Paris, le 15 février 2009.


L'économie peut-elle être arrêtée ou momentanément freinée ?
Voilà une question que s'est posée la vulgate économique hier, au début du XXème siècle, et à laquelle elle a donné une réponse lourde de conséquences.


1. La "rareté monétaire".

La réponse était alors que l'expansion fût freinée et stoppée par la "rareté monétaire".
Elle jugeait nécessaire la croissance de la "masse monétaire" – expression française à relents physico-mathématiques pour désigner la "quantité de monnaie" et qui ne résout pas les problèmes de mesure que pose parfois celle-ci -.

Grandes conséquences de la réponse : les tours de prestidigitation incessants des autorités monétaires et autres législateurs nationaux, seuls ou à plusieurs, dans l'ordre ou dans le désordre économique, tout au long du XXème siècle.

Faut-il rappeler les principaux ?

Décennie 1920 : abandon de l'étalon or et adoption de l'étalon de change or (et il y a eu 1929 et après…) ;

Décennie 1970 : abandon de l'étalon de change or et adoption du système monétaire européen (S.M.E.) par les pays de la Communauté économique européenne (C.E.E.) (et il y a eu l'inflation mondiale...) ;

Décennie 1990 : abandon du S.M.E. puis abandon par certains des pays de la C.E.E. - devenue l'Union européenne (U.E.) – de leurs monnaies nationales respectives et adoption de l'étalon euro et de la Banque centrale européenne (B.C.E.) - banque centrale "régionale" dont la structure de bilan mérite d'être comparée à celle du bilan de la Banque centrale des Etats-Unis (Fed) à sa création en 1913 (il y a donc moins d'un siècle...) -.

Tout cela moyennant une augmentation des prix en monnaie des biens, inimaginable antérieurement, surtout pendant une aussi longue période, alors qu'il y avait eu stabilité des prix le siècle précédent.

Cette déliquescence monétaire a-t-elle contribué à l'expansion ?

Je laisserai la réponse à la question en suspens jusqu'à un prochain billet.
Je proposerai seulement, dès à présent, qu'on ne mélange pas la question de la monnaie et celle de la quantité de monnaie, deux questions qui, malgré les apparences, n'ont que peu de choses en commun.


2. La "rareté financière".

Entre temps, parallèlement à cette "évolution", il y a eu aussi un développement considérable des marchés financiers comme si l'expansion eut été aussi freinée voire stoppée par la "rareté financière", comme si la nécessité de la croissance de la "quantité financière" avait été satisfaite ainsi.  Mais, à la différence de l'évolution monétaire, l'évolution financière s'est faite spontanément, sans autorité du même nom ni législateur national.

De fait, le développement financier a couvert tant les besoins des Etats – leurs déficits budgétaires respectifs - que les besoins des emprunteurs en général.
Très précisément, l'adage "l'offre crée la demande" a été illustré mieux que jamais.

Quelle offre ? l'offre financière.
Quelle demande ? la demande financière.

Etant donnée la facilité avec laquelle ils pouvaient emprunter la monnaie dont ils avaient besoin – une facilité croissant avec l'innovation financière qui, soit dit en passant, n'existerait pas selon J.K. Galbraith (1990) -, non seulement les Etats ont accru leurs dépenses, mais encore ils ont préféré ne pas augmenter proportionnellement la fiscalité dont, a priori, ils étaient maîtres ... et recourir aveuglément à l'emprunt.
Il est à souligner que les Etats des "pays de l'euro" en sont même arrivés, pour leur part, à abandonner, chacun, la "souveraineté monétaire" qu'ils avaient acquise de haute lutte sur leur territoire – et, par conséquent, l'"impôt d'inflation" qui en découlait à l'occasion – au machin, à la BCE.

