Paris, le 15 janvier 2011.




1. L'Estonie a abandonné la « couronne » pour l'« €uro ».

L'€uro circule désormais en Estonie depuis le 1er janvier 2011 pour effectuer et recevoir des paiements.


L'Estonie, c'est :

45 000 km²,

1,3 million d'habitants,





Capitale : Tallinn












Date d'adhésion à l'U.E. : 1er mai 2004,

Président en exercice : Toomas Hendrik Ilves (ancien député européen social-démocrate),

Premier ministre en exercice : Andrus Ansip (centre-droit).


L'Estonie est ainsi devenue le 17ème Etat membre de la zone euro, près de sept ans après son entrée dans l'Union européenne.
La dernière entrée en date était celle de la Slovaquie en 2009 et la pénultième celle de la Slovénie en 2007.

En juin dernier, le Parlement européen avait salué les « efforts déterminés, crédibles et soutenus du gouvernement et du peuple estoniens » pour remplir les critères d'adhésion à la zone euro.

Les seize autres pays membres de la zone euro sont ainsi, à ce jour :
l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, Chypre, l'Espagne,
la Finlande, la France, la Grèce, l'Irlande, l'Italie,
le Luxembourg, Malte, les Pays-Bas, le Portugal, la Slovaquie et la Slovénie.

Si on lit les gazettes, on apprend que, pour passer de la couronne - estonienne - à l'euro, les Estoniens ont dû limiter leur taux d'inflation ainsi que leur déficit public, maintenir les taux de change stables et limiter les taux d'intérêt à long terme.

L'été dernier, les députés européens ont salué les efforts du gouvernement estonien, non sans que certaines voies dissonantes pointent du doigt la montée du chômage et des inégalités sociales et la baisse des salaires.

Bref, rien d'original.

Une période de transition de 15 jours.
Plus original est que l'euro et la couronne devaient cohabiter dans les porte-monnaie des Estoniens jusqu'à la mi-janvier.
Nous y sommes.
Les pièces et billets en couronne vont donc disparaître de la circulation et y être remplacés par des pièces et billets en euro.

Dans le cas de la France, la transition avait duré 3 ans.


2. Ce qu'est l'€uro précisément.

2.A. Un nom.

« Euro » est donc d'abord le nom donné à une monnaie qui n'existait pas il y a quinze ans – pour donner un « chiffre rond » d'années – et qui peut toujours être adoptée, en remplacement de la sienne, par un pays de l'Union européenne – qui en comprend à ce jour vingt sept - à certaines conditions...


2.B. Un fait.

L'  « euro » est ensuite un fait monétaire sans précédent historique.
Il a allongé à partir du 1er janvier 1999 – jour de son apparition dans la vie quotidienne - la liste déjà longue des méfaits monétaires commis par les autorités nationales du même qualificatif à l'échelle mondiale, et ouverte à la suite du péché monétaire qu'elles ont commis dans la décennie 1920 (cf. Jacques Rueff, 1971, Le péché monétaire de l'Occident).

On se félicite d’un changement à concurrence des effets qu’on en attend avec incertitude ou des effets observables et vécus.
A l’extrême, par manque d’argument et par une pirouette, on s’en félicite en disant que :

« la situation qu'on connaît aurait été pire s’il n’avait pas été effectué ».

Dès lors qu’on était un peu familier avec l’analyse monétaire, les méfaits de la liste ne pouvaient que faire s’attendre, début décennie 1970, à de graves désillusions et c’est ce qu’expliquait J. Rueff dans le livre cité.
Par exemple, le grand méfait monétaire de l’ « inflation mondiale » surviendra mi-décennie 1970 et s’étendra jusqu’à la mi-décennie 1980.

2.C. Une étape dans le processus monétaire...

Pour autant, l’euro ne doit pas cacher le processus monétaire dont il n’est en définitive qu’une étape à l’initiative des hommes de l’Etat dans la course poursuite que ceux-ci et l'innovation se livrent depuis maintenant des décennies.

Le processus monétaire tient dans la réduction du coût de l’échange résiduel (cf. ci-dessous pour la définition de ce concept de "coût d'échange résiduel") depuis la nuit des temps tandis que l’étape tient dans la fusion de systèmes monétaires nationaux en un système monétaire régional à l’échelle mondiale.

. Caractéristiques de la fusion.

