A Paris, le 14 juin 2008.


Les électeurs irlandais ont rejeté le 12 juin 2008, par référendum, le projet de traité convenu à la réunion du Conseil des Chefs d'Etat et de gouvernement à Lisbonne le 13 décembre 2007, et réformant les règles juridiques de l'Union européenne : 

                53,4% de "Non" contre 46,6% de "Oui".


1. Pour fixer les idées.

Soit dit en passant, cette prétendue révision en 277 pages des documents fondateurs de l'Union européenne est pour le moins curieuse.

Le nouveau traité n'est en effet qu'une version reconditionnée d'une constitution élaborée entre 2002 et 2003 par une convention dirigée par l'ancien président de la République française, Valéry Giscard d'Estaing, et inspirée par la rédaction de la Constitution de Philadelphie des États-Unis en 1787.
Le document, avait dit Giscard, tiendrait 50 ans. Au lieu de cela, il s'est effondré, condamné en 2005 par veto lors des référendums organisés en France et aux Pays-Bas.

Des partisans de la Constitution n'ont pas renoncé et ont visé à la ressusciter, enveloppant une grande partie du contenu dans le traité dit de Lisbonne. Selon l'estimation de Daniel Gros, directeur du Centre for European Policy Studies à Bruxelles, 90 % du nouveau traité est la constitution précédente mais dénommée autrement (opinion que je partage entièrement comme vous pouvez le lire).

Le prétexte souvent avancé est le suivant :
"Nous ne sommes pas un petit club de 12 qui peuvent s'asseoir ensemble autour d'une table et discuter de choses et d'autres'', comme le partage Sara Hagemann, une analyste au European Policy Centre à Bruxelles .

Selon certains commentateurs ou politiques, le traité vise à aider l'U.E. à faire face à son expansion en Europe de l'Est.

Le Traité est le "point culminant des efforts visant à réorganiser l'U.E. après la chute du communisme et l'élargissement à de nouveaux membres d'Europe de l'Est,'' déclare John K. Glenn, directeur de la politique étrangère au German Marshall Fund à Washington.  "Il permet à l'UE d'avoir une action d'ensemble sur des questions telles que la sécurité, le terrorisme et l'immigration.''

L'U.E. demeure nettement en deçà de l'État fédéral imaginé par Jean Monnet, ce vendeur de cognac français qui s'est transformé en homme politique et a exposé des visions européennes audacieuses dans les décennies 1940 et 1950.

Le colosse commercial qu'est l'U.E. reste un nain géopolitique.  Deux exemples : les divisions de l'UE ont précipité l'effondrement de la Yougoslavie au début des années 1990, laissant aux États-Unis le soin de mettre fin au bain de sang. Le bloc vola en éclats lorsque le George W. Bush, président des Etats-Unis d'Amérique, a décidé d'envahir l'Irak en 2003.

Les ambitions de construire une force européenne de réaction rapide pour le maintien de la paix et des missions humanitaires ont trébuché sur l'égotisme national et un manque de fonds. Un objectif de 2003 de projeter une force de 60000 hommes dans des zones de conflit en 60 jours reste insatisfait.

Le traité prévoit ainsi une rationalisation de la Commission européenne , la suppression du veto national dans plusieurs domaines, davantage de pouvoir pour les parlements démocratiquement élus des pays membres, une réforme de la présidence du Conseil des Chefs d'Etat et de gouvernement et un poste des affaires étrangères renforcé.


2. Réactions à chaud.

Le vote irlandais est une belle gifle aux dirigeants de l'U.E. qui est composée désormais de 27 nations et dont les règles exigent que tous ses membres ratifient le projet de traité.
Seule l'Irlande a appelé cette fois le peuple à voter ! Le referendum est obligatoire pour tout sujet amendant la constitution irlandaise.

