Paris, le 20 décembre 2008.
A l'occasion de la publication du livre II
de la trilogie intitulée
Futur des retraites et retraites du futur que Jacques Garello et
moi-même écrivons
, voici le bref
exposé que j'ai fait à la réunion du 2 décembre 2008 organisée par l'aleps, Contribuables
associés et l'IREF à la Maison de
la Chimie (Paris).
Par rapport au thème - assez large - de ce deuxième livre intitulé Les
retraites du futur : la capitalisation (230 p.), mon exposé a été centré
sur la question de l'information.
1. Nul n'est censé ignorer la loi.
Nul n'est censé ignorer la loi…
Mais le législateur la change sans arrêt et étend son domaine à de nouveaux
domaines en permanence.
Comment faire, dans ces conditions, pour ne pas l'ignorer.
2. Le domaine de la sécurité sociale vieillesse obligatoire est
exemplaire
Le domaine de la sécurité sociale vieillesse obligatoire (SSVO), i.e. des
retraites de base, des retraites dites "par répartition", est exemplaire.
- Qui sait combien il verse chaque année en cotisations de sécurité sociale
vieillesse obligatoire ?
- Qui sait combien il a versé depuis qu'il a commencé à payer ?
- Qui sait combien il va devoir verser jusqu'à ce qu'il "prenne sa retraite"
?
- Qui sait combien il recevra alors en retraite périodique jusqu'à sa mort
?
Je ne pense pas faire injure à qui que ce soit en disant qu'il est dans
l'incapacité de répondre à ces quatre questions.
Chacun d'entre vous devrait au moins connaître ce qu'il verse en cotisations
chaque année et ce qu'il a versé depuis qu'il a l'obligation de cotiser, qu'il
travaille, qu'il est dans la "vie active…"
Mais le système actuel dit "par répartition" fait qu'il est dans l'incapacité
d'approximer ce qu'il versera dans l'avenir et ce qu'il recevra une fois
retraité, s'il a l'heur d'atteindre la période.
En d'autres termes, la retraite par répartition qui est un domaine de la
loi depuis 1941, est un domaine qui ne peut qu'être ignoré et elle
contribue à faire ignorer la réalité des retraites, domaine de
l'économie.
3. Capitalisation, répartition et (dés)information.
Dans le système qu'il est traditionnel d'opposer à la répartition, qui est
celui de la capitalisation qui a existé en France jusqu'à 1941, tous les points
d'interrogation, toutes les questions précédentes ne se posent pas.
A chaque instant, la personne concernée en connaît ou peut en connaître avec
certitude, sans difficulté, les réponses, il lui suffit de demander ou de
consulter son compte.
En d'autres termes, le système abrogé en 1941 était source d'informations alors
que le système actuel de retraite de base désinforme ou fait vivre dans
l'ignorance. Et cela est un coût important à ne pas négliger.
Autre conséquence, le système actuel suscite des débats qui ne devraient pas
avoir lieu et qui bloquent la discussion des questions importantes sur
l'économie de la retraite (autre coût à ne pas négliger).
4. Un exemple de désinformation : les cotisations vieillesse de base du
smicard
Je ne prendrai qu'un exemple.
Si je dis qu'un salarié payé au
SMIC verse aujourd'hui annuellement € 2808 en cotisations vieillesse de
base à la Caisse nationale d'assurance vieillesse (CNAV), alors qu'il retrouve
sur son compte bancaire annuellement € 12 636, je pense qu'immédiatement un
débat va s'instaurer sur les chiffres.
On va me dire :
- d'où tirez vous les chiffres ?
- vos chiffres sont faux …
- d'après l'INSEE, c'est..., d'après les URSSAF, c'est..., selon la CNAV,
c'est... ou encore selon la dernière étude de l'IRES ou du COR, c'est
…
Si je suis assisté du salarié en question, ses bulletins de paye en mains
preuve de ce que j'avance, on va me dire : oui mais…
- il est mensualisé ;
- vous
mélangez les cotisations "employeur" et "employé" ;
- il travaille dans un secteur économique particulier ;
- il a fait des heures supplémentaires qui lui ont été imposées par
l'entreprise, etc.
Bref, on n'en sortira pas. Et ce n'est que la réponse à la première des
quatre questions fondamentales que j'ai évoquées qui se trouve en
débat…
De plus, on ne sera pas entré dans le problème de l'économie des
retraites…
On aura végété indirectement sur la législation du SMIC, voire sur le "droit du
travail", droits qui se juxtaposent au "droit de la sécurité sociale" et
varient de conserve.
L'irrationalité du système imposé par la force actuellement aura été mise de
côté.
5. L'organisation "perdant perdant".
Le problème des retraites est que, d'accord ou pas avec le chiffre de € 2808
par an versés par le smicard à la CNAV, dans le système actuel "par
répartition", les € 2808 lui sont perdus.
De fait, ils lui ont été pris, "prélevés" comme on dit
euphémistiquement.
Des gens, bien intentionnés ou non, diront qu'ils sont redistribués … aux
retraités du moment… Soit.
Malheureusement, et ceci est une des grandes tares du système par répartition,
ce qui est perdu par l'assujetti aux cotisations, n'est pas gagné par les
retraités comme on veut bien le colporter.
Je ne peux pas développer le point, je vous renvoie au livre I de la
trilogie et à mes travaux avec François Guillaumat sur "la loi de Bitur Camember",
disponibles sur Internet et sur ce blog.
Bref, on est dans un "jeu perdant-perdant".
6. Le premier miracle de la capitalisation : l'organisation "gagnant
gagnant".
Dans un système par capitalisation, les € 2808 seraient acquis au smicard,
voire à sa famille, en propriété. Ils seraient mis en réserve et lui
rapporteraient des intérêts jusqu'à ce qu'il prenne sa retraite.
