Paris, le 28 janvier 2008.


A l'occasion de la révélation des erreurs de gestion et d'organisation de la Société Générale et de leurs sanctions par les marchés financiers, certains s'en donnent à cœur joie pour dénoncer ce qu'ils dénomment le "capitalisme financier". La Société Générale aurait été le jouet de ce capitalisme financier.


1. Pléonasme.

N'y a-t-il pas plus beau pléonasme que cette expression de "capitalisme financier" ? Peut-être celle de "capitaux flottants" que leurs prédécesseurs employaient dans le passé pour désigner les échanges internationaux de créances à court terme, mais ils semblent l'avoir abandonnée.

Peut-être aussi celle de "finance capitalistique" qui laisserait entendre qu'il y aurait une finance non capitalistique, anti capitaliste, socialiste, la "microfinance" ? A l'heure du principe de précaution et du développement durable, tout est possible.

Le capitalisme ou la finance ont même racine : la gestion de l'avenir par l'être humain.  Ils sont l'unique envers de l'endroit qu'est l'épargne en droits de propriété sur les choses de ce dernier.


2. Incohérence.

Le cas échéant, pour appuyer le pléonasme, ils enfourchent la fausse distinction "sphère réelle"/"sphère financière" bien que par ailleurs ils n'hésitent pas à parler du "marché des biens et services".
Qu'est-ce que la finance sinon une industrie de services ?
Où situer une industrie de services sinon dans la "sphère réelle" ?


3. Antinomies.

Certes, ceux qui emploient ces mots vénèrent en général l'organisation de la sécurité sociale qui oblige, sous peine d'amendes ou de prison, les gens qui sont assujettis à ses cotisations à vivre au jour le jour bien que, par nature, ils devraient gérer leur avenir.
Cela ne fait que s'ajouter au fait qu'elle nie le libre arbitre de chacun comme en témoigne l'obligation de sécurité sociale.

Malheureusement pour les admirateurs, si ce capitalisme financier, si les marchés financiers n'existaient pas et ne s'étaient pas améliorés ces dernières années, l'organisation de la sécurité sociale aurait vécu ce qu'a vécu l'URSS, l'espace de temps de quelques tueries sanglantes et autres goulags.

A coup sûr, elle aurait vécu moins de temps que l'URSS qui elle a vécu un peu plus de soixante dix ans. Quant à l'Etat de France, il serait vraisemblablement dans une situation guère enviable à moins qu'il ait déjà rejoint l'Etat de l'URSS dans le néant.
En effet, si l'industrie de la finance, une industrie désormais mondiale, n'avait pas innové, le déficit de l'Etat de France et, a fortiori, le déficit de l'organisation de la sécurité sociale, ne seraient pas financés.


4. Preuve.

Je n'en veux pour dernière preuve en date que l'article de Paul Fabra intitulé "La danse du ventre des OAT" publié dans Les Echos du 5 octobre 2007.
Pourquoi " Pour la première fois, l'Agence France Trésor, chargée de la gestion de la dette de l'Etat, a organisé cet été un « roadshow » en Amérique latine. A cette occasion, ses responsables ont rencontré les gouverneurs des banques centrales du Chili, de l'Argentine, du Brésil et de la Colombie. Voilà ces pays émergents qu'on voyait mal hier encore en position de créanciers à leur tour en partance pour financer - modestement, mais c'est toujours ça ! - le déficit budgétaire de la France. […]. Et ils ne sont pas non plus les seuls à s'intéresser maintenant aux titres d'emprunt de la dette publique française à des fins de diversification (un maître mot de la gestion moderne) de leurs réserves de change." ?

Il faut savoir que :
" Au 31 août 2007 et selon les estimations forcément quelque peu imprécises de la Banque de France, les non-résidents détenaient désormais au moins 60 % de l'encours total - 928 milliards d'euros - de l'endettement contracté par l'Etat français (sans compter les déficits sociaux)." […]

Il faut aussi savoir que :
"Au début de la présente décennie, les étrangers finançaient déjà environ 35 % du déficit budgétaire français.
A l'époque, c'étaient surtout des fonds de pension et de retraites des autres pays de la zone euro naissante.
Il y a deux ou trois ans, les investisseurs d'Amérique du Nord puis d'Asie ont commencé à acheter des bons et obligations émis par le Trésor français et, comme on vient de le voir, ils ont mis les bouchées doubles." […]

Il faut surtout et enfin savoir que :
"Avec un art consommé, les fonctionnaires inventent, à la plus grande satisfaction du gouvernement en exercice, les formules propres à donner de l'attrait à l'insolite et encombrante marchandise - l'accroissement du stock de la dette n'est évidemment pas maîtrisé - vendues de par le monde par l'Etat national. Allant au-devant des besoins des plus gros fonds de pension, la France lançait en 2005 - une première - des OAT à 50 ans d'échéance.
L'innovation de 2007 est encore plus imaginative. Le démembrement vient d'être autorisé pour les OAT indexées sur l'inflation (10 % de l'encours). Vous envisagez d'envoyer dans quinze ans votre prometteur rejeton (il a trois ans) dans la plus chère des universités américaines. Vous achetez tout de suite une OATi réduite au remboursement du principal qui vous sera versé dans quinze ans (pourquoi s'encombrer des coupons qui seront vendus séparément à d'autres investisseurs selon leurs besoins ?)."


5. Vite la réforme.

Si, en France, les déficits de l'Etat et de l'organisation de la sécurité sociale obligatoire existent et s'approfondissent, c'est à cause de la sécurité sociale. Je vous renvoie à mon livre intitulé La sécurité sociale et comment s'en sortir

livre sur OSSO

Force est de constater que, loin de maintenir le plein emploi et favoriser le développement, i.e. d'atteindre son objectif initial fixé en 1945-46, l'organisation monopolistique obligatoire incite au chômage et à la régression.
Et cela s'explique en termes simples.

En vérité, la plus grande des régressions se trouve dans un de ses piliers : obliger l'être humain à vivre au jour le jour. Et il est logique qu'elle donne lieu à d'autres tant elle est absurde.

Thuriféraires de l'organisation de la sécurité sociale obligatoire, les marchés financiers - le "capitalisme financier" comme vous dites - ont su démontrer les erreurs de gestion et d'organisation de la Société Générale et les ont sanctionnées. N'inversez pas la causalité avec les faux concepts dont vous usez en relation avec une inculture économique ou une idéologie politique ubuesque.

Attendez-vous seulement à ce qu'ils procèdent de la même façon d'ici peu avec le couple infernal "Etat – organisation de la sécurité sociale obligatoire" que nous connaissons en France s'il n'y a pas de réforme prochaine de celui-ci digne de ce nom.

Que faut-il entendre par "réforme digne de ce nom" ? Tout simplement, une variation des règles juridiques telle que celles-ci ne portent plus atteinte au libre arbitre de l'être humain vivant en France ni à sa capacité de gérer l'avenir qu'il se donne.


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