Les autres emprunteurs, particuliers et entreprises, n'avaient certes pas cet éventail de choix, mais étaient soumis à la règle de bon sens, subjective, de la solvabilité - règle chère aux épargnants investisseurs dans un état de droit -.
De fait, la règle a été assouplie de façon progressive et indirecte grâce aux modèles mathématiques de gestion de portefeuille en relation avec l'innovation financière et compte tenu de l'endettement croissant des Etats qui a fait le reste.

Seulement les innovations financières et l'emploi des modèles sans discernement, sans interrogation sur les hypothèses mathématiques, sans intelligence de considérations économiques essentielles qui y étaient cachées, ont contribué au récent tête à queue financier.


3. Le retour de la "rareté financière".

Aujourd'hui, la rareté financière est explicitement à l'ordre du jour. 
En particulier, et au contresens de vocabulaire près, les banques "n'offriraient plus de crédit". 
En vérité, elles "ne demandent plus autant de créances" pour la bonne raison qu'elles craignent d'acheter directement ou indirectement des "fausses créances", cela leur a déjà suffisamment coûté.

Mais comme si la règle de la solvabilité n'avait pas retrouvé droit de cité chez les épargnants investisseurs et comme si vraisemblablement les modèles mathématiques sus nommés n'avait pas retrouvé le néant d'où ils n'auraient jamais du être sortis sauf avec force protection ou réserve, les Etats se lancent dans des emprunts toujours plus considérables.

Cela va-t-il débloquer le frein à l'expansion ?

L'économie n'est pas une mécanique – machine simple ou compliquée -, l'expansion ne saurait être bloquée par un frein.

L'économie est un ensemble de relations entre des êtres humains plus ou moins ignorants : la connaissance étant la rareté suprême.

L'application des règles de droit (propriété, responsabilité et échange) leur permet de l'être moins et d'en tirer bénéfice – de vivre -.

L'application des règles est bien évidemment difficile et les actions en respect de ces règles se soldent parfois par des pertes significatives.

Le contresens à ne pas commettre - quoique très en vogue en tant que tel et pour les conséquences vécues qu'il occasionne - consiste à mélanger les règles et leur application, à mettre l'accent sur les règles et à pérorer : les règles de droit sont "imparfaites" et, en conséquence, le législateur doit les "améliorer".

A force d'"améliorations", les législateurs nationaux ont donc conduit à la situation actuelle.  Il faut le reconnaître, la situation est doublement extraordinaire.  Elle l'est d'abord en raison de toutes les commissions qui avaient été mises en place pour éviter qu'une situation de cette nature se produisît et qui n'ont vu que du feu à sa réalisation progressive (par exemple). 
Elle l'est ensuite à concurrence des pertes dont les montants sont encore mal cernées après plus de douze mois de gesticulation pour simplement mettre le doigt dessus et les connaître.


4. La philosophie du pseudo expérimentalisme.

Dans ces conditions, comment quelqu'un peut-il nier que la situation actuelle est une preuve supplémentaire décisive contre le socialisme ?
Comment des gens peuvent-ils promouvoir la vision absurde qu'elle est une preuve supplémentaire contre le libéralisme ?

La réponse se trouve dans la philosophie du pseudo expérimentalisme.
Il faut se rendre compte que le pseudo expérimentalisme protège le socialisme de la réfutation dont témoignent les échecs de ce dernier et lui procure encore quelque crédibilité.

Selon H.H. Hoppe  (1988), le pseudo expérimentalisme est fondé sur deux hypothèses :
primo, on ne peut rien connaître de la réalité avec certitude, a priori, et,
secundo, une expérience ne peut jamais prouver définitivement qu'une relation entre deux ou plusieurs événements existe ou n'existe pas.

En utilisant ces deux hypothèses comme point de départ, il est facile d'écarter les réfutations empiriques du socialisme.

Le socialiste pseudo expérimentaliste ne nie pas les faits.
Mais il affirme que telle ou telle expérience ne constitue pas un procès du socialisme.
Selon lui, les situations désastreuses auxquelles a conduit l'une ou l'autre de ces "expériences" sur des cobayes humains seraient dues à des circonstances négligées et non contrôlées qui seraient dûment prises en compte à l'avenir.