Et tout cela se calcule aisément avec un minimum d'incertitude, avec un
maximum de vraisemblance.
S'ils rapportent des intérêts, c'est qu'ils sont utiles à des gens, à savoir
les investisseurs de l'économie qui les empruntent et qui paient les
intérêts.
En d'autres termes, et c'est ceci un des deux grands miracles de la
capitalisation, tout en étant acquis en propriété au smicard, les € 2808 sont
redistribués un temps… aux investisseurs qui les font fructifier et bénéficier
à tout le monde.
Si la capitalisation est de 40 ans, l'économie, l'emploi, la croissance auront
bénéficié des sommes en question pendant cette durée.
On est donc dans un "jeu gagnant-gagnant".
7. L'autre miracle de la capitalisation
L'autre miracle de la capitalisation se trouve dans la technique des intérêts
composés.
« Le principe des intérêts composés est peut-être la découverte la plus
importante dans l’histoire de l’humanité » aurait déclaré Albert
Einstein.
Soit dit en passant, il existe deux façons de gagner des intérêts sur un prêt
de monnaie :
Le taux d'intérêt simple est un taux qui s'applique seulement au
capital (le montant de monnaie placé initialement, le principal). Les intérêts
gagnés ne sont pas ajoutés au capital.
Les intérêts composés sont des intérêts gagnés sur les intérêts. Ils
sont calculés non seulement sur le placement du capital, mais aussi sur les
intérêts produits.
Voilà la clé de la magie des intérêts composés, parce qu'à long terme, les
intérêts sur les intérêts (aussi appelés intérêts réinvestis
accumulés) augmentent considérablement la croissance des placements.
Malheureusement, l’ignorance des principes financiers est grande, en dehors de
ceux qui font métier de "travailler sur l’argent" et encore.
Si, chaque année, pendant 40 ans, les € 2808 sont versés sur le compte, le
smicard saura, par exemple, qu'il disposera d'un capital en propriété
- à un taux d'actualisation de 3%, de € 211 726,
- à 5%, de € 339 205,
- à 7%, de € 560 575.
Etant donnés les progrès réalisés en matière financière et de gestion du risque
financier, ces chiffres retenus pour le taux d'actualisation sous estiment le
chiffre observable dans le passé.
Et ce capital lui permettra de financer sa retraite, voire ses héritiers
en disposeront d'une partie s'il meurt prématurément. Un calcul
d'actualisation simple le montre (je vous renvoie au livre).
Entre temps , les chiffres, réponses respectives aux questions soulevées
précédemment, vont être inscrits sur son compte individuel de retraite qui
sera mis à jour en permanence et que le futur retraité pourra consulter quand
il le désirera.
8. Quelques remarques
a – Avec la capitalisation, pendant sa vie, le futur retraité peut donner en
caution le capital qu'il accumule pour un emprunt et payer ainsi un taux
d'intérêt moindre…
Avec l'organisation actuelle, c'est impossible.
Il y a donc
double coût.
b – Il peut passer d'un pays à un autre sans être pénalisé (hier d'une activité
à une autre…)
Avec l'organisation actuelle, c'est impossible.
Il y a donc coût.
c - Si par malheur … il meurt le jour de sa retraite ou peu après, le capital
qu'il a constitué est transmis à ses héritiers, à sa famille.
Avec l'organisation actuelle, ses héritiers n'ont rien ; tout se passe comme
s'ils supportaient un taux d'impôt de 100% sur le "droit à…", et cela montre la
vraie nature du "droit à…" : le mensonge.
Il y a donc coût.
d - Dans l'organisation obligatoire actuelle, le futur retraité n'a
pas un seul euro de capital accumulé devant lui.
Il a seulement un engagement de la CNAV - organisme sans capital sinon le
"cheptel des assujettis aux cotisations obligatoires" (cf. mon livre sur
la sécurité sociale) -, engagement au terme de quoi elle lui versera une
retraite jusqu'à sa mort, ce qu'on dénomme aussi un "droit à …", l'âge de la
retraite atteint ;
Mais il n'a pas l'engagement de la CNAV sur les montants de la retraite dans la
période de retraite (cf. livre I). Cela doit être souligné et ne saurait être
caché.
9. Un dernier mot étant donnée l'actualité.
Hormis qu'elles soient déclenchées par des
réglementations intempestives, la baisse des prix des actions … , la chute
des prix des créances sur certains marchés financiers, quand elles se
produisent, aussi montées en épingle soient-elles, sont des
épiphénomènes.
Elles ne sauraient altérer de façon significative rentabilité et risque de
rentabilité d'un portefeuille sur vingt ans, a fortiori sur trente ou
quarante ans.
N.B.
* Librairie de l’Université Aix en Provence, éditeur,
disponible immédiatement sur commande à http://www.aix-provence.com ; au prix
de 25 € TTC.
* Entretien audio : Retraites
du futur : la capitalisation.
* Entretien vidéo :
réponse à une première question ; et
réponse
à une seconde question.
* On pourra aussi se reporter à la page facebook "Futur
des retraites et retraites du futur".
Addendum.
Suite à un commentaire (cf. ci-dessous), je me pose la question : le "système
de Ponzi" a été dénoncé dans le passé, le système de Madoff vient de l'être
en 2008, quand celui comparable de la "retraite par répartition obligatoire" le
sera-t-il, une bonne fois pour toutes, par une majorité de voix, par exemple à
l'occasion d'un referendum ?
Autre question : Madoff ne serait-il pas un nom prédestiné ? "Mad...off" par
opposition à "Mad...in". "Mad in", on est fou, mais dans les règles
du droit, alors que "Mad off", on l'est hors des règles du droit...
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