Sur la manière, randienne ou non, dont le président du Fed exerce son mandat.



Exposé à une réunion de "Raison, Individu et Liberté" - the French Ayn Rand Society -, le 17 mars 1998, au 35 avenue Mac Mahon, Paris 17è (photo ci-dessous).






I. Introduction.

Si, en France, les médias parlent aujourd'hui de Alan Greenspan, c'est certes qu'il exerce la fonction de Président de la Banque centrale des Etats-Unis d'Amérique (plus connue sous la dénomination "Fed") et qu'à ce titre il mène la politique monétaire du pays (il est en effet par là même Président du Federal Open Market Committee - "FOMC").

C'est aussi qu'il en est à son troisième mandat comme président et que ce mandat lui a été renouvelé par Bill Clinton, Président démocrate des USA alors que Ronald Reagan lui avait confié le premier et George Bush le deuxième, tous deux étant Présidents républicains.
Il avait succédé alors à Paul Volker, en 1987, qui lui même avait effectué deux mandats, le premier lui ayant été confié par Jimmy Carter, Président démocrate, le second par ... Ronald Reagan, et avait averti qu'il en refuserait un troisième...
A cette date, les médias considéraient que Volker était irremplaçable et, en particulier, au début, par Greenspan (cf. annexes).

C'est surtout qu'il a fait un "sans faute" à tous égards comme on va le voir.

Greenspan est aujourd'hui président du Fed depuis onze années - et pour rester dans le chiffres, je remarquerai que son âge est de douze années inférieur à celui du Fed lui-même (créé seulement en 1913) -.

Greenspan est en effet né en 1926 et a obtenu un PhD de l'Université de New-York en 1977 (d'après Michaël Prowse, 1995) après avoir, dans un temps plus lointain, entrepris le cursus d'un PhD à l'Université de Columbia (d'après Bradford, 1997).
Plutôt que d'achever ce dernier alors, il semble qu'il ait préféré créer une entreprise de "conseil et prévision" à Washington, après avoir été économiste dans ce qu'on appelle aujourd'hui un "think tank" et être devenu "partner" dans une firme de prévision de Wall Street.

Selon Murray Rothbard (1987), sa firme s'appelle "Townsend-Greenspan". Il créera aussi une firme de gestion d'un fonds de pension, mais ce sera un échec !

Selon Antony Harris (1988), il était consultant à New-York...
Mais il sera aussi, en particulier, à compter de 1974, président des conseillers économiques de Gérald Ford qui lui-même succèdera à Richard Nixon comme président des Etats-Unis après que celui-ci aura été contraint de démissionner.
Il aurait refusé quelques années auparavant d'être conseiller de Nixon...
Et sur la proposition de Ronald Reagan, il sera président d'une commission de réforme de la "Social Security", début de la décennie 1980.


I.A. Ayn Rand et Alan Greenspan: la question de la justice.

En ce qui me concerne aujourd'hui, dans le but de répondre à la question posée en titre "Qui est Alan Greenspan ?", je retiendrai d'abord que, selon Bradford (1997), Greenspan est la personne qui a envoyé une lettre en 1957 - il a donc alors 31 ans - au rédacteur en chef du New York Times Book Review pour louer Atlas Shrugged, le dernier best-seller de Ayn Rand.

Selon lui, ce livre est la "célébration de la vie et du bonheur" (en anglais "happiness"), il témoigne de "l'implacabilité de la justice", il fait apparaitre que "les individus créateurs qui poursuivent leurs desseins sans déviation (avec intransigeance...), étant donné leur rationalité, atteignent le bonheur (en anglais "joy") et connaissent leur accomplissement".

Et, ce fut le point de départ de ses relations avec Ayn Rand, de 21 ans son ainée - en les développements de la pensée de laquelle, soit dit en passant, certains (comme Prowse, 1993) voient un exemple de "darwinisme social" ! -.
Il devint membre du cercle de discussions philosophiques, dénommé "Collective", de Ayn Rand.

Selon Bradford (1997) :
"The Collective had no formal membership, so the question who was and who was not a member is somewhat nebulous. Some members casually refer to Murray Rothbard as a former member, while others bristle at the notion".

I.B. " Antitrust": la question de la concurrence.

A coup sûr, cela lui a permis de voir un article - qu'il avait intitulé "Antitrust" - être publié en 1962 par l'Institut de Nathaniel Branden, un ami intime de Rand ... un temps.

Pour donner un parfum de l'esprit et de la lettre de la philosophie de Greenspan sur le sujet, rien n'est plus approprié que de citer la première phrase du texte :
"The world of antitrust is reminiscent of Alice's Wonderland : everything seemingly is, yet apparently isn't, simultaneously".

Puisque l'article sera réédité dans le livre de Ayn Rand intitulé Capitalism : the Unknown Ideal (1967), il faut admettre que Rand était en total accord avec ce qu'il y est développé.

Selon Greenspan, il convient de distinguer :
a) the historical roots of the antitrust laws (pp.64- ) and
b) the economic theories upon which these laws were based" (pp.66- ).

S'agissant de b), il remarque que le concept concurrence des "classical economists" est ambigu et conduit à la confusion.

Selon lui, "concurrence" est un nom "actif" et non pas "passif". Il convient aussi de l'appliquer non seulement à la production, mais encore à l'échange.

L'erreur des économistes du XIXè siècle a été de restreindre la "concurrence" à une abstraction.
Elle a été de ne pas arriver à se demander si la concurrence "active" mène inévitablement à l'établissement de monopoles coercitifs ou si une économie du laissez-faire et de concurrence "active" a un régulateur qui la protège et la préserve.

Un monopole coercitif est toujours un projet d'affaires qui peut fixer des politiques de prix et de production indépendantes du marché.
La précondition nécessaire d'un monopole coercitif est une entrée fermée aux autres firmes.
En cela, Greenspan apparaît comme "économiste autrichien".

Mais il y a d'autres raisons pour le classer ainsi.

Selon Alan, le régulateur ultime de la concurrence dans une économie libre est le marché des capitaux ou, si on préfère, le marché financier. Ce marché agit comme un régulateur des prix, non pas des profits.

En résumé du texte, il délimite sa position de la façon suivante:
"the entire structure of antitrust statutes in this country [les Etats-Unis] is a jumble of economic irrationality and ignorance.
It is the product :
a) of a gross misinterpretation of history, and
b) of rather naive, and certainly unrealistic, economic theories."


I.C. "The Assault on Integrity": la question de la réputation.

L'année suivante, en 1963, dans le périodique de Rand, The Objectivist Newsletter, il publie un article intitulé "The Assault on Integrity". L'article sera réédité dans Capitalism ... (pp.118-121).

Là encore, il faut admettre qu'il est en total accord avec Rand. Greenspan y met en perspective la protection du consommateur, la réputation de l'homme d'affaires et la règlementation étatique.

La notion de "réputation de l'homme d'affaires" me semble une notion explicative à la fois originale et essentielle si on veut comprendre l'action de Greenspan.
La "réputation de l'homme d'affaires" n'est pas donnée. Elle s'acquiert difficilement et prend la forme d'un actif comparable aux autres actifs. Elle est en fait l'incitation de l'homme d'affaires et cette dernière, en concurrence, est la vraie protection du consommateur.

A l'opposé, la règlementation étatique est imposée par la force :
"sous la pile de papiers dont elle prend la forme, il y a toujours un fusil" (p.119).

