout d'abord.

Mais dans l'intervalle, le mal irréparable avait été fait.

L'écroulement du système classique tendait à discréditer l'idée même de l'analyse théorique, et l'on cherchait à substituer à la compréhension du pourquoi des phénomènes économiques, une simple description de leur apparition.

La compréhension de la nature du problème économique, les résultats de générations d'enseignement étaient donc perdus.

Les économistes qui s'intéressaient encore à l'analyse générale étaient beaucoup trop absorbés par la reconstruction des fondations purement abstraites de la science économique pour exercer une influence visible sur l'opinion en ce qui concerne la politique économique.

Ce fut grandement en raison de cette éclipse temporaire de l'analyse économique que les vrais problèmes rattachés aux suggestions d'une économie planifiée furent l'objet d'un examen si étonnamment superficiel.

Mais cette éclipse n'était elle-même en aucune façon uniquement provoquée par une faiblesse inhérente à l'ancien système et la consé- quente nécessité de sa reconstruction.

Elle n'aurait pas non plus eu le même effet si elle n'avait coïncidé avec la naissance d'un autre mouvement délibérément hostile aux méthodes économiques rationnelles.

La naissance de la soi-disant école économique historique fut à ce moment la cause et de la ruine de la position de la théorie économique et de l'épanouissement d'une école socialiste qui découragea positivement toute spéculation sur le fonctionnement réel de la société dans l'avenir (1).
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(1) J'ai développé de façon quelque peu plus étendue certains des points que je ne puis qu'effleurer ici, dans ma déclaration inaugurale, "On the Trend of Economie Thlnking", Economica, May 1933. ____________________

Car l'essentiel du point de vue de cette école, c'était que les lois éco- nomiques ne pouvaient être établies que par l'application des méthodes des sciences naturelles aux éléments de l'histoire.

Or la nature de ces éléments est telle que toute tentative de ce genre est vouée à dégénérer en un simple compte rendu, en une simple description, et en un scepticisme intégral à l'égard de l'existence de toute loi.

Il n'est pas difficile de voir pourquoi.

Dans toutes les sciences, excepté celles qui s'appliquent aux phénomènes sociaux, tout ce que l'expérience nous montre est le résultat de processus que nous ne pouvons pas directement observer et que notre tâche est de reconstituer.

Toutes nos conclusions sur la natnre de ces processus sont nécessairement hypothétiques, et la seule preuve de la validité de ces hypothèses est qu'elles se révèlent également applicables à l'explication d'autres phénomènes.

Et ce qui nous permet d'arriver par ce procédé d'induction à formuler des lois générales ou des hypothèses concernant le processus de causalité, c'est le fait que la possibilité d'expérimenter, d'observer la répétition des mêmes phénomènes dans des conditions identiques montre l'existence de règles définies dans le phénomène observé.

Dans les sciences sociales, toutefois, la situation est exactement l'inverse.

D'une part, l'expérimentation est impossible : nous ne pouvons donc connaître de règles définies dans le phénomène complexe comme dans les sciences naturelles.

D'autre part, la situation de l'homme à mi-chemin entre les phénomènes naturels et les phénomènes sociaux - dont il est l'effet, en ce qui concerne les premiers, et la cause, en ce qui concerne les seconds- prouve que les faits essentiels de base dont nous avons besoin pour l'explication du phénomène social participent de l'expérience commune et de la matière de nos pensées.

Dans les sciences sociales, ce sont les éléments des phénomènes complexes qui sont connus, sans aucune contestation possible.

Dans les sciences naturelles, ils peuvent, en mettant les choses au mieux, seulement être supposés.
Or l'existence de ces éléments est tellement plus certaine que l'existence de règles quelconques dans le phénomène complexe auquel ils donnent naissance que ce sont eux qui constituent le vrai facteur empirique dans les sciences sociales.

On ne peut guère douter que ce soit cette position différente du facteur empirique dans l'étude de ces deux groupes de discipline qui se trouve à l'origine de la confusion des opinions sur leur caractère logique.

On ne peut douter que ce soit le raisonnement déductif qui doive être appliqué aux sciences sociales comme aux sciences naturelles.

