Paris, le 4 juillet 2009.



Pourquoi s'intéresser à la monnaie plutôt qu'à des épingles ?

A cette question qu'il posait, Milton Friedman aimait à répondre que c'est parce que les prix de ce qu'on échange sont exprimés en monnaie.
Pour sa part, Jacques Rueff y a répondu indirectement, à diverses occasions, en disant que la monnaie était synonyme de liberté de l'être humain.

Autre réponse moins simple, ... parce que l'inflation, c'est la hausse continue des prix en monnaie et la perte progressive de la liberté humaine provoquées par l'augmentation continue de la quantité de monnaie en circulation, une augmentation tantôt voulue tantôt regrettée par les autorités monétaires.

Pourquoi s'intéresser à l'euro ?

Primo, parce que l'euro est une nouvelle marque de monnaie qui n'est pas le fruit d'une évolution représentative de la réduction de l'ignorance de l'homme, mais un bubon supplémentaire des gouvernements par décret.  En effet, l'"euro" a été convenue récemment et contractuellement entre des gouvernements d'un certain nombre d'Etats de l'Union européenne selon un processus sans antécédent dans l'histoire et à quoi Friedman (mort en 2006) a prédit une durée de vie comprise entre dix et quinze années.

Secundo, parce que, quand ils ne se taisent pas ou ne font pas faire silence dans les rangs politiques ou médiatiques (cf. ce texte), des "apprentis sorciers" – à qui je ne fais que retourner le compliment …- traitent aujourd'hui de cette appellation "apprenti sorcier" des gouvernements qui se font un honneur de tenter de respecter les éléments de leurs engagements malgré les difficultés qu'ils rencontrent alors qu'eux-mêmes voient d'un bon œil leur total non respect.
C'est auparavant qu'ils auraient du s'opposer à ce nouveau bubon, que certains dénommeront "nouvelle utopie " ou ne pas la soutenir, tandis qu'ils jouaient alors, une fois encore, les "apprentis sorciers".



1. L'unité de compte "euro".

Il y a dix ans, l'euro devenait en effet en France et dans quelques autres pays de l'"Union européenne" - simple organisation internationale, faut-il le rappeler -, la marque d'une "unité de compte" pour ne pas dire "unité de monnaie" ou "unité de valeur" : un euro était fixé égal à :

                                FF 6,55957.

A la différence du passage de l'unité de compte "franc français" – historique – à l'unité de compte "nouveau franc" qui était survenu le 1er janvier 1960 sur la base d'un "nouveau franc" égal à cent anciens "francs français" et où la Banque de France avait gardé son privilège de monopole d'émission de billets, sous tutelle de l'Etat de la France, le passage du "nouveau franc", redevenu entre temps "franc français" à l'euro lui a retiré le privilège et l'a conféré à la banque centrale européenne, créée pour l'occasion, laquelle n'a aucune tutelle étatique puisqu'elle est indépendante des Etats des pays de la zone euro.

… Soit dit en passant, autant les Allemands ont pu se flatter de la "souveraineté monétaire" qu'ils avaient exercée depuis la réforme de 1948 et l'instauration de la monnaie de marque "deutsche mark" et de la Bundesbank, autant les Français ont eu tout à regretter de la souveraineté de la Banque de France et de l'inflation qu'elle a pratiquée et qui s'est traduite par des dévaluations successives, une partie d'entre elles l'instauration du "nouveau franc".



Faut-il rappeler qu'un franc français valait :
- en 1914,  
                           290,3225 mg d'or fin
(c'était le "franc germinal" d'il y a plus de cent ans) ;

- en 1928,    
                             58,95 mg ;

- en octobre 1936, il passait de :

                        44,10 à 38,7 mg ;

- en novembre 1938, à :

                           24,75 mg ;

- en mars 1940 (avec contrôle des changes),

                          21 mg :

- en septembre 1944,

                          17,77 mg ;

- en décembre 1945,   

                           7,461 mg ;

- en septembre 1949, il passait de 

                     3,372 à 2,545 mg ;

- en août 1957, 

                         2,036 mg ;

- en décembre 1958, 

                         1,8 mg ;

- en août 1969,

                         1,6 mg

Depuis août 1971, ont été abandonnés par les gouvernements la référence à l'or et les taux de change fixes, sur quoi devait veiller le Fonds monétaire international (F.M.I.) - c'était la raison de la création en 1944 de cette organisation internationale qui a perduré jusqu'à aujourd'hui bien qu'elle eût du, elle aussi, être abandonnée en 1971, étant donnée la faillite de ce que les gouvernements avaient créé -.

