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Paris, le 1er octobre 2018.





 




L'économie politique a eu comme point de départ la "théorie de la valeur", théorie de la valeur des choses, des biens économiques, etc. (cf. billet d'octobre 2015).

Elle a eu aussi pour hypothèses 
- que les choses, etc. sont rares et
- que "[l]es biens économiques peuvent se transformer les uns en les autres, 
* soit matériellement, par la production,
* soit économiquement, par l'échange." (Pareto, 1896-97, §43)...
comme l'écrivait Vilfredo Pareto dans son Cours d'économie politique .

Tout se passait donc encore, tacitement, à la fin du XIXème siècle comme si les choses, les biens économiques, la valeur, étaient des entités de pensée !


1. Rareté des choses.

Qu'à cela ne tienne, l'hypothèse de la rareté des choses est commune à toutes les approches de l'économie politique, y compris l'approche dite "autrichienne".

J'aurai tendance à opposer à ce jugement de valeur d'"on ne sait qui" un autre jugement de valeur, à savoir celui de l'abondance des actions humaines de vous et moi (cachant l'abondance des besoins ou désirs de chacun).


Selon les approches non autrichiennes, "mainstream", la rareté des choses n'empêche pas les gens de faire des choix.

Bien au contraire, elle les pousse à un choix compte tenu d'autres hypothèses qu'elle introduit pour l'occasion comme le montrent, par exemple, les diverses "contraintes" introduites par les savants de la théorie microéconomique.

Sauf à ne donner aucun sens aux mots qu'on emploie, on s'attendrait à ce que, dans un "monde de rareté", le choix soit impossible à cause de ce jugement de la rareté..., qu'il n'y ait jamais "embarras des choix".

Mais ce n'est pas curieusement la démarche habituelle.


2. Abondance des actions.

Pour ma part, je dirai que chacun est confronté à une multiplicité d'actions humaines, qu'il y a embarras des choix d'actions humaines.

Les choses, les biens économiques en question ne sont jamais que des résultats des actions humaines.

Mais, compte tenu du fait qu'il est infirme, l'homme ne peut mener qu'une action à la fois malgré l'abondance.

En effet, dans son ouvrage intitulé Science et méthode (1908), Henri Poincaré a mis l'accent sur l'infirmité du savant dans le travail que celui-ci avait choisi de mener.
Mais l'accent se généralise sans difficulté à l'infirmité, à la capacité insuffisante de vous et moi.

Seulement ce qu'a dit Poincaré est resté lettre morte.

Pourtant, pas besoin de faire intervenir d'autres hypothèses, ce double fait de l'abondance et de l'infirmité se suffit à lui-même pour cerner l'action humaine.

L'économie politique devrait abandonner une bonne fois pour toutes, l'hypothèse de la rareté des choses en opposition avec la réalité pour adopter la double hypothèse de l'abondance des actions de vous et moi et de l'infirmité de chacun.


3. Hypothèses autrichiennes.

C'est à 50% la démarche de l'approche autrichienne qui met l'accent sur les actions de vous et moi dont se moquent les approches non autrichiennes qui préfèrent insister sur les résultats des actions quand elles ne les déforment ou dénaturent pas (cf. Debreu, 1960 et ce billet de juillet 2014).

Mais, pour les 50% autres, elle les allie avec la rareté des choses, des biens économiques comme si ces derniers n'étaient pas des résultats d'actions...


4. L'économie politique actuelle.

Malgré cela, la démarche des approches non autrichiennes de l'économie politique ou de la science économique est allée bon train jusqu'à aujourd'hui au détriment de l'"approche non autrichienne".

Par exemple, en France, il n'est plus question que de l'activité économique et des résultats du budget des hommes de l'état et du faux budget des hommes des organismes de sécurité sociale. (cf. ce texte de février 2013 ou celui-ci d'avril 2017).

Le socialisme y est bien prégnant, mais de façon tacite.

Je n'en veux pour preuve que les mots de Frédéric Bastiat (1801-1850) sur la question tant ils sont perpétuels (les intertitres sont de mon cru) :

  « Comment l’humanité songerait-elle à chercher dans ses fautes la cause de ses maux, quand on lui persuade qu’elle est inerte par nature, que le principe de toute action, et par conséquent de toute responsabilité, est placé en dehors d’elle, dans la volonté du prince et du législateur ?

Si j'avais à signaler le trait caractéristique qui différencie le Socialisme de la science économique, je le trouverais là.

Le Socialisme compte une foule innombrable de sectes.
Chacune d'elles a son utopie, et l'on peut dire qu'elles sont si loin de s'entendre, qu'elles se font une guerre acharnée.
Entre l'atelier social organisé de M. Blanc, et l'anarchie de M. Proudhon,
entre l'association de Fourier et le communisme de M. Cabet,
il y a certes aussi loin que de la nuit au jour.