La différence essentielle, c'est que
- dans les sciences naturelles, le processus de déduction doit partir d'une hypothèse quelconque, résultat de généralisations inductives, alors que
- dans les sciences sociales, il part directement d'éléments empiriques connus et les utilise à la découverte de règles dans les phénomènes complexes que l'observation directe ne peut établir.

Ce sont, pour ainsi dire, des sciences empiriquement déductives, qui remontent des éléments connus aux règles du phénomène complexe qui ne peuvent être directement établies.

Mais ce n'est pas le lieu ici de discuter de questions de méthodologie pure.

Notre but est seulement de montrer comment il se fait que, dans l'ère des grands triomphes de l'empirisme dans les sciences naturelles, la tentative en vue d'appliquer les mêmes méthodes empiriques aux sciences sociales était vouée à aboutir au désastre.

Partir ici du mauvais côté, chercher les règles d'un phénomène complexe qui ne pouvaient jamais être observé deux fois de suite dans des con- ditions identiques, voilà qui ne pouvait aboutir
- qu'à conclure de l'inexistence des lois générales, des nécessités inhérentes déterminées par la nature permanente des éléments constitutifs, et
- que la seule tâche de la science économique en particulier était une description des modifications historiques.

Ce n'est que par cet abandon des justes méthodes de procédure, bien établies durant la période classique, que l'on en vint à penser qu'il n'y avait pas d'autres lois dans la vie sociale que celles dues aux hommes, que tous les phénomènes observés étaient
- seulement le produit des institutions sociales et légales, de simples « catégories historiques » et
- nullement provoquées par les problèmes économiques fondamentaux auxquels l'humanité doit faire face." (Hayek, op. cit.pp.17-21)



2. Le rôle de la politique économique.

Et Hayek de dénoncer successivement "4. L'attitude du marxisme", puis "5. Socialisme el planisme.", "6. Les différents types de socialisme.", "7. Planisme ei capitalisme."

Au cœur de la décadence de l'économie politique d'hier comme de celle d'aujourd'hui, se trouve, en particulier, la politique économique et voici ce qu'en pensait Hayek :

"8. Base de la critique moderne.

La politique économique classique s'est effondrée surtout parce qu'elle a négligé de baser son explication du phénomène fondamental de la valeur sur l'analyse des sources de l'activité économique, méthode qu'elle avait appliquée avec tant de succès à l'analyse des phénomènes plus complexes de la concurrence.

La théorie de la valeur du travail fut bien plus le produit de la recherche d'une illusoire substance de la valeur qu'une analyse du fonctionnement du système économique.

Le pas décisif dans l'évolution de la science économique date du moment où les économistes ont commencé à se demander quelles étaient exactement les circonstances qui provoquaient les réactions particulières des individus à l'égard des biens produits.

Et poser la question sous cette forme amenait immédiatement à reconnaître qu'attribuer une signification ou une valeur définie aux unités des différents produits, c'était nécessairement progresser vers la solution du problème général qui est toujours soulevé lorsqu'une multiplicité de fins concourent pour une quantité limitée de moyens.

L'existence de ce problème de la valeur partout où existe une action rationnelle constitue le fait de base d'où peut procéder une exploration systématique des formes sous lesquelles il peut se présenter dans les différentes organisa- tions de la vie économique.

Et, jusqu'à un certain point, les problèmes d'une économie dirigée centralement trouvèrent à l'origine une place prééminente dans les exposés des économistes contemporains.

Il était évidemment tellement plus facile
- d'étudier les problèmes fondamentaux en supposant l'existence d'une échelle unique de valeurs constamment conservées
- que de les étudier en partant de l'hypothèse d'une multiplicité d'individus suivant leurs échelles personnelles, que dans les premiers chapitres des nouveaux systèmes, on a employé fréquemment - et avec des avantages considérables - l'hypothèse d'un État communiste comme point de départ de la discussion (1).
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(1) Cf. en particulier F. v. Wieser, Natural Value, London 1893, passim.
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Mais on ne l'employait que pour démontrer que toute solution donnerait nécessairement naissance à des problèmes de valeur - rentes, salaires et intérêts, etc... - essentiellement identiques à ceux que nous observons en réalité dans une société compétitive.

