Paris, le 27 avril 2008.


Le "mur de Berlin est tombé" comme on dit pudiquement désormais sans trop insister sur le scénario de la chute, sur ses tenants et ses aboutissants.
Cela s'est passé le 9 novembre 1989, faut-il le rappeler ?

Pourquoi le "trou de la sécurité sociale de France" ne se comblerait-il pas selon un scénario analogue ?

D'un point de vue topographique, la superstructure "mur" et l'infrastructure "trou" sont comparables : un trou n'est jamais qu'un mur "à l'envers". Pas besoin d'épiloguer davantage.

Du point de vue comptable, un "trou … permanent" va de pair - et ne saurait donc cacher - la "pile de dettes" à quoi il donne lieu, une pile ascendante. Etant données l'ingéniosité des dirigeants et l'innovation des marchés financiers, la pile ne fait pas que s'élever, elle s'étend aussi pour former un véritable "mur de dettes".

Il reste que, du point de vue de l'économie politique, le trou et le mur sont avant tout deux conséquences prévisibles - et prévues par certains économistes, ceux de l'école de pensée dite"autrichienne" – de l'idéologie infra déterministe ou, si on préfère, dirigiste qui fait abstraction de l'être humain et raisonne sur un cheptel d'iceux-ci corvéables à merci par des dirigeants élus, issus d'un parti ou d'un conditionnement de la pensée unique.

Certes, les dirigeants restent des êtres humains pour les observateurs qui ne mettent pas de côté la réalité.
Mais, à l'expérience, étant données les règles d'élection appliquées dans le parti, les observateurs se rendent compte que, pour le parti, il en est différemment. Le parti n'est lui-même qu'un cheptel de dirigeants effectifs ou potentiels et n'importent pas le ou les dirigeants du moment.

Tout cela jusqu'au jour où …

Jusqu'au jour où les corvéables à merci – les "spoliés" selon Vilfredo Pareto dans son Cours d'économie politique (1896/97) – décident de tenter de fuir ou se révoltent.

Jusqu'au jour où les dirigeants – les "spoliateurs" selon Vilfredo Pareto – décident d'en finir. Mais Pareto de souligner que :

"Ce qui limite la spoliation, c'est rarement la résistance des spoliés ;
c'est plutôt les pertes qu'elle inflige à tout le pays et qui retombent sur les spoliateurs. Ceux-ci peuvent, de la sorte, finir par perdre plus qu'ils ne gagnent à l'opération. Alors ils s'en abstiennent s'ils sont assez intelligents pour se rendre compte des conséquences qu'elle aurait.
Mais si ce bon sens leur manque, le pays marche de plus en plus à sa ruine, comme cela s'est observé pour certaines républiques de l'Amérique du Sud, le Portugal, la Grèce moderne, etc." (Pareto, 1896-7, §1049).

Et bien évidemment, jusqu'au jour où les stratégies des uns et des autres se composent et poussent dans le même sens. J'admettrai qu'il en a été ainsi pour le "mur de Berlin", les deux stratégies ont joué.

Qu'en sera-t-il pour le "trou de la sécurité sociale de France" ?

S'agissant des corvéables, des spoliés, force est de reconnaître qu'il y a eu dès à présent, comme types de fuite, des émigrations, des "délocalisations", des fraudes croissantes.
Il y a aussi une certaine levée de boucliers qui s'accroît.

S'agissant des dirigeants, des spoliateurs, des réformes à leur initiative succèdent aux réformes depuis maintenant une quarantaine d'années - la première grande réforme date de 1967 -. Mais il s'avère qu'elles vont toujours dans le même sens, celui de la spoliation.

Manqueraient-ils du bon sens qu'évoquait Pareto il y a un peu plus d'un siècle ?
Faut-il être pessimiste ?
Non, à cause justement de l'exemple du "mur de Berlin" : cinq minutes avant sa "chute", il était encore debout et gardé...

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