La fusion a pour élément la fusion des monnaies nationales réglementées de formes pièce d’alliage de métal, coupure de billet en papier et dépôt bancaire en une monnaie régionale réglementée de mêmes formes. Elle ne donne donc lieu à aucune innovation de ce point de vue.

La fusion a pour autre élément important à signaler qu’elle est elle-même processus comme en témoigne l’arrivée de l’Estonie dans l’ensemble.

Il reste que la fusion d'entreprises en une nouvelle est une action humaine sans résultat acquis ou promis a priori, mais courante, récurrente : il existe même des statistiques permettant d'évaluer leur succès probable en moyenne...

La fusion de régions politiques en une nation est une action humaine, mais beaucoup moins courante.

La fusion de systèmes monétaires nationaux en un nouveau est une action humaine sans précédent historique, et donc sans statistique de réussite...

Cela ne veut pas dire que l'existence d'expériences ou l'existence de statistiques apportent quoi que ce soit de porteur et qu’il faut le regretter : ce qui est vrai est vrai, ce qui est faux est faux.
Mais, à l’occasion, elles (ré)confortent à tort ou à raison, surtout à tort ou à travers.
A priori, la meule de foin qu'est le domaine du faux enveloppe la tête d'épingle qu'est le domaine du vrai.

La fusion de systèmes monétaires nationaux en un nouveau « régional » est une expérience, au sens des premières expériences de la physique ou de la chimie dans un domaine nouveau, i.e. qui peuvent se concrétiser par la mort du chimiste ou du physicien, ou de leurs collaborateurs, qui la mène (effet du dégagement d'énergie inattendu ou des rayons inconnus).
Grande différence de la fusion en question avec celles-ci néanmoins, les opérateurs n’ont rien à craindre – sauf, bien sûr, révolution sanglante inattendue du peuple …-.


3. Ce qu'est la monnaie.

Si on veut comprendre ce qu'est véritablement l'euro, il faut savoir ce qu'est, plus généralement, la monnaie de quelque nom qu'elle soit.

Pour en devenir familier, il faut faire intervenir plusieurs concepts, à savoir :
- l'action humaine, i.e. l'action de vous et moi,
- le coût de l'action humaine – « on ne fait rien sans rien » et « au mieux, toute action laborieuse prend du temps qu'on pourrait consacrer à une action non laborieuse » -,

- le profit attendu avec incertitude de l'action humaine menée,

- l'échange, type d'action humaine,
- le coût de l'échange,

- la recherche de la diminution du coût de l'échange, type d'action humaine,
- le succès de la recherche,

- le coût de l'échange résiduel.

Les concepts en question se trouvent, nommément ou non, au coeur de l'économie politique de l'école de pensée économique dénommée «  autrichienne » par les historiens de la pensée.

Dans cette perspective, Mises (1953) parlait de l'école de pensée économique "catallactique".

“A consistently-developed theory of money must be merged into a theory of exchange, and so cease to be acatallactic. »

"The catallactic theories of money, on the other hand, do fit into a theory of exchange-ratios.
They look for what is essential in money in the negotiation of exchanges; they explain its value by the laws of exchange."

Quant à la méthode qui traitent les concepts, c'est la logique et l'application de la « loi de l'économie » au terme de laquelle l' être humain s'efforce de « faire (le) plus avec autant », de « faire autant avec (le) moins », de « faire (le) plus avec (le) moins », tout cela étant bien sûr évalué.
Mundell (1998) y est d'ailleurs revenu à propos de la loi de Gresham.

Soit dit en passant - il convient de le rappeler tant ceci est méconnu -, les premiers mécaniciens ont appliqué cette loi de l'économie à la Nature, au XVIIIème siècle, avec les succès qu'on sait et leurs successeurs dans tel ou tel domaine de la physique en général l'ont appliqué sous les dénominations de "moindre temps", "moindre effort", "moindre action" (cf. par exemple, R. Omnès, 1994).

La « méthode de Lagrange », si prisée de certains économistes dans l'impasse, n'est jamais qu'une transposition d'une représentation mathématique particulière d'un phénomène physique supposé respecter la loi de l'économie. 
C'est ainsi que, loin d'être sans méthode ou dépendante de méthode mécanique, l'économie politique a sa méthode et elle la prête à d'autres domaines de la science.  Et pour cette raison, l'économie n'est pas mécanique, mais la mécanique est économie !

3.A. Attentes d'innovations.