Les auteurs entreprenaient alors généralement de montrer comment l'action réciproque des activités individuelles indépendantes produisait spontané- ment ces phénomènes sans rechercher plus loin s'ils pouvaient être produits par d'autres moyens dans une société complexe moderne.

L'absence même d'une échelle communément agréée de valeurs semblait ôter à ce problème toute importance pratique.

Il est vrai que certains parmi les premiers auteurs de la nouvelle école non seulement pensaient qu'ils avaient réellement résolu le problème du socia- lisme, mais encore que leur calcul de l'utilité fournissait un instrument qui permettait de transformer l'échelle individuelle d'utilité en une échelle de fins objectivement valable pour la société tout entière.

Mais on reconnaît généralement maintenant que cette dernière opinion n'était qu'une illusion et qu'il n'existe pas de critère scientifique nous permettant de comparer ou de fixer l'importance relative des besoins de personnes différentes, bien que l'on puisse encore probablement trouver dans l'étude des problèmes spéciaux des conclusions impliquant des comparaisons d'utilité aussi inadmissibles que ces comparaisons interpersonnelles.

Mais il est évident qu'à mesure que le processus de l'analyse du système compétitif révélait la complexité des problème que ce système résolvait spontanément, les économistes devinrent de plus en plus sceptiques en ce qui concerne la possibilité de résoudre ces mêmes problèmes par décision arbitraire.

Il peut être utile de noter que dès 1854, le plus fameux parmi les prédécesseurs de l'école moderne de « l'utilité marginale ", l'Allemand H. H. Gossen, en était venu à conclure que l'autorité économique centrale pro- jetée par les communistes trouverait bientôt qu'elle s'était fixé une tâche qui dépassait de loin les pouvoirs des hommes (1).
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(1) H. H. Gossen, Entwieklund der Gesell des Menschlichen Verkehrs und der daraus filesenden Regeln fur menschliches Handeln, Braunschweigh, 1354, p. 231. :
« Dazu folgt aber ausserdem aus den lm vorstehenden gefunderfen SAtun Qber dIIs Genlessen, und infolgedessen über das Stelgen und Sätzen des Werthes jeder Sache mit Verminderung und Vermerhung der Masse und der Art. däs nur durch Festsellung des Privatelgenthums der Masslab gefunden wird zur Bestimmung der Quantität, welche den Verhälinisen angemessen am Zweckmässigsten von jedem Gegensland zu produztern ist.
Darum wurde denn die von Communisten projectlerte Zentralehörde zur Vertellung der verschledenen Arbelten sehr bald die Erfarung machun, dasse sie sich eine Autgabe gestellt habe deren Lösung die Kräfte einzelner Menschen welt überstelgt • (les italiques se trouvent dans le texte).
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Plus récemment, parmi les économistes de l'école moderne, on aborda fréquemment le point sur lequel Gossen avait basé son objection, à savoir la difficulté du calcul rationnel lorsqu'il n'existe pas de propriété privée.

Ceci fut particulièrement nettement démontré par le professeur Cannan qui souligna le fait que les buts socialistes et communistes ne pouvaient être atteints qu' « en abolissant à la fois les institutions de la propriété privée et la pratique de l'échange, sans lesquels la valeur, dans tout sens raisonnable du mot, ne peut exister " (2).
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(2) E. Cannan, A History of the theories of Production and Distribution, 1893, 3ème édition, 1917, p. 395.
Le professeur Cannan a apporté plus tard une importante contribution au prohlème des relations Internationales entre les états soclalistes.
Voir son étude sur " The Incompatibility of Socialism and Nationalism ", dans The Economic Outlook, London, 1912.
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Mais en dehors de considérations générales de ce genre, l'examen critique des possibilités d'une économie politique socialiste fit peu de progrès, pour la simple raison qu'aucune proposition socialiste concrète de la façon dont ces problèmes pouvaient être résolus n'était offerte à l'examen (1).
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(1) Une tentative complètement négligée de résolution du problème du côt~ socialiste, qui montre toutefois une certaine compréhension de la diffi- culté réelle, a été faite par G. Sulzer Die Zukumft des Socialismus, Dresde, 1899.
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Ce fut seulement au début du siècle actuel qu'une étude générale du genre de ce que nous vènons justement d'examiner concernant l'impossibilité pratique du socialisme, étude due à l'éminent économiste hollandais, N. G. Pierson, amena K. Kautsky, alors théoricien principal du socialisme marxiste, à rompre le silence traditionnel sur le fonctionnement effectif de l'État socialiste futur et de donner dans une conférence, de façon encore quelque peu hésitante et avec de nombreuses restrictions, une description de ce qui se passerait au lendemain de la Révolution (2).
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(2) Une traduction anglaise de cette conférence, faite d'abord à Delft en 1899, le 24 avril 1902, et bientôt après publiée en allemand, avec une autre conférence donnée deux jours auparavant dans la même ville, fut publiée à Londres, en 1907, sous le titre: " The social Revolution". et. "On the Morrow of the Social Revolution" '
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Mais Kautsky ne démontra qu'une chose: c'est qu'il n'était même pas réellement conscient du problème vu par les économistes.

