Paris, le 19 septembre 2008.
Le mot "crise" fait partie de ces mots qui, aujourd'hui, situent plus dans un
monde magique que dans la réalité. Les mots sont en effet employés pour faire
peur, pour menacer, ou pour faire rêver, ou pour inciter à agir dans tel ou tel
sens au lieu d'informer. Ils ne sont pas destinés à informer. C'est
regrettable.
D'après l'étymologie grecque, le mot "crise" devrait avoir une signification
limpide : "krisis": décision, jugement.
Par extension, si on fait intervenir la durée, la décision étant prise à un
moment du temps, ce moment de la décision n'est pas un moment comme un autre,
c'est une "crise".
Le mot latin "crisis" introduit une nouveauté : on ne prend plus seulement en
considération la durée, mais la maladie.
La crise, c'est la "phase décisive d'une maladie". Ce n'est donc plus
l'écoulement du temps qui est la référence, mais le déroulement d'une
pathologie.
Par la suite, le mot "crise" a reçu des significations en relation avec
l'économie politique, avec la science économique.
Il renvoie donc aux considérations précédentes mais aussi à une autre mettant
en relation l'économie politique et la géométrie ou l'astronomie, à savoir le
""cycle".
1. Le "cycle" et la "crise".
Le "cycle" témoigne de l'alternance de la "surproduction" et de la "sous
production", de celle de la "surconsommation" et de la "sous consommation", de
celle de la "sur épargne" et de la "sous épargne", ou de celle du "sur
investissement" et du "sous investissement"… selon les théoriciens de la
question.
La "crise" est un point du cycle économique, commercial, ou des affaires, selon là
encore les théoriciens de la question.
C'est le "point haut" du cycle – apogée -, dénommé "boom" ou … "crise" – cf.
Mises, 1943 -.
Ce point atteint, des pertes brutales succèdent à des gains et à des espérances
de gains croissants qui s'étaient réalisées. Des repères ou certitudes
disparaissent.
Et les êtres humains vont se former des espérances de pertes croissantes
jusqu'au jour où le point bas du cycle , dénommé "bust", voire "dépression"
sera atteint.
Et la "crise" donne lieu à des changements de règles juridiques et à une
intervention des hommes de l'Etat dans l'économie...
Quand des économistes ont abandonné la fausse distinction entre économie réelle
et économie monétaire, est apparue aussi la "crise monétaire" au sens moderne.
Et la crise monétaire a donné lieu à des changements de règles juridiques
monétaires (par exemple, création de banque centrale) et à des manipulations de
taux de change des monnaies nationales dans la mesure du possible.
Forts du concept et pour soi-disant éviter des crises monétaires à l'avenir,
les hommes de l'Etat ont parfois mis sur pieds des systèmes
monétaires.
On sait ce qu'il est advenu du fameux "système monétaire international" conçu
en 1944 : il a pollué les échanges mondiaux jusqu'à ce que le président des
Etats-Unis - à l'époque Richard Nixon - prenne la décision en août 1971
que le dollar serait désormais inconvertible en or.
Le monde traîne depuis lors ses dépouilles et leurs dirigeants inutiles, mais
grassement payés - exonérés d'impôts ! -, à savoir le Fonds monétaire
international (F.M.I.), d'un côté, et de l'autre, la Banque internationale pour la reconstruction
et le développement (B.I.R.D.) - dénommée par le sobriquet "banque
mondiale" -.
On ne sait pas encore ce qu'il adviendra du système monétaire d'une partie de
l'Union européenne dénommé "euro" et
mis en oeuvre à partir du 1er janvier 1999 - son point d'appui est
la banque centrale
européenne (B.C.E.) -. On l'imaginera aisément.
Maintenant que des économistes abandonnent la fausse distinction entre économie
réelle et économie financière, apparaît la "crise
financière" au sens moderne –
à distinguer de la "crise des finances publiques" dans le passé -.
Et la crise financière donne lieu à des changements de règles juridiques
financières et à des manipulations de taux d'intérêt des marchés financiers,
dans la mesure du possible, par les hommes de l'Etat jusqu'au jour
où...
2. Fondements de la finance hier : le contrat financier et l'action,
part du capital d'une société.
a) L'action.
Toute action d'une société est un droit de propriété sur les résultats futurs,
capitalisés ou non, de la société.
Cotée sur un marché organisé d'actions – bourse de valeurs -, l'action a un
prix qui varie au gré de l'offre et de la demande.
Ce sont toujours de ces actions dont parlent les gazettes et non pas des
actions "non cotées".
Le prix d'une action monte si l'offre est inférieure à la demande.
Le prix baisse si l'offre est supérieure à la demande ; s'il n'y a pas de
demande suffisante, il peut même s'effondrer.
Pour autant, il n'y a pas
crise financière.
Deux actions voient leurs prix respectifs s'effondrer, il n'y a pas crise
financière pour autant.
Trois actions voient …, il n'y a pas crise financière pour autant.
"N" actions voient … Il y a désordre financier. N'y aurait-il pas une
corrélation des effondrements qu'on dénommera "crise financière" ?
b) Le contrat financier.
Tout contrat est convenu entre un prêteur et un emprunteur, il y a marché
financier.
Un emprunteur ne respecte pas ses engagements envers son prêteur, des
engagements dont il est convenu dans le cadre d'un contrat financier avec ce
dernier, c'est un cas de figure très terre-à-terre qui est même prévu par ce
même contrat et qui sera dénoué selon les clauses convenues. Il n'y a pas crise
financière pour autant.