[Le refus de la société naturelle.]

Comment donc des chefs d'école se rangent-ils sous la dénomination commune de Socialistes, et
quel est le lien qui les unit contre la société naturelle ou providentielle?

Il n'y en a pas d'autre que celui-là:
Ils ne veulent pas la société naturelle.

Ce qu'ils veulent, c'est une société artificielle, sortie toute faite du cerveau de l'inventeur.

Il est vrai que chacun d'eux veut être le Jupiter de cette Minerve;
il est vrai que chacun d'eux caresse son artifice et rêve de son ordre social.

Mais il y a entre eux cela de commun, qu'ils ne reconnaissent dans l'humanité
- ni la force motrice qui la porte vers le bien,
- ni la force curative qui la délivre du mal.

Ils se battent pour savoir à qui pétrira l'argile humaine;
mais ils sont d'accord que c'est une argile à pétrir.

L'humanité n'est pas à leurs yeux un être vivant et harmonieux, que Dieu lui-même a pourvu de forces progressives et conservatrices;
c'est une matière inerte qui les a attendus, pour recevoir d'eux le sentiment et la vie;
ce n'est pas un sujet d'études, c'est une matière à expériences.

[L'économie politique.]

L'économie politique, au contraire,
après avoir constaté dans chaque homme les forces d'impulsion et de répulsion, dont l'ensemble constitue le moteur social;
après s'être assurée que ce moteur tend vers le bien,
ne songe pas à l'anéantir pour lui en substituer un autre de sa création.

Elle étudie les phénomènes sociaux si variés, si compliqués, auxquels il donne naissance.


Est-ce à dire que l'économie politique est aussi étrangère au progrès social que l'est l'astronomie à la marche des corps célestes?

Non certes.

L'économie politique s'occupe d'êtres intelligents et libres, et comme tels, — ne l'oublions jamais, — sujets à l'erreur.
Leur tendance est vers le bien; mais ils peuvent se tromper.

La science intervient donc utilement,
- non pour créer des causes et des effets,
- non pour changer les tendances de l'homme,
- non pour le soumettre à des organisations, à des injonctions, ni même à des conseils;
mais pour lui montrer le bien et le mal qui résultent de ses déterminations.

Ainsi l'économie politique est une science toute d'observation et d'exposition.

Elle ne dit pas aux hommes:
« Je vous enjoins, je vous conseille de ne point vous trop approcher du feu; »
— ou bien:
« J'ai imaginé une organisation sociale, les dieux m'ont inspiré des institutions qui vous tiendront suffisamment éloignés du feu. »

Non;
elle constate que le feu brûle, elle le proclame, elle le prouve, et fait ainsi pour tous les autres phénomènes analogues de l'ordre économique ou moral, convaincue que cela suffit.
La répugnance à mourir par le feu est considérée par elle comme un fait primordial, préexistant, qu'elle n'a pas créé, qu'elle ne saurait altérer.

Les économistes peuvent n'être pas toujours d'accord;
mais il est aisé de voir que leurs dissidences sont d'une tout autre nature que celles qui divisent les socialistes.

Deux hommes qui consacrent toute leur attention à observer un même phénomène et ses effets, comme, par exemple, la rente, l'échange, la concurrence,
— peuvent ne pas arriver à la même conclusion;
et cela ne prouve pas autre chose sinon que l'un des deux, au moins, a mal observé.
C'est une opération à recommencer.
D'autres investigateurs aidant, la probabilité est que la vérité finira par être découverte.

C'est pourquoi, — à la seule condition que chaque économiste, comme chaque astronome, se tienne au courant du point où ses prédécesseurs sont parvenus, — la science ne peut être que progressive, et, partant, de plus en plus utile,
- rectifiant sans cesse les observations mal faites, et
- ajoutant indéfiniment des observations nouvelles aux observations antérieures.


Mais les socialistes, — s'isolant les uns des autres, pour chercher chacun de son côté, des combinaisons artificielles dans leur propre imagination, — pourraient s'enquérir ainsi pendant l'éternité
- sans s'entendre et
- sans que le travail de l'un servit de rien aux travaux de l'autre.

Say a profité des recherches de Smith, Rossi de celles de Say, Blanqui et Joseph Garnier de celles de tous leurs devanciers.

Mais Platon, Morus, Harrington, Fénelon, Fourier peuvent se complaire à organiser suivant leur fantaisie leur République, leur Utopie, leur Océana, leur Salente, leur Phalanstère, sans qu'il y ait aucune connexité entre leurs créations chimériques.

Ces rêveurs tirent tout de leur tête, hommes et choses.
Ils imaginent un ordre social en dehors du cœur humain, puis un cœur humain pour aller avec leur ordre social." (Bastiat, 1850, http://bastiat.org/fr/moteur_social.html )





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