Et le prix de l'or a continué à évoluer du fait du processus de marché (cf. par exemple ce texte).

Pour sa part, le deutsche mark qui valait à sa création en 1948,

                     près de 90 "anciens francs français",

atteignait
                           1,51 FF en 1969 et
                           3,35 FF en mai 1998,
mois où les parités des monnaies en euros furent convenues contractuellement !


Certes les banques centrales des pays de l'euro sont parties dans la gestion de la B.C.E. au travers du "Système européen des banques centrales" - S.E.B.C. - (cf. ci-dessous 1.A.), mais aucune n'y est déterminante et le cas échéant les avis des membres de son conseil d'administration peuvent diverger (exemple actuel de Axel Weber, président de la banque centrale d'Allemagne selon Bloomberg, cf. ci-dessous 1.B.). 

La conduite de la politique monétaire au sein de la zone euro.

a) Aspects institutionnels

En vertu de l’article 105 du Traité, l’objectif principal du S.E.B.C. est de maintenir la stabilité des prix. En outre, sans préjudice de l’objectif de stabilité des prix, le S.E.B.C. apporte son soutien aux politiques économiques générales de l’Union européenne.

Conformément à l’article 2.1 des statuts du S.E.B.C., le Conseil des gouverneurs de la B.C.E. est responsable de la définition de la politique monétaire.
Celle-ci est mise en oeuvre par le Directoire conformément aux orientations et aux décisions arrêtées par le Conseil des gouverneurs.
Celui-ci se réunit tous les quinze jours, le jeudi.
Il comprend les gouverneurs des douze banques centrales de la zone euro, ainsi que les six membres du directoire de la BCE.

Chacun dispose d’une voix pour se prononcer sur les décisions prises par le Conseil.

Les Banques centrales nationales (B.C.N.) effectuent les opérations qui incombent au S.E.B.C.
Les opérations de politique monétaire de l’Eurosystème sont exécutées selon des modalités uniformes dans tous les États membres participants.
La politique monétaire mise en oeuvre par l’Eurosystème comporte un système de réserves obligatoires, des facilités permanentes et des opérations d’open-market.

b) Mise en oeuvre de la politique monétaire.

* Le régime des réserves obligatoires
Les engagements monétaires, à l’exclusion des prises en pension, sont soumis à un taux de réserve.
Le régime des réserves obligatoires de la B.C.E. vise essentiellement deux objectifs :
la stabilisation des taux d’intérêt sur le marché monétaire (« fonction de stabilisation ») et
l’accentuation du besoin structurel de refinancement du système bancaire (« fonction d’accentuation »).

Le mécanisme de constitution des réserves obligatoires en moyenne sur une période d’un mois remplit la fonction de stabilisation.
Tout en renforçant la flexibilité de la gestion quotidienne des trésoreries bancaires, il contribue à stabiliser le taux d’intérêt au jour le jour durant la période de constitution des réserves.
Ainsi, ce mécanisme réduit la nécessité pour les banques centrales de procéder à des opérations de réglage fin sur le marché.

En ce qui concerne la fonction d’accentuation, un déficit structurel de liquidités suffisamment important dans le système bancaire renforce la capacité de l’Eurosystème à jouer efficacement son rôle de pourvoyeur de liquidités.

* Les facilités permanentes.

Dans le cadre des facilités permanentes, les IFM contreparties peuvent avoir recours à la facilité de prêt marginal pour obtenir, contre des actifs éligibles, des liquidités à 24 heures, de même qu’elles peuvent utiliser la facilité de dépôt pour constituer des dépôts à 24 heures auprès de l’Eurosystème.