La Commission européenne a déjà dit que les autres pays devraient continuer à ratifier le traité qui, selon elle, vise à rationaliser la prise de décision. Soit dit en passant, cette déclaration montre le grand cas que les bureaucrates d'icelle font des choix des gens qui ne sont pas de leur avis.

Les dirigeants de la "campagne pour le Non" ont dit, pour leur part, que le vote était un "très bon résultat pour l'Irlande".
Un projet antérieur et plus vaste de Constitution européenne avait échoué après que les Français et les Hollandais l'eurent rejeté en 2005 par referendum.


3. "Eaux inconnues".

La "campagne pour le Non" l'a remporté par

                                   862 415 voix contre 752 451,

le taux de participation a été de 53,1%.

Evénement du résultat selon certains commentateurs, Dermot Ahern, le ministre de la Justice irlandais, a déclaré que le vote "Non" qui était prévu… laisserait l'U.E. dans des "eaux inconnues".

Brian Lenihan, le ministre des Finances irlandais, a déclaré pour sa part :
«Je suis très, très déçu de ce résultat. Je pense que c'est un triste jour pour l'Europe aussi bien que pour notre peuple."

Avant d'écrire une longue déclaration, José Manuel Barroso, le Président actuel de la Commission européenne, avait déclaré qu'il avait parlé au Premier ministre irlandais, Brian Cowen, et était convenu avec lui que ce n'était pas un vote contre l'UE.
"L'Irlande reste attachée à une Europe forte", a-t-il dit.
"Les ratifications devraient continuer à suivre leurs cours."

La France et l'Allemagne ont rapidement publié une déclaration conjointe exprimant leur regret sur le résultat irlandais.

L'Espagne a dit qu'une solution sera trouvée.

Mais Vaclav Klaus, le président de la République tchèque, a déclaré que désormais la ratification ne pouvait pas se poursuivre.

M. Barroso a informé que les dirigeants de l'UE devraient décider la semaine prochaine, lors d'un sommet, de la manière de procéder .
Il a appelé l'UE à maintenir l'attention sur les questions d'intérêt pour les gens comme l'emploi et l'inflation, la sécurité énergétique et le changement climatique.

Soit dit en passant, Oana Lungescu de la BBC à Bruxelles remarque que ce troisième échec référendaire - en trois ans - sur le traité de constitution de l'Union européenne souligne seulement l'écart grandissant entre les peuples et leurs dirigeants.
Antérieurement, les dirigeants européens avaient dit qu'ils n'avaient pas de "plan B" pour savoir comment procéder si l'électorat de l'Irlande votait "Non".

Declan Ganley du groupe anti-traité "Libertas" a dit que c'était un "grand jour pour être irlandais".
"Les gens de l'Irlande ont montré un courage énorme et une grande sagesse dans l'analyse des faits qui leur ont été présentés et dans la décision qu'ils ont prise", a déclaré M. Ganley.

La campagne pour le "Non" a été une vaste coalition allant de Libertas au Sinn Fein, le seul parti représenté au Parlement opposé au traité.
Gerry Adams, le président du Sinn Fein, a déclaré:
«Les gens se sentent en sécurité au cœur de l'Europe, mais ils veulent s'assurer qu'il y a un pouvoir démocratique maximum."


4. Confusion

Les partisans irlandais de l'accord, y compris le Premier ministre, Brian Cowen, et le principal parti d'opposition, essaient de neutraliser les critiques que le traité transférerait trop de pouvoir à l'UE, inonderait le marché irlandais d'aliments étrangers bon marché, ferait que l'U.E. s'empare du taux d'imposition de 12,5 % des entreprises d'Irlande, ou même ferait glisser le pays dans des guerres étrangères.

Les attitudes irlandaises soulignent les paradoxes qui ont marqué l'intégration européenne.
L'Irlande a tournoyé dans un filet de 55 milliards d'euros de subventions européennes depuis son adhésion au bloc en 1973, simultanément avec le Royaume-Uni et le Danemark.
L'aide au développement et l'accès au marché libre de frontière ont contribué à ce qu'elle devienne l'économie de l'Europe occidentale avec la plus rapide croissance dans la dernière décennie, et 74 % des Irlandais évaluent l'adhésion à l'UE comme une "bonne chose".