Même quand elle se veut protection du consommateur, elle décourage les hommes d'affaires car elle leur fait perdre les récompenses de la réputation et le repère de cette dernière. La protection se retourne ainsi contre consommateurs et hommes d'affaires.


I.D. "Gold and Economic Freedom".

Quelques années plus tard, en 1966, dans le même périodique, Alan publie un article intitulé "Gold and Economic Freedom" (voir traduction dans l'article Étalon-or). L'article sera réédité dans Capitalism... (pp.97-101).

Selon Greenspan, or et liberté économique sont inséparables, l'étalon-or est un instrument du laissez faire et chacun implique et exige l'autre.
En cela, il est en parfaite harmonie avec les économistes autrichiens que sont Menger (1892) ou Mises (1949), des économistes pour lesquels l'"échange indirect" et son "moyen nécessaire, la marchandise monnaie", renvoie l'un à l'autre, tout comme, avant ce merveilleux progrès, l'"échange direct" ou le "troc" et son moyen nécessaire, la "double coïncidence des besoins" renvoyaient l'un à l'autre.

Mais surtout, il considère que l'abandon de l'étalon-or a permis aux étatistes du bien être d'utiliser le système bancaire pour accroître sans limites le crédit.
C'est ainsi qu'il signale que, d'abord, il a pu y avoir davantage de créances en circulation que d'actifs réels.
Puis l'épargne a été confisquée par l'inflation.
Enfin, les possesseurs de [richesse]]s se sont vus expropriés par la politique financière. En l'absence d'étalon-or, il n'y pas de moyen de protéger l'épargne de la confiscation qu'occasionne l'inflation.


I.E. A propos d'un article de Liberty.

Cela étant, en novembre 1997, R.W. Bradford a écrit dans Liberty un article où il se pose la question suivante :
"Does anything [Alan Greenspan] learned from Rand mean anything to him now ?".

Et sur la base de ce qu'il considère être des critères de "philosophie randienne", il subdivise la question en deux :

Q.1. : Est-il moral de diriger une "agence de planification centrale" ?

Q.2. : Est-il possible de faire avancer ainsi la (cause de la) liberté ?

Il apporte deux réponses, une précise, une floue.

R.1. : Greenspan est mieux que tout autre... à la tête du Fed.

R.2. : la réponse est floue car Bradford introduit, pour répondre, une alternative qu'il ne tranche pas. L'alternative est la suivante :
"... the Murray-Leninist approach or the Greenspan-accommodationist approach ?

Et la réponse devient une question :
"Which is better ... ?

Et concurremment il fait intervenir deux considérations supplémentaires :
- une "practical perspective" : la "credibility"... de l'action menée ;
- un point de vue moral : la "credibility" au prix de la souffrance humaine...

Et tout son développement est parsemé de piques et de propos acides envers Greenspan...
En passant, je m'étonnerai de la référence à la "crédibilité", notion guère randienne ; Bradford ne semble pas avoir compris la notion essentielle de "réputation", ligne d'action en particulier de Greenspan !


II. Que répondre ?

Ma démarche sera différente. Je laisserai de côté l'opinion sévère de Rothbard (1987) sur Greenspan qu'il juge:
- keynésien conservateur ;
- son comportement est de ne pas faire de vagues,
- bien introduit chez les Républicains (membre de la "trilatérale" de Rockfeller, directeur de J.P. Morgan & Co. et Morgan Guarantee Trust) ;
- philosophiquement, partisan du laissez faire et même de l'étalon-or ;
- mais en pratique, il est centriste comme chacun car il est pragmatique...
pour lui, le laissez faire est une curiosité ... il est pour le laissez faire et l'étalon-or si les conditions sont bonnes (cf. p.64), il n'applique pas ses principes philosophiques.

Je laisserai aussi de côté l'opinion de Branden (citée par Bradford) selon laquelle il serait:
- positiviste logique ;
- keynésien ;
- prévisionniste (ce qui le situe à l'opposé de la doctrine de Mises...)

Cette opinion tranche avec l'éloge qui transparaît des essais qu'il avait écrits en 1962 et qui sont réédités dans Capitalism ... sous l'intitulé "Common Fallacies about Capitalism".
Mais Branden n'en arrive-t-il pas à rappeler ce qu'écrit Greenspan sur le rôle crucial du marché des capitaux dans une économie libre. (p.74)

Ne cite-t-il pas la "métaphore inestimable" de Greenspan :
"If, under laissez-faire, the banking system and the principles controlling the availability of funds act as a fuse that prevents a blowout in the economy - then the government, through the Federal Reserve System, put a penny in the fuse-box.
The result was the explosion known as the Crash of 1929" (p.80)

Enfin, ne reprend-il pas l'argument d'Alan selon lequel ce que fait de plus nuisible l'Administration, c'est d'engendrer une atmosphère générale d'incertitude (p.82)


III. "Ma" réponse.

Ma démarche sera fondée à la fois sur les trois articles de Greenspan réédités dans Capitalism ... que j'ai mentionnés et sur l'actualité de ses onze années de mandat comme Président du Fed, elle va consister dans le rapprochement des uns et des autres. Le rapprochement est, bien évidemment, à éclairer par les événements qui ont fait que le cadre de sa période de présidence n'a pas été un long fleuve tranquille :
- trois présidents successifs différents des Etats-Unis (deux républicains : Ronald Reagan II, puis en 1988 George Bush et enfin, en 1992 - puis en 1996 - un démocrate, Bill Clinton) et trois périodes de réélection de ceux-ci ;
- la réputation de son prédecesseur au Fed, Paul Volker, qui avait refusé un troisième mandat et était adulé par le marché des capitaux au point que :
"When Mr Alan Greenspan took over from Mr Paul Volker as Chairman of the Federal reserve Board just under a year ago, there were some unkind jokes about small men filling large shoes" (Harris, 1988b)
ou encore :
"watching the Greenspan Fed is about as exciting as watching a tree grow" (Harris, 1988a)
- la crise boursière du 19 octobre 1987 (première grande baisse des prix des actions sur le marché de New-York depuis 1929) :
"des rumeurs faisaient hier état de son éventuel départ, et d'un retour de Paul Volcker" (Gravière, 1987);
- le mur de Berlin (construit en 1961 par l'URSS sous les yeux de l'Occident inerte) est franchi et détruit fin 1989 ;
- l'invasion du Koweit par les troupes irakiennes à partir de août 1990 ;
- la réunification de l'Allemagne au prix de 1 mark de l'ouest pour 1 de l'est ;
- la récession économique de fin 90-début 91 aux USA ;
- la disparition de l'URSS (construite en 1917 par Lénine et les bolcheviques) ;
- l'avènement en 1994 d'une majorité républicaine au Congrès (après trente années de majorité démocrate).

Précisément, les points que je vais évoquer pour répondre à la question "Qui est Alan Greenspan ? (ou de la manière, randienne ou non, dont le président du Fed exerce son mandat)" sont fondés sur les écrits de Alan Greenspan repris par Ayn Rand dans Capitalism

Selon moi, son action est une application des principes développés dans ces écrits. Il y a :
1°) en relation avec "Antitrust", la réforme du "Glass-Steagall Act" du 16 juin 1933.
2°) en relation avec "Gold and Economic Freedom", le rythme d'augmentation du niveau général des prix aux Etats-Unis.
3°) en relation avec "Assault on integrity" et "Gold and Economic Freedom", l'action du Fed et de son Président - qui se construit une réputation -.
4°) Enfin, en relation avec ces articles et la philosophie randienne, l'expression utilisée par Greenspan fin 1996 : "l'exubérance irrationnelle des marchés".

