A Paris, le 21 juin 2009.


" Et l'Esclavage, qu'est-ce autre chose que l'oppression organisée dans un but de spoliation?" (Frédéric Bastiat,1850, Harmonies économiques)


1. Les lois du marché.

L'économie, par définition, mondiale, est un marché hérissé de réglementations nationales ou régionales qui sont autant d'obstacles aux échanges, d'entraves aux actions de vous et moi, et qui dénaturent ce qu'il est convenu de dénommer les "lois du marché".

Les réglementations expliquent, par exemple, qu'on puisse distinguer les marchés à l'ouest, à l'est, au sud ou au nord, et qu'ils présentent, à l'observation, des différences superficielles.

Mais les "lois du marché" ne sont pas d'abord l'offre et la demande - de quantités - d'objet sur le marché d'icelui, ce sont d'abord la propriété, la responsabilité et l'échange contrat synallagmatique des objets, i.e. les règles de droit.

Avant de convenir d'un prix en monnaie contractuellement et de livrer ou de régler des quantités d'objet convenues, on convient en responsabilité d'échanger des droits de propriété sur les quantités d'objet, i.e. des droits d'"usus", de "fructus" ou d'"abusus", séparés ou ensemble. L'oublier expose aux pires erreurs de raisonnement.


2. Le pouvoir réglementaire.

Les réglementations limitent arbitrairement, et plus ou moins, ces lois fondamentales du marché que sont les règles de droit. A l'extrême, et selon le point de vue d'où on choisit de se placer, on dira que les réglementations obligent ou interdisent.

L'offre et la demande du marché cachent donc des propriétés, des responsabilités et des échanges contrats synallagmatiques limités arbitrairement par les législateurs nationaux, seuls ou en association avec d'autres.  Et cela ne devrait jamais être oublié.


3. L'ajustement de l'offre et de la demande du marché.

Dans ces conditions, tout ajustement de l'offre et de la demande du marché cache non seulement des limitations des règles de droit, mais encore des variations de celles-ci quand les législateurs nationaux décident de telles variations, i.e. de "faire des réformes" selon l'expression longtemps consacrée avant que surgisse récemment l'expression "moderniser" - comme si une réglementation pouvait être modernisée ! -.

Rappelons en passant que l'ajustement de l'offre et de la demande du marché se fait par variations du prix en monnaie et par variations des quantités d'objet, des variations jugées officiellement plus ou moins importantes et néfastes selon les époques.


3.A. Les conséquences du pouvoir réglementaire.

Curieusement, aucun accent officiel n'est mis sur les effets des limitations des règles de droit sur l'ajustement de l'offre et de la demande du marché, ni sur les effets des variations de ces limitations
sur ce dernier, comme si les unes et les autres n'en avaient pas ! Mais alors, si elles n'en ont pas, pourquoi instituer ces réglementations et les modifier ?

En conséquence, et malgré tout, l'évocation des effets reste confidentielle. Il faudrait que cela changeât…

Non seulement ces limitations des règles de droit ont des effets déplorables sur les ajustements, mais encore les variations de ces limitations en accentuent le rythme ou l'importance désastreuse (cf. Kirzner 1979 par exemple).


3.B. L'exemple de la monnaie.

Parmi les grandes limitations du droit et les grandes variations de celles-là décidées au XXème siècle, à partir de la décennie 1920, il y a à souligner celles qui concernent les monnaies d'or ou d'argent qui avaient spontanément émergé comme intermédiaires des échanges dans le passé des pays et qui avaient progressivement évolué du fait de la recherche réussie de la réduction des coûts d'échange et de l'intermédiaire des échanges.

Mais, tant nationalement que mondialement, les législateurs nationaux, seuls ou en association, ont décidé de rompre le lien légal entre la monnaie nationale et l'or, l'argent ou les deux (dans le cas du bimétallisme).

Et pour tenter de mener à bien leur entreprise diabolique, dont le résultat ne pouvait que leur apparaître incertain, ils ont obligé simultanément tout un chacun à effectuer ou recevoir les paiements en la nouvelle monnaie nationale, une monnaie certes légale mais purement arbitraire.

Tout cela était autant de limitations de la liberté d'échange de chacun, autant d'assujettissements supplémentaires, autant de mises en esclavage monétaire…

En d'autres termes, les législateurs nationaux ont levé l'ancre de l'or, de l'argent ou des deux pour faire voguer l'économie sur la mer de la monnaie arbitraire légale.

