Paris, le 2 février 2009.



Pourquoi la demande globale serait-elle satisfaite ?
Tous les besoins ou les désirs des êtres humains seraient-ils satisfaits ? N'y aurait-il plus rareté ?

Pourquoi la demande globale ne serait-elle pas en permanence et potentiellement supérieure à l'offre globale ? Pourquoi serait-elle devenue insuffisante ?
L'offre serait-elle parvenue à rendre la rareté un mauvais souvenir ?

Que non !  Il y aura toujours une demande globale et cette demande sera toujours potentiellement supérieure à l'offre, n'en déplaise aux keynésiens de tout poil.

Et les prix en monnaie à quoi leur maitre n'avait daigné s'intéresser dans la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie (1936) (cf. Rueff 1947) permettront qu'il y ait néanmoins ajustement permanent de la demande et de l'offre globales aux meilleures conditions que personne ne saurait connaître a priori.

On regrettera certes qu'une partie de la demande ne soit pas satisfaite à ces conditions, qu'une partie de l'offre qui pourrait la satisfaire ne la satisfasse pas à ces conditions, mais c'est ainsi. On peut aussi regretter de ne pas marcher sur la tête, mais c'est aussi ainsi.

Les prix en monnaie varieront donc pour qu'il y ait ajustement.
Encore faut-il qu'ils ne soient pas entravés par des décisions humaines irresponsables.


1. Des contresens.

Une grande entrave procède du fait que les concepts de demande et d'offre sont parfois massacrés à l'occasion de la prise en considération d'un marché particulier.

En voici deux exemples.

1.A. Le marché du travail.

Les statisticiens de l'I.N.S.E.E. – créé en avril 1946, grande année de libéralisme... - ont forgé, en France, les anti concepts de "demandes d'emploi non satisfaites" (D.E.N.S.) et d'"offres d'emplois non satisfaites" (O.E.N.S.) et ont la prétention de les mesurer.

Ils se sont mis ainsi en dehors de la théorie économique – sauf à avoir visé à la révolutionner - pour autant que leurs O.E.N.S. se substituent au concept de "demande de travail des employeurs" et leurs D.E.N.S. font de même avec le concept d'"offre de travail par les employés".

Certes, Keynes avait résolu la question de son temps toujours dans la Théorie générale ... : selon lui, il n'y avait pas d'"offre de travail" et, par conséquent, il n'y avait pas de marché du travail à considérer.
Soit dit en passant, il avait aussi laissé de côté le marché financier.
Soit dit en passant encore, alors et pour une grande majorité d'économistes, il n'y avait pas non plus de "marché de la monnaie", les concepts d'offre et de demande de monnaie n'étaient pas admis ! Tout cela a changé depuis lors.

Faut-il pour autant continuer à entretenir le contresens aujourd'hui ?

1.B. Le marché des créances (compartiment du marché financier).

Exemple d'actualité : "les banques offriraient des crédits", mais, en ce moment, elles n'en offriraient pas pour un grand nombre de raisons, la principale étant qu'elles auraient peur de le faire.

Cette façon de s'exprimer est un indicateur de la "crise scientifique" en relation avec les événements financiers actuels.  Elle n'est pas nouvelle, mais démontre un certain caractère atavique. ..

Remettons les choses dans le bon sens : économiquement, les banques n'offrent pas des crédits quand elles prêtent de la monnaie, mais elles demandent des crédits ou, si on préfère le mot, des créances. Et celles-ci sont inscrites à l'actif de leur compte de bilan, qu'elles soient vraies ou fausses.

Qui offrent des crédits, des créances ? Toute personne qui n'a pas de monnaie et qui cherche de la monnaie pour effectuer des paiements en monnaie, bref toute personne qui cherche à emprunter de la monnaie : 
* Les personnes juridiques privées – dénommées par certains les "ménages" : tout particulier qui veut acheter, par exemple, une maison ou une voiture ou etc. et qui n'a pas la quantité de monnaie nécessaire pour payer le prix en monnaie de la maison ou de la voiture, doit emprunter la monnaie.
* Les personnes juridiques morales : les entreprises industrielles et commerciales.
* Les Etats dont les hommes n'osent pas égaliser le montant des impôts à celui de leurs dépenses pour des raisons électorales et qui se retrouvent en déficit budgétaire.


2. Conséquences.

Ces contresens, au minimum de vocabulaire, qui consistent à faire passer pour des offres, des demandes et des offres pour des demandes ont comme conséquences, si on n'y prend garde, de ranger dans la demande globale des éléments qui ne devraient pas y figurer (comme les D.E.N.S. ou les "demandes de crédit par les ménages, les entreprises, les Etats") et de classer dans l'offre des éléments qui ne devraient pas y figurer (comme les O.E.N.S. et les "offres de crédit par les banques").