Beaucoup de commentateurs considèrent que de nombreux électeurs ne comprenaient pas le traité en dépit de la campagne de haut niveau qu'avait menée M. Cowen et qui avait le soutien de la plupart des principaux partis du pays.
Reste que, pendant la majeure partie de la campagne, les sondages avaient montré une pluralité de votes en faveur du "Oui" au traité. Mais l'opposition a augmenté progressivement, et un sondage de l'Irish Times / TNS MRBI publié le 6 Juin avait donné pour la première fois une avance aux "Non", 35 pour cent contre 30 pour cent. Un sondage publié par le Sunday Business Post montrait néanmoins le 7 juin que les supporters menaient par 42 % contre 39%, dans la marge d'erreur, avec 19 % indécis.

M. Cowen a accusé le "camp du Non" de "fausse déclaration" en disant que les électeurs avaient exprimé leur inquiétude sur "des questions qui n'étaient clairement pas du tout dans le traité ", a rapporté l'Irish Times.


5. 2008, Iliade ou Odyssée de l'Etat européen rêvé par certains.

Le traité devait entrer en vigueur le 1er janvier 2009. Quinze pays sur les vingt sept ont achevé sa ratification à ce jour.
Dans trois autres, celle-ci est actuellement en cours : le mercredi 11 juin dernier, le parlement grec a d'ailleurs entériné la réforme par :

                            250 voix "pour" et 42 "contre" !

Il y avait un peu plus de trois millions d'électeurs irlandais inscrits - certes, dans une Union européenne de 490 millions de personnes.

Soit dit en passant, alors que le boom immobilier semble se terminer en Irlande, la croissance de celle-ci est estimée par l'UE à 2,3 % en 2008, le taux de chômage à 5,6 %.

Pour sa part, avec un produit intérieur brut de 12,8 milliards d'euros ($ 19,8 milliards), l'U.E. est un grand bloc économico-juridique, disposant d'une banque centrale, d'une autorité de commerce et de régulation, et de près de cent mille pages de lois qui régissent un "marché commun" qui s'étend de l'Atlantique à la frontière avec la Russie.

Quant à l'euro , la monnaie d'une partie des pays de l'U.E., après avoir atteint un prix record cette année, il vaut actuellement spot aux environs de 1,55 $, à comparer à 1,17 $, son prix en dollar quand il a vu le jour, comme unité de compte des marchés financiers, le 1er janvier 1999.
Partagé par 15 pays de l'U.E., l'euro a écorné la domination du dollar en tant que monnaie de réserve. Il représente 26,5 % des "réserves de change mondiales", alors que le dollar en représente 63,9 %, soit le pourcentage le plus bas jamais atteint par celui-ci si on en croit le Fonds monétaire international.

L'Irlande avait refusé le traité de Nice instituant les premières réformes de l'Union européenne (créée par le Traité de Maastricht) lors d'un premier référendum en 2001.

Mais le gouvernement s'était employé à organiser rapidement un second referendum pour faire adopter le texte.

Le conditionnement ambiant explique aujourd'hui que le premier référendum avait rejeté le traité à cause de la préoccupation qu'il mettrait fin à la tradition de neutralité militaire de l'Irlande.
L'approbation "au second tour" suivit une déclaration de l'UE selon quoi rien de ce genre ne se produirait.

Cette fois, ce sont les interventions étrangères qui sont mises en cause.  Souvent vécues comme une "ingérence", les déclarations de dirigeants étrangers favorables au "oui", en particulier de ministres français, ont été du pain béni pour les opposants au traité de Lisbonne, selon le camp du "non".