Les contreparties éligibles peuvent utiliser ces deux facilités permanentes de leur propre initiative et sans aucune restriction.
Dans des conditions normales, le taux d’intérêt du marché au jour le jour évolue donc dans une bande, le taux de la facilité de dépôt constituant le plancher, et celui de la facilité de prêt marginal représentant le plafond.

c) Les opérations sur le marché [des liquidités bancaires] (open-market).

Les opérations d’open-market constituent le principal instrument utilisé par l’Eurosystème pour agir sur les taux d’intérêt, pour assurer la gestion de la liquidité bancaire ainsi que pour afficher les orientations de la politique monétaire.

La majorité des opérations d’open-market de l’Eurosystème consiste en des opérations de cession temporaire garanties par des actifs éligibles.

Les deux principales catégories d’opérations d’open-market sont les opérations principales de refinancement, qui ont une durée de deux semaines et une périodicité hebdomadaire, et les opérations de refinancement à plus long terme, qui ont une durée de trois mois et une périodicité mensuelle.

En outre, l’Eurosystème peut effectuer des opérations d’open-market de réglage fin sous la forme d’opérations de cession temporaire, d’achats ou de ventes ferme d’actifs, de collecte de dépôts à terme ou de swaps de change.


1.B. "Bundesbank Colossus Loses Ability to Dictate E.C.B. Rate ",
 Gabi Thesing et Simon Kennedy, 30 juin 2009.

Germany’s Bundesbank, which once dictated interest rates for a continent, is losing influence to smaller nations as the European Central Bank tries to reverse the worst recession since World War II.

President Axel Weber’s focus on fighting inflation at any cost, rooted in German hyperinflation during the 1920s, is under attack on the E.C.B.’s 22-member Governing Council by policy makers from Slovenia to Cyprus who want to promote growth.

Weber was defeated last month after trying to stop the central bank from buying assets to ease credit. His December warning against allowing the benchmark interest rate to fall below 2 percent went unheeded as the E.C.B. cut it to half that level by early May.

The Bundesbank’s diminished clout may mean the council, which convenes on July 2 in Luxembourg, will keep interest rates lower for longer than it would have tolerated in the past.
Barclays Capital predicted last week that Europe’s central bank won’t increase them for at least two years.

While Weber, 52, has already called for rates to be raised before inflation risks materialize, “the Bundesbank colossus is losing its influence,” said Stuart Thomson, who helps oversee the equivalent of about $107 billion at Ignis Asset Management in Glasgow.

a) Balance of Power

“In a Bundesbank-driven E.C.B., rates wouldn’t have been cut this low, and it would have been the first central bank to signal an exit,” said Thomson, who’s shunning the euro and buying British pounds on speculation the Bank of England will be faster to scale back its purchases of bonds and raise borrowing costs.

The shift in the balance of power away from the Bundesbank is forcing investors to look beyond Weber for clues about the strategy of the Frankfurt-based E.C.B., which is headed by President Jean-Claude Trichet, a 66-year-old Frenchman.

That’s pushing officials such as Slovenia’s Marko Kranjec and former Federal Reserve senior adviser Athanasios Orphanides of Cyprus onto their radar screens.

“Other countries’ collective voices are now becoming much more important, and the ECB is more likely to strike a compromise,” said Andrew Bosomworth, a former economist at the central bank and now a fund manager in Munich for Newport Beach, California-based Pacific Investment Management Co.

The economy will undercut any argument Weber makes for higher rates anytime soon, according to Richard Batty at Standard Life Investments Ltd. in Edinburgh. […]

b) Inflation Memories

“Any prospective E.C.B. tightening is not likely to materialize until well after the Fed has embarked upon a tightening cycle,” Julian Callow, the firm’s chief European economist, said in a June 25 report.

The Bundesbank’s dedication to stable prices is rooted in German memories of the rampant inflation that followed World War I and fueled the social unrest that helped elevate Adolf Hitler to power.
The government printed money to fund the war and pay reparations to the Allies.

By the end of 1923, prices were surging 2,400 percent every month, according to Bundesbank data.
“Fear of inflation is in the German D.N.A.,” said Andreas Scheuerle, an economist at Dekabank in Frankfurt.