1°) La réforme du "Glass-Steagall Act" du 16 juin 1933.
Greenspan appuie l'abrogation du "Glass-Steagall Act" du 16 juin 1933. Cela n'a rien d'étonnant.
La loi en question a pour point de départ la crise de 1929.
Il ne faut pas qu'elle se produise de nouveau.
Elle sépare les activités de banque commerciale de celles de banque d'affaire (ou d'investissement) et de compagnie d'assurance.
Elle empêche aussi l'installation de filiales de banque dans d'autres Etats des Etats-unis que l'Etat "d'origine".
Elle interdit aux banques commerciales de procéder à des échanges dans tous les types de titres pour leur propre compte (seulement des prêts à court terme).

Greenspan insiste en particulier, en 1988, sur l'argument selon lequel les grandes banques commerciales, qui n'ont pas en principe le droit d'entrer dans la banque d'affaires, pourraient, en le faisant, stabiliser la profession au moment où les fluctuations des marchés financiers les rendent plus vulnérables (Cf. Grapin, 1988).

En 1989, selon Riddell :
"On legislative changes, Mr Greenspan urged Congress to return promptly to legislation which would have removed the restrictions of the Glass-Steagall act on the operations of US banks in securities markets".

En 1996, selon Sengès, le Fed a décidé d'"élargir la capacité des filiales des banques à émettre des titres, ce qui a donné le coup d'envoi des grandes manoeuvres de concentration dans le secteur de courtage". (Sengès, 1998)

Il n'en reste pas moins qu'en mars 1998, la loi n'est toujours pas réformée. Soulignons aussi en passant les efforts de Greenspan pour que la règlementation financière ne soit pas accrue aux Etats-Unis. Miller les décrit ainsi :
"And Alan Greenspan, representing Bank Team - a team that might normally have been expected to support the further hobbling of its Broker/Dealer rivals - backed away from the General Accounting Office report completely. Greenspan, concerned that Congressional meddling with regulation might drive business abroad - the only antiregulation argument they ever take seriously in Washington these days, incidentally - declared that the existing regulatory structure was more that adequate, thank you." (Miller, 1997, p.64)

2°) Le rythme d'augmentation du niveau général des prix aux Etats-Unis.
Greenspan a eu, comme objectif, dès le départ, de réduire le rythme d'augmentation du niveau général des prix aux Etats-Unis.
Merton Miller, prix Nobel 1990 de sciences économiques en témoigne:
"But, you'll say, Alan Greenspan, our current Fed Chairman, has stated repeatedly in recent months that price stablity is the Fed's overriding goal, not unemployment goal.(Miller, op.cit., p.164)

Dans ce but, Greenspan en est arrivé à s'appuyer sur les informations produites par le compartiment à terme du marché organisé de l'or, autant que sur les indices de prix construits par les organismes traditionnels :
"So what was Fed Chairman Alan Greenspan doing on Feb. 22, when he told a House banking subcommittee that gold prices have become an important factor in settling short-term interest rates ?
Greenspan took care to stress that gold is just one of several measures that are used to guide the central bank's inflation watcher." (Ullmann, 1994)

Toujours en relation avec le marché de l'or, il y a ses déclarations reprises par Bradford (en particulier, de 1995 et de 1994).
Bradford rappelle en 1997 que, quelques mois auparavant..., au sénateur Paul Sarbanes qui lui disait :
"Now my question is, is it your intention that the report of this hearing should be that Greenspan recommends a return to the gold standard ?'

Greenspan responded,
"I've been recommending that for years, there's nothing new about that... It would probably mean there is only one vote in the FOMC for that, but it is mine".

3°) L'action du Fed et de son Président - qui se construit une réputation -.
Il faut rappeler qu'aux Etats-Unis, le Trésor veille sur le marché des changes (et, par conséquent, sur le prix du dollar) et passe par le Fed pour faire exécuter ses ordres. Le Fed veille uniquement sur les taux d'intérêt ou sur la quantité de monnaie : c'est la politique monétaire... Et, pour la mener, Greenspan a fait en sorte de "se tailler une réputation"... :

"As everyone knows, Mr Greenspan established his own claims within two months, with his management of the October shock" (Harris, 1988b)

Rappelons à cet égard l'analyse de Miller :
"So what can a poor central bank head like Alan Greenspan do to make the Fed's price stability promise credible ?
Not much in the short run, I fear.
To gain credibility, you have to do in the old-fashioned way : your havec to earn it.
You have to show by your actions that you will focus on controllling inflation [...] earning that kind of reputation can be done, though it's not easy and takes time" (Miller, op.cit., p.165)

"So that's the problem facing your average central banker. He's damned if he does and damned if he does not. How can he establish credibility as an inflation hawk without precipitating a depression ?

For a country like United States, I'm afraid he probably can't. The best he can hope for is to get a reputation of being sufficiently quick to start tapping the brakes before the inflation party gets under way. That's clearly what Greenspan is trying to do but hasn't succeeded yet in convincing all the skeptics [...]"

a) La politique monétaire du FED (trés exactement, du FOMC) :
- action sur la quantité de monnaie ; ou
- action sur les taux d'intérêt ?
Si action sur quantité de monnaie, quel indicateur (M3) ?
Un taux de croisssance de la masse monétaire (M3), la variation du taux de change ou la variation des prix ?
Si action sur taux d'intérêt, action sur les taux d'intérêt en harmonie ou en opposition avec le marché financier ?
Par exemple, en février 1988, devant la commission bancaire du Sénat, Alan Greenspan a annoncé les objectifs de progression de la masse monétaire : entre 4% et 8% pour M2.
Il recherche la stabilité dans un environnement incertain, soulignant qu'il y a autant de raisons d'augmenter les taux d'intérêt que de les diminuer.

En février 1994, Greenspan explique :
"The Federal Reserve's moves to increase short-term interest rates this year are most appropriately understood in an historical context.
In the spring of 1989, we began to ease monetary conditions as we observed the consequence of balance-sheet strains resulting from increased debt, along with significant weakness in the collateral underlying that debt". [...]
Because we at the Fed were concerned about sharp reactions in markets [...] we chose a cautious approach to our policy actions, moving by small amounts at first. [...]
many of us [FOMC] were concerned that a large immediate move in rates could create too big a dose of uncertainty, which could destabilize the financial system".

Selon Ullmann :
"His predecessor, Paul A.Volker, used rigid money-growth targets to rationalize his squeeze on inflation. And before Volker, Arthur F. Burns pulled a new money-supply measure out of his pipe to justify Fed policy. Now, Greenspan may likewise use gold as cover his actions." (Ullmann, 1994)

Selon Baker :
"There have been, broadly, two distinct phases to the Greenspan years. Both demonstrate, in different ways, the centrality of the Fed's role in US economic performance of the past decade.
The first, between 1987 and 1992, was a time of almost continuous crisis management as the domestic US economy reeled from stock market crash to recession to banking crisis.
The second period, beginning in 1992, has been one of greater stability, though arguably it has posed even more of a test for the chairman" (Baker, 1997)

b) La question de l'indépendance du Fed vis-à-vis des autres institutions politiques.
En 1989, Greenspan était allé faire en URSS un plaidoyer en faveur d'une banque centrale indépendante "à l'abri des pressions politiques, qui ignorent les effets à long terme de la politique monétaire".(Grapin, 1989).
Bradford rappelle en 1997 que, quelques mois auparavant..., au sénateur Paul Sarbanes qui lui demandait :
"whether he favored a sunset provision in the authorization of the Fed.
Greenspan coolly answered that he did.
Do you actually mean, demanded the senator, that the Fed 'should cease to function unless affirmatively continued ?'
'That is correct, sir', Greenspan responded".

