Paris, le 27 octobre 2008.

La situation financière actuelle - souvent dénommée "crise financière" - démontre d'abord, et une fois de plus, l'ignorance - ou l'incertitude radicale - limitée sur la réalité économique dans laquelle se trouve chacun d'entre nous, qu'il soit dirigeant d'entreprise, homme de l'Etat, économiste, ou autre.

Beaucoup ne s'y attendaient pas, ils ne l'avaient pas prévue. Parmi ceux qui s'y attendaient, beaucoup ne s'attendaient pas qu'elle se produisît aujourd'hui.

Combien s'attendent avec certitude à ce qu'une situation nouvelle, moins heurtée (de variations des prix des actions faibles, de diminution des faillites et des augmentations de capital en catastrophe, d'espérances de croissance économique plutôt que de dépression), lui succède très prochainement ?
Vraisemblablement, peu.

Encore moins donnent une description rationnelle du chemin qui pourrait y mener.


1. L'ignorance bannie des théories économiques officielles.

Malgré cela, les commentateurs continuent à ne pas évoquer l'ignorance limitée de chacun, à commencer par la leur propre, comme élément d'analyse économique.
Et ils n'hésitent pas à faire appel à des théories économiques qui l'exclut arbitrairement, pour asseoir leurs propos.

D'une façon générale, les théories économiques à quoi ils se réfèrent pour expliquer – en général après leur apparition - les situations économiques excluent l'ignorance - ou l'incertitude radicale - limitée de chacun.

Certains internautes vont me dire : mais comment en tenir compte ? Cela n'est pas possible.


2. La théorie autrichienne ignorée

En s'expriment ainsi, ils font apparaître une ignorance spécifique : ils ignorent l'école de pensée économique dite "autrichienne".

Et il y a une bonne raison pour qu'ils se trouvent dans cette ignorance : la théorie autrichienne est vouée aux gémonies tant par les marxistes que par les néo keynésiens, voire par certains de ceux qui restent monétaristes orthodoxes.

Bref, l'intelligentsia économique a bannie l'école de pensée économique autrichienne et ils en sont les dindons comme en témoigne leur ignorance.

Postulat de l'école (cf. Mises) :
l'homme agit, mène des actions s'il est incertain sur l'avenir. S'il connaissait l'avenir, il n'agirait pas ; à l'extrême, il réagirait.

Et la théorie de l'école de prendre en considération à la fois les actions des êtres humains – et non pas seulement les résultats de celles-ci comme le font les théories en vogue chez l'intelligentsia– et l'incertitude de chacun – que parfois, certes, ces mêmes théories prennent en considération -.


3. La prétention spoliatrice.

Personne n'est donc certain sur la réalité économique, pas plus les hommes de l'Etat, qui, à les en croire "pour le bon motif", font payer des impôts, que le banquier central à qui le législateur a donné un beau jour dans le passé le privilège de monopole d'émission de la monnaie.

Le chef d'entreprise sait qu'il ne sait pas et, si la faillite le hante, elle ne lui interdit pas d'agir.

Les hommes de l'Etat ou le banquier central, eux, ont la prétention de savoir et ils se moquent comme d'une guigne de la faillite étant donnée l'irresponsabilité institutionnelle dont ils bénéficient : le contribuable paiera.
Explicitement ou non, cette prétention les amène à affirmer qu'ils mettent sur pieds des politiques économiques ou des politiques monétaires et qu'ils les mènent avec "efficacité".
Le cas échéant, ils n'hésitent pas à dire après coup, au vu des résultats lamentables obtenus comparés aux résultats qu'ils avaient fait miroiter, que, s'ils n'avaient pas agi comme ils l'ont fait, la situation serait pire.
Avant coup, ils n'hésitent pas non plus parfois à faire feu de tout bois et à enfiler des promesses.

Pour leur part, et sans prétention, chefs d'entreprise et employés savent qu'ils doivent payer les impôts qu'exigent les hommes de l'Etat quoi qu'il arrive et qu'ils ont l'obligation légale de se servir de la monnaie qu'émet le banquier central.


4. Et l'euro, dans tout çà.

Nous sommes fin octobre 2008.

Il y a dix ans, l'euro était en gestation.
Pour ne prendre qu'un exemple, celui de la France :
* Monsieur Strauss-Kahn, alors ministre de l'économie et des finances du gouvernement de l'Etat, se félicitait de le porter sur les fonds baptismaux - il démissionnera quelques temps plus tard à cause de l'"affaire de la M.N.E.F." - ;
* la "Banque de France", banque centrale de la France devenue indépendante de l'Etat quelques années auparavant, allait perdre son privilège d'émission de monnaie "franc français" au 1er janvier 1999 pour gérer, avec d'autres banques centrales dans son cas, la nouvelle monnaie "euro" sous tutelle du monopole d'émission conféré à la toute nouvelle "Banque centrale européenne".

Au terme des calculs monétaires officiels sur quoi étaient tombés d'accord les hommes de l'Etat cette année-là (en mai 1998 puis en décembre 1998), le prix de l'euro était égal à 6,55957 francs français et à 1,18 $ des Etats-Unis.

Aujourd'hui, le prix de l'euro est de l'ordre de 1,24-1,25 $ après qu'il a baissé dans une première période jusqu'à près de 0,80 $ pour remonter jusqu'à près de 1,60 $ dans une deuxième période avant de rebaisser au niveau où il se trouve aujourd'hui.

Le dixième anniversaire de l'euro sera-t-il fêté ?
Peut-être, il n'est pas trop tard à ce jour…

Deux choses sont certaines : 
* curieusement, à aucun moment l'euro n'a été évoqué jusqu'à présent – à ma connaissance - en relation avec la situation financière actuelle ;
* l'euro n'a pas empêché qu'elle survienne.

Serait-elle pire si l'euro n'avait pas existé ?
A cette question, je propose la réponse suivante : 
* si l'anniversaire est fêté, c'est que les partisans de l'euro répondent par l'affirmative et, à l'occasion de la fiesta, ils feront valoir leurs arguments ;
* s'il n'est pas fêté, c'est qu'ils répondent implicitement par la négative et qu'ils ont découvert – preuve de leur ignorance passée sur le point – un "gros inconvénient" de l'euro.



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