Le coût d'échange résiduel explique qu'il faut s'attendre à des innovations dans les domaines et fait admettre le principe des innovations à attendre.

Quand le coût résiduel sera devenu nul – asymptotiquement -, alors il n’y aura plus d'innovation à attendre. Il y aura perfection... le perfectionnement aura pris fin.

3.B. L'économie politique "acatallactique".

Les concepts nécessaires à la compréhension de la monnaie, en général, et de l'euro, en particulier, ont comme particularité d’être étrangers à l'économie politique à la fois à la mode et dans l'impasse, à savoir les approches de la théorie de l'équilibre économique général ou celles de la théorie macroéconomique, bref les approches « non autrichiennes », « acatallactiques » de l’économie politique qui n'en finissent pas de fleurir.

Or c'est cette économie politique sur quoi les hommes de l'Etat se sont appuyés pour parvenir à la fin qu'est l'euro.

En particulier, ressentis, mais non cernés, le « coût de l'échange » et a fortiori le « coût de l'échange résiduel » sont, pour leur part, maquillés par les économistes acatallactiques, i.e. à la mode et dans l'impasse.

Ils apparaissent sous les traits de formules de rhétorique – au mauvais sens du terme – du type « il y a des obstacles, des barrières », « c'est complexe »... qui laissent accroire que le monde économique est en définitive surprenant, merveilleux, proche de celui d’Alice.

Tout cela pour ne pas parler de leur concept de « coût de transaction », qui est proche d'être un concept volé.

Et à mauvaise approche d'une question, mauvaise solution.
La solution qu'avancent nos économistes non autrichiens est que les hommes de l'état interviennent pour que les obstacles soient surmontés, pour que la complexité devienne simplicité. Il faut même qu'ils pratiquent telle ou telle « politique ».

On remarquera en passant qu'après avoir fait abstraction de l'action humaine, de l'action de vous et moi, nos économistes font donc entrer « par la petite porte » ou, si on préfère le mot, « parachute » l'action des hommes de l'Etat dans leur logique.
Le cas échéant, des économistes prétendus sérieux parlent aussi de « parachutage de la monnaie » !
Cela n'est guère cohérent.

La cohérence est d'autant plus minime qu'ils « dissimulent, déforment, déguisent, dénaturent, dévoient, falsifient » (de sigle « 5D.F. ») l'action des hommes de l'Etat en laissant de côté le coût et a fortiori, le profit attendu avec incertitude évalués par ceux-ci, pour soi-disant raisonner en termes de moyens et de fins !

Du point de vue de l'économie politique « autrichienne », il n'y a pas des moyens et des fins, il n’y a que des moyens à évaluer et des fins à évaluer (cf. Hayek, 1939 par exemple) !

Et ce n'est pas ce point de vue qui est à la base de la monnaie dénommée "euro", mais le point de vue acatallactique, faut-il le répéter.


4. Des premières formes de la monnaie à son fond.

Les formes observables de la monnaie, aussi loin dans le passé que nous regardions, ne doivent pas cacher son fond que des économistes catallactiques ont progressivement approchés en se forgeant les « bons » concepts.

Le fond de la monnaie est donc la diminution du coût de l’échange de marchandises en propriété entre personnes juridiques, un coût évalué par les unes et les autres, chacune à sa façon.

Etant donné le coût de l'échange évalué, certaines personnes se sont efforcées d'y porter remède. Elles ont mené des actions qui ont tendu à trouver des solutions aux obstacles. Le fait est qu'elles y sont parvenues.

En d'autres termes, la monnaie est une concrétisation de la loi de l'économie, elle a diminué le coût de l'échange évalué par chacun, mais elle ne l'a pas diminué jusqu'à zéro, d'où le processus monétaire dont la loi est l'épine dorsale.

4.A. Le coût d'échange résiduel et le processus monétaire.

Au niveau où il se trouve, on peut dire qu'il y a un « coût d'échange résiduel » et un "coût de la monnaie résiduel".

Soit dit en passant, le concept de coût d'échange résiduel devrait ainsi d'abord rappeler les innovations passées qui ont transité par la monnaie, à la fois marchandise et organisation, et qui établissent une fois de plus la « loi de l'économie ».

La monnaie a donc pris la forme d'une chose – échangeable - ici ou là, la marchandise a varié avec les lieux et les temps.

Mais la monnaie sous la forme de la marchandise en question ne doit pas cacher l'organisation à quoi elle allait donner lieu dans le temps et dans l'espace.

