Paris, le 5 mars 2011.




1. Quelques points d'histoire monétaire du XXème siècle.

Il y a vingt ans, la monnaie « euro » n'existait pas ;

il y a quarante ans, la monnaie des Etats-Unis d'Amérique – le dollar – allait être déclarée inconvertible en or – le 15 août 1971 - ;
 
il y a soixante ans, toutes les monnaies du monde occidental étaient inconvertibles en or à l'exception du dollar – prétendument à cause de la guerre de 1939-45 ;

il y a quatre-vingt ans, toutes les monnaies de ce même monde allaient être successivement déclarées inconvertibles en or intérieurement ;

il y a cent ans enfin, 1911, ces mêmes monnaies étaient librement convertibles en or et en argent, des pièces d'or et d'argent circulaient d'ailleurs, étaient échangées par nos parents ;
le franc, aujourd'hui disparu, nom de la monnaie de la France, mais aussi des pays de l' « Union monétaire latine » convenue en 1865 – Italie, Grèce, Suisse, Belgique, Luxembourg -, était défini à la fois par la pièce de 5 grammes d'argent et par 322 milligrammes d'or.


2. Pourquoi tous ces changements ?

Il ne semble pas excessif de dire qu’aucun siècle antérieur n’avait connu un tel bouleversement monétaire depuis, bien évidemment, ceux où la monnaie avait émergé, ici ou là dans le monde, sous une certaine forme, sans en avoir le nom.
Autant alors, si l’on en croit les historiens, les hommes de l’Etat n’avaient joué aucun rôle dans le phénomène, autant cette fois, leur patte a été déterminante.

Tous ces changements dont le coffre a été le XXème siècle résultent en effet de décisions politiques prises nationalement et d’accords intergouvernementaux convenus internationalement.

Les uns et les autres ont été concoctés, sinon en toute ignorance de la science de la monnaie – en état de fort développement depuis le début du siècle (cf. ci-dessous) -, au moins en une méconnaissance certaine de celle-ci.

Cette méconnaissance politique a fait, par exemple, que la monnaie de l'Angleterre - la livre sterling - déclarée inconvertible en or à cause de la guerre de 1914-18, a été déclarée à nouveau convertible en or en 1925, mais aux conditions d'avant 1914, en dépit des bouleversements qui venaient de se produire. Une connaissance minime de la science de la monnaie eût évité une telle absurdité.

Pour sa part, le franc, lui aussi déclaré inconvertible en or pour la même raison, est redevenu officiellement convertible en or en 1928, mais à un prix en or divisé par cinq, i.e. dévalué de 80% (soit 1 FF=64,5mg d'or).
Comparée à la décision anglaise, cette décision témoigne, au contraire, d’une connaissance certaine de la science de la monnaie.

Quant au dollar resté convertible pendant la guerre, il a été déclaré inconvertible en or en 1933, dévalué de 59% en 1934 (désormais, une once d'or, i.e. 31,1 mg = 35$) pour redevenir officiellement convertible, mais seulement extérieurement.
De plus, détenir de l’or a été interdit aux particuliers.
Autant la dévaluation témoigne d’une connaissance de la science de la monnaie, autant l’interdiction, sans aucun fondement, tend à se moquer de l’économie politique.

Et le dollar est donc resté convertible extérieurement au prix de 35$ l’once jusqu'au 15 août 1971, contre vents politiques divers et surtout marées dirigistes, bref en dépit des bouleversements observables qui suivirent.

Mais il ne l'est pas resté au-delà malgré, en particulier, d'une part, la création en 1944 d'un organisme monétaire international d'aide aux respects des accords nouvellement conclus alors, à savoir le Fonds monétaire international (F.M.I.), et, d'autre part, la création à la fin de la décennie 1960 d'un nouveau type de monnaie, privilège du F.M.I., à savoir les droits de tirages spéciaux (D.T.S.), créations l'une et l'autre discutées par les économistes et très discutables.