Those genes shaped the euro. To ensure German support for the new currency before its 1999 birth, European politicians agreed to transfer the Bundesbank’s price-stability mandate to the ECB’s statutes.
That differs from the dual mandate of the Fed to fight inflation and foster job creation.

c) Falling Prices

Weber, who has headed the Bundesbank since April 2004 after serving as an economic adviser to the German government, isn’t pushing for higher interest rates now.
Euro-area consumer prices fell 0.1 percent this month from a year ago, their first annual decline since records began in 1996.
What Weber has begun to do is use speeches to outline how he thinks the E.C.B. should remove its emergency-stimulus measures when the economy recovers.

Among his proposals: eventually raising interest rates as a “precaution” to temper inflation before it emerges and pursuing a “timely withdrawal” of the unlimited loans the E.C.B. has been making to banks. Last week it provided a record 442 billion euros ($623 billion) for 12 months.
It will hold two further 12-month tenders this year.

Removing the extra liquidity “as fast as possible once the economic environment improves” is necessary to ensure price stability, Weber said in a May 25 speech.
On June 23 he said the E.C.B. has no more room to cut rates and no need to introduce new stimulus initiatives.

d) Marathon Runner

A former marathon runner and professor of international economics at the University of Cologne, Weber is building his case as data show the recession is easing.

The contraction in Europe’s services and manufacturing industries is weakening, according to an index based on a survey of purchasing managers by research company Markit Economics.
The index increased to 44.4 this month, the highest since September.
The European Commission reported yesterday that its gauge of executive and consumer sentiment rose in June to 73.3 from a revised 70.2 in May.

Weber has been calling for restraint since the end of last year, expressing concern that low interest rates and asset purchases could sow the seeds of future asset bubbles and inflation.

His arguments failed to carry the day. On May 7, the E.C.B. cut its key rate by a quarter point to 1 percent and announced its intention to buy, for the first time, 60 billion euros of covered bonds: securities backed by mortgages or public-sector loans.

e) Victory

Weber didn’t return phone calls, and Bundesbank spokesman Andreas Funke declined to comment.

The decisions marked a victory for Cyprus, Greece and Austria, which had pushed for more-aggressive action.
Orphanides spearheaded the argument, saying as early as Jan. 28 it was “dangerous” and a “fallacy” to argue that rates become ineffective as a central-bank tool the lower they fall.

When Orphanides signaled in an April 11 interview that the E.C.B. may have to take more steps to quell deflation risks, government bonds extended gains, pushing the yield on the two- year German note down four basis points to 1.35 percent, the lowest since April 1.

Weber’s comments can still move markets, too. The euro and yields on two-year German notes both rose when he declared last week there was no more scope to cut rates.

Had it not been for him, policy makers might have acted even more aggressively, said Marie Diron, a former economist at the central bank and now senior economist at Oxford Economics Ltd. in London.

f) No Parallels

The E.C.B.’s 60-billion euro asset-purchase plan amounts to just 0.6 percent of gross domestic product compared with 12 percent for the Fed’s program, and the E.C.B.’s benchmark rate is the highest among the Group of Seven nations.
“Weber has won arguments,” Diron said.

Even so, in a financial crisis with no parallels, the Bundesbank’s road map is little comfort to some members of the E.C.B. council.
“The primary goal should be to restore economic growth as fast as possible,” Austria’s Ewald Nowotny said at a conference in Vienna on June 15.
Slovenia’s Kranjec said in a May 13 interview in Ljubljana that it’s “very likely” the E.C.B. will expand and broaden its plan to buy covered bonds.
[…]

To contact the reporters on this story: Gabi Thesing in Frankfurt at gthesing@bloomberg.net ; Simon Kennedy in Paris at skennedy4@bloomberg.net



Déjà en mars dernier, Bloomberg avait fait savoir que :

"Weber Says ECB Shouldn’t Cut Key Interest Rate Below 1 Percent "
Jana Randow et John Fraher, 10 mars 2009.

