Paris, le 21 mars 2008 - mis à jour le 20 mars 2009 -.


Selon Jacques Rueff (dans L'ordre social, 1945), le droit de propriété est un "récipient à valeur", c'est-à-dire un récipient à richesses, à choses évaluées par chacun subjectivement.

Tout être humain possède un patrimoine de droits de propriété dont il vide les contenus sur le marché quand il vend des choses et qu'il remplit quand il en achète.

L'Etat n'a pas de droit de propriété, mais le cas échéant des actifs.
Il n'achète pas, mais prélève - pour ne pas écrire "vole" - et cet "achat" est générateur de "faux droits".


Soit dit en passant, aujourd'hui, en France, le taux des prélèvements est de l'ordre de 55% du PIB, plus d'un euro sur deux produits en France est "acheté" par l'Etat !
 

Quand l'Etat "achète" une richesse, celle-ci est transférée du "droit qui la contenait" dans l'ensemble de ses actifs.
En d'autres termes, le fournisseur de la richesse subit un prélèvement et supporte d'abord un "faux droit".

Qu'est-ce qu'un faux droit ?
Un droit vide de richesses ou bien plein de richesses surévaluées par les autorités.
Le faux droit que possède le fournisseur perdra ce caractère lorsqu'il aura été rempli de richesses proprement dites par impôt ou par emprunt.

Mais, selon la "conjoncture",  l'Etat a le choix de la personne qui supportera définitivement le prélèvement. 
Si l'Etat lève un impôt, le prélèvement sera transféré au contribuable ; s'il émet un emprunt, il le sera au prêteur.
Et seulement dans la mesure du déficit de l'Etat restant, non couvert par impôt ou emprunt, les fournisseurs verront leurs droits définitivement transformés en faux droits, c'est-à-dire connaîtront une perte de patrimoine.


Un premier mensonge.

L'affirmation que l'emprunt permet de reporter le poids du prélèvement sur les générations futures est ainsi un premier mensonge.

Un achat actuel de l'Etat ne peut être couvert que par un prélèvement actuel, celui qui alimente le transfert accompli au bénéfice de l'Etat.
L'emprunt ne le différera pas; il le mettra seulement, temporairement, à la charge d'un prêteur, avant de le transférer définitivement à un contribuable.

Le pouvoir de prélèvement de l'Etat est identiquement égal à son "pouvoir d'achat" puisque c'est au moment où l'achat est accompli que le prélèvement est effectué.
L'emprunt déplace seulement l'assiette du prélèvement déjà accompli du fournisseur vers le prêteur.
S'il est insuffisant et s'il n'y a pas appel à l'impôt pour combler le déficit, la dévaluation de la monnaie en fixera définitivement le solde dans le patrimoine du fournisseur.

Les modes de prélèvement ont donc pour effets de vider un droit de son contenu, de le transformer en faux droit, de faire supporter des pertes de patrimoine. Certains sont définitifs, d'autres temporaires.
 
Soit dit en passant, quand les hommes de l'Etat s'apitoient sur le sort des générations futures en matière d'endettement, soit ils sont ignares, soit ils s'apitoient en fait, en le cachant, sur le sort qu'ils réservent à leur cheptel fiscal du moment.


Un deuxième mensonge.

L'affirmation qu'un budget doit rester en déficit parce que l'Etat ne saurait prélever plus sur la collectivité dont il a la charge est un deuxième mensonge.
"Capacité fiscale" et "capacité d'emprunt" sont des notions illusoires si on prétend y trouver une limitation des possibilités de prélèvement sur les patrimoines privés.

Mais si on entend par "capacité fiscale" la limite du rendement d'un système fiscal donné, dans des conditions politiques et sociales déterminées, il en est différemment. 
 
La limite est atteinte lorsque l'Etat reconnaît son impuissance à répartir consciemment, i.e. par l'impôt, les prélèvements que ses achats infligent à la collectivité.
De facto
, il s'est fait une raison il faut qu'il ait confiance dans les marchés financiers et dans les marchés des changes.

Il reste que, quand l'Etat n'a plus la maîtrise de la monnaie en quoi sont payés les impôts qu'il inflige au cheptel - cas de la monnaie qui circule en France -, il doit faire confiance aux seuls marchés financiers.


Un troisième mensonge.

Et quand il y a tempête sur les marchés financiers comme actuellement, c'est maintenant la "capacité d'emprunt" qui se profile à l'horizon.
 
Il y a tempête sur les marchés financiers quand, en particulier, l'industrie financière connaît des problèmes de liquidité, i.e. quand les flux de trésorerie n'arrivent pas comme attendus dans les caisses et quand les firmes ne peuvent pas se refinancer à des conditions "ordinaires".