Soit dit en passant, le F.M.I. et le D.T.S. ont, eux, curieusement, survécu au 15 août 1971 quoique leur fondement juridique eût disparu ce jour-là et qu’au moins, le F.M.I. se trouvât démuni de mission.
A qui le « crime » profite-t-il ?
Un élément de réponse : les organismes de ce type ont en général un personnel qui ne paie pas d’impôt sur le revenu et qui doit cotiser à un régime « maison » de retraite par capitalisation...
Force est de reconnaître qu'il s'en trouvera...

La création à la fin de la décennie 1990 de l'euro a été elle aussi discutée par les économistes et elle est tout autant très discutable.


3. La science de la monnaie.

Dans le même temps, la science de la monnaie est sortie de l’état de sous-développement où elle stagnait les siècles précédents.
Elle s’est ainsi certes libérée de certaines de ses entraves, mais elle ne s’est pas véritablement affranchie de la rhétorique qui verrouillait son progrès rapide.

Deux livres fondamentaux ont été publiés à son sujet, l’un en anglais en 1911, l’autre en allemand en 1912.

Le premier s‘intitule Purchasing Power of Money, its Determination and Relation to Credit, Interest and Crises, Irving Fisher, son auteur, est américain.
Il sera traduit en français seulement en 1945.

Le livre de Jacques Rueff intitulé Théorie des phénomènes monétaires, publié en 1927 s’en inspire et donne des vérifications empiriques de certaines de ses propositions. Il sera traduit, lui, en anglais dans la foulée de sa publication.

Le second ouvrage s’intitule Theorie des Geldes und der Umlaufsmittel , Ludwig von Mises, son auteur, est autrichien.
Il sera traduit en anglais en 1934 et publié avec une préface de Lionel Robbins, économiste anglais, « bête noire de J.M. Keynes », sous le titre Theory of Money and Credit, puis en 1952 avec, en particulier, une préface de l’auteur qui commence ainsi - ma traduction - :

“Quarante ans se sont écoulés depuis qu'a été publiée la première édition en langue allemande de cet ouvrage.
Au cours de ces quatre décennies, le monde a connu de nombreux désastres et catastrophes. Les politiques qui ont provoqué ces événements malheureux ont également affecté les systèmes monétaires des nations
La monnaie sonnante et trébuchante a fait place progressivement à de la monnaie fiduciaire qui se dépréciait. Tous les pays sont aujourd'hui contrarié par l'inflation et menacé par la sombre perspective d'un effondrement complet de leurs monnaies respectives. »

Le livre n’a pas été traduit en français jusqu’à présent … officiellement – pas d’édition française -.
Il l’a été officieusement - et heureusement - en 1996 par Hervé Dequengo .

3.A. Controverses à propos de la monnaie.

L'intérêt porté à la monnaie a toujours été l'objet de controverses chez les économistes. Convenons que ce n’est pas le seul domaine, qu’il y en a de nombreux et qu'il en est ainsi dans toutes les sciences.

Mais que l’ouvrage de Mises n’ait jamais été traduit en français – officiellement – témoigne d'un autre phénomène.
Il est exemplaire d’une position extrémiste qui n’a pas cessé de s’épanouir en France.
Certains, en grand nombre, marxistes ou autres, en France mais aussi ailleurs, sont même parvenus à teinter cet intérêt pour la monnaie de couleurs politiques à leurs yeux repoussantes, voire à faire déconsidérer les économistes qui s'y spécialisaient – pour ne citer que deux économistes, les cas de Jacques Rueff et Milton Friedman méritent d’être signalés -.

3.B. Oriflamme des débats : la politique de la monnaie ou, si on préfère, la politique monétaire.

La politique monétaire a été une considération nouvelle de l'économie politique du XXème siècle pour autant qu'elle va bien au-delà de la simple réglementation des formes de la monnaie ou du taux d'escompte de la banque centrale, comme cela pouvait être le cas au début du siècle.

Soit dit en passant, de ce point de vue, certains limitent la monnaie à être un bien et considèrent que la monnaie n'est pas un bien comme un autre...

La politique monétaire en question va reposer, d'une part, sur l'abandon de l'équation des échanges d'Irving Fisher présentée dans son livre intitulé Purchasing Power of Money et, d'autre part, sur l'émergence dans la décennie 1930 puis sur la pérennité de la macroéconomie ou, si on préfère, de la théorie de l'équilibre monétaire ou bien de la théorie « revenu-dépense ».