European Central Bank council member Axel Weber said the E.C.B. shouldn’t cut its main interest rate below 1 percent and that he would rather keep the rate at which it accepts overnight deposits unchanged.
“I see the bottom line to which interest rates should fall at 1 percent,” Weber, who also heads Germany’s Bundesbank, said at a press conference in Frankfurt today.
“I don’t have a problem with lowering the deposit rate to zero, but I would prefer to leave it at 0.5 percent.”
As the E.C.B.’s main rate drops to record lows, officials are shifting attention to the deposit rate at which financial institutions can stash cash with the central bank overnight.
The E.C.B. cut the main refinancing rate, used as a benchmark in money- market operations, to 1.5 percent last week.

President Jean-Claude Trichet said March 5 that the deposit rate, which it reduced to 0.5 percent, is “very, very low.”

The overnight market rate that banks charge each other has drifted down towards the deposit rate since the E.C.B. started offering unlimited funds to the financial system in October.

To contact the reporter on this story: Jana Randow in Frankfurt at jrandow@bloomberg.net



2. Le pouvoir d'achat généralisé "€uro".

A partir du 1er janvier 2002 seulement, les pièces et billets marqués "€" ont remplacé les pièces et billets d'un certain nombre de marques autres.

C'est ainsi que les pièces et billets marqués "FF" ont été retirés de la circulation et remplacés par des pièces et billets marqués "€".

Les pièces et billets "€" devenaient ainsi, et selon l'expression qu'on préfère utiliser, "intermédiaires de l'échange", "moyens de paiements légaux", "pouvoirs d'achat généralisés".

Et s'y sont juxtaposés les montants des dépôts en banques – dûment convertis en "€" – tirables par chèques ou autrement (en particulier, par télécommunications d'informations de "puces" : "monnaie électronique").

Comme on le montre ci-dessous, et contrairement à l'habitude néfaste, il convient de ne pas confondre la monnaie, "unité de compte" et "pouvoir d'achat généralisé", et la mesure de ce pouvoir d'achat, de ce "vrai droit" d'achat dans la terminologie de Jacques Rueff.


3. La relation entre la quantité de monnaie en circulation et les prix en monnaie dans la "zone euro".

Etant donnés les organismes constituant la monnaie de marque "€" et la théorie monétaire, on peut affirmer qu'il existe une relation logique entre la quantité de monnaie circulant dans les pays de la "zone euro" et le niveau général des prix de ces pays.

Il ne faut pas oublier en effet que le "niveau général des prix" est un concept théorique qui se déduit du concept théorique de "quantité de monnaie" dès lors qu'on a supposé que la quantité de monnaie en circulation reste assez stable dans la durée – i.e. en particulier, sauf période de "crise" – pour qu'on puisse parler d'une telle relation.

Il traduit la tendance que la variation de la quantité de monnaie donne à l'ensemble des prix en monnaie, dénommé pour l'occasion "niveau général des prix".

Dès lors que la variation de la quantité de monnaie est positive de façon permanente, à certaines conditions de demande de monnaie, il y a augmentation permanente du niveau général des prix, il y a donc "inflation". 
L'inflation n'est rien d'autre, n'en déplaise à Keynes, aux post keynésiens et autres néo keynésiens.

Les "indices de prix" que peuvent calculer les statisticiens ne sont que de lointaines approximations du concept de niveau général des prix pour la raison qu'ils mettent de côté cette relation.

Eurostat calcule un indice très approximatif du concept de  "niveau général des prix" pour la zone €uro :  c'est l'Indice des Prix à la Consommation de l'Union Monétaire:

… Les indices des prix à la consommation harmonisés (I.P.C.H.) sont conçus pour la comparaison de l'inflation des prix à la consommation.
Ils sont utilisés dans l'évaluation de la convergence de l'inflation requise par l'article 121 du traité d'Amsterdam et, par la Banque centrale européenne (B.C.E.), pour le monitorage de la stabilité des prix dans le cadre de la politique monétaire.

La B.C.E. définit la stabilité des prix en fonction du taux de variation annuel de l'I.P.C.H. dans la zone euro.

Les I.P.C.H. sont compilés sur la base des standards harmonisés obligatoires pour tous les États membres.

Les I.P.C.H. sont des indices de prix de type de Laspeyres calculés comme des indices de chaîne annuels permettant le changeant de poids chaque année.