La monnaie est organisation dans le temps comme le fait apparaître l'évolution de ses formes : il y a succession ou juxtaposition de formes qui procèdent de l'innovation.

La monnaie est aussi organisation dans l'espace via la réglementation (des formes) de la monnaie par les hommes de l'Etat.
En vérité, aujourd'hui, la monnaie n'existe plus, il n'existe que des monnaies réglementées.
La monnaie a toujours fait l'objet de réglementations, hier dans le but unique fiscal des hommes de l'Etat (cf. Bordo, 2007 ou Passy, 1909), aujourd'hui dans le second but de la politique monétaire.

4.B. L'errance.

Jusqu'à récemment, ce fond de la monnaie qu'est la diminution du coût d'échange, a été rarement évoqué par les économistes des écoles de pensée économique non autrichiennes et cela se comprend : les concepts qu’ils utilisaient n'étaient pas les concepts donnés précédemment, mais, dans le meilleur des cas, ceux de l'économie politique qui raisonne en termes de résultats d'action et non pas en termes d' action (cf. Pareto, 1896-97 ).

Ils ont eu de fait recours à la rhétorique et, à l'occasion, ils ont mis l'accent sur l'inéchangeabilité des marchandises ou les difficultés d'échanger.

Face à cela, depuis au moins la décennie 1930 (Hicks 1935, Coase, 1937), ils font valoir la monnaie et l'organisation qui facilitent l'échange.

4.C. Inversion de la causalité

Dans leur impasse, i.e. contraints qu'ils le sont par leur hypothèse que l'échange n'est pas une action ou par leur méthode qui consiste à raisonner en termes de résultat d'action ou sur la base de leur concept de « coût de transaction », les économistes non autrichiens imputent à la monnaie un coût.

Tout se passe comme si nos économistes préféraient au concept de coût résiduel de l'échange la rhétorique qui consiste à parler des « inconvénients » de la monnaie ou des « maladies » de la monnaie.

Mais, en procédant ainsi, ils inversent la causalité.
Au lieu de s'arrimer à la diminution du coût de l'échange et à l'existence du coût résiduel de l'échange non nul provoqué par la monnaie, « marchandise» ou « organisation » ou les deux, ils parachutent, implicitement, dans leur raisonnement un « coût plein » qu'ils imputent à la seule chose qu'ils ont délimitée à leur façon, à savoir la monnaie :

              "objets inanimés, avez-vous donc une âme..." !

Ce que Mises (1953) exprime en ces termes :

« The common characteristic of all acatallactic monetary doctrines is a negative one; they cannot be fitted into any theory of catallactics".

4.D. La course poursuite innovation-réglementation aux niveaux nationaux et internationaux.

La monnaie est d'abord organisation dans la durée comme le fait apparaître l'évolution de ses formes depuis la nuit des temps, par succession ou juxtaposition de formes qui procèdent de l'innovation.

La monnaie est ensuite organisation dans l'espace du fait de la réglementation (des formes) de la monnaie par les hommes de l'Etat : à ce titre, elle est toujours monnaie réglementée.

La monnaie a toujours fait l'objet de réglementations, hier dans le but unique fiscal des hommes de l'Etat (cf. Bordo 2007 ou Passy 1909), aujourd'hui dans le second but de la politique monétaire.

La monnaie a ainsi aujourd’hui
- des formes qui résultent d'innovations qui, elles aussi, ont été réglementées et, par conséquent,
- ses formes résultent d'innovations et de réglementations,
qui font perdre de vue ce qu'elle est réellement.

Chaque fois qu'une innovation est mise au point, la réglementation est en porte-à-faux et le législateur doit réussir à l'adapter.

De fait, des innovations ont pour raison d'être de permettre d'échapper à la réglementation contraignante.

Ce qu'on peut dénommer une "course poursuite".

La course poursuite du XXème siècle entre innovations et réglementations s'est faite tant au niveau national qu'au niveau international et d'abord au niveau international – comme le montre le livre de Jacques Rueff -.

La monnaie sous la forme d'un bien ne doit pas cacher l'organisation qu'elle constitue tant au niveau international qu’au niveau national.

4.E. Remarques.

Il faut distinguer la question de l’existence du coût de l’échange et la question de la nullité du coût de l’échange.

a) Question d'existence.