Autre conséquence, ils peuvent altérer l'analyse de la variation de la demande ou de l'offre globale ou celle de leur ajustement.

2.A. La demande globale ne varie pas pour la cause qu'on croit.

Par exemple, toutes choses égales par ailleurs, une augmentation de la demande de travail par les employeurs donne lieu à une augmentation de la demande globale. Cet effet est rarement commenté sauf quand a été introduit la notion de "plein emploi" : on dira alors que la demande bute sur le plein emploi et que, par exemple, il faut "importer de la main d'œuvre étrangère".
Avec le contresens, une augmentation des D.E.N.S. donnerait lieu à une augmentation de la demande globale, ce qui est une contrevérité rarement avancée….

Et, toutes choses égales par ailleurs, une diminution de la demande de travail par les employeurs donne lieu à une diminution de la demande globale. Cet effet est commenté : c'est l'apparition ou l'augmentation du chômage
Avec le contresens, une diminution des D.E.N.S. donnerait lieu à une diminution de la demande globale, contrevérité, absurdité, certes rarement avancée.

Toutes choses égales par ailleurs, une augmentation de la demande de créances par les banques donne lieu tout autant à une augmentation de la demande globale. Et certains voient parfois dans le phénomène le début du processus inflationniste étant donné l'adage "credit make deposit".
Avec le contresens, une "augmentation de la demande de crédit des ménages" donnerait lieu à une augmentation de la demande globale, contrevérité, absurdité souvent avancée.

Bien évidemment, une augmentation de la demande de travail et une diminution de la demande de créances peuvent s'équilibrer en valeur absolue et faire que la demande globale ne varie pas toutes choses égales par ailleurs.

2.B. L'offre globale ne varie pas pour la cause qu'on croit.

Toutes choses égales par ailleurs, une augmentation de l'offre de travail par les employés donne lieu à une augmentation de l'offre globale. Au lieu d'insister sur le phénomène, on évoquera souvent l'apparition ou l'augmentation du chômage.

Avec le contresens, une "augmentation de l'O.E.N.S." donnerait lieu à une augmentation de l'offre globale, contrevérité, absurdité certes peu avancée.

Toutes choses égales par ailleurs, une augmentation de l'offre de créances par les particuliers, les entreprises ou les Etats donne lieu tout autant à une augmentation de l'offre globale. Par exemple, à concurrence du déficit budgétaire de l'Etat financé par emprunt, il y a augmentation de l'offre globale.

Avec le contresens, une "augmentation de l'offre de crédit des banques" donnerait lieu à une augmentation de l'offre globale, contrevérité, absurdité souvent avancée.

Une augmentation de l'offre de travail et une diminution de l'offre de créances peuvent s'équilibrer en valeur absolue et faire que l'offre globale ne varie pas toutes choses égales par ailleurs.

2.C. L'ajustement de l'offre et de la demande globales ne se fait pas par ce qu'on croit.

Ces contresens en définitive articulés au marché du travail et au marché des créances contribuent, si on n'y prend garde, à faire oublier que n'est pas satisfaite a priori la demande globale (où devraient donc être classées la demande de travail par les employeurs et la demande de créances par les banques), que les besoins ou les désirs des êtres humains ne sont pas satisfaits, et qu'à un instant donné et pour une période à venir, il y a rareté.

Ces contresens empêchent aussi de comprendre que, pour ces raisons, la demande globale est en permanence et potentiellement supérieure à l'offre globale (où est donc à classer l'offre de travail par les employés et l'offre de créances par les particuliers, les banques et les Etats).
L'offre globale ne saurait parvenir à rendre la rareté un souvenir et, en certains cas, elle suscite bien au contraire de nouvelles raretés. Nous en avons d'ailleurs aujourd'hui sous les yeux : qui aurait songé il y a vingt ans aux nouvelles techniques d'informations et de communications et aux raretés qui s'en déduisent ?

Ces contresens empêchent a fortiori et surtout de comprendre que les prix en monnaie (taux d'intérêt et taux de change) font en sorte, par leurs variations, qu'il y ait ajustement permanent de la demande et de l'offre globales dans les meilleures conditions.
Ponctuellement, le prix en monnaie d'un bien augmente quand sa demande est supérieure à l'offre, il baisse dans le cas contraire.
Etant donnés tous les biens, quand des prix de certains augmentent, les prix d'autres diminuent.

Et quand la demande globale augmente plus que l'offre globale, tous les prix en monnaie ont tendance à augmenter ("ajustement à la hausse").


3. L'illusion.

Certes, dans tous les cas, une partie de la demande n'est pas satisfaite étant donnés les prix en monnaie, une partie de l'offre qui pourrait la satisfaire ne la satisfait pas étant donnés ces prix, mais on peut démontrer que, demain, l'offre globale satisfera toujours davantage et mieux la demande globale.

