Paris, le 26 avril 2010.



Aujourd’hui, en France, où près de 55% du P.I.B. semblent tomber des mains des hommes de l’Etat et du para Etat - qu’est l’organisation de la sécurité sociale obligatoire (O.S.S.O.) – sous forme de sommes de monnaie distribuées, il y a quelque chose de cocasse à lire tous les raisonnements économiques qui font abstraction de nos deux ensembles d’épouvantails qui, à cette occasion, démontrent leur efficacité dans le domaine : ils épouvantent tellement qu’on n’en parle pas !

La cocasserie atteint son comble quand les raisonnements n’hésitent pas à formuler des conclusions, par exemple en matière de retraite, et à dire qu’il y a un problème économique.


1. La retraite en tant qu’effets d’obligations réglementaires.

La retraite en France n’est pas le problème économique qu’on veut bien dire.

Elle n'est que la conséquence d’un problème politique dont on refuse de parler.  Il a été créé de toutes pièces, principalement au long des années 1936-1946 - aux deux prétextes des prétendus échecs et abus du capitalisme et du bien être qu’apporterait quelque communisme ou socialisme aux couleurs de la France -, et qui ont conduit à l’O.S.S.O.

La retraite en France démontre aujourd’hui, tout simplement, les effets à long terme des coups de force et autres coups d’Etat qui se sont déroulés et qui ont débouché sur l’O.S.S.O., effets qu’avaient prédits certains alors.


2. Remarque : le « non dit » de l’« obligatoire ».

Soit dit en passant, il est un fait que l’adjectif «obligatoire» n’est pas un leitmotiv du vocabulaire français.

En conséquence et a priori, de deux choses l’une :
- tout est obligatoire en France, le « libre » est extraordinaire et l’ « obligatoire » va sans dire ;
- rien n’est obligatoire, le « libre » est la règle, et cela est seul l’important…, pourquoi en effet encombrer le discours par le mot « obligatoire » ?

Que, dans une conversation à bâtons rompus ou pour un étranger observant la France, il en soit ainsi, soit.

Que dans un travail scientifique ou dans une opération politique de grande envergure, il en soit ainsi, nous sommes dans l’imposture.

Il faut savoir que la retraite en question aujourd’hui, qui occupe le gouvernement, est une retraite obligatoire, pas une retraite facultative, c’est une retraite multiparamètrique ou, si on préfère, multiobligation règlementaire par ses causes, infligée aux gens qui travaillent en France.

Rien ne justifie d’écarter le mot « obligatoire » du vocabulaire en relation avec la retraite comme c’est le cas ordinaire.

Si je vais le faire ci-dessous, c'est pour alléger les phrases. 


3. Le « très dit » de la « durée ».

Prenons le cas du paramètre ou de l’obligation réglementaire « durée de cotisation pour avoir le droit à une retraite à taux plein » que comporte le régime de base vieillesse du régime général de l’O.S.S.O., régime «essentiel» par le nombre de personnes concernées et qui fait beaucoup jaser.

3.A. N’ayons pas la mémoire courte.

Il faudrait d’abord que chacun sache que :

1) en 1945-46, la durée avait été fixée à 30 ans pour le régime général en cours de constitution ;

2) en 1971, i.e. 25 ans - une génération - plus tard, il y a donc près de quarante ans, cette durée a été allongée à 37,5 années, soit une augmentation de longueur de 25% ! ;
l’augmentation a véritablement sonné le glas de la retraite de base, mais personne ne l’a entendu ou n’a fait mine de l’écouter.

3) entre temps :

* en 1967, les ordonnances du gouvernement de l’époque (de Gaulle, président de la République, et Pompidou, 1er ministre) avaient cherché à mettre un terme à la gabegie du régime général que dénonçait la Cour des comptes : parmi les modifications que les ordonnances ont apportées à l’O.S.S.O., est à citer l’individualisation de la « branche » "sécurité sociale-vieillesse" ou, si vous préférez le mot, "...-retraite" ;

* en 1968, avait été convenue une hausse du salaire minimum industriel garanti (s.m.i.g.) de plus de 30% ;

* en 1970, le s.m.i.g. était devenu salaire minimum interprofessionnel de croissance (s.m.i.c.) ;

4) aujourd’hui, la « retraite à taux plein » du régime de base vieillesse du régime général de l’O.S.S.O. est 50% du «plafond de sécurité sociale», lequel est égal à 2,15 s.m.i.c. brut, soit
2,15 fois le vrai prix du travail diminué des prétendues «cotisations employeur» ou
1,37 fois ce vrai prix du travail ou, à peu de choses près,
1 s.m.i.c. brut.

3.B. « Tout cela est bien compliqué ».

« Tout cela est bien compliqué », devez-vous penser.
Je vous l’accorde, vous avez raison.
Mais c’est étudié pour…

Cette complication fait partie des effets de l’O.S.S.O. et de toute organisation planificatrice, elle contribue au coût de l’organisation, i.e. aux ressources gaspillées, et à sa disparition un jour ou l’autre pour cause d’augmentation permanente de ce coût.

A chacun de faire un petit effort et de supporter un petit coût pour s’informer et refuser certaines obligations nouvelles et pour éviter ainsi de supporter un coût non seulement plus élevé mais surtout croissant dans l'avenir jusqu'au jour où...

3.C. Une détermination non économique du montant de la retraite de base.

Dans ces conditions, il faut comprendre que le montant de la retraite du régime de base vieillesse du régime général de l’O.S.S.O. est entièrement déterminé par la collusion des hommes de l’Etat et du para Etat, par leur connivence.