4. La méconnaissance des hommes de l’Etat dans le domaine de la monnaie.

Que dire de la méconnaissance des hommes de l’Etat dans le domaine de la monnaie ?
A-t-elle évolué, elle aussi de conserve avec la science de la monnaie ?

Je me contenterai de répondre à ces deux questions d’abord qu’elle explique, en partie, les décisions prises depuis le lendemain de la guerre de 1939-45 et à quoi beaucoup d’économistes se sont opposés à cause des effets à quoi la théorie monétaire les faisait s’attendre et qui, il faut le reconnaître, se sont réalisés.
Emblématique est le livre de Jacques Rueff intitulé Le péché monétaire de l’Occident publié par les éditions Plon en 1971, il y a donc quarante ans exactement.

Et ce n’est pas fini, certains effets sont encore en suspens ou, si on préfère, dans les tuyaux...

Ensuite, j’en veux pour preuves de son état aujourd’hui les arguments que les hommes de l’Etat ont tenu et tiennent à propos de la « construction bureaucratique » qu’est la monnaie « euro », pour ne pas dénommer l’euro « néant habillé en monnaie » et reprendre ainsi la dénomination qu’au début de la décennie 1970, Jacques Rueff avait donnée aux D.T.S., donc à la date de leurs créations.

Monnaie et budget de l'Etat.

Plus exemplaire peut-être que les autres, l’un d’eux fixe l’attention, implicitement ou non, sur un lien économique qui existerait entre la monnaie « euro » et les déficits budgétaires de la plupart des Etats des pays membres de la zone « euro ».

Seulement, ce lien est contre nature car la monnaie n’a strictement rien à voir avec le budget d’un Etat. Qu’on le veuille ou non, la monnaie et la situation budgétaire d’un Etat font deux, l’euro et la situation budgétaire des Etats des pays de l’euro font deux.

La monnaie est une réalité séculaire, le budget d'un Etat n'est qu'un voeu pieux périodique qui certes se réalise périodiquement. Il ne saurait y avoir un lien entre une réalité et un voeu pieux.

L’argument au terme de quoi il existerait un lien entre la monnaie « euro » et les déficits budgétaires de la plupart des Etats des pays membres de la zone « euro » témoigne soit d’une méconnaissance de la science de la monnaie, soit d’un artifice rhétorique pervers pour tenter de faire aboutir un « non-dit » qu'ils souhaitent.


5. La réalité de la monnaie

En dépit de toutes les avanies qui lui ont été infligées au XXème siècle, la monnaie reste aujourd'hui ce qui a contribué à diminuer le coût de l’action d’échange de vous et moi, elle reste un pouvoir d’achat généralisé.
Son seul drame est qu’elle n’a pas réduit le coût de l'échange jusqu’à présent à zéro. Mais c’est en bonne voie depuis l’émergence de l’ère numérique et de la monnaie électronique.

Conséquence en attendant, les ignares n'hésitent pas à la charger de tous les péchés du monde économique, façon rhétorique qu'ils ont de montrer involontairement qu'ils n'ont pas cerné le concept de « réduction de coût de l'échange », fer de lance de la monnaie.
Et cette charge va de pair avec le remède magique qu'ils conseillent pour la faire disparaître, à savoir une réglementation supplémentaire.

Autre façon de s'exprimer, certains malfaisants en profitent pour attribuer à la monnaie, implicitement, toujours en termes rhétoriques, le « coût résiduel de l’échange », concept dont ils n’ont pas la moindre idée.

Soit dit en passant, ces derniers temps – depuis une vingtaine d’années en fait -, comme acculés dans leur impasse théorique, certains en viennent à exhumer de l’article majeur de John Hicks (1935) intitulé « A Suggestion for Simplifying the Theory of Money»  le mot rhétorique « frictions ».