La classification commune pour les Indices des prix à la consommation harmonisés est la classification des fonctions de la consommation individuelle (COICOP).

Une version de cette classification (COICOP/IPCH) a été adaptée pour les I.P.C.H .
Les sous-indices publiés par Eurostat sont basés sur cette classification.

Les I.P.C.H. sont produits et publiés en utilisant une période de référence commune d'indice (2005=100).
Les taux de croissance sont calculés à partir des indices publiés.

Les indices, ainsi que les taux de variations de croissance par rapport au mois précédent (M/M-1) et par rapport au même mois de l'année précédente (M/M-12), ne sont ni corrigés des effets de calendriers ni des variations saisonnières.



Selon la B.C.E., il y a eu, en suivant les chiffres mensuels: 

- hausse du taux annuel de moins de 1% en 1999 à 2,5% en 2001 ; 
- entre 2001 et 2006, une certaine stabilité entre 1,8 et 2,5% ;
- fin 2006-mi 2007 à mi-2008, hausse de 1,8 à plus de 4% ;
- chute depuis mi-2008 à zéro début 2009.

Autant de diminutions du pouvoir d'achat de la "monnaie" de marque "€".

A défaut de stabilité de la quantité de monnaie, et en conséquence, il faut considérer que seule la variation positive de la quantité de monnaie "€" dans les pays de la zone est un indicateur approximatif de l'inflation dans la zone euro…


Mais la quantité de monnaie en question a plusieurs mesures possibles.

Fondamentalement, elle se compose de pièces, billets et dépôts (à vue, à terme, etc.) inscrits dans les banques des pays de la zone, à leur passif (les pièces exceptées qui sont à l'actif).
Ces formes de monnaie ne sauraient être confondues avec leurs contreparties comptables, à l'actif.

A cet égard, il est remarquable que la B.C.E. ait semblé calculer la quantité de monnaie à partir de ses contreparties et non pas en tant que telle.

En avril 2001, il semblait en effet en être ainsi puisqu'il était question que "la banque envisage de modifier le mode de calcul de la masse monétaire M3. 
La réforme conduirait à éliminer les titres de créances négociables des non résidents…"

Quelle mesure de la quantité de monnaie en circulation choisir (cf. ce texte) ?

Quant à la question des variations de la quantité de monnaie en circulation dans la zone euro, elle a été évoquée dans le billet.

En résumé, sur les dix ans,
- le total du bilan de la B.C.E. a augmenté de 159% et
- les diverses mesures de la quantité de monnaie de marque "€" entre 106% et 130%.

Mais ces éléments de la réponse méritent d'être complétés.


4. Remarque : variations comparatives de la quantité de monnaie en circulation dans la "zone euro".

La relation entre la quantité de monnaie en circulation et le niveau des prix ne saurait cacher la question des variations de quantités de monnaie comparables, mais peu observables.

4.A. Variations de la quantité de monnaie en circulation et variations de la quantité de monnaie d'équilibre.

Les variations de la quantité de monnaie en circulation dans la zone euro sont d'abord à distinguer des variations de la quantité de monnaie d'équilibre étant donnée l'introduction du concept théorique d'"équilibre du marché de la monnaie" - un concept pas toujours accepté, étant donné le refus préalable du concept de "marché de la monnaie" -.

Si, "en théorie", les deux types de variations peuvent être distingués sans difficulté, il en est tout autrement "en pratique".

A ce propos, les variations de la quantité de monnaie en circulation qui viennent d'être signalées ne sauraient être identifiées à des variations de la quantité de monnaie d'équilibre…

4.B. Variations de la quantité de monnaie en circulation et variations de la quantité de monnaie désirées.

A fortiori, les variations de la quantité de monnaie en circulation ou d'équilibre dans la zone euro sont à distinguer des variations désirées par les administrateurs de la Banque centrale européenne (B.C.E.), à l'initiative de la "politique monétaire"…

Rien ne dit que les variations monétaires signalées ont été désirées par ceux-ci et on peut même en douter quand on lit ses rapports ou les discours … (cf. par exemple ci-dessus, les positions divergentes de Axel Weber et de Jean-Claude Trichet). 