Des ajustements de l'offre et de la demande du marché, qui seront désormais retentissants, n'ont pas tardé à se faire sentir : le premier de la série a vu le jour en 1929...
Depuis lors, ils se sont succédés et se ressemblent.
Ils ne sauraient donc cacher – ou faire oublier avec le temps... – les interdictions légales arbitraires initiales causes et les effets économiques de celles-ci à quoi chacun devrait s'attendre avec certitude (cf. par exemple tout ce que Jacques Rueff a écrit sur le sujet)… Il fallait être J.M. Keynes en 1936 pour, alors, n'y point faire attention et contribuer ainsi à les faire oublier.


4. L'ajustement actuel : le dernier en date ou bien l'ultime ?

Nous sommes actuellement dans le dernier ajustement en date jugé officiellement "important et néfaste" en raison des variations observables des prix en monnaie de certains biens (baisses des prix des matières premières, des actions de société, de l'immobilier, etc.) et surtout en raison des variations observables de quantités (baisses des productions nationales et des P.N.B., hausses des chômages nationaux). Sera-t-il l'ultime, le dernier des derniers avant une grande "réforme monétaire", avant une grande "modernisation monétaire" ?

L'ajustement actuel – plus communément dénommé "crise" par les hérauts de la réglementation - est certes important et néfaste, mais non pas d'abord en raison des faits cités qui se déroulent sous nos yeux quoique…, mais en raison de ses causes qui sont ou bien passées sous silence, ou bien purement mensongères.

Les causes sont toujours les mêmes depuis la décennie 1929.
On vient de les donner : elles se trouvent dans la limitation du droit de chacun en matière monétaire, dans les variations de cette limitation et dans l'obligation de paiements en monnaie légale arbitraire assénée à chacun. 

Dans l'ajustement actuel, deux types de variations observables méritent attention et cela d'autant plus qu'elles n'en reçoivent aucune officiellement : il s'agit des variations de l'endettement des Etats nationaux et des variations du marché de l'or.

4.A. L'endettement des Etats nationaux.

Les variations de l'endettement des Etats nationaux ne sont rien d'autre que celles de l'endettement du "secteur étatique", aspect de l'"offre du marché politique".
Et il s'avère que l'augmentation de ces endettements est aujourd'hui et depuis quelques années considérable, à commencer par celle de l'endettement de l'Etat de la France.

De fait, les créanciers qui satisfont ce désir d'endettement des hommes de l'Etat et rendent possibles son augmentation, ne prêtent pas le montant de monnaie au "secteur non étatique", au secteur productif, seule source de la création de richesses.

Ils contribuent donc, sans nécessairement le vouloir, à ne pas sortir des difficultés le "secteur non étatique" une fois l'ajustement sévère en cours.

Pour leur part, les hérauts du "secteur étatique" devraient se demander à l'occasion comment, dans les conditions où le "secteur étatique" emprunte, la création de vraies richesses pourrait reprendre à un rythme élevé.
Ils ont beau jeu de dire que tous les maux viennent du marché financier (comme par exemple en France) mais pas pour les raisons qu'ils avancent : en l'espèce, le marché financier ne devrait pas prêter au secteur étatique. 
"Mais alors", dira-t-on, "sans ce marché, que feraient-ils ?" Ils augmenteraient les impôts ? Ils réduiraient leurs dépenses ? Où en seraient-ils ?
Ils devraient savoir qu'une telle duplicité n'annonce rien qui vaille !

Certes, tous ne condamnent pas le marché financier mais seulement les spéculateurs dont ce marché serait la proie. Mais le secteur étatique lui-même, qu'est-il ?
La réponse est donnée ci-dessous.

En vérité, par les prêts de monnaies arbitraires légales qu'ils consentent au secteur étatique, les créanciers contribuent surtout à la "redistribution étatique" dont ils ne peuvent qu'être des "dindons" un jour ou l'autre, en conséquence de la fiscalité ou de l'inflation monétaire que ne manquera pas d'instaurer le "secteur étatique" sous prétexte de "rembourser les dettes"… 

Il faut reconnaître en effet que les rares fois où le secteur étatique pourrait créer des richesses, tel ou tel législateur national trouve le moyen de conférer à l'activité qu'il va exploiter le privilège de monopole réglementaire, lui interdisant ainsi d'être mis en concurrence et, par conséquent, de rester productif.

4.B. Le marché de l'or.

S'agissant des variations du marché de l'or et, plus précisément de celles du prix du marché organisé de l'or, il faut savoir que le prix de l'once d'or se situe actuellement dans la fourchette des $900-$1000 alors qu'il y a trois ans, 2006, - début observable, mais confidentiel de l'ajustement en cours -, il atteignait $700.