Entre ces deux dates, on soulignera qu'un conflit a, semble-t-il, émergé à la veille de l'élection de Clinton pour un second mandat...
D'autres conflits sont latents : le Fed serait trop secret, Greenspan prendrait les décisions seules…
En passant, on remarquera qu'un des vice-présidents, W. Angell, démissionnera car il jugera qu'il n'est pas assez payé …
(l'augmentation de revenu qui devait avoir lieu a été reporté).

4°) "L'exubérance irrationnelle des marchés".
Cette expression d'"exubérance irrationnelle des marchés", utilisée par Greenspan fin 1996, l'a fait en définitive connaître du grand public, lui a donné une notoriété, avant de lui conférer une "réputation", a fait curieusement couler beaucoup d'encre et aurait été la cause de la baisse de Wall Street un temps….
Elle n'a pourtant rien de surprenant. Pour la comprendre, il suffit d'être familier, d'abord, avec la philosophie randienne : seul l'être humain est rationnel. La raison et l'individu ne font qu'un, ils sont inséparables.
La raison est l'instrument de l'être humain et chacun implique et exige l'autre.
Ce qui n'est pas être humain n'est pas doté de raison et ne peut qu'être irrationnel. Un marché ne peut qu'être irrationnel.
Elle aurait du faire couler beaucoup d'encre parmi les randiens si, au contraire, Greenspan avait parlé d'"exubérance rationnelle des marchés" à l'image des économistes qui parlent du "marché rationnel".

Ensuite, il faut connaître ce qu'a écrit Greenspan, en particulier, dans "Antitrust". Je ne saurai trop insister sur le passage suivant :
"The capital act as a regulator of prices, not necessarily of profits. [...]
The present worth of the discounted expected future profits of a given industry is represented by the market price of the common stock of the companies in that industry. If the price of a particular company's stock rises, the move implies a higher present worth for expected future earnings.
Statistical evidence demonstrates the correlation between stock prices and capital outlays, not only for industry as a whole, but also within major industry groups." (Greenspan, op.cit., pp.68-69)

Passage sur lequel d'ailleurs avait insisté Branden (Branden, 1962, p.74)…

Cela signifie que, mis en parallèle avec les profits attendus avec incertitude par les individus et avec les variations d'anticipations de ceux-ci, les marchés donnent lieu à des variations de prix qui peuvent être jugées importantes, excessives.
Mais ces variations de prix ne font jamais que reflèter, d'abord, les ajustements ondoyants que produit le régulateur ultime de la concurrence dans une économie libre, à savoir le marché financier, le marché des capitaux :
"The ultimate regulator of competition in a free economy is the capital market [en italiques dans le texte]. So long as capital is free to flow, it will tend to seek those areas which offer the maximum rate of return" (cf. ibid., p.68)

Et je ne saurai trop conclure ce point sur la citation déjà donnée ci-dessus :
"the entire structure of antitrust statutes in this country [les Etats-Unis] is a jumble of economic irrationality and ignorance."

Dans une économie où la concurrence est entravée par des lois antitrusts, il ne peut qu'y avoir une exubérance irrationnelle des marchés car l'ajustement est fait par "sauts", par "paquets".


IV. Conclusion

Plus généralement, et pour répondre précisément à la question posée en titre "Qui est Alan Greenspan ?", je dirai que Alan Greenspan a une manière d'exercer son mandat de Président du Fed qui n'aurait pas déplu à Ayn Rand pour autant qu'il met en application les principes qu'il avait développés par écrit et qu'elle avait agréés.

Seulement, cette manière ne semble pas être comprise par les commentateurs honnêtes englués, parfois à leur corps défendant, dans les cadres de théorie économique (néo)keynésien ou (néo)monétariste.

En effet, elle va de pair avec l'"approche autrichienne" de la théorie économique qu'ils ignorent et dont une hypothèse essentielle est que l'être humain est un individu qui vit dans l'ignorance de son extérieur (mais aussi de son intérieur…) ou, si on préfère, qui vit dans l'incertitude.

Une deuxième hypothèse tout autant essentielle est que son extérieur est balisé par des règles de droit naturel qui contribuent à la réduire par rapport à ce qu'elle pourrait être si elles n'existaient pas.

Dernière hypothèse que je retiendrai : les actions que l'individu choisit de mener tendent à réduire encore son ignorance ou, si on préfère, à la transformer en connaissance partielle. Et il en est ainsi qu'on soit président du Fed ou non.


Références.

Baker, G. (1997), "Master of Universe", The Financial Times, 11 août.

Bradford, R.W. (1997), "Deep Cover Radical for Capitalism ?", Liberty, novembre, pp.37-42, p.52.

Branden, N. (1962), "Common Fallacies about Capitalism" in Ayn Rand (1967), Capitalism : the Unknown Ideal , New American Library, Signet Book, AE 4795, pp.72-95.

Garten, J. (1987), "The World Needs an Atlas at the Fed", The Financial Times, 15 juillet.

Grapin, J. (1988), "Réforme bancaire en février", Le Figaro, 14 janvier.
----------(1989), "La leçon d'orthodoxie financière d'Alan Greenspan", Le Figaro, 12 octobre.

Gravière, I, (1987), "Monnaies : reprise du dollar", Le Figaro, 21 octobre.

Greenspan, A. (1962), "Antitrust", in Ayn Rand (1967), Capitalism : the Unknown Ideal , New American Library, Signet Book, AE 4795, pp.63-71
---------------(1963), "Assault on Integrity", in Ayn Rand (1967), Capitalism : the Unknown Ideal , New American Library, Signet Book, AE 4795, pp.118-121.
---------------(1966), "Gold and Economic Freedom", in Ayn Rand (1967), Capitalism : the Unknown Ideal , New American Library, Signet Book, AE 4795, pp.96-101
---------------(1994), "Federal Reserve Credit-Tightening Moves : Testimony", Commission bancaire du Sénat, 27 mai.

Harris, A. (1988a), "The Fed : Defining What to Worry About", The Financial Times, 15 février.
----------(1988b), "Inflation Exam for an Academic Chairman", The Financial Times, 1er août.

Miller, M.H. (1997), Merton Miller on Derivatives, John Wiley, New-York.

Prowse, M. (1993), "Greenspan Eyes the Democrats, The Financial Times, 8 février.
------------(1995), "The Financial World after Greenspan", The Financial Times, 29 mai.

Riddel, P. (1989), "Greenspan Sees Wider Role for $", The Financial Times, 15 juin.

Rothbard, M. (1987), "Alan Greenspan : A Minority Report on the New Fed Chairman", The Free Market Reader, pp.103-105.

Sengès, G. (1998), "Le projet de loi de modernisation financière patine au Congrès américain", Les Echos, 4 mars.