"Je me demande parfois si certaines personnes en Europe ne faisaient pas exprès de provoquer un non", observe John McGuirk, porte-parole de Libertas, qui estime avoir reçu une aide inattendue pour obtenir le rejet du traité.

Les commentaires de Bernard Kouchner, le ministre des Affaires étrangères français, ont notamment eu un effet retentissant sur l'île de 4,2 millions d'habitants.
Le 9 juin, trois jours avant le vote, le chef de la diplomatie française avait estimé que les Irlandais "seraient les premières victimes" s'ils votaient "non". "Ils en ont profité plus que les autres", avait-il estimé à RTL.

La presse tabloïde s'était emparée de ces commentaires. L'Irish Sun avait publié à la "Une" une photo du visage de Bernard Kouchner (ci-contre une photo d'un autre grenouillage), sur laquelle avaient été apposés une grenouille ainsi que le titre : "Va grenouiller ailleurs".

Selon un sondage publié récemment dans l'Irish Times, 17 % de ceux qui se disaient prêts à voter "non" citaient comme raison principale qu'ils "n'aimaient pas qu'on leur dise ce qu'il faut faire".
L'enquête ne précisait pas s'il s'agissait des appels à voter "oui" en provenance de l'étranger ou du gouvernement à Dublin mais, selon le porte-parole de Libertas, les déclarations des autres pays européens ont eu "un impact significatif".

M. McGuirk cite aussi les propos rapportés par la presse en avril de Christine Lagarde, le ministre des Finances français, soulignant l'intention de Paris de pousser à une harmonisation de la fiscalité lors de la présidence de l'Union européenne qu'elle entamera en juillet.
Cette déclaration avait touché une corde sensible en Irlande, faisant craindre une volonté de Paris de remettre en cause le taux exceptionnellement faible de l'impôt sur les sociétés (12,5%) et qui est jugé sur l'île comme une des clefs de son formidable développement économique.
"Les commentaires de Christine Lagarde ont été un véritable cadeau", a déclaré M. McGuirk à l'AFP.

Tout au long de la campagne, les partisans du "oui" savaient qu'ils marchaient sur des oeufs quand un responsable européen venait soutenir leur camp. La venue de José Manuel Barroso avait ainsi été déplorée par l'ancienne députée européenne des Verts, Patricia McKenna, favorable au "non".

Mais Dick Roche, le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, avait rejeté ces accusations, les estimant "déplacées et agressives".  Micheal Martin, le ministre des Affaires étrangères irlandais , avait également défendu les interventions étrangères, peu après les propos de son homologue français, Bernard Kouchner.
"C'est leur droit car notre décision va les concerner", avait dit M. Martin.

Mais l'effet peut jouer dans les deux sens. Le camp du "non" avait ainsi frémi quand un cercle estudiantin de Dublin avait invité en début d'année Jean-Marie Le Pen, opposant au traité de Lisbonne. Les "nonistes" irlandais avaient dit alors craindre que la venue du Français ait l'effet inverse sur leur camp...

"Il n'y aura pas de second référendum cette fois-ci", a assuré le gouvernement irlandais.

DONT ACTE.



Petit rappel.

Three Lessons to Learn From the Irish Experience :
Matthew Lynn Jan. 19 2005 (Bloomberg) –

These days, every economic textbook should finish with four words: ``Now go study Ireland.''
How so?
Because in the last decade, the Irish economy has emerged as the most successful, and therefore the most interesting, in the world.

Most people are aware that the Irish have been getting richer. Last week, the Paris-based Organization for Economic Cooperation and Development confirmed just how much progress Ireland has made when it released figures on per-capita gross domestic product, based on purchasing power parities for 2002.

The list hadn't changed much since 1999, the last benchmark year, with one exception. Ireland was bumped up a slot, joining the small group of ``high income'' nations alongside the U.S., Norway, Switzerland and Luxembourg. The OECD flagged that as a ``remarkable development.''

Let's get this straight. Ireland, which was considered one of the region's poorer nations when it joined the European Union in the 1970s, is now among the five wealthiest places in the world.