Et les dirigistes ont beau jeu de dire alors qu'il faut leur faire confiance, qu'ils ont les moyens de réaliser l'ajustement autrement et que beaucoup passent par la réglementation. Telle est la grande illusion instillée par Keynes et ses disciples.

Ces contresens sur le marché du travail et le marché des créances contribuent à empêcher en effet de comprendre que, si les prix en monnaie ou tel ou tel d'entre eux sont réglementés, voire fixés par un législateur – tout législateur est nécessairement ignorant -, l'ajustement permanent en douceurs n'a plus lieu.
Une partie de la demande qui ne devrait pas être satisfaite l'est peut-être (cas des prix, taux d'intérêt ou taux de change maintenus bas).
Une partie de l'offre qui ne devrait pas être satisfaire l'est peut-être (cas des prix, taux d'intérêt ou taux de change maintenus hauts).

Mais il faut s'attendre que, demain, un ajustement autrement important et brutal que les ajustements permanents refusés aujourd'hui, ait lieu au grand dam de ceux qui, aujourd'hui, ont la prétention de savoir et d'agir dans le bon sens.
L'information, la réduction de l'ignorance limitée de chacun, les connaissances qu'il acquiert contre vents et marées démystifient en effet la réglementation et les conséquences que celle-ci apporte. La réglementation n'y peut rien d'ailleurs en dépit des conditionnements qui lui sont souvent adjoints.


4. Nous y sommes !

Et nous sommes arrivés à l'ajustement. Tout est déchaîné au sens étymologique du mot, désenchaîné. L'ajustement qui n'avait pu se faire dans le passé et avait donc été retardé est en cours

La demande qui était satisfaite hier et qui n'aurait pas du l'être aux conditions de prix, taux d'intérêt ou taux de change pratiqués se retrouve "Gros-Jean comme devant".
On pense immédiatement aux demandes de créances hypothécaires à taux révisables par les banques et autres intermédiaires financiers (de type "subprime"). 
Et cette demande avait pesé sur la bonne, la vraie demande.
C'était par exemple la demande de travail des secteurs qui ne pouvait pas rivaliser avec le secteur financier.

Et l'offre qui était satisfaite hier et qui n'aurait pas du l'être aux prix, taux d'intérêt ou taux de change pratiqués a disparu ou est en train de le faire.
C'est par exemple, et en particulier, le cas d'une partie de l'offre de travail dans l'industrie financière ou dans le secteur immobilier. Autant de chômage nouveau.
C'est aussi le cas d'une partie de l'offre de créances.

Mais cette offre avait pesé sur la bonne, la vraie offre, comme, par exemple, celle des financiers qui se méfiaient de certains produits financiers risqués et qui avait en conséquence une rentabilité moins grande.

Bref, nous assistons depuis quelques temps à un ajustement important de l'offre et de la demande globales par les quantités (baisse de l'une et de l'autre).

Et cela ne doit pas cacher l'ajustement concomitant par les prix (taux d'intérêt ou taux de change).
Certes, les ajustements sont tragiques pour beaucoup car ils donnent lieu à des pertes de revenu ou de patrimoine.


5. L'ignorance entretenue.

Mais l'ignorance entretenue par des contresens ou les analyses altérées par ces derniers qui y ont conduit n'étaient-elles pas pathétiques et ne méritent-elles pas beaucoup d'attention ?

L'ignorance est d'ailleurs toujours pathétique et d'autant plus que ceux qui en font preuve nient à la fois le raisonnement économique et l'expérience qui a conduit à la situation présente comme le démontre la ligne de mire politique qui, désormais, est le plus souvent bloquée sur la ligne de pensée du "magicien de Cambridge".

Combien de temps va durer le double ajustement en cours qui, répétons-le, aurait du se passer hier "sans coups ni blessures" s'ils n'avaient pas été empêchés par les décisions de prétendus législateurs omniscients ?
Personne ne saurait le dire.

Et quiconque prétendra le savoir ne sera qu'un illusionniste à ne pas écouter et à fuir.

Mais il y a une certitude : si les législateurs prétendument omniscients qui ont conduit à la situation actuelle réglementent ou laissent entrevoir qu'ils vont réglementer "pour remettre de l'ordre ou de la morale" - comme ils disent -, l'ajustement sera long, très long.
Ils oublient ou ignorent en effet que, comme l'a magnifiquement écrit François René de Chateaubriand :










"[...] regardez à la fin d'un fait accompli, et vous verrez qu'il a toujours produit le contraire de ce qu'on en attendait, quand il n'a point été établi d'abord sur la morale et la justice."






Et ce sont leurs réglementations qui ont conduit à la situation où se trouve le monde aujourd'hui car elles ne procédaient ni de la morale ni de la justice, mais du "marché politique", et ne pouvaient en procéder comme ils le croyaient ou l'affichaient - dernier contresens à souligner -. Il faudrait qu'ils s'en convainquissent.


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