Ullmann, O. (1994), "Why Greenspan Has a Touch of Gold Fever", Business Week, 7 mars.

Walker, M. (1987), "A Randian Comes to the Fed", Forum, Fraser Institute, Vancouver.

Et quatorze annexes d'actualités sur demande : 1985-1998 


V. Epilogue en cours.

Nous sommes en 2005. Depuis que ce texte a été écrit, sept ans se sont écoulés. Greenspan a vu son mandat de président du Fed renouvelé deux fois et le Fed a créé un site internet où il est possible de lire tous les discours - remarks - qu'il a prononcé soit à titre officiel, soit à titre personnel.
Force est de reconnaître que ces discours sont tout à la fois des illustrations de ses propos antérieurs ou des approfondissements de ses idées fortes.

Soit dit en passant, Greenspan a gagné:
- le Glass Steagall act a été aboli,
- l'exubérance irrationnelle des marchés financiers a donné lieu à la correction des années 2000-01 contre quoi il avait mis en garde.
- L'importance qu'il accordait à la réputation et à l'intégrité des hommes d'affaires et qu'il aurait voulu que chacun lui accordât s'est imposée à l'occasion de la correction: les malversations des dirigeants de certaines firmes ont été dénouées.
Malheureusement, les néokeynésiens ont dénaturé la démarche en introduisant la notion flottante de "gouvernance d'entreprise".


V.A. Le point de vue de Caroline Baum.

Comme l'a signalé Caroline Baum (journaliste de Blomberg: Caroline Baum in New York at cabaum@bloomberg.net) le 3 octobre 2005 dans un billet internet intitulé "Greenspan, Term Ending, Returns to Randian Roots":

"In the autumn of his life as Federal Reserve chairman, Alan Greenspan is thinking about his legacy."
Je me permets de reprendre ci-dessous le texte en guise de conclusion (provisoire) étant entendu que, selon moi, Alan n'a jamais abandonné ses racines randiennes - seul(e) un(e) non randien(ne) peut d'ailleurs imaginer qu'on puisse abandonner ses racines -:
He's not alone. Last month, at the Kansas City Fed's annual Jackson Hole symposium, Greenspan was toasted as
``the greatest central banker who ever lived''
by Princeton University's Alan Blinder and other notables who trekked to the Grand Tetons in the hope some of his greatness would rub off on them.

Greenspan surely wants to have some say in how he'll be remembered. Perhaps that's why, with one burst bubble under his belt and a potential one still inflating, he returned to his philosophical roots in a speech last week to the National Association of Business Economics annual meeting in Chicago.

You wouldn't have seen any reference to it in the media coverage.
And understandably so.
There was no market-moving news in the first two-thirds of his speech.
Instead, Greenspan provided a brief history of the changing attitudes toward the government's role in the economy: the free- market capitalism of Adam Smith that prevailed in the 19th and early 20th centuries; the attempt at interventionist, demand-side management advocated by John Maynard Keynes during the 1930s Depression, when the market system seemed to fail to restore the economy to full employment; the resultant stifling of competition and economic stagnation of the 1970s; the failure of wage and price controls and eventual disillusion with regulation; and the ultimate triumph of free markets when
``the collapse of the Berlin Wall in 1989 exposed the economic ruin behind the Iron Curtain,''
Greenspan said.

Commanding Heights .
It was ``Atlas Shrugged'' without Dagny Taggart and Hank Reardon to lead us through the struggle.
Greenspan was present at the creation of Ayn Rand's masterpiece as part of the free-market philosopher's inner circle in the 1950s.
It makes perfect sense that as he gets ready to retire from the Fed on Jan. 31, Greenspan would create an idealized image of himself, even if it differs from reality.
The last third of Greenspan's speech last week -- the one that got media attention -- was less impressive and much less noble. He left Ms. Rand to fend for herself as he stepped into his role of government bureaucrat.
Greenspan's thesis, if you could call it that, was that successful economic policy, including the monetary management to which he is entrusted, leads to nutty behavior on the part of investors.

Good Is Bad?
Yes, that's right.
If the Fed does its job in providing an environment of low inflation, the economic stability it engenders leads to ``market exuberance,'' Greenspan said, implying the behavior is rational even if it's frivolous.
``Why would a better economic environment cause investors to be more careless?'' asked Jim Glassman, senior U.S. economist at JPMorgan Chase & Co. ``A true Randian would have total trust in individual judgments.''

Perhaps investors are induced to be more careless by the presence of a safety net. Greenspan's risk-management approach to policy-making implies acting to offset the biggest risks and protect the biggest risk-takers.
Like the doctrine of ``too big to fail,'' it suggests that if you are going to roll the dice in a big way, make sure any failure creates a systemic risk to ensure government intervention. Greenspan's 18-year tenure at the Fed has been characterized by multiple such interventions, the kind his mentor would have despised.

The `Greenspan Put' .
Consider that the ``Greenspan put'' has become as much as part of the lexicon as the maestro's own popularized inventions, such as ``irrational exuberance'' and ``economic headwinds.''
A put option gives the buyer the right to sell a security, index or futures contract at a specific price by a specific date. Buying a put protects the holder against a decline in prices.

After multiple rescue efforts -- Greenspan cut rates in 1995 following the Mexican peso crisis and Orange County blowup and again in 1998 in response to the near-collapse of hedge fund Long-Term Capital Management -- investors began to refer to, and rely on, the Greenspan put as an implicit guarantee that the Fed would cut rates if things got too dicey for the stock market.
``He has been willing to ease, and ease aggressively, thereby creating the right financial conditions for a mania,'' said Bill Fleckenstein, president of Fleckenstein Capital in Seattle, who has painstakingly documented Greenspan's bad forecasts over the years. (Think ``Whip Inflation Now'' in 1974.)

Proud Parent
While Greenspan's topic last week was ostensibly how greater flexibility has enabled the U.S. economy to handle shocks, the speech was really ``an attempt to rewrite history and can only be titled, `Damn, I'm Good,''' Fleckenstein said.
For example, Greenspan went out of his way to remind us that the Fed was uncomfortable ``with a stock market that appeared as early as 1996 to disconnect from its moorings.''

The Fed chief has been spending more time of late on the possibly unmoored housing market than on any irrational pricing in the equity market. (Last week, the Fed published a working paper co-written by Greenspan on home equity extraction.) He must know ``the stock market is not valued any differently now than it was in 1996,'' Glassman said.

The price-to-earnings ratio of the Standard & Poor's 500 Index averaged 19.21 in 1996 compared with 19.59 in the first nine months of 2005. In other words, if it was disconnected then, it's disconnected now.

Does that mean that both home and equity prices are detached from the fundamentals?

Rand believed that individuals, including investors, act in their own self-interest.
Greenspan is certainly acting in his.
On that score, at least, his mentor would be proud."


V.B. Ma sélection des "Remarks" de Alan Greenspan. (ordre chronologique inversé)

"Acceptance of honorary degree, New York University, New York", ses dernières "remarks" disponibles sur le site du Fed., December 14, 2005.

A) En relation avec l'enseignement.
"The importance of financial education and literacy", 2001 ;
"The role of education during rapid economic change", 1997.