Il donna ainsi à Pierson l'occasion de démontrer en détail, dans un article qui parut dans le journal hollandais Economist,
- qu'un État socialiste aurait ses problèmes de valeur tout comme un autre système économique, et
- que la tâche à laquelle les socialistes devaient faire face était de montrer comment, en l'absence d'un système des prix, la valeur des différents objets allait être déterminée.

Cet article fut la première contribution importante à l'étude moderne des aspects économiques du socialisme ;
bien qu'il demeurât pratiquement inconnu hors de Hollande, et qu'il ne fût rendu accessible dans une version allemande qu'après que la discussion eut été entamée de façon indépendante par d'autres, il conserve un intérêt spécial comme seule étude importante de ces problèmes parue avant la guerre.

Il est particulièrement précieux pour son étude des problèmes soulevés par le commerce international entre diverses communautés socialistes.
Une traduction française se trouve reproduite dans la partie suivante de cet ouvrage: il est donc inutile que nous nous étendions davantage sur son contenu.

Toutes les études ultérieures des problèmes économiques du socialisme qui furent publiées avant la guerre se confinèrent plus ou moins dans une démonstration montrant que les catégories principales de prix, tels que salaires, rentes et intérêts, devraient au moins figurer dans les calculs de l'autorité pIaniste, de la même façon qu'elles apparaissent aujourd'hui et qu'elles seraient déterminées par les mêmes facteurs.

Le développement moderne de la théorie de l'intérêt joua un rôle particulièrement important dans ce domaine, et après Böhm-Bawerk (1) ce fut surtout le professeur Cassel qui montra de façon convaincante que l'intérêt devrait entrer comme élément important dans le calcul rationnel de l'activité économique.
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(1) En dehors de son étude générale sur l'intérêt, il faut mentionner spé- cialement son essai sur " Macht und ökonomisches Gesitz " (Zeitschrift für Volkswirtchafl, Sozialpolitik und Verwaltung, 1914).
On doit considérer cet essai sous bien des aspects comme le prédécesseur direct des critiques ultérieures.
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Mais aucun de ces auteurs ne tenta même de démontrer comment ces éléments essentiels pouvaient être atteints dans la pratique.

Le seul auteur qui du moins approcha le problème fut l'économiste italien Enrico Barone, qui développa en 1908 certaines suggestions de Pareto (2) dans un article sur le ministère de la Production dans l'État socialiste.
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(2) V. Pareto, Cours d'Économie politique, vol. II. Lausanne, 1897, pp. 364 et sq.
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Cet article présente un intérêt considérable en tant qu'exemple de
la façon dont on estimait que les instruments de l'analyse mathématique des problèmes économiques pouvaient être employés à résoudre les devoirs de l'autorité pIaniste centrale.
Une traduction française de cet article se trouve en appendice à la fin de ce volume." (ibid.)


3. Hommage à Ludwig von Mises.

Et Hayek de rendre hommage à Ludwig von Mises dans son paragraphe intitulé "10. Mises, Max Weber et Brutzkus." :

" L'honneur d'avoir le premier énoncé le problème central de l'économie socialiste sous une forme telle qu'il soit impossible de le voir désormais disparaître du terrain de la discussion appartient à l'économiste autrichien. le professeur Ludwig von Mises.

