A Paris, le 2 juin 2009.
L'année
dernière, la Banque
centrale européenne (B.C.E.) a fêté ses dix années d'existence sous
prétexte qu'elle avait été créée le 1er juin
1998.
Et chacun des officiels d'y aller de ses félicitations pour cette existence.
Par exemple :
"S'il n'a pas apporté la croissance attendue par certains, l'euro a
relativement protégé les pays européens des chocs extérieurs, en évitant les
crises de change. La tourmente financière de l'été dernier en a apporté une
nouvelle preuve :
« Je ne vois personne qui pense que les turbulences auraient eu le même effet
si nous avions eu treize banques centrales à coordonner. La BCE a pu agir même
plus rapidement que la Réserve fédérale américaine », estime Olle Schmidt,
député européen suédois rapporteur du rapport annuel de la BCE.
Pour Pervenche Bérès, présidente de la commission des Affaires économiques et
monétaires du Parlement européen,
« cette réactivité face à la crise financière l'a fait gravir sur les tout
premiers échelons des banques centrales dans le monde » (I. François)
L'existence opérationnelle de la B.C.E. ayant commencé le 1er janvier 1999, je
fais ci-dessous un constat décalé qui concerne les résultats de son action
monétaire et les met en relation avec les différentes mesures de la quantité de
monnaie de la zone euro.
1. Le point sur l'évolution monétaire à long terme dans la zone
euro.
De mai 1999 à mai 2009, le total du bilan de la BCE a augmenté de 159 % (cf.
tab. 1 col.1 ligne 1 ci-dessous et La
Banque centrale europeenne "sort des clous"... ).
Tableau
1
Dix années de BCE
(taux
de variation)
Les billets dont la B.C.E. a reçu le privilège d'émission ont vu leur quantité
augmenter de 127 %.
Ils ont donc eu un taux de croissance inférieur à celui du bilan de la B.C.E.
(cf. tab.1 col.1 ligne 2 ci-dessus).
Parallèlement, de mars 1999 à mars 2009 (dernière donnée disponible), la
quantité de monnaie mesurée par M1 (pièces, billets et dépôts à vue) de la zone
euro a augmenté de 130% (cf. tab.1, col.1 ligne 3),
par M2 (M1+ dépôts à terme) de 106 % (cf. tab. 1 col.1 ligne 4) et
par M3 (M2+...) de 111% (cf. tab.1 col.1 ligne 5),
autant de taux de variation inférieurs à celui des billets et a
fortiori inférieurs à celui du total du bilan de la B.C.E..
2. Le point sur l'évolution monétaire à moyen terme dans la zone
euro.
Les cinq premières années de son existence opérationnelle, le total du bilan de
la BCE a augmenté de 22,3 % et, les cinq suivantes, de 112 %, soit cinq fois le
taux de variation de la période précédente (cf. tab. 1, ligne 1 col.
2 et 3)
L'augmentation du prix de l'or et son impact sur les chiffres du bilan ne
suffisent pas à l'explication de cette multiplication.
Les billets ont augmenté pour leur part de 31 % puis de 73 % (cf. tab.1 ligne 2
col. 2 et 3), soit près de deux fois et demi le taux de variation de la période
précédente, sacrée marche d'escalier montée (comme l'illustre le graphique
ci-dessous).
Graphique

On remarquera en particulier la marche montée en 2008 (cf. graphique
ci-dessus).
Ces évolutions monétaires à moyen terme en relation directe avec la zone
d'influence directe de la B.C.E. ne traduisent pas une grande stabilité,
mais une marche de dérive franchie.
3. Des phénomènes remarquables.
L'instabilité précédente tranche avec la stabilité de l'évolution de la
quantité de monnaie mesurée par M1 qui a augmenté, dans chacune des deux
périodes, de 52% (cf. tab.1 ligne 3 col. 2 et 3), ce qui est un phénomène
pour le moins remarquable.
Comment l'expliquer ?
Difficile de répondre à la question étant donnée l'information disponible, mais
une réponse s'impose : certes pas en invoquant la gestion de la B.C.E., je n'ai
lu nulle part que la B.C.E. avait eu comme objectif de politique monétaire la
stabilité du taux d'augmentation à moyen terme de M1.
Deux autres phénomènes sont tout autant remarquables.
a) Le premier tient aux évolutions de M2 et M3 qui ont été voisines, mais pas
stables d'une période à l'autre puisque leurs taux d'augmentation ont été
respectivement, les cinq premières années, de 35 % et 39% et les cinq suivantes
de 52% et de 51% (cf. tab.1 lignes 4 et 5, col. 2 et 3), soit près d'une
fois et demi les taux de variation de la première période.
b) Le second phénomène remarquable tient aux évolutions respectives des
agrégats monétaires M1 et alternativement M2 ou M3.
Ils ont augmenté, dans la première période, à des taux respectifs non
seulement différents, mais encore supérieurs à ceux du total du bilan de
la BCE et des billets, tandis que, dans la seconde période, leurs augmentations
se sont faites non seulement à des taux respectifs presque égaux, mais
encore largement inférieurs aux taux de variation du total du bilan de la
BCE ou des billets.
Il y a donc eu un renversement spectaculaire de l'évolution monétaire dans la
zone euro.
4. Marginalement…
On constate que, la dernière année 2008-2009 (cf. tab. 1 col. 5), le total du
bilan de la BCE a augmenté de 29% tandis que les billets augmentaient de 12,8 %
(cf. aussi graphique ci-dessus).
Ce sont des taux d'augmentation élevés qui poussent à se poser la question de
l'émergence de l'inflation, voire de l'hyperinflation dans la zone euro.
On constate aussi que, malgré ces taux d'augmentation de la base monétaire, les
taux d'augmentation des agrégats monétaires ont été raisonnables :
M1 n'a augmenté que de 7,6%,
M2 de 7% et
M3 de 6%.
Ce sont des taux raisonnables pour autant que les conditions économiques n'ont
pas changé en matière de prix et de croissance.
Si ces conditions ont changé, si, par exemple, il y a eu effondrement de la
croissance et baisse des prix, les taux d'augmentation deviennent
déraisonnables et sont conformes à ceux de la BCE.
Un indicateur de cette conformité est d'ailleurs qu'en 2009 (cf. tab. 2
ci-dessous) le rapport des billets à l'un ou l'autre des agrégats monétaires
est en légère augmentation par rapport à ce qu'il a été dans la période et
était en 1999, ce qui est un phénomène a priori guère
inquiétant.
Tableau 2
Billets et autres formes de monnaie.
Ce n'est qu'une possibilité.
5. Le renversement spectaculaire.
Le renversement de l'évolution monétaire dans les dix premières années de la
zone euro et dont témoignent les deux périodes de cinq années doit être
étudié.
Il doit l'être d'autant plus qu'il y a eu stabilité de l'évolution de M1 -
certes à un taux discutable -
et que cette évolution n'est pas l'objectif affiché de la BCE.
Tout semble d'ailleurs avoir pivoté en 2004 autour de cette évolution de
M1.
Etant donné que l'inflation est le phénomène monétaire au terme duquel, toutes
choses égales par ailleurs, l'augmentation continue de la quantité de monnaie
provoque l'augmentation continue de tous les prix, le renversement de l'ordre
des tendances monétaires en 2004 serait-il la porte ouverte à l'inflation,
voire à l'hyperinflation, future ?
Difficile de répondre à la question pour l'instant étant données les
informations disponibles...
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