B) En relation avec la théorie économique
"Closing remarks, 2005"
"Economic flexibility, 2004"
"The Reagan Legacy, 2003"
"Market Economies and Rule of Law, 2003"
"Impact of energy on the economy, 2001"
"The challenge of measuring and modeling a dynamic economy, 2001"
"Information, productivity, and capital investment, 1999"
"Measuring Financial Risk in the Twenty-first Century, 1999 "
"Problems of Price Measurement, 1998"
"The Embrace of Free Markets, 1997"

C) En relation avec le capitalisme
"Globalization, 2005"
"the economic implications of population aging, 2004"
"Globalization and innovation, 2004"
"Capitalism and the role of globalization, 2003 "
"Macroeconomic Stability, Financial Markets, and Economic Development, 2002"
"Regulation, Innovation, and Wealth Creation, 2002"
"Saving for retirement, 2002"
"The Ascendance of Market Capitalism, 1998 "

D) En relation avec la réputation
"Capitalizing reputation, 2004 "
"Intellectual property rights, 2004"
"Corporate governance, 2003"

E) En relation avec monnaie, banque et finance
"Risk Transfer and Financial Stability, 2005"
"Monetary policy twenty-five years after October 1979, 2004"
"the payments system in transition, 2003"
"Monetary Policy under Uncertainty, 2003"
"Issues for Monetary Policy, 2002"
"Cyclicality and Banking Regulation, 2002 "
"The History of Money, 2002"
"Issues for Bank Regulators, 2001"
"Structural changes in the economy and financial markets, 2000"
"Electronic finance, 2000"
"Banking evolution, 2000"
"Insurance companies and banks under the new regulatory law, 1999"
"Financial derivatives, 1999"
"Our banking history, 1998"

F) En relation avec la finance internationale
"Current account, 2005"
"The structure of the international financial system, 1998"
"Risk management in the global financial system, 1998"
"Central Banking and Global Finance, 1997"

Bonne lecture !


V.C. "Alan Greenspan : les Français ignorent l'économie"
5 Octobre 2007

Jacques GARELLO a consacré la semaine dernière son éditorial à « la loi de la jungle » en partant des déclarations d'Alan GREENSPAN faites au Figaro Economie à l'occasion de la sortie de ses mémoires. Le thème dominant de ces déclarations est l'ignorance des Français dans le domaine de l'économie.

On peut bien entendu ne pas avoir été d'accord avec la politique menée par Alan GREENSPAN lorsqu'il était à la tête de la Fed, jugeant cette politique trop conjoncturelle et trop basée sur le maniement du taux d'intérêt, mais il faut bien reconnaitre la pertinence de ses analyses économiques, en particulier concernant notre pays. Nos amis lecteurs n'ont peut-être pas tous lu cet entretien et nous avons pensé qu'alertés par la présentation faite par Jacques GARELLO, ils seraient heureux d'en avoir de plus larges extraits.

« Les sondages sur la vision négative et le rejet par les Français de la libre concurrence m'ont beaucoup frappé. Le contraste avec les Etats-Unis est impressionnant en dépit de tout ce que nos deux pays ont en commun.
Je cite Edouard BALLADUR qui estime que la libre concurrence, « c'est la loi de la jungle ».
En vérité, cette approche gouverne la politique française.
Comme s'il y avait quelque chose d'antisocial dans la libre entreprise. En fait, pour assurer la croissance, il faut que le capital soit employé là où il est le plus productif et retiré des secteurs obsolescents. Or, à la fin du compte, seules des hausses de productivité assurent la progression du niveau de vie. ».

« Pour en arriver là, il faut un processus efficient d'allocation de capital. Celui qui fonctionne le mieux est celui du marché libre. Naturellement, cette destruction créative est extrêmement pénible pour les individus qui sont du côté des perdants. Aux Etats-Unis, nous acceptons ce coût. Nous nous accommodons des pertes d'emplois et de la mobilité importante de la main-d'¦uvre que cela implique. Mais, à la différence de la France, nous avons un taux de chômage très bas. ».

« Le problème principal que M. SARKOZY s'est engagé à traiter, de manière relativement indirecte, est celui de pouvoir licencier sans encourir des coûts élevés.
En France, supprimer des emplois revient cher. Aux Etats-Unis, non. Notre position est que s'il coûte cher de licencier, les entreprises vont hésiter à embaucher. Cela créé un niveau structurel de chômage. ».

« Aux Etats-Unis, notre productivité effective est supérieure. Je sais que la France affiche un taux de productivité horaire plus élevé que le nôtre. Mais c'est une illusion statistique liée à votre taux de chômage presque deux fois plus élevé. Si l'on intégrait des chômeurs dans le calcul, la productivité française dégringolerait.
En termes de revenu par habitant, le rang de la France dans le monde est passé de onzième en 1980 à vingt-cinquième en 2005.
Le Royaume-Uni, au contraire, a grimpé. Je pense qu'en grande partie cela est dû à la manière dont la France appréhende la question de la libre concurrence et de la libre entreprise. ».

« La France est bien sûr un pays capitaliste. Les droits de propriété y sont protégés » (On pourrait en discuter, compte tenu des impôts et des lois liberticides). « La règle de droit s'applique. J'admire la France pour beaucoup de raisons. Il est clair que votre histoire est plus longue que la nôtre. Ma femme adore Paris. Le Louvre est sans égal. Je comprends que les Français jugent que leur civilisation est supérieure à la nôtre. Mais notre forme de capitalisme brut n'est pas antisociale.
Notre croissance extraordinaire a rendu possible des avancées importantes en matière d'éducation supérieure, en matière médicale, en matière de technologie par exemple ».

Notons enfin une petite remarque à propos de SARKOZY :

« Il va être fascinant d'observer votre nouveau président. Autant que je puisse en juger, il est considérablement mieux disposé à l'égard du jeu de la libre entreprise que Jacques CHIRAC.
Pourtant, M. SARKOZY a aussi en plus en tous cas affiché des vues protectionnistes ».

Suivent quelques compliments sur le fait que le Président ait accepté de passer ses vacances aux Etats-Unis : « C'est un acte politique courageux ».

M. GREENSPAN n'a donc pas d'a priori hostile à Nicolas SARKOZY. Raison de plus pour que celui-ci lise et relise avec intérêt le jugement de l'ex-président de la Fed sur notre pays ; ce qu'il dit n'a rien d'extraordinaire : plus de concurrence, plus de flexibilité, plus de libre marché, plus de libre entreprise. Nous ne disons pas autre chose.
Mais la classe politique, comme le rappelait Jacques GARELLO, préfère dire que « la concurrence, c'est la loi de la jungle ».

V.D. Alan Greenspan: "Il faut pouvoir licencier sans coûts élevés"
Propos recueillis par Pierre Yves Dugua, 23 septembre 2007

Les Mémoires d'Alan Greenspan sortiront en librairie mercredi. Celui qui a régné près de vingt ans sur la finance mondiale se confie dans un entretien exclusif au Figaro.

"LE FIGARO. - Dans votre livre, vous parlez d'obstacles culturels à la croissance en France. De quoi s'agit-il ?

Alan GREENSPAN. - Les sondages sur la vision négative et le rejet par les Français de la libre concurrence m'ont beaucoup frappé. Le contraste avec les États-Unis est impressionnant en dépit de tout ce que nos deux pays ont en commun. Je cite Édouard Balladur qui estime que la libre concurrence, «c'est la loi de la jungle». En vérité, cette approche gouverne la politique française. Comme s'il y avait quelque chose d'antisocial dans la libre entreprise. En fait, pour assurer la croissance, il faut que le capital soit employé là où il est le plus productif et retiré des secteurs obsolescents. Or, à la fin du compte, seules des hausses de productivité assurent la progression du niveau de vie.