Que penser de l’hypothèse implicite de certaines approches acatallactiques de l'économie politique au terme de laquelle on peut mettre de côté le coût de l'échange ou de la monnaie ou bien le coût de l’échange ou de la monnaie n'existe pas ?

Pas de coût d’échange, pas de coût d’échange à diminuer, la monnaie n’a pas de raison d’être de ce point de vue.

Pour lui trouver une raison d'être malgré tout, il reste à se donner un autre point de vue et à en imaginer une extraordinaire, politique par exemple...

Mais alors, dans ce cas, comment expliquer l’évolution observable des formes de monnaie jusqu'à aujourd'hui? Le point de vue s'y prête-t-il ?

b) Question de chiffre.

Que penser de l’hypothèse de la plupart des approches acatallactiques de l'économie politique au terme de quoi le coût de l’échange ou de la monnaie est nul ?

Un coût d'échange nul, donc un coût résiduel nul, la monnaie est, au moins, parfaite…, son perfectionnement est achevé.

Un coût d'échange positif, la monnaie peut avoir un coût nul.

Ce qui a diminué à zéro le coût de l'échange est-il individualisé ?
Non !

Pourtant, tout ce qui a participé à ce qu'il en soit ainsi, continue à exister dans le système économique ! Pourquoi ne pas en parler ou mettre le doigt dessus ?
En quoi d'ailleurs cela consiste-t-il ?

Pourquoi adopter cette démarche, en définitive diamétralement opposée à celle qui consiste à parachuter des considérations "tirées d'un chapeau" ?

Elle ajoute à l'incohérence de la méthode signalée ci-dessus.

Et tout cela devrait pousser à connaître les autres effets éventuels de ces éléments.
Ce qui n'est pas le cas.


5. Quelques enseignements.


a - Ce qu'on dénomme aujourd'hui « monnaie » n'est pas le résultat de la décision d'une personne juridique physique.

Avant d'exister... la monnaie a émergé sous une forme... ici ou là, à des instants ou périodes de l'histoire différents. Personne ne l'a créée.
La monnaie résulte ainsi d'usages, d'habitudes à expliquer, de pensées et d'actions humaines. C’est le fait monétaire primordial.

b - Ce qu'on dénomme « monnaie » a émergé sous des formes multiples.

La monnaie n'a pas pris la forme d’une marchandise donnée – a fortiori, une quantité d’une marchandise donnée, une « masse monétaire » -.

Elle est apparue sous la forme de marchandises multiples et variées selon les territoires et les temps, et dénombrables ou quantifiables – en « poids et mesure » - de différentes façons (cf. Passy, 1909 par exemple)

« Dans certains pays, de nos jours encore, on pèse l'argent.
C'est par là qu'on a commencé partout ; et, si nous prenons la peine de remonter aux noms primitifs des monnaies, nous retrouverons toujours des mots qui rappellent cet ancien usage.
Ce sont des sicles, des drachmes, des talents, des as, des livres, des marcs, des taëls, et d'autres dénominations invariablement empruntées au vocabulaire des poids et mesures. » (Passy, 1909)

De ces formes diverses, la monnaie a tiré des noms – en France, l'« argent » - quand un nom particulier n'a pas été donné à un poids particulier de la forme (cas exemplaire en France du « louis », de l'« écu », du « Napoléon », etc.).  C'est le fait premier.

c - Les monnaies réglementées ont elles-mêmes, chacune, reçu un nom.

Aujourd’hui et d'un point de vue mondial, on peut dire que la monnaie a différents noms données par les autorités nationales, régionales ou internationales qui les monopolisent (jusqu'aux « D.T.S. » pour « droits de tirages spéciaux » du F.M.I. au début de la décennie 1970 dont Rueff a pu écrire tout le bien qu'il en pensait dans le livre cité ..., en passant par l'« €uro » de la Banque centrale européenne).

Cette multiplicité donne à penser qu'il y a diverses monnaies, chacune portant un nom. 
C'est une erreur : il y a une marchandise monnaie, mais il y a des monnaies réglementées nationalement, régionalement ou internationalement.

d - Ce qu'on dénomme "monnaie" n'a pas émergé avec la dénomination.

Il reste que la dénomination « monnaie » est elle-même récente à l'échelle de l'histoire.

L'origine du mot "monnaie" en français se trouverait dans « moneta » si on en croît Pareto (1896) , le mot vient du latin, du nom du temple de Junon -- Juno Moneta -- dans lequel étaient frappées les pièces romaines.

e - La monnaie procède d'abord de la récurrence d'une marchandise dans les échanges observables entre personnes juridiques physiques.

