Paris, le 10 janvier 2008.


"Subprime", "sur crise" ?
Certes, non.
Et les marchés financiers organisés ne font pas des "bulles", mais seulement leur travail, en particulier celui d'information des épargnants/investisseurs en matière de prix et de taux d'intérêt.

'[...] regardez à la fin d'un fait accompli, et vous verrez qu'il a toujours produit le contraire de ce qu'on en attendait, quand il n'a point été établi d'abord sur la morale et la justice.' a écrit François René de Chateaubriand dans Mémoires d'Outre tombe.

Parce que les subprimes sont d'abord des marchés de gré à gré établis sur la morale et la justice, ils ne sauraient provoquer quoi que ce soit d'immoral et d'injuste, une "sur crise".

Beaucoup de commentateurs voudraient que les marchés financiers n'eussent pas pour piliers la morale et la justice alors que l'action des pouvoirs publics les posséderait.
A l'occasion d'une situation de l'un d'entre eux qu'ils dénomment "crise", ils n'hésitent pas à fustiger leur ensemble - "le" marché financier comme ils disent -, et demandent aux pouvoirs publics de les "réglementer", à défaut de les "gérer".


Beaucoup voudraient aussi que les marchés financiers organisés aient pour piliers des facteurs psychologiques étrangers à la théorie économique.

Beaucoup enfin voudraient que les prix des actions échangés sur des marchés financiers organisés s'expliquassent par des théories variées, par exemple,
- la théorie des "marchés efficients",
- la théorie du "plus grand cinglé", et
- la théorie des "bulles rationnelles".

Mais tout cela nous situe bien loin des marchés des subprimes.

Qui, en France, savait il y a un an ce qu'était un subprime ?

Pourquoi certains en parlent-ils aujourd'hui, et depuis quelques mois, d'un air entendu, sans distinguer par exemple les subprimes à taux fixe et les subprimes à taux variable/révisable ?

Pourquoi en parlent-ils en essayant de faire croire que le principe des subprimes porte atteinte aux plus pauvres alors qu'il est très exactement de venir en aide à ceux-ci ?
Nous recommenceraient-ils le coup qu'ils ont joué, en France, à "Crazy George's" - qui s'en est enfui - pour mieux tracer la route de la "microfinance" - invention dirigiste - chère à Piqueur de la Mirandole.

Un subprime n'est qu'un contrat de prêt/emprunt hypothécaire "non traditionnel" conclu sans violence, mais avec consentement des parties.

Un contrat hypothécaire traditionnel - ou "prime" - sanctionne l'engagement que, chaque mois, le débiteur remboursera au créancier une partie du principal et versera l'intérêt. Le principal dû diminuera ainsi au fur et à mesure que la durée du contrat convenu s'écoulera.

Les contrats hypothécaires non traditionnels - ou "subprime" - sanctionnent que, les premières années, le débiteur paiera au créancier seulement l'intérêt, voire qu'il lui fera un paiement minimum spécifié du départ et inférieur à l'intérêt.
Le subprime donne ainsi la capacité à un "pauvre" d'acheter un bien immobilier car le contrat n'exige ni apport personnel ni analyse par le créancier hypothécaire potentiel de la situation courante du futur débiteur.
Le subprime est en général à taux d'intérêt variable.

Pour la petite histoire, il faut souligner que le développement du marché hypothécaire ces deux dernières décennies a profondément modifié le rôle de l'intermédiation financière traditionnelle joué par les institutions de dépôt.

En 1980, les institutions de dépôt, fondamentalement les savings and loan associations, détenaient les 2/3 du marché dans leurs portefeuilles.
Cette proportion est tombée à moins d'1/3 aujourd'hui (2002).
Dans la même période, la part des hypothèques qui a été titrisée est passée de 10 % à 59 %.

Bien sûr, les intermédiaires jouent encore un rôle de soutien vital dans le marché hypothécaire d'aujourd'hui :
- en donnant naissance aux contrats hypothécaires et en s'en occupant, et
- en détenant des titres garantis par des hypothèques dans leurs portefeuilles d'investissement.

Le marché des subprimes a cru, aux Etats-Unis, de 80000 contrats en 1993 à 790000 en 1998, soit une augmentation de 880 % (multiplication par près de 9).

Dans le même temps, les primes des emprunteurs à bas revenu se sont accrus de près de 75 % et ceux des emprunteurs à revenu très élevé de 52 %.
Dans cette période, les primes des "afro-américains" ont augmenté de 95 %, tandis que ceux des Hispaniques de 78 %, à comparer à une augmentation de 40 % de tous les primes.

En 2006, les subprimes représentaient 1/5ème de toutes les nouvelles hypothèques, selon la Washington-based Mortgage Bankers Association.

Entre 2003 et 2006, les subprimes ont presque doublé passant de $332 milliards à $640 milliards, selon la newsletter Inside B & C Lending.

La Federal Reserve Governor, Susan Schmidt Bies, explique en 2007 que les subprimes à taux révisable représentent seulement 7 à 8 % du marché hypothécaire global ( qui s'élève lui à $10000 milliards).

Doug Duncan, économiste en chef de la "Mortgage Bankers Association", dit pour sa part que seulement 6 % des propriétaires ont, chacun, un subprime à taux variable.
Cela l'amène à écrire qu'en bonne logique, même s'il y avait un taux de défaillance des subprimes à taux variable de 20 % - taux deux fois supérieurs au taux maximum consécutif à la récession qu'ont connue les Etats-Unis en 2001 -, cela représenterait simplement 1% du marché hypothécaire américain.

En raison de la liberté sur quoi il est bâti, le subprime ne saurait donc donner lieu à crise.

Mais lui-même supporte un bât et le "bât blesse" et les marchés financiers organisés en informent au travers des variations de prix et de taux d'intérêt qu'ils cotent, aussi importantes soient-elles.


Pourquoi l'application du principe du subprime blesse-t-elle ?

A cause :
1) du choix du taux d'intérêt variable,
2) de la baisse des prix de l'immobilier,
3) des agences de notations qui n'ont pas fait leur travail ou l'ont retardé,
4) des dirigeants des organismes financiers incompétents – ils n'ont pas suppléé à l'inaction des agences de notation - et
5) des politiques monétaires des banques centrales, i.e. à la fois de la hausse des taux d'intérêt à court terme ces dernières années et de leur refus de hausses de taux d'intérêt à court terme ponctuelles aujourd'hui.

Bref, le marché des subprimes n'est pas la cause du désordre financier - de la volatilité des prix des actifs sur les marchés financiers organisés - que beaucoup veulent bien dire. Il ne saurait provoquer une "sur crise" comparable aux "crises" antérieures.

Un pays en voie de sous développement est un pays dont la population perd sa culture critique, ne l'entretient pas et se voue aux totems qu'édifient les gourous du moment, i.e., dans le moins mauvais des cas, des gens qu'elle a élus étant données les règles discriminatoires admises ou qui sont stipendiés par le processus qu'entretiennent les élus, une fois tels (entreprises publiques, média, publicité, etc.)

Puisse cette culture critique exister encore, en France, en particulier à propos du marché des subprimes.


Complément audio.

* Ce qui doit arriver arrive

* 1987-2007 : vingt ans de crises financières