Pour en arriver là, il faut un processus efficient d'allocation de capital. Celui qui fonctionne le mieux est celui du marché libre. Naturellement, cette «destruction créative» est extrêmement pénible pour les individus qui sont du côté des perdants. Aux États-Unis nous avons accepté ce coût. Nous nous accommodons des pertes d'emplois et de la mobilité importante de la main-d'¦uvre que cela implique. Mais, à la différence de la France, nous avons un taux de chômage très bas.

Le problème principal que M. Sarkozy s'est engagé à traiter, de manière relativement indirecte, est celui de pouvoir licencier sans encourir des coûts élevés.

En France, supprimer des emplois revient cher. Aux États-Unis, non. Notre position est que s'il coûte cher de licencier, les entreprises vont hésiter à embaucher. Cela crée un niveau structurel de chômage élevé.

Aux États-Unis, notre productivité effective est supérieure. Je sais que la France affiche un taux de productivité horaire plus élevé que le nôtre. Mais c'est une illusion statistique liée à votre taux de chômage presque deux fois plus élevé. Si l'on intégrait des chômeurs dans le calcul, la productivité française dégringolerait.

En termes de revenu par habitant, le rang de la France dans le m onde est passé de onzième en 1980 à vingt-cinquième en 2005. Le Royaume-Uni, au contraire, a grimpé. Je pense qu'en grande partie cela est dû à la manière dont la France appréhende la question de la libre concurrence et de la libre entreprise.

La France est bien sûr un pays capitaliste. Les droits de propriété y sont protégés. La règle de droit s'applique. J'admire la France pour beaucoup de raisons. Il est clair que votre histoire est plus longue que la nôtre. Ma femme adore Paris. Le Louvre est sans égal. Je comprends que les Français jugent que leur civilisation est supérieure à la nôtre. Mais notre forme de capitalisme brut n'est pas antisociale. Notre croissance extraordinaire a rendu possible des avancées importantes en matière d'éducation supérieure, en matière médicale, en matière de technologie, par exemple.

Q. Vous voyez le président Sarkozy réconcilier la France avec l'entreprise ?

R. Il va être fascinant d'observer votre nouveau président. Autant que je puisse en juger, il est considérablement mieux disposé à l'égard du jeu de la libre entreprise que Jacques Chirac. Pourtant, M. Sarkozy a aussi, en public en tout cas, affiché des vues protectionnistes. Mais, pour l'avoir rencontré, je sens que cela n'est peut-être pas forcément le fond de sa pensée.

Personnellement, j'ai trouvé admirable qu'il ait passé ses vacances d'été aux États-Unis. Son choix de Wolfeboro, dans le New Hampshire, est remarquable. C'est d'ailleurs là que j'allais lorsque j'étais jeune. Ce voyage a dû donner un signal extraordinaire aux Français. C'est un acte politique courageux, à mon avis. Si son objectif était aussi de faire passer aux Américains le message que la France allait être de nouveau plus amicale à l'égard des États-Unis, cet objectif a été atteint.

Q. Vous citez l'exemple de GDF Suez comme un acte protectionniste. La politique française de création de «champions nationaux» va-t-elle dans le bon sens ?

R. Un vrai champion national est une entreprise qui existe et prospère depuis longtemps, comme General Motors ou General Electric aux États-Unis. Ce ne peut pas être une jeune société, comme Google. Il y a un risque élevé d'obsolescence pour une entreprise établie depuis longtemps. Les champions nationaux sont certes très utiles pour stimuler la conscience nationale d'un pays. Mais si l'État se met à protéger une société vieillissante, il prend le risque de soutenir une firme qui, laissée aux forces du marché, disparaîtrait logiquement. (...) Naturellement, je sais que les États-Unis protègent aussi certaines de leurs firmes ou certains de leurs secteurs. Et je pense que c'est une grave erreur. Les Britanniques sur ce point sont plus vertueux que l'Amérique et la France.

Mais, ce faisant, le Royaume-Uni a perdu beaucoup de son industrie manufacturière.

Mais l'industrie manufacturière, c'est la technologie du XIXe siècle! C'est vrai, les Britanniques ont fait un choix en ce domaine. (Š) Mais l'industrie manufacturière, ce n'est pas un secteur d'avenir. L'avenir est dans les idées qui servent à concevoir des produits.

Il n'y a rien de sacro-saint qui justifie la préservation de l'industrie manufacturière au sens traditionnel du terme. Un pays qui défend son industrie manufacturière d'antan se condamne à voir son niveau de vie stagner.

Le Royaume-Uni a clairement accepté un certain déclin de son industrie manufacturière, en faisant le choix d'une grande ouverture au commerce international. Mais la richesse par habitant du pays a augmenté, alors qu'en France elle a baissé.

Q. Dans votre livre, vous estimez que le PIB américain va augmenter de trois quarts d'ici à 2030. Mais vous ne parlez guère de l'évolution du dollar dans le même temps. Vous voyez le dollar faiblir pour doper la croissance américaine ?

R. Je me suis abstenu de faire des prévisions sur le dollar pour une raison précise. Lorsque j'étais encore à la Fed, il y a plusieurs années, j'ai rassemblé en un groupe de travail les meilleurs économètres de mes services. Des gens de grande qualité. Et nous avions accès, comme toutes les grandes banques centrales, à beaucoup de données non publiques. Nous avons tenté de créer un modèle pour anticiper les variations de taux de change du dollar à partir des données de la balance des paiements. Le rendement de cet effort a été nul.

Les marchés de change sont tellement efficients qu'on ne peut pas plus prévoir leur évolution en fonction des fondamentaux de la balance des paiements qu'on ne pourrait prévoir la manière dont une pièce tombe sur pile ou face. D'une certaine manière, c'est une bonne nouvelle. Le cours du dollar aujourd'hui intègre déjà les anticipations d'évolution de la balance des paiements courants des États-Unis.

Q. Mais beaucoup pensent que la baisse du dollar est nécessaire à la correction du déficit commercial américain.

R. Oui, mais les variations du taux de change du dollar sont largement liées aux anticipations d'écart de taux d'intérêt entre les États-Unis et la zone euro.

Q. L'Amérique, pour rester une puissance économique dominante, ce que vous prévoyez, devra continuer de disposer d'une monnaie forte ?

R. Oui, je vous l'accorde. Mais si mes prévisions sur le PIB des États-Unis en 2030, et particulièrement mes prévisions en matière de taux de productivité, sont exactes, cela créera les conditions d'un taux de change du dollar assez fort.

Ce serait l'inverse de l'inquiétude du président Sarkozy aujourd'hui. Il craint qu'avec un euro trop fort « le malade ne meure guéri ».

Ce serait exagérer un peu les choses. Il y a un peu de positionnement politique dans ses déclarations à propos de l'euro. Les meilleurs responsables politiques sont toujours en faveur d'une devise faible et de taux d'intérêt bas. C'est regrettable, mais c'est un travers de leur métier.

Q. Quelles similarités voyez-vous entre la crise actuelle et les crises passées auxquelles vous avez dû faire face à la Fed, en particulier la crise de 1997-1998 ?