Du point de vue de l’économie politique catallactique, « monnaie » est la dénomination de la "marchandise intermédiaire", du moyen/instrument de l’échange indirect où on "offre" une marchandise dans le but de "demander" une autre.

Les marchandises à quoi la dénomination « monnaie » a été donnée étaient des marchandises « offertes », « vendables sans difficultés» (cf. Menger ou Passy) contre des choses désirées, « demandées », « achetables » par les personnes juridiques étant donnés un territoire, une zone, ou un pays et une population d’êtres humains.

Pour l’observateur, les marchandises à quoi a été donnée la dénomination « monnaie » étaient en fait des biens récurrents dans les échanges observables.
A cet égard, il convient de souligner que l'origine du mot anglais "currency" - qui dénomme la monnaie en anglais -, vient du mot français "courant" ("current" en anglais), car la monnaie "coule" de personne en personne. En 1699, John Locke,
philosophe anglais, a utilisé la métaphore.

La récurrence d'une marchandise dans les échanges s'explique aisément par la loi de l'économie et, en l'espèce, par la diminution du coût de l'échange.

f - La fusion autoritaire de monnaies réglementées est une décision extraordinaire.

La monnaie nouvelle de nom « €uro » résulte de la décision des hommes de l'Etat de plusieurs pays de fusionner les systèmes monétaires nationaux en un système "régional" - à l'échelle du monde - et donc les monnaies nationales réglementées en une monnaie régionale réglementée.

La décision ne s'explique pas par la recherche d'une diminution du coût de l'échange, mais par une fantasmagorie politique qui n'a pas cent ans d'âge.  Je l'ai déjà évoquée dans des billets antérieurs, j'aurai l'occasion d'y revenir dans des billets à venir.

Comment, dans ces conditions, l'expérience de l'€uro pourrait-elle avoir une issue favorable ?


Bienvenue au club, chère Estonie, mais vraiment l'idée d'en être membre est mal venue.


Addendum.

Selon la Banque centrale européenne, 11 janvier 2011

"Situation financière d’ouverture consolidée de l’Eurosystème au 1er janvier 2011 et
Situation financière consolidée de l’Eurosystème au 7 janvier 2011.

Situation financière d’ouverture consolidée de l’Eurosystème au 1er janvier 2011

À la suite de l’adoption de l’euro par l’Estonie, la Banque d’Estonie ( Eesti Pank) a rejoint l’Eurosystème au 1er janvier 2011.

Par conséquent, la B.C.E. publie une situation financière d’ouverture consolidée de l’Eurosystème au 1er janvier 2011 qui inclut les chiffres du bilan de la Banque d’Estonie.

Les postes libellés précédemment en couronnes estoniennes ont été transférés des rubriques « libellées en devises » à celles « libellées en euros ».

Les transactions avec les résidents estoniens et les soldes de comptes détenus par ces derniers ont été isolés des postes du bilan relatifs aux « non‑résidents de la zone euro » et inscrits aux postes concernant les « résidents de la zone euro ».

De plus, le poste 12 du passif intitulé « Capital et réserves » a augmenté par rapport à la situation financière hebdomadaire consolidée arrêtée au 31 décembre 2010 en raison de l’adhésion de la Banque d’Estonie à l’Eurosystème.

Situation financière consolidée de l’Eurosystème au 7 janvier 2011
(comparée à la situation financière d’ouverture consolidée de l’Eurosystème au 1er janvier 2011).

Postes non liés aux opérations de politique monétaire.
Au cours de la semaine s’étant terminée le 7 janvier 2011, la hausse de EUR 21 millions des avoirs et créances en or (rubrique 1 de l’actif) a principalement résulté d’un achat d’or effectué par la Banque d’Estonie pour couvrir sa contribution aux avoirs de réserve de change de la B.C.E., conformément aux articles 30.1 et 48.1 des statuts du S.E.B.C.

La position nette en devises de l’Eurosystème (rubriques 2 et 3 de l’actif moins rubriques 7, 8 et 9 du passif) a augmenté de EUR 0,2 milliard, à :

                          EUR 180,3 milliards,

à la suite des opérations de clientèle et de portefeuille et des opérations d’apport de liquidité en dollars [...]"


Addendum : cf. ce texte.




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