A Paris, le 8 mars 2008.


Sous titre : Docteur "capitalisation" et Mister "répartition".


Il y a un siècle, Henri Poincaré, le mathématicien de génie, relevait, à diverses occasions, les antinomies de Cantor, autre mathématicien. 

Avec l'allongement de la durée de cotisations obligatoires vieillesse décidé par les bureaucrates en France, l'antinomie ou, plus exactement, l'absurdité s'y porte bien.

Mais les mêmes causes produisent les mêmes effets, et les absurdités le chaos.

Ce qu'en termes littéraires, Chateaubriand décrivait ainsi au XIXè siècle :

" Regardez à la fin d'un fait accompli, et vous verrez qu'il a toujours produit le contraire de ce qu'on en attendait, quand il n'a point été établi d'abord sur la morale et la justice."


1. De la "planche à billets" à l'"obligation de combler le trou" .

(Avant-)hier, la dénaturation de l'offre de monnaie par les hommes de l'état et la réglementation de la demande de monnaie par iceux-ci – qu'ont résumées les historiens par l'expression "planche à billets" - ont failli conduire les Français, plusieurs fois, à la ruine définitive (cf. par exemple Florin Aftalion, L'économie de la révolution française , pour la décennie 1790, ou Jacques Rueff, Œuvres complètes, pour les décennies 1940-50 et, en particulier, Combats pour l'ordre financier, 1972).

Aujourd'hui, les mêmes tendent à dénaturer le régime de sécurité sociale que leurs prédécesseurs ont institué en 1945-46, certes par un coup de force, pour combler le trou qu'il a créé dans l'économie de la France et approfondit (cf. Bitur-Camember ).

Comment ?

Ils ont décidé d'imposer l'allongement de la durée de cotisations à l'organisation de la sécurité sociale obligatoire vieillesse (OSSO vieillesse) dont les retraités potentiels devront faire montre pour "bénéficier" d'une retraite à "taux plein", c'est-à-dire au maximum de 50 % du plafond de cotisation – aujourd'hui à peu près 1 SMIC ! -.

La voie qu'ils font suivre à la France est ainsi du même ordre que celle qu'ils lui ont donnée avec la monnaie : celle qui mène au précipice à moins d'un sursaut.
S'il n'y a pas un refus explicite de s'y engager, elle transformera le trou de la sécurité sociale en précipice où tout s'effondrera.


2. La planche à billets.

La monnaie est une découverte de l'esprit humain dont la raison d'être est de réduire les coûts d'échange entre êtres humains. Elle a commencé à le faire et ce n'est pas fini.

La découverte de la forme de monnaie qu'est la "coupure de billet" a amené les "révolutionnaires de la décennie 1790" à ouvrir le bal des abus de la "monnaie papier" avec l'émission des assignats (cf. Aftalion, op.cit.), action dont une autre dénomination est l'"inflation".
Mais la planche à billets eut d'autres occasions par la suite de se faire remarquer par la suite pour ses effets nocifs (cf. Rueff, op. cit.).

Dans tous les cas, avant hier, les hommes de l'état avançaient qu'il fallait payer des dépenses qui en définitive bénéficieraient au peuple ; plus près de nous, qu'il fallait payer aussi celles de l'OSSO dont le montant restait important malgré les augmentations des taux de cotisation qu'ils avaient pratiquées, malgré les suppressions de plafond à quoi ils avaient recouru, malgré l'allongement de durée qu'ils avait commis en 1971 et malgré les élargissements d'assiette de cotisations à quoi ils avaient procédé, voire malgré l'inflation et les dévaluations du franc français.

Aujourd'hui, les hommes de l'Etat en France ayant abandonné à la Banque centrale européenne le privilège de la "planche à billets" ou, si on préfère le mot, celui de l'inflation, il leur faut payer les dépenses sans limite des hommes de l'OSSO d'une autre façon.

Comment faire ?