La fourchette de prix actuelle n'a rien d'époustouflant quand on se souvient qu'en janvier 1980, le prix de l'once avait culminé à $850 et qu'il a augmenté continûment depuis le début de la décennie 2000, époque où il valait moins de $300 ! 

L'augmentation du prix de l'or depuis trois ans n'a rien d'extraordinaire non plus.
Elle est sans commune mesure avec, par exemple, celle qui s'est produite entre 1971 et 1980 où le prix de l'or est passé de $35 à $850. Celle-ci avait eu pour cause la dénonciation d'une convention passée entre les législateurs nationaux qui avait permis de maintenir de 1934 à 1971 le prix de l'or fixé à $35 alors que tous les autres prix en monnaie avaient connu des augmentations au moins aussi importantes. La multiplication du prix de l'or par plus de 20 ne fut donc qu'un rattrapage…

Etant donnés ces éléments, force est juger que, dans la période actuelle, le marché de l'or est d'une grande stabilité, d'une grande sagesse étant donnés tous les ajustements en cours.

Cette situation tranche avec le climat qui règne sur le marché financier et à la base de quoi se trouvent les Etats nationaux et les volontés permanentes de ceux-ci de s'endetter en permanence en monnaies arbitraires  légales, étant donnés les budgets déficitaires dont ils se délectent.

De fait, il faut se rendre compte que les Etats nationaux approvisionnent le marché financier à défaut de dire qu'ils ont choisi d'en être les esclaves…


5. La spéculation du secteur étatique.

En définitive, qui spécule – au mauvais sens du mot si tant est qu'une telle qualification ne soit pas abusive - ?
Le secteur étatique – aspect de l'offre du marché politique – ou le marché de l'or ?

Ma réponse est sans hésitation : le secteur étatique.
Et elle se veut logique car ce secteur ne saurait créer de richesses.

Ce secteur n'a qu'une capacité, celle de redistribuer des richesses créées - et en propriété des uns - qu'il vole au nom de l'"intérêt général" ou du "bien commun", mais dont son action arbitraire ne fait qu'éloigner…
Dans ces conditions, le secteur étatique est le spéculateur par excellence.

Où cette spéculation peut-elle mener ?
Par définition, nulle part puisqu'il n'y a pas création de richesses, mais de fait destruction. Et depuis la décennie 1930, elle a conduit à une suite de passages d'un ajustement de l'offre et de la demande du marché, plus ou moins douloureux, à un autre.

Est-il envisageable qu'elle ait un terme ? 
Pour expliquer qu'elle en ait un à l'initiative des Etats nationaux débiteurs, on peut reprendre ce qu'écrivait Pareto :

"Ce qui limite la spoliation, c'est rarement la résistance des spoliés ; c'est plutôt les pertes qu'elle inflige à tout le pays et qui retombent sur les spoliateurs.
Ceux-ci peuvent, de la sorte, finir par perdre plus qu'ils ne gagnent à l'opération.
Alors ils s'en abstiennent s'ils sont assez intelligents pour se rendre compte des conséquences qu'elle aurait. Mais si ce bon sens leur manque, le pays marche de plus en plus à sa ruine, comme cela s'est observé pour certaines républiques de l'Amérique du Sud, le Portugal, la Grèce moderne, etc." (extrait de Pareto, V. (1896-97), Cours d'économie politique, 2 tomes, dans Bousquet, G.H. et Busino, G. (Ed.), Oeuvres complètes de Vilfredo Pareto, tome 1 : Cours d'Economie politique, Librairie Droz, Genève, nouvelle édition, 1964, §1049).

Les Etats nationaux débiteurs vont-ils abandonner leur démarche ? Je laisse la question ouverte.
Je rappellerai seulement que, pour sa part, Bastiat (1850) soulignait que :

" […] le génie de la spoliation n'enchaîne pas seulement le bras, mais aussi les esprits. Il sait imprimer le fer de la servitude aussi bien sur la conscience de Séide que sur le front de Spartacus, réalisant ce qui semble irréalisable: l'Esclavage Mental."

Il avait aussi remarqué que :

" […] à la longue (ainsi le veut la nature progressive de l'homme), la Spoliation développe, dans le milieu même où elle s'exerce, des résistances qui paralysent sa force et des lumières qui dévoilent ses impostures.
Elle ne se rend pas pour cela: elle se fait seulement plus rusée, et, s'enveloppant dans des formes de gouvernement, des pondérations, des équilibres, elle enfante la Politique, mine longtemps féconde."