Maybe it should be even higher. Dan McLaughlin, chief economist at Bank of Ireland Plc, says Ireland is now wealthier than the U.S. as well. He cites Irish per-capita GDP of 36,000 euros ($47,000) in 2004 compared with the U.S.'s $41,000.
Rankings aside, the most striking thing about the Irish success story is that the country possesses no special advantages. The U.S. is a superpower, with the world's reserve currency of choice; Norway has lots of oil, and not many people; while Switzerland and Luxembourg are secretive banking centers. Ireland has little to offer that other countries don't already have. It has even been lumbered with the euro.


Three Lessons

So what can Ireland teach the world about how to manage a modern economy?
``The big lesson is that you have to open up,'' said Danny McCoy, senior research officer at the Economic and Social Research Institute in Dublin in a telephone interview. ``The Irish economy really liberalized, and there was a lot of encouragement for foreigners to come in.''

There are three main lessons that other countries should draw from the transformation of the Irish economy.

First, history doesn't count for anything.
Few countries had, until recently, as dismal an economic history as Ireland. It was dominated by a colonial power and suffered from famine, civil unrest and mass emigration. So what? That hasn't prevented its transformation.
The next time someone points to the past as a reason why a country isn't prosperous, tell them to take a look at Ireland.


Geographical Isolation

Next, resources and geography don't count for much, either. Ireland has few natural resources to speak of. And its geographic position isn't great. Stuck out on the western fringe of Europe, it's a long way from the region's main markets, and you need a boat or a plane to get there.

So, next time someone uses resources or geography as a reason a country isn't prosperous, tell them to take a look at Ireland.

Lastly, policy makes a difference.
Ireland got a few big things right.
It has lowered taxes. The corporate tax rate is just 12.5 percent, one of the lowest in the developed world. Income taxes are in line with European averages, with a top rate of 42 percent. Overall, government spending in 2003 was slightly more than 35 percent of GDP, about the same as the U.S. and relatively low by European standards.
In its 2005 report on economic freedom, the Washington-based Heritage Foundation ranked Ireland as the fifth-freest country in the world, just behind Estonia, and eight places above the U.S.


`No Conflicts'

Ireland has also encouraged companies from around the world to base themselves there. ``There are no conflicts between capital and labor here,'' McCoy said. ``There is a recognition that we are all in this together.''

Low taxes are just one part of the story. Those have been combined with excellent education, good infrastructure and a willingness to make global investors feel welcome.

For many years, Ireland had been playing catch-up with the rest of Europe. That phase is over. You can't play catch-up when you are already ahead of the pack.

Over time, the Irish economy may start to slow. Still, there isn't much sign of it. The Economic and Social Research Institute is forecasting 5 percent growth for the Irish economy in 2005, with unemployment below 4.5 percent. That will keep it close to the top economic performance in Europe. A few more years of 5 percent growth and Ireland may well be the wealthiest country in the world.

The punchiest lesson of the Irish miracle is also the simplest: There are no excuses. If the Irish can work their way into the super-league of the world's wealthiest nations, there is nothing stopping others from doing so. Except maybe themselves.



ADDENDUM.

Ayant retrouvé dans mes archives un discours objectif de Jean Claude Trichet, président du conseil d'administration de la B.C.E., sur l'Irlande, je me permets d'en reproduire des extraits ci-dessous (les inter titres sont de mon crû).

Voici des extraits de "Structural reforms and growth, as highlighted by the Irish case", conférence de Jean-Claude Trichet, President of the European Central Bank,
delivered at the Whitaker lecture organised by the Central Bank and Financial Services Authority of Ireland, Dublin, 31 May 2004.


"Ladies and gentlemen,

It is a real pleasure for me to speak at this inaugural lecture in honour of Dr. T.K. Whitaker, for several reasons.