L'industrie financière peut aussi connaître des problèmes de solvabilité.  C'est le cas quand les variations de prix sur les marchés financiers ont comme conséquences que des firmes financières ont des patrimoines d'actifs dont les structures ne satisfont plus aux règlementations financières.

A l'expérience, il s'avère qu'un jour ou l'autre, dans un cas comme dans l'autre, le cartel mondial des banques centrales escompte des créances de l'industrie financière à des conditions "extraordinaires".

C'est, par exemple, le cas actuellement si on en croit Scott Lanman de Bloomberg le 20 mars 2007.

"The Federal Reserve, in its first extension of credit to non-banks since the Great Depression, lent $28.8 billion as of yesterday to the biggest securities firms to try to stabilize capital markets.

In a separate announcement, the Fed expanded collateral eligible for its first auction of Treasuries March 27 to include bundled mortgage debt and securities linked to commercial real-estate loans.
The value of the sale was set at $75 billion, part of a $200 billion facility unveiled last week.

The auctions and Wall Street's new loan facility are Fed Chairman Ben S. Bernanke's answer to a credit squeeze that's eroded U.S. economic growth and forced Bear Stearns Cos. to sell for $2 a share to JPMorgan Chase & Co.
The recipients of the Fed's credit are getting cash and Treasury notes in exchange for securities tied to mortgages and other distressed debt.

``The Fed's pulling out all the stops here to add liquidity,'' said Chris Rupkey, chief financial economist at Bank of Tokyo-Mitsubishi UFJ Ltd. in New York. ``All these things are an attempt to bring down financing costs.''

The central bank's Primary Dealer Credit Facility, announced March 16, allows Wall Street banks to borrow money overnight at a 2.5 percent interest rate, the same charged to commercial banks.
The Fed bypassed its own emergency-lending policies and used broader authority in the Federal Reserve Act to give both kinds of companies the same borrowing costs.

The central bank said the loans will be available for at least six months. The Fed's decision to be lender of last resort to the 20 primary dealers of government debt came two days after the Fed provided emergency financing to Bear Stearns through JPMorgan.

Pour autant que les créances en question n'ont pas la valeur que le cartel veut bien leur donner - il les surévalue - et qu'elles sont donc de "fausses créances", les monnaies du cartel courent, chacune, le risque qu'elles deviennent "égout collecteur des fausses créances".

L'expression est de Jacques Rueff.
Il l'avait créée hier pour l'appliquer à la monnaie nationale dans le cas où les créances finançant le déficit de l'Etat étaient escomptées par la banque centrale.

Aujourd'hui, et jusqu'à preuve du contraire, les monnaies en circulation deviennent ainsi, chacune, des égouts collecteurs non seulement des créances publiques mais aussi des créances privées, les unes et les autres étant fausses pour des raisons différentes : le déficit de l'Etat pour les premières, le mensonge du cartel pour les secondes.



P.S.
Selon Daniel Kruger de Bloomberg, le 24 mars 2008 :

Fed May Buy Mortgages Next, Treasury Investors Bet .

"Forget lower interest rates.
For the Federal Reserve to keep the financial markets from imploding it needs to buy troubled mortgage bonds from banks and securities firms, say the world's biggest Treasury investors.
Even after cutting rates by 3 percentage points since September, expanding the range of securities it accepts as collateral for loans and giving dealers access to its discount window, the Fed has been unable to promote confidence.
The difference between what the government and banks pay for three- month loans almost doubled in the past month to 1.69 percentage points […].


Joint Action

The Fed, the Bank of England and the European Central Bank are exploring the feasibility of using taxpayers' money to shore up the mortgage-backed securities market, the Financial Times reported on March 22, without saying where it obtained the information.

A Fed official denied to Bloomberg News that day that it's in discussions to buy mortgage debt.

Smaller steps are already being taken.
The Bush administration reduced the amount of capital Fannie Mae and Freddie Mac are required to hold as a cushion against losses.

The March 19 agreement allows the government-chartered companies, the largest sources of money for U.S. home loans, to expand their purchases of mortgages by as much as $200 billion.

The Fed has also lowered borrowing costs, opened the so-called 'discount window' to investment banks and arranged the sale of Bear Stearns Cos. since March 16 to ease financial-market turmoil.

The world's biggest financial companies have posted at least $195 billion in writedowns and credit losses tied to subprime mortgages and collateralized debt obligations as of March 20, according to data compiled by Bloomberg [...] "


Selon Craig Torres de Bloomberg le 18 mars 2009, le Fed atteint des sommets :

Fed to Buy $300 Billion of Longer-Term Treasuries (Update1)

The Federal Reserve said it will buy $300 billion in Treasury securities and acquire more mortgage and agency debt in an effort to bolster housing and hasten the end of the recession.