6. Le pouvoir des créanciers.

Si on laisse de côté ce que disait Pareto ou Bastiat et si on abandonne le point de vue des Etats nationaux débiteurs, il faut se tourner vers les créanciers habituels du secteur étatique et se demander s'ils vont continuer à arbitrer en faveur du marché politique ou s'ils vont se tourner vers le marché de l'or ?

Si au lieu de continuer à prêter de la monnaie arbitraire légale au secteur étatique, ils opèrent sur le marché de l'or, achètent de l'or avec cette monnaie et le prêtent - comme le font d'ailleurs aujourd'hui les banques centrales ! -, tout ne pourra que changer.

Dans un premier temps, le secteur étatique n'aura plus pour créanciers en monnaies arbitraires légales que les banques centrales et certaines banques de second rang.  L'inflation monétaire qui en résultera "mécaniquement" ne pourra pas être cachée aux détenteurs obligés de ces monnaies et se développera. 

Le second temps se manifestera quand le secteur étatique ne pourra plus maîtriser la situation.  Une réforme monétaire, une "modernisation" sera rendue nécessaire, le secteur étatique devra mettre en œuvre une réforme des monnaies légales arbitraires.
Elle prendra la forme d'une variation des limitations du droit en matière de monnaie, intermédiaire des échanges, qui ne pourra aller que vers la sortie de l'esclavage monétaire actuel. 
Elle donnera lieu à la libération et réapparaîtra ainsi la monnaie d'or, pivot de l'étalon or, étant données tous les inconvénients comparatifs reconnus et expliqués de la monnaie d'argent et du bimétallisme.


7. Un dernier mot à propos de l'"argent".

Il y a exactement un siècle, en France, ce que le langage courant dénomme encore aujourd'hui "argent" par ignorance ou conditionnement, à savoir la monnaie, intermédiaire de l'échange, avait pour fondements officiels un poids d'argent et un poids d'or.  L'emploi du mot était donc alors en partie justifié. 

Il faudra l'ignorance économique, la guerre de 1914-18 et l'impudence politique spoliatrice pour que tout change, sauf l'emploi du mot !

Un franc, c'était :
        * 5 grammes d'argent (au titre de 9/10 : 4,5g), 
        * 322,5 milligrammes d'or (au titre de 900/1000 : 290,25 mg),
        * soit environ 15,5 Ag pour 1 Au.

Et cela fonctionnait depuis plus d'un siècle, sans heurt majeur, au prix d'un ajustement permanent et insignifiant de l'offre et de la demande et moyennant même la création d'une l'"Union monétaire latine" en 1865.

Des pièces d'or et des pièces d'argent étaient utilisées dans les paiements. 
Elles coexistaient certes avec des pièces en alliage de métal – "petite monnaie" - mais aussi des billets émis par le monopole privilégié qu'était la Banque de France (créée en 1800) : les billets pouvaient être échangés, par leurs détenteurs, "à vue" contre le poids d'or ou le poids d'argent officiel correspondant à la marque de "x" francs qu'ils comportaient.

Aujourd'hui, le double fondement n'existe plus et cela après que les législateurs nationaux se sont escrimés tant en France qu'à l'étranger à l'interdire progressivement au XXème siècle.

Il n'y a plus de pièce d'argent ou d'or "en circulation".
Les billets de la "Banque centrale européenne", avatar de la Banque de France pour les Français, ne sont plus échangeables à vue auprès de celle-ci et, de plus, leur acceptation en paiements est obligatoire.

Depuis une décennie, il n'y a plus de "franc" non plus, ce "franc" qui avait été retenu comme nom pour l'unité monétaire de l'Union monétaire latine.  Le législateur français s'est associé à un certain nombre de législateurs des pays de l'Union européenne pour lui substituer l'"euro" à partir du 1er janvier 1999 au taux de 6,55957 francs pour 1 euro.
Rappelons en passant que le "franc" était devenu l'unité monétaire de la France de par la loi du 28 thermidor an III (15 août 1795) ; il soldait les errements monétaires des années précédentes ("assignats" et autres "mandats") tout en prenant la place de la "livre d'argent".

Et gageons que ce qui s'est produit en matière monétaire, en France, dans la décennie 1790, ne peut que se reproduire à l'échelle du monde, prochainement, à l'initiative peut-être du secteur étatique, mais sinon, à coup sûr, à celle des créanciers en monnaies arbitraires légales des Etats nationaux…


Retour au sommaire.