Firstly, in doing so I have the satisfaction of honouring a great man, a great European and a great Central Banker. Dr. Whitaker is a man whose inspiration and efforts were used at a critical time in Irish history to bring Ireland on a journey of transformation from economic stagnation to a position of stunning and exemplary economic success.

Secondly, you, Dr. Whitaker, deserve to take the satisfaction and pride of knowing that your contribution to the success of the Irish economy has not been bounded by Ireland’s shores.
Rather the process of transformation that you began over four decades ago has become a model for the millions of new citizens of the European Union. The new Member States of the EU have had to confront economic challenges whose magnitude and long-term importance are similar to those that faced Ireland when you began your work.
Thanks to Ireland’s economic success, to which you devoted your life, we can be confident that economic reform works.

Today I have the opportunity to highlight the importance of structural and fiscal reforms in an enlarged Europe.

Ireland’s contribution in this area is not confined to inspiration from its exemplary policy record. The Irish Presidency of the European Union is working to stimulate progress in structural reform through its prioritisation of the Lisbon Agenda. Together with the great events of European Union enlargement and the progress being made in other areas, this should be a source of pride for Ireland.

Speaking about Ireland’s EU Presidency, and noting that the outgoing President of the European Parliament, Pat Cox, is also Irish, I cannot resist mentioning with pride my own Celtic roots as a native “Breton”!

[Un peu d'histoire]

Before experiencing economic spring, Ireland has had to go through a long winter of economic inertia. For decades after the establishment of Ireland’s independence a climate of economic and social pessimism became prevalent in a country which appeared to have little to offer its citizens but the prospect of emigration and low revenues.

Between 1951 and 1958, as Europe’s economy rebounded, Ireland’s relative GDP per capita actually fell from 75 to 60 per cent of the EU average.

It was the year 1958 in which an important turning point was made in Irish modern economic history: The Programme for Economic Expansion was published under your leadership and inspiration as the then Secretary of the Department of Finance.
This publication pointed a way out from what appeared to be an intractable downward spiral of weakening economic activity, high inflation, low living standards, chronic unemployment and a level of emigration that was comparable to the birth rate.
With its emphasis on free trade, increased competition and the need to end protectionism, this document pointed the way to an Ireland that was to become economically more open, industrially more diverse and increasingly confident of its future.

Your inspiration was followed by your action as Ireland’s top public servant. In the same year of 1958, the Industrial Development Authority was created, bringing the stimulus of foreign investment into the Irish economy.
Subsequently, you guided Ireland’s programme of trade liberalisation and structural reform in the 1960s. Economic growth accelerated as a result.

In 1973 Ireland acceded to the EU in a process to which you played a significant role as Governor of the Irish Central Bank.
So far I have looked backward but in true Central Banking style I have done so only so that I may look forward, in particular to the challenges facing Europe now. In an enlarged Europe, the vision you have displayed in inspiring, designing and implementing economic reform in the 1950s is very relevant to us today.

Allow me now to focus on this theme and in particular on the important topics of structural reform and fiscal consolidation, explaining for each of them their merits, including in light of the Irish experience.

[…]

[Réformes structurelles]

In this context, one has to consider the astonishing experience of Ireland, which recovered from poor economic and fiscal conditions in the mid-1980s to an impressive pace of economic activity and sound fiscal position in no more than a decade. In addition to a favourable macroeconomic environment and the benefits derived from participation in the European Union, the economic recovery was grounded on far-reaching home made structural reforms in the labour, capital and product markets.

[Marché du travail]

The strengthening of the labour market was strongly underpinned by a supportive policy framework.
A strong pickup in labour supply and impressive productivity gains were associated with favourable demographics and, more recently, an increase in skilled immigration. Furthermore, unemployment was dramatically reduced through a more efficient matching of individuals and job vacancies. Labour market participation, including that of women, was increased through structural reforms to reduce tax wedges and the human capital of the labour force was upgraded through a significant investment in education. Ireland’s economic success can therefore be linked to the transformation of its labour market into a plentiful supply of competitively priced and quality labour resources.