R. Ces crises ont beaucoup de points communs. J'en parle dans mon livre. Mais il y a quelque chose que j'ai appris en écrivant ce livre et qui ne m'avait pas frappé avant. Il s'agit des grandes constantes dans le comportement humain. Les bulles spéculatives en sont un exemple. Elles apparaissent inévitablement dans des économies qui connaissent des évolutions favorables. Un degré d'euphorie commence alors à se manifester. Ces bulles ne peuvent pas être désamorcées tant que la fièvre spéculative ne cesse d'elle-même.

Nous en avons connu un exemple extraordinaire dans les années 1990 aux États-Unis. Notre objectif à la Fed n'était pas de crever la bulle boursière qui enflait. Pourtant, au fur et à mesure que nous resserrions notre politique monétaire, comme en 1994, et de manière significative, la croissance de la bulle naissante a ralenti. Mais, dès que nous avons cessé de resserrer, la bulle est repartie de plus belle. Cela s'est produit plusieurs fois. J'ai compris ce qui se passait : nous avions sous-estimé la vigueur de l'économie. Lorsque vous remontez les taux directeurs de 3% et que la bulle n'éclate pas, c'est que le niveau d'équilibre du marché boursier est monté.

J'en ai conclu que nos durcissements de politique produisaient probablement l'effet inverse et renforçaient la bulle. Le seul moyen de crever la bulle, ce qui n'était pas notre objectif, aurait été de relever les taux bien davantage que 3%. Si 5% ne suffisent pas, essayons 50% ou 100%! À un moment donné, on finira par paralyser complètement l'économie américaine et la bulle éclatera. Mais, à moins d'en arriver à cette extrémité, je ne vois aucun exemple historique d'éclatement de bulle qui ne soit pas venu de lui-même, c'est-à-dire lorsque la fièvre est tombée et que la peur lui a succédé.

Cette peur est bien plus forte que l'euphorie. Les marchés plongent beaucoup plus vite qu'ils ne sont montés. Pour comprendre le comportement de l'économie il faudrait pouvoir modéliser et mesurer l'euphorie et la peur.

Pour en revenir à la crise actuelle, j'ai là des graphiques qui remontent à 1997-1998. Les produits sont différents, mais les courbes sont les mêmes. L'histoire se répète, car la peur est un phénomène immuable, irrationnel et qui devrait être prévisible. La peur se dissipe lorsque l'incertitude sur les prix s'estompe, c'est-à-dire lorsque l'écart entre le prix de vente et le prix d'achat des valeurs se réduit et se stabilise. Aujourd'hui nous n'en sommes pas là.

Mais l'éclatement de la bulle actuelle, celle de l'immobilier, a un impact beaucoup plus direct sur les consommateurs que la bulle boursière de la fin des années 1990.

Q. Oui vous avez raison. Nos estimations sont que l'effet «richesse» qui se transmet aux consommateurs lorsqu'ils accumulent des plus-values boursières ne représente probablement que la moitié de l'effet richesse lié aux plus-values immobilières.

On ne l'a pas encore observé, ce retournement de l'effet richesse. C'est intéressant. La réduction de la richesse immobilière a pourtant déjà été suffisante pour que l'on constate une réaction des consommateurs. Mais on ne l'a pas encore vu. Je pense qu'on va la voir. Et je pense qu'il est presque certain que l'on va connaître une baisse supplémentaire significative des prix immobiliers.

Q. Avec le recul, vous pensez que la Fed aurait dû réglementer plus strictement la distribution de prêts à taux ajustables à des emprunteurs aussi peu solvables ?

R. Nous avions vu le phénomène arriver. J'en avais parlé en 2002 avec Ed Gramlich, un des gouverneurs de la Fed. Il y avait clairement des abus flagrants dans l'offre de crédits dite 2-28 (des crédits sur 30 ans, à taux fixe les deux premières années, puis à taux variable pendant 28 ans, NDLR). La question que nous nous posions était : que peut-on faire ?

Je ne voulais pas que les régulateurs bancaires se mêlent de ça. À mon sens, ce que l'on observait relevait de la fraude pure et simple. Il s'agissait de délits, de tromperies délibérées. Or les régulateurs bancaires ont pour métier d'examiner les comptes d'une banque, leur manière de gérer leurs risques, leur concentration de prêts, mais ils n'ont pas de compétence en matière de délits. Cette tâche revenait aux autorités étatiques de la justice. Ce que ces courtiers en crédit immobilier faisaient était clairement contraire aux lois existantes. S'il y a un domaine de réglementation qui mérite d'être renforcé c'est bien celui de la fraude.

Q. Dans votre livre, vous complimentez beaucoup le président Clinton et son Administration pour leur discipline budgétaire notamment. En revanche, vous ne complimentez pas l'Administration Bush

R. Je suis un républicain libertaire. Le président Bush a hérité d'un surplus budgétaire chronique. Les républicains ont contrôlé les deux chambres du Congrès. Dans l'Administration Bush, il y a eu tant de personnalités remarquables, venues de l'Administration Ford, comme Dick Cheney, Paul O'Neill et d'autresŠ Le président Bush aurait pu faire des choses merveilleuses avec tous ces atouts. J'ai été attristé de voir que les républicains ont oublié leur programme de réduction de la taille du gouvernement, d'encouragement de la concurrence et de réduction des taxes et des dépenses publiques, pour choisir de conforter leur pouvoir. À la fin, ils ont tout perdu : ils n'ont pas appliqué leurs principes et ils ont perdu leur pouvoir (en perdant le contrôle du Congrès en 2006, NDLR). Comme je le dis dans le livre, les républicains méritaient de perdre. (...)

Mais mes rapports personnels avec George W. Bush sont excellents. Il n'a jamais commenté en public les actions de la Fed. Cela est rare et important.

Q. Dominique Strauss-Kahn est bien parti pour être le prochain directeur général du FMI. Vous avez un message pour lui? A-t-on encore besoin du FMI?

R. Bonne question! Le FMI a des problèmes. Il n'est pour rien dans ses problèmes d'ailleurs. Ce sont les marchés qui ont changé. La capacité d'émission d'obligations par les pays en développement a augmenté de manière spectaculaire. On va néanmoins avoir besoin de capacité d'intervention d'urgence du FMI en cas de crise que les marchés ne pourraient pas résoudre d'eux-mêmes immédiatement. Le FMI risque aussi de devenir une institution qui ne fait rien en temps normal, mais qui brusquement pour une brève période peut être obligée de faire des choses extraordinaires, un peu comme les gardes du corps du président américain.

Le FMI doit repenser sa mission. Dominique Strauss-Kahn est parfaitement équipé pour comprendre le type de réformes sensibles qui doivent être mises en place.

Q. Avez-vous gardé des contacts avec le monde du jazz dans lequel vous avez vécu dans votre jeunesse? Jouez-vous encore?

R. Non, je n'ai pas le temps de faire de la musique. Je joue encore un peu de piano, à l'oreille. Les muscles des lèvres faiblissent dès qu'un saxophoniste ou un clarinettiste cesse de jouer.

Q. Cette période vous manque?

R. Pas vraiment. J'aime tellement ce que je fais maintenant. Mais c'était une expérience fascinante.

Q. Vous écoutez quoi aujourd'hui ?

R. Mozart, Bach, Correlli.

Q. Plus de jazz ?

R. Si mais le jazz que j'écoute c'est Benny Goodman, 1938"




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