La détermination du montant de la retraite de base n’a ainsi aucun fondement économique puisqu'elle procède de la fixation arbitraire du s.m.i.c.

Elle résulte d’un jugement porté par nos hommes sur ce qu’ils croient savoir des capacités productives de l’économie de la France et qui les conduit à fixer d’un commun accord ... politique :

- le montant du smic brut,
au 1er janvier 2010, le montant du s.m.i.c. horaire brut est fixé à €8,86, soit par mois €1343,77, sur la base de la durée légale de 35 heures hebdomadaires.

- le prix légal minimum du travail, via ce qu’ils dénomment les « cotisations employeur »,
au 1er janvier 2010,
2100 , soit près du double de la somme que le "smicard" trouve sur son compte en banque et dont il peut donc disposer pour survivre ;

- le « plafond de la sécurité sociale », un certain multiple du smic brut,
au 1er janvier 2010, le plafond mensuel est €2885 ;

- la « retraite à taux plein », une fraction du plafond,
au 1er janvier 2010, 50% du plafond.

3.D. Le « taux plein ».

"Et quel est le rapport de tout cela avec l’obligation réglementaire « durée de cotisations pour avoir le droit à une retraite à taux plein » ?", me direz-vous.

Il est direct : dès lors qu’on a moins que cette durée de cotisations, la retraite qu’on reçoit n’est pas «à taux plein», mais supporte une décote.
Aujourd’hui, la durée est de 41 années ou 164 trimestres. 

Par rapport à 1971, elle a donc été encore augmentée de 9,3%.

Et cela ne semble pas fini...

En tout état de cause, si vous n'avez pas ces nombres d'années ou de trimestres, votre retraite de base présentera donc une décote dont les paramètres ont été eux-mêmes fixés arbitrairement.


4. Attention à la confusion des durées obligatoires !

Cette obligation réglementaire de la « durée de cotisations pour avoir le droit à une retraite à taux plein » n’est pas à confondre avec l’obligation réglementaire de la «durée prise en considération pour le calcul du salaire de référence» dont il est question le cas échéant.

A supposer que vous satisfassiez l’obligation de la première durée, vous aurez droit à « 50% du plafond » à la condition que vous satisfassiez cette autre obligation que votre « salaire de référence » soit supérieur au plafond, c’est-à-dire que votre salaire moyen calculé sur la durée en question ne soit pas inférieur au plafond.

En d’autres termes, et par exemple, la personne qui, toute sa vie de travail durant, aura gagné le s.m.i.c. et qui satisfait la première obligation de durée, ne recevra pas pour autant comme retraite de base 50% du plafond.

Elle recevra un montant de retraite inférieur car son salaire aura été en permanence inférieur au plafond et car, en conséquence, son salaire de référence y est inférieur.


5. Le paradoxe de la durée.

Pour s’affranchir du capitalisme et du marché financier qui, seuls, permettent de gérer efficacement le temps et qu’ils honnissaient, les constructeurs de l’O.S.S.O. ont fait valoir la « répartition obligatoire » qui, de fait, obligent les "travailleurs" à vivre au jour le jour.

La « répartition obligatoire », c’est en effet, à chaque instant, prendre aux uns pour donner aux autres, en se servant au passage (frais de gestion de l'obligation réglementaire...).  Tout se passe comme si nos constructeurs avaient obligé le temps à suspendre son vol à défaut d'en faire abstraction.

Soit dit en passant, autre cocasserie, ils n'hésiteront pas à dire simultanément que le marché en général est myope, que le marché financier en particulier recherche de plus le profit à court terme.  Avec la répartition obligatoire, il n'y a même plus de terme !

En matière de retraite de base, c’est, à chaque instant, obliger les uns à payer des cotisations de sécurité sociale vieillesse pour verser des retraites aux autres, en se servant au passage.

Mais, comme on vient de le voir, les cotisations ont une dimension temporelle - via les salaires à prendre en considération pour le calcul du salaire de référence - et les retraites ont une dimension temporelle - via la durée de cotisations pour obtenir le « taux plein » ou un taux avec décote -. Ces deux dimensions temporelles ne sauraient être cachées.

Pas davantage que la troisième dimension de même nature : les régimes de retraite peuvent avoir un déficit car le marché financier accepte de leur prêter les ressources qui manquent.  Sans marché financier, pas de déficit.

En d’autres termes, loin d’être indépendante du temps, la répartition obligatoire y est étroitement liée.

Et sans les manipulations des obligations temporelles rappelées ci-dessus, les régimes de retraite de base auraient disparu depuis longtemps .

Mais, étant données toutes les manipulations pratiquées, l’ensemble des régimes de base de la sécurité sociale vieillesse est devenu hétérogène au point que jalousies et mécontentements s’exacerbent et l'exacerbation commence à apparaître à la surface de l'actualité.

Dans ces conditions, les hommes de l'Etat et du para Etat ne peuvent qu'être confrontés de façon croissante à un problème d'homogénéisation temporelle des régimes de base.

A coup sûr, étant donné l'évolution passée, il va arriver un jour où il sera plus difficile de passer à l'homogénéisation temporelle qu'à la capitalisation.

En attendant, tant sur l'homogénéisation de régimes de base en définitive incompatibles les uns avec les autres aujourd'hui que sur le passage à la capitalisation et les coûts respectifs des deux démarches, il conviendrait que les Français soient officiellement informés, ce qui n'a pas été malheureusement le cas jusqu'à présent.

A fortiori, il conviendrait que ce problème politique des régimes de retraite obligatoires de base ne soit pas mélangé avec celui des obligatoires complémentaires malgré ce que certains s'emploient à faire, vraisemblablement pour que rien ne change en dépit de la débâcle.



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