Avec le pseudo expérimentalisme, même les différences frappantes entre l'Allemagne de l'Est et l'Allemagne de l'Ouest ont pu ainsi être expliquées.
Le pseudo expérimentaliste a dit, par exemple, que c'était parce que l'Allemagne de l'Ouest avait reçu l'aide du Plan Marshall tandis que l'Allemagne de l'Est avait dû payer des réparations à l'Union soviétique, ou parce que l'Allemagne de l'Est englobait les provinces rurales d'Allemagne les moins développées ou que la mentalité servile n'avait été écartée à l'Est que beaucoup plus tard, etc.

Selon le pseudo expérimentalisme, on ne peut exclure d'aucune façon que tout événement soit une cause possible de quelque chose.
Même les choses les plus absurdes - à condition qu'elles aient eu lieu plus tôt dans le temps - , peuvent être des causes possibles. Le nombre des excuses est donc sans fin.

Le socialiste pseudo-expérimentaliste peut rejeter toute accusation portée contre le socialisme dans la mesure où il rejette les démonstrations logiques et ne veut jamais entendre que les arguments fondés sur l'expérience -- alors que d'après sa méthode, aucune expérience ne peut jamais --jamais-- être concluante.
Il prétend que, puisque nous ne pouvons pas savoir ce que les résultats des politiques socialistes seront dans l'avenir, nous devons les essayer et laisser parler l'expérience elle-même.
 
Et peu importe à quel point les résultats sont mauvais, le socialiste pseudo expérimentaliste peut toujours se sauver en blâmant certaine variable négligée jusqu'alors, plus ou moins plausible. Il n'a qu'à faire à chaque fois une nouvelle version révisée de l'hypothèse et, si celle-ci n'est pas confirmée, en inventer une autre, et ainsi de suite, sauvant indéfiniment le socialisme de la démonstration de son caractère purement destructeur.

Le pseudo expérimentaliste peut bien conclure d'une expérience qu'un type particulier de politique socialiste n'a pas atteint son but prétendu de produire davantage de richesse. Mais cette expérience-là ne peut jamais lui dire si un autre type de politique socialiste, un peu différent, ne produira pas de meilleurs résultats.
Elle ne lui prouvera pas davantage qu'il sera toujours impossible d'améliorer la production de biens et services ni d'élever les niveaux de vie au moyen d'une politique socialiste.

Le pseudo-expérimentaliste peut bien se prétendre "ouvert", "non dogmatique" (à la différence de ceux qui disent que deux et deux font toujours quatre) et à l'écoute du réel, la vérité est que sa prétendue "méthode" n'est qu'un procédé sophistique qui ne peut, logiquement, qu'immuniser toute norme, si absurde et donc criminelle soi-elle, contre toute espèce de réfutation, puisqu'on ne peut réfuter la philosophie normative norme que par des moyens philosophiques c'est-à-dire purement logiques, ceux-là mêmes dont il refuse de reconnaître la pertinence.
Il est le moyen intellectuellement malhonnête parfait pour abriter le socialisme de la vérité flagrante de son propre échec.

Ludwig von Mises a montré que le socialisme échouait parce que, tout simplement, il violait les lois irréfutables de l'économie.

Avec des déficits programmés des Etats toujours plus importants et un "marché financier brisé", la situation actuelle ne peut que continuer et s'approfondir.

Bref, l'expansion ne saurait avoir des freins.
Mais l'économie a des empêcheurs de perfectionnement et, au moins, le dernier siècle a illustré ce point de façon spectaculaire.
Il y a lieu de connaître, de dénoncer et de tenter de réduire l'usurpation des droits et capacités à laquelle ils se sont livrés pour soi-disant exercer leur prétendue "mission", a fortiori quand ils nous menacent de s'en donner encore davantage à l'avenir.
Il ne faut pas attendre, l'économie future en dépend.



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