5. La relation en France entre la quantité de monnaie en circulation et les prix en monnaie.

Il reste qu'on peut établir encore une relation logique entre la quantité de monnaie circulant dans un des pays de la zone euro et l'ensemble des prix en monnaie de ce pays, i.e. son niveau général des prix.

Seulement, les "indices de prix" que calcule l'I.N.S.E.E. pour la France ne sont que de lointaines approximations du concept de niveau général des prix pour la raison qu'ils mettent de côté cette relation.

Ils en seraient moins éloignés si, en France, était cernée la quantité de monnaie comptablement qui y circule, ce qui n'est plus le cas. Mais du temps où c'était le cas, il n'en était déjà rien.

L'I.N.S.E.E. a repris l'indice de l'ensemble des ménages - France métropolitaine à partir de 1993, début de sa publication (mise à jour : 01/2009).

A partir de janvier 1999, c'est l'indice d'ensemble des ménages de la France (métropole et D.O.M.) qui est utilisé : 

"L'Insee tient à préciser aux utilisateurs […] que l'indicateur du pouvoir d'achat de l'€uro et du franc garde sa pertinence lorsqu'il s'agit de tenir compte de l'érosion monétaire liée à la consommation des ménages, mais il n'est pas adéquat pour mesurer l'érosion monétaire des patrimoines constitués de biens immobiliers et d'actifs financiers n'entrant pas dans la composition de l'indice général des prix."

Le tableau ci-dessous permet de traduire en €uro actuels des valeurs du passé exprimées en francs ou en €uro. 


1 euro de l'année................vaut en euro en 2008
2008............................................1,000
2007............................................1,028
2006............................................1,043
2005 ...........................................1,060
2004 ...........................................1,080
2003 ...........................................1,103
2002 ...........................................1,126

1 FF de l'année.................vaut en euro en 2008
2001...........................................0,17490
2000 ..........................................0,17781
1999 ..........................................0,18082
1998 ..........................................0,18172 


On souhaite connaître le pouvoir d'achat d'une somme de FF1000 reçue en 1998, exprimée en "€" de 2008. 
On recherche la ligne relative à l'année 1998.
On se place dans la colonne de 2008, où on trouve 0,18172.
En multipliant par 0,18172 la somme de départ, à savoir FF1000, on obtient €181,72.

Le pouvoir d'achat de FF1000 en 1998 est donc le même que celui de €181,72 en 2008, soit FF1192.
En dix ans, le "niveau général des prix" mesuré aurait donc augmenté de :
.....................................19,2 %.

En d'autres termes, le pouvoir d'achat de l'€uro en France a perdu, en dix ans, 19,2%, soit près d'un cinquième !


Entre 2004 et 2008, €1000 de 2004, ce sont €1080 de 2008, soit :

.......8% d'augmentation du niveau général des prix mesuré.

Sachant qu'entre 1998 et 2008, F1000 de 1998, c'est €181,72 en 2008,
entre 1998 et 2004, F1000 de 1998, c'est F1103,7 (soit c'est 181,72/1,08 = €168,3), soit :

....10,4% d'augmentation du niveau général des prix mesuré.

En d'autres termes, le pouvoir d'achat de l'euro aurait davantage diminué en France les cinq premières années (1999-2004) que les suivantes (2004-2008).

Cela est en décalage avec les augmentations à moyen terme de la quantité de monnaie de la "zone euro" signalées, l'augmentation, la première période, étant largement inférieure à l'augmentation dans la seconde.

En conséquence, comme hier, c'est en partie une erreur économique que de voir dans une variation positive d'un indice des prix de l'IN.S.E.E. un indicateur de l'inflation.

Le vrai indicateur de l'inflation est la variation positive de la quantité de monnaie ou la variation positive du niveau des prix qu'il recouvre.


6. Variations de la quantité de monnaie en circulation dans la zone euro et en France.

Les variations de la quantité de monnaie en circulation dans la zone euro peuvent être fort différentes de celles de la quantité de monnaie en circulation en France dans la mesure où il y a, d'un côté, des échanges des pays de la zone euro avec l'extérieur de celle-ci et, de l'autre, des échanges de la France avec les pays étrangers (membres ou non de la zone euro...).