Deux emprunteurs ne respectent pas leurs engagements respectifs, etc. … Il n'y
a pas crise financière pour autant.
Trois emprunteurs ne respectent pas etc. … Il n'y a pas crise financière pour
autant.
"N" emprunteurs ne respectent pas etc. … Il y a désordre financier. N'y
aurait-il pas une corrélation des non respects qu'on dénommera "crise
financière" ?
c) Des causes de la crise financière.
Si l'économiste avance une ou plusieurs causes identiques pour expliquer la
corrélation des baisses de prix ou la corrélation des non respects, il dira
qu'il y a crise financière.
- Ces effondrements de prix et non respects ne vont-ils pas eux-mêmes causer
"automatiquement" d'autres non respects (effet "boule de
neige"), l'ensemble recevant la dénomination "crise financière"
?
En d'autres termes, ne faut-il pas s'attendre en conséquence à des
effondrements plus importants et plus nombreux ou à un nombre croissant de non
respects ?
- Très exactement, les actionnaires (ou les créanciers) "encore non touchés" ne
doivent-ils pas s'attendre à cette situation et vendre leurs actions (ou leurs
créances) ?
- Les banquiers centraux et les autres autorités financières ne doivent-ils pas
s'attendre à cette situation et tenter d'y remédier par des interventions ou
des réglementations ?
Autant d'ingrédients de la crise financière, d'un désordre financier
généralisé.
3. Fondements de la finance aujourd'hui : des instruments financiers et
des institutions financières combinant contrats financiers et/ou actions selon
des méthodes astucieuses.
Au nombre des instruments, par exemple, les contrats hypothécaires de type
"subprime".
Au nombre des institutions, des firmes - des "fonds" - pratiquant la
"titrisation" qui permet l'échangeabilité des instruments financiers sur le
marché secondaire.
Et tout ce qui a été écrit précédemment sur les créances s'y applique.
4. Des faits.
En janvier 2008, j'ai écrit un
texte sur le leitmotiv d'alors des informateurs de l'opinion, à savoir le
marché des subprimes.
J'écrivais en particulier que :
"Le marché des subprimes n'est pas la cause du désordre financier - de la
volatilité des prix des actifs sur les marchés financiers organisés - que
beaucoup veulent bien dire. Il ne saurait provoquer une "sur crise" comparable
aux "crises" antérieures."
Ce marché était le dindon des éléments que je signalais :
"1) du choix du taux d'intérêt variable,
2) de la baisse des prix de l'immobilier,
3) des agences de notations qui n'ont pas fait leur travail ou l'ont
retardé,
4) des dirigeants des organismes financiers incompétents – ils n'ont pas
suppléé à l'inaction des agences de notation - et
5) des politiques monétaires des banques centrales, i.e. à la fois de la hausse
des taux d'intérêt à court terme ces dernières années et de leur refus de
hausses de taux d'intérêt à court terme ponctuelles aujourd'hui".
Deux mois plus tard, étant données les nouvelles informations divulguées, je
commettais un
autre texte où j'écrivais qu'il fallait se rendre à l'évidence : la
création de "faux droits" par les banques centrales allait fonctionner et ne
résoudrait rien.
Neuf mois plus tard, où en est le bébé, i.e. le désordre financier et sa cause
?
Il se porte bien.
A la suite de faillites ou presque retentissantes puis d'une croissance du
nombre des quasi faillites (Bear Stearns Cos., Fannie Mae, Freddie Mac, Lehman
Brothers Holdings Inc., Merrill Lynch & Co., IndyMac Bancorp Inc., American
International Group Inc.), et en prévision d'autres quasi faillites redoutées,
les autorités monétaires se sont entendues de par le monde pour faire
fonctionner à plein rendement la création de "faux droits" avec la mise sur
pieds de fonds.
Tel le grand collecteur d'un égout, chaque fonds va donc centraliser des
fausses créances. Il les aura achetées en échange de monnaie et les aura
surpayées.
5. Question jamais
soulevée, à se poser.
Où les gouvernements - comme celui de la France - trouveraient-ils, chacun, les
moyens d'avoir les déficits budgétaires considérables qu'ils choisissent
d'avoir depuis
des années si les marchés financiers venaient à retrouver progressivement
leur discipline et à exclure les marchés financiers "véreux" ?
L'épargne présente disponible – que les gouvernements n'hésitent pas à taxer
toujours plus comme,
par exemple, en France - serait vraisemblablement insuffisante ou
l'investissement davantage endommagé.
La discipline des marchés financiers et les déficits budgétaires sont en
dissonance.
Comme tout phénomène règlementaire arbitraire, ces déficits ne peuvent que
faire naître des "marchés noirs", plus risqués que les marchés, sous entendu
alors, "blancs". Et quand le risque d'un marché - noir - se réalise
(emprunteurs indélicats), il a un impact sur les autres marchés noirs, mais
aussi sur les marchés blancs, dont le support est la gestion de portefeuille
par chaque épargnant/investisseur.
Hier, la "planche à billets" transformait la banque centrale en "grand
collecteur" des fausses créances.
Aujourd'hui, les emprunteurs indélicats sur les marchés financiers véreux
amènent les autorités publiques à mettre sur pieds des "fonds de faux
droits", autre type de "grand collecteur" de fausses créances.
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3. Economie appliquée des marchés financiers
mercredi 1 février 2006
Les "grands collecteurs".
Par Georges Lane le mercredi 1 février 2006, 10:03
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