[Marché des produits et du capital]

Important successes were also made through structural reform within product and capital markets.
The liberalisation of trade and investment through the Single European Market programme had positive effects on output and productivity and put downward pressure on costs and prices.
Goods markets became more integrated. Research and development supported the dynamic gains from faster growth. Foreign direct investment also made a very significant contribution to Ireland’s growing economy.
This streamed into Ireland, placing the country as one of the premier host countries for US foreign direct investment in the world during the 1990s. The EU’s Structural and Cohesion Funds were well used to improve Ireland’s infrastructure and educational system.
Moreover, Ireland developed a transparent regulatory framework.

To conclude on structural reforms, I think the key issue now is to bridge the gap between strategy and implementation in Europe - to identify the best policy practices and make structural reform happen. The European Union has a number of useful institutional instruments and processes in place, such as the Broad Economic Policy Guidelines, the Employment guidelines and the Spring European Council, to foster implementation.

In this respect, the ECB has always backed the diagnosis, the agenda and the goals that were adopted by the Lisbon European Council in 2000.
The Presidency Conclusions of the Spring 2004 European Council delivered a message of determination and confidence which reinforced the validity and relevance of the Lisbon process. We have a consensus on the “road map”.
The issue today is to improve “navigation”, to improve the decision making process and the effective delivery of the reforms. Convincing the people of Europe that all European citizens will be better off thanks to these reforms is absolutely key.
The success of Ireland was largely due to the fact that the Irish citizens were rightly convinced that this road map would improve their own situation.

[Politiques budgétaires]

Moving to the second topic of my speech, i.e. fiscal policies, let me stress that we Europeans have been very bold in creating a single currency in the absence of a political federation, a federal government and a federal budget at the euro area level.

[…]

In this respect, the dramatic acceleration of output in Ireland in the post 1987 period can be associated with a vigorous and successful project of fiscal consolidation starting in 1987.
This programme was based on tight expenditure control via subsidy cuts, social security reform and a streamlining of the public sector and control of public expenditure.

Ireland’s experience, similar to the Danish experience in 1983-89, clearly shows how policies geared to fiscal consolidation do not necessarily entail contractionary effects on real aggregate demand and economic activity.
On the contrary, in these two countries, in spite of the tightening policies undertaken, the rate of growth showed a significant increase in relation to previous years. In particular, in these countries, significant budget consolidation based on spending reduction enhanced the long term fiscal sustainability and increased the policy credibility of a more favourable tax regime.

Regarding Ireland, the budget deficit was reduced from 10.1 % of GDP in 1986 to 1.7 % in 1989, while the debt ratio declined from 113 % of GDP to 100.4 % of GDP ;
over the same period GDP growth accelerated from 0.3 % to 6.2 % ; the overall consolidation effort, as measured through the structural fiscal balance, amounted to 5.1% of GDP over these three years.

In the years afterwards, Ireland continued to enjoy high rates of GDP growth and kept large structural fiscal surpluses (almost always above 5 % of GDP), thus allowing for a steady and rapid decline of the debt ratio (which reached 32.4 % of GDP in 2003).

The Irish and Danish experience brings evidence that expansionary expectation effects may dominate on the contractionary effects of a fiscal consolidation.
In both cases there is a considerable evidence that the consumer boom was prompted by the wealth effects of cuts in public spending, as a signal of lower future taxes, concomitantly to the wealth effects implied by the fall in interest rates. On the supply side, a low tax environment has underpinned the pick up in economic activity in Ireland.

[…]

Dr. Whitaker, let me express my profound admiration for the example you have shown to Central Bankers everywhere in your endurance and constant commitment to the public good.
The fruits of your life’s work are all around us today and will play a role in inspiring policy reform in Europe. I for one, Dr. Whitaker, salute you for your work, and thank you for the inspiration you have given all of us.

Thank you for your attention."


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