“To provide greater support to mortgage lending and housing markets, the committee decided today to increase the size of the Federal Reserve’s balance sheet further by purchasing up to an additional $750 billion of agency mortgage- backed securities,” the Federal Open Market Committee said after a unanimous vote in Washington today. “Moreover, to help improve conditions in private credit markets, the committee decided to purchase up to $300 billion of longer-term Treasury securities over the next six months.”

Chairman Ben S. Bernanke is opening a new front in monetary policy after unemployment climbed to 8.1 percent and economists forecast the economy will shrink through the middle of the year. Fed officials also kept the benchmark interest rate at between zero and 0.25 percent and said it will consider expanding the Term Asset-Backed Securities Loan Facility to include “other financial assets,” the statement said.

Bernanke is trying to prevent the credit contraction from deepening what already may be the worst recession in 60 years. The U.S. jobless rate jumped to the highest level in more than a quarter century last month.
Industrial production fell 1.4 percent, the fourth consecutive decline, while factory capacity in use slumped to 70.9 percent, matching the lowest level on record.

1. Shrinking Economy

“Information received since the Federal Open Market Committee met in January indicates that the economy continues to contract,” the FOMC said in the statement. “The committee anticipates that policy actions to stabilize financial markets and institutions, together with fiscal and monetary stimulus, will contribute to a gradual resumption of sustainable economic growth.”

The global economy will contract this year for the first time since World War II, the World Bank predicts, forcing central banks to keep pumping money into their economies when conventional interest rates are at, or close to, zero. The Bank of England is buying government bonds and corporate debt, the Bank of Japan is snapping up government notes and making subordinated loans to banks, and the Swiss National Bank is intervening to weaken the franc.

The Fed has cut the benchmark rate from 5.25 percent, beginning in September 2007, as credit froze and the economy buckled. Policy makers are now focused on how to further channel money to the economy. The Fed has already committed to buying $600 billion of mortgage-backed securities and bonds sold by government-sponsored housing agencies.


2. Home-Loan Rates

The Fed’s actions pushed the average rate on a U.S. 30-year fixed rate mortgage to 5.03 percent on March 12, down from 5.15 percent the previous week. Still, rates are high relative to benchmark Treasury issues: Prior to today’s meeting, the difference between rates on 30-year fixed mortgages and 10-year Treasuries is 2.1 percentage points, Bloomberg data show. That’s up from an average of 1.75 percentage points in the decade before the subprime mortgage market collapsed.

Through emergency loans and liquidity backstops, U.S. central bankers have expanded Fed credit to the economy by an unprecedented $1 trillion over the past year. At the same time, forecasters at Macroeconomic Advisers LLC in St. Louis predict a 5.2 percent decline in first-quarter gross domestic product, following a 6.2 percent drop in the fourth quarter.


3. ‘Choked Off’

“It is the worst credit crunch since the Great Depression,” Laurence Meyer, a former Fed governor and vice chairman of Macroeconomic Advisers, said before the decision.
“The banking system is reeling, credit is being choked off, it is dramatic in size.”

Banks worldwide have posted $1.2 trillion in write downs and credit losses on mortgage loans and other assets. U.S. Treasury officials will put the largest 19 banks through “stress tests” and decide whether they need more capital. The banks can raise equity privately or seek more government funds. Officials are also looking at ways to remove bad assets.


4. ‘Green Shoots’

Bernanke, 55, told CBS Corp.’s “60 Minutes” on March 15 that he sees “green shoots” in some financial markets, and that the pace of economic decline “will begin to moderate.”

The Standard and Poor’s 500 index is up 11.5 percent this month. Chief executive officers from Bank of America Corp., JPMorgan Chase & Co., and Citigroup Inc. said their banks made money in the first two months of the year.

Coca-Cola Co., health insurer WellPoint Inc. and more than 30 other companies are tapping longer-term credit markets and paying down their short-term IOUs, a sign of some investor confidence.

Sales at U.S. retailers in February fell less than forecast and a gain in January exceeded the previous estimate, indicating the biggest part of the economy may be starting to stabilize.

Housing starts in the U.S. unexpectedly snapped the longest streak of declines in 18 years in February, adding to the series of data that suggest the pace of the economy’s decline may be easing.

Consumer prices rose 0.4 percent in February from a month earlier, the Commerce Department reported today. The annual core inflation rate increased to 1.8 percent, within the range most Fed officials say is their objective, easing concern about a deflationary spiral.
“There are always going to be some signs of revival; this is a resilient country,” said Julian Mann, who helps manage $4 billion in bonds at First Pacific Advisors LLC in Los Angeles. “But consumers are fearful, and when they are fearful they aren’t going to spend.”



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