3. Le capitalisme.

Soit dit en passant, parallèlement à la monnaie, les êtres humains ont découvert progressivement que l'organisation capitaliste de leur vie réduisait le dénuement des uns et augmentait le bien-être de tous.

L'organisation capitaliste, ce sont l'épargne et l'investissement de chacun en biens en sa propriété et sa responsabilité étant donné un horizon éloigné de l'instant présent dans l'avenir qu'il se fixe à son gré. Bien évidemment, cette épargne et cet investissement sont en général mal cernés car l'être humain ignore en partie la réalité où il vit et dont il est un élément.
L'organisation capitaliste réunit donc des capitalistes, c'est-à-dire tout simplement des êtres humains conscients "du temps qui passe", qui ne refusent pas le principe de la durée et qui le gèrent.

L'organisation capitaliste repose sur la technique de l'actualisation ou, si on préfère le mot, de la "capitalisation" des valeurs futures attendues avec incertitude. Cela pour ne pas parler de la technique actuarielle - de l'"actuariat" - qui prend explicitement en compte l'ignorance limitée de l'être humain depuis la fin du XVIIè, le début du XVIIIè siècle.
Comme la monnaie, l'actualisation/capitalisation/actuariat est une découverte progressive de l'être humain dont la raison d'être est sa gestion de l'avenir incertain qu'il se donne.

Conséquence de la gestion capitaliste, la réduction de l'ignorance, l'augmentation des connaissances, l'innovation, considérations ignorées par les réglementeurs et qui font leur propre malheur.

Ce n'est pas en effet parce que les règles communistes de l'OSSO excluent l'épargne et l'actualisation qu'il faut exclure celles-ci si on veut voir les destructions à quoi elles donnent lieu et que supportent les capitalistes, les êtres humains conscients de leur situation.
Ce n'est pas parce qu'elles voudraient empêcher d'être capitalistes qu'on n'est pas capitalistes.

Prenons le cas d'un "smicard" qui, toute sa vie salariée, aura été salarié payé au SMIC.
Pourquoi lui cacher qu'il est un capitaliste en partie détruit par l'OSSO vieillesse ?
Sans ce régime, ses désormais 40 ans de SMIC – 160 trimestres – lui auraient permis de disposer d'un montant de capital de l'ordre de 110 000 euros s'il avait simplement accumulés le montant de monnaie correspondant à ses cotisations (sous des hypothèses peu restrictives).
Au lieu de cela, il n'a rien et va continuer à recevoir le SMIC (589 euros en pension nette 2008), certes sans travailler, mais avec rien de plus et jusqu'à ce que ... Et au cas où il disparaîtrait prématurément, sa famille n'hériterait rien, elle aurait tout perdu !


4. L'OSSO.


Différence avec la monnaie ou le capitalisme, l'OSSO n'est pas une découverte, mais d'abord une construction bureaucratique végétant sur la répartition obligatoire au jour le jour. A ce titre, la répartition n'est pas une technique, mais une réglementation des hommes de l'Etat.

Ensuite, l'OSSO est absurde car l'être humain ne vit pas au jour le jour sauf peut-être au paradis, quand il l'a atteint, où l'éternité remplace la durée.


Enfin, l'OSSO tend à cacher les découvertes et innovations car elle-même n'est pas perfectible. 


5. Le communisme.

A l'organisation capitaliste, au "capitalisme", se sont opposés au XIXè siècle de prétendus philosophes qui ont prôné ce qu'ils ont dénommé alors le socialisme, le communisme, c'est-à-dire le "faites confiance à ceux qui vont faire votre bonheur malgré vous", "vivez au jour le jour" comme la "cigale" de La Fontaine, "chantez, dansez" – n'est-ce pas M. Lang ? -.

La prétendue technique de cette "nouvelle" organisation est la répartition : on prend aux uns pour donner aux autres, voire pour redonner aux premiers, mais en se servant au passage - il faut bien vivre, et on ne vit pas d'amour pour la répartition et d'eau fraîche -.