Dans un article sur le calcul économique dans une communauté socialiste, publié au prfutemps de 1920 (1), il démontrait que la possibilité du calcul rationnel dans notre système économique actuel était basée sur le fait que les prix exprimés en argent offraient la condition essentielle de la réalisation de ce calcul.
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(1) Die Wirlschaltsrechnung im sozialistischen Gemeiwesen, "Archiv für Sozialwissenschaften und Sozialpolitik ", vol. 47/1, avril, 1920.
La plus grande partie de cet article a été comprise dans l'étude plus complète des problèmes économiques d'une communauté socialiste, dans la deuxième partie de l'ouvrage du professeur Mises, Le Socialisme, Élude économique el sociologique, éd. française, Paris, 1938, Librairie de Médicis.
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Le point essentiel où le professeur Mises est allé bien au delà de ses prédécesseurs se trouve dans la démonstration détaillée prouvant que l'usage économique des ressources disponibles n'est possible
- que si les prix sont appliqués non seulement au produit final, mais aussi à tous les produits intermédiaires et aux facteurs de production, et
- qu'on ne saurait concevoir aucun autre procédé qui tient compte de la même façon de tous les faits ayant rapport au problème principal comme le fait le système des prix dans le marché compétitif." (ibid., pp.41-2)

Tout cela est bien évidemment ignoré par une grande majorité de gens dans le meilleur des cas.
Dans le pire, ce sont des textes absurdes du genre de celui de Cot et Lallement (cf. ce billet de janvier 2011 ou celui-ci de juin 2015).


4. Retour à Henri Guitton.

Si Guitton a évoqué "le problème économique" (pp.17 et sq.) dans son ouvrage, ce n'est pas dans la perspective de Hayek, mais dans un but bien plus précis, celui de redéfinir l'activité économique comme une activité d'adaptation étant donné l'écart qu'il faisait valoir entre besoins des gens et moyens de les satisfaire, dans l'espace et dans le temps.

Mais Guitton de s'interroger, seulement dans la conclusion du livre (pp.225 et sq.), sur un autre problème économique qu'il avait évoqué au début de la décennie 1950, à savoir celui de l'objet de l'économie politique, et à quoi il a répondu en quelques phrases.

En effet, selon Guitton, il y a deux grands raisonnements fondamentaux en économie politique,
- l'un qui part des actions économiques des personnes juridiques physiques, de vous et moi, dans le monde d'ignorance limitée où nous nous trouvons,
- l'autre qui fait intervenir des concepts de résultats de "marché" qui cachent des offres, demandes, ajustements, et équilibres, voire croissance... et qui situent au-delà de la limite imaginée par les "savants constructeurs":

… "Il s'agissait de savoir ce qu'était l'objet de l'économie politique.

La question reste actuelle, toujours la même, bien qu'elle s'exprime en termes nouveaux.

Je me demande aujourd'hui si l'opposition que j'avais proposée entre
- 'l'économie politique à l'image des sciences physiques' et
- 'l'économie politique science de l'action humaine'
ne garde pas sa valeur, mais dans l'atmosphère renouvelée par l'épistémologie contemporaine qui nous a permis de lever certaines ambiguïtés." (Guitton, 1979, p.225)

Guitton était, en effet, un des rares économistes français de l'époque à ne pas mettre de côté, de l'économie politique, la méthode économique de l'école de pensée dite "autrichienne", même s'il ne s'était pas engagé dans la voie, ni alors, ni précédemment.

L'inculture qu'il dénonçait implicitement (et qu'il avait déjà dénoncée en 1951, cf. texte critique d'A. Marchal) a peu évolué en France depuis lors (cf. ce texte d'août 2015).

 L'"économie autrichienne" a une méthode toujours vue d'un mauvais œil par le "mainstream" économiste majoritaire ou, si vous préférez, les prétendus bien-pensants (exemplaire était le texte critique de A. Barrère) quoiqu'elle soit la seule vraie méthode économique (cf. Hoppe 1995, 2007).






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