Les évolutions données, sur les dix ans, de postes ou du total du bilan de la B.C.E. et des quantités de monnaies signifieraient, selon certaines théories monétaires et à certaines conditions, que les échanges ou la production de la France auraient augmenté entre 86,8 et 110,8%, bref auraient à peu près doublé…, par exemple, à demande de monnaie supposée inchangée.

Sur les dix ans, mais cela en opposition avec ces théories, le niveau des prix aurait plus augmenté sur les cinq premières années que sur les suivantes bien que les quantités de monnaie aient eu des tendances moins importantes sur les premières que sur les suivantes !


7. Effets des variations de la quantité de monnaie en France.

Le concept de niveau général des prix rend compte surtout du fait qu'à certaines conditions, tous les prix en monnaie varient en même temps et dans le même sens que la variation de la quantité de monnaie en circulation. Si celle-ci ne varie pas, celui-là ne variera pas.

Etant donné ce qui précède, on aura compris qu'autant les effets des variations de la quantité de monnaie sur le niveau des prix dans la zone €uro peuvent être facilement expliqués, autant les effets des variations de cette quantité de monnaie sur le niveau des prix en France ne sont pas évidents à expliquer.

Ce n'est pas une raison pour confondre "variation positive d'un indice de prix" en France et "inflation".


8. Un dernier mot.

Mais c'en est une pour rappeler la "main invisible" qui ne saurait être prise au pied de la lettre, mais dans son esprit comme l'écrivait Hayek dans un article d'Economica, en mai 1933, intitulé "La tendance de la pensée économique", un an avant la première dévaluation du dollar en or depuis l'année 1900 :

"[…] L'analyse économique fournit des réponses particulières à des questions particulières. […]

Depuis l'époque de Hume et Adam Smith, l'effet de chaque tentative pour comprendre les phénomènes économiques - c'est-à-dire, de chaque analyse théorique - a été de montrer que, en grande partie, la coordination des efforts individuels dans la société n'est pas le produit de la planification délibérée, […]

Malheureusement, on n'a jamais donné à ce résultat le plus ancien et le plus général de la théorie des phénomènes sociaux, un titre qui lui permettrait d'avoir une place suffisante et permanente dans notre pensée.

Les limites du langage font qu'il est quasiment impossible de l'affirmer sans recourir à des mots métaphoriques. […]

Mais dès que nous prenons de telles expressions dans un sens littéral, elles deviennent fausses […]

Et dès que nous reconnaissons cela, nous avons tendance à tomber dans une erreur contraire, qui est, toutefois, très semblable en genre : on nie l'existence de ce que ces termes sont censés décrire.

Il est, bien entendu, extrêmement facile de ridiculiser Adam Smith pour la célèbre «main invisible» - qui conduit l'homme «à promouvoir une fin qui ne faisait pas partie de ses intentions".

Mais c'est une erreur pas très différente de cet anthropomorphisme que de supposer que le système existant sert une fonction déterminée, seulement dans la mesure où ses institutions ont été délibérément voulues par les individus. […]

Dans le corps de la science économique, il n'y a probablement pas de partie qui montre mieux que la partie la plus difficile, la théorie du capital et des intérêts, comment notre incapacité à comprendre le fonctionnement du système existant conduit à insatisfaction à son égard et aussi à action qui ne peut que faire empirer la situation. […]

Cet exemple d'analyse sera, peut-être, suffisant pour expliquer pourquoi l'économiste va arriver à des conclusions très différentes de celles atteintes par ceux pour qui les phénomènes économiques représentent un nombre d'événements indépendants, expliqué par leurs causes historiques individuelles, et en aucune manière par la logique implicite du système. […]

Je continue à penser que notre connaissance [économique] justifie que nous disions que le domaine de l'activité rationnelle de l'État au service des idéaux éthiques soutenus par la majorité des hommes n'est pas seulement différent, mais est également beaucoup plus étroit qu'on le croit souvent.

C'est bien entendu sur ce point qu'un nombre croissant d'économistes sont en complet désaccord avec l'opinion populaire qui considère inévitable une extension progressive du contrôle de l'État." (Hayek, 1933)



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