En vérité, interviennent fondamentalement la coercition et la spoliation dénoncées par des économistes d'alors tels que par, exemple, Bastiat (1850) ou Pareto (décennie 1890), autrement dit la réglementation.

Mais la réglementation a été passée sous silence ou, si on préfère, mise en musique par d'autres "techniciens" avec des euphémismes du genre "meilleure allocation des ressources", "redistribution" même si parfois la rhétorique a atteint les limites du savoir vivre du genre "Pardonnez-nous d'avance d'employer la technique, il y aura un peu de 'casse'" – selon Robespierre, "on ne fait pas d'omelettes sans casser d'œufs !" -. L'œuf en l'espèce, c'est vous, c'est moi : beau respect de l'être humain, ces "droits de l'hommiste".


6. L'antinomie par excellence, l'absurdité.


Et malgré les expériences plus ou moins brèves depuis cette époque, mais chaque fois désastreuses tant en France qu'à l'étranger, ils vont parvenir en 1945-46 à faire créer, en France, une organisation bureaucratique dont l'ancre sera l'antithèse de la capitalisation libre, de l'épargne, à savoir la répartition obligatoire au jour le jour, qu'ils dénommeront donc par euphémisme "répartition".

Et la France n'en est pas sortie bien qu'entre temps, se fût effondrée l'icône en la matière, à savoir l'URSS, effondrement prédit par Ludwig von Mises dans la décennie 1930 et orchestré par Alan Greenspan, Ronald Reagan et Margaret Thatcher dans la décennie 1980 pour en finir une bonne fois pour toutes.

Les êtres humains sont du temps incarné que seule la prétendue philosophie de certains d'entre eux parvient à faire oublier, ou méconnaître, … un temps.

En bonne logique, l'être humain ne saurait exister dans une construction d'où le temps a été exclu.

Dans un telle construction d'où a été exclu le temps au départ, le temps ne saurait être introduit en cours de fonctionnement par ses démiurges, il n'y a pas sa place.

L'allongement de la durée de cotisations à l'OSSO vieillesse réunit ces absurdités.
Qui sait d'ailleurs qu'au départ, la durée de cotisation à l'OSSO était de "seulement" trente ans, qu'elle a été passée à 37,5 ans – sans grève - au début de la décennie 1970, en 1971.
Depuis quelques années (1993, 2004 puis 2007), elle est en train de passer à 40 ans pour tous les salariés sans trop de vagues – de grèves -, et après, elle passera vraisemblablement à 41, 42, etc. si …, si tout n'a pas disparu alors.

En effet, il faut reconnaître que la France est aujourd'hui à moitié communiste. Elle l'est si on en juge, par exemple, par le chiffre du taux annuel de "prélèvements obligatoires" – euphémisme pour désigner "vols légaux" -, supérieur à 50 % du PIB, dont l'évolution n'a jamais connu de réduction depuis 1945-46.

Les 50 % autres de la France sont capitalistes ou tentent de le rester, par exemple, en "délocalisant" certaines activités.

De fait, ces 50% capitalistes permettent aux 50% communistes de continuer à exister à défaut de continuer à croître encore.

Mais, malgré les apparences, l'allongement de la durée de cotisations obligatoires à l'OSSO vieillesse alourdit la charge de cette survie en grevant davantage l'économie capitaliste de la France. Il en serait différemment si l'allongement donnait lieu à mise en réserve des cotisations correspondantes, à capitalisation.
Il ne peut donc que l'enfoncer un peu plus.
Heureusement, les Français en ont, de plus en plus, le sentiment diffus.
Reste que le jour où le fardeau leur sera devenu insupportable, c'en sera fini...

Sauf à ce que la logique ne gouverne pas la réalité, sauf à ce qu'y règnent l'absurdité, l'antinomie ou le paradoxe, l'allongement de la durée de cotisations obligatoires ne peut que précipiter l'issue de la France si l'être humain n'y recouvre pas sa liberté de vivre dans la durée, comme il le désire, sans être assujetti aux cotisations obligatoires de l'OSSO.












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