"“Of course, the great evaders would not have denied that there must be some explanation of the fact.
But they would have put it down to " frictions," and since there was no adequate place for frictions in the rest of their economic theory, a theory of money based on frictions did not seem to them a promising field for economic analysis.
This is where I disagree. I think we have to look the frictions in the face, and see if they are really so refractory after all.
This will, of course, mean that we cannot allow them to go to sleep under so vague a title.

The most obvious sort of friction, and undoubtedly one of the most important, is the cost of transferring assets from one form to another. This is of exactly the same character as the cost of transfer which acts as a certain impediment to change in all parts of the economic system; it doubtless comprises subjective elements as well as elements directly priced.
Thus a person is deterred from investing money for short periods, partly because of brokerage charges and stamp duties, partly because it is not worth the bother.”


Quand on a introduit explicitement dans ses hypothèses le concept d’"action d’échange" et son corollaire, le concept de "coût d’opportunité de l’échange", concepts autour de quoi tournait Hicks à l’époque étant donnée sa connaissance des économistes autrichiens, le mot « friction » est pour le moins dérisoire.

Et les malfaisants proposent des moyens qui, selon eux, réduiront, les « maladies » de la monnaie ». Tous ne sont que des succédanés de la réglementation.

En fait, tels Ariane, ils déroulent un fil, le fil directeur des changements monétaires du XXème siècle , mais contrairement à Ariane, loin d’être dans un labyrinthe comparable - où ils pensent être - et dont le suivi du fil peut donc les faire sortir, le fil étend chaque jour un peu plus les dimensions du labyrinthe.


6. L'illusion le la réalité du budget étatique.

Qu’on le veuille ou non, un budget étatique n'a aucune réalité tant qu'il n'est pas mis en oeuvre par les hommes de l'Etat, tant que la première des dépenses n’a pas été engagée ou que le premier euro, dollar, livre, etc. bref, la première unité de monnaie d’impôts n’a pas été recouverte.

En plus d’être fallacieux, mettre en relation d’emblée, sans réserve, le budget de l’Etat avec la monnaie donne l’illusion qu’il a une réalité.


7. Le « non-dit » actuel.

Hier , il n’y avait pas de « non-dit », l’objectif était clair : il était même affiché par certains sous la forme d’un argument de Rueff, à savoir « l’Europe se fera par la monnaie ou ne se fera pas ».

Mais l’argument était dénaturé à l’exemple de ce qu’a écrit Philippe Seguin dans un article du Figaro du 7 février 1996 intitulé "La légende du franc est-elle noire ou dorée?" et dont le sous titre est "La monnaie européenne sera politique ou ne sera pas".

Il ne fallait pas comprendre que la monnaie européenne était un préalable, voire un tremplin vers un état européen.

Ce que disait Rueff était tout autre, à savoir : pour que l’Europe puisse exister, il faut que les hommes de l’Etat ne jouent pas avec la monnaie, n’aient pas recours à l’inflation et que leurs actions ne nuisent pas à la stabilité des prix.

Au lendemain des réponses négatives de certains peuples (en France et en Hollande) aux référendums tenus à la mi décennie 2000 sur le traité constitutionnel, base juridique d’un futur Etat européen, les politiques ont remisé l’idée d’un tel Etat.

En fait, ils lui ont substitué un « non-dit », le « non-dit » actuel… Quel est-il ? En voici trois éléments.

7.A. De nouveaux engagements.

Un fait est certain : les hommes de l’Etat des Etats des « pays de l’euro » n’ont pas respecté les engagements budgétaires dont ils étaient convenus dans la décennie 1990 et qu’ils avaient présentés en long et en large aux peuples, en insistant sur leur importance. Et, presque à tour de rôle, leurs pays respectifs sont devenus boucs émissaires des autres.

Hier, mi décennie 2000, ce furent les cas de la France et de l’Allemagne et cela conduisit à une réforme du « pacte de stabilité et de croissance ».

Aujourd’hui, ce sont les cas du Portugal, de l’Irlande, de la Grèce et de l’Espagne et cela a déjà conduit à la création d’un fonds monétaire d’aide dénommé « facilité européenne de stabilité financière » et à un … « pacte de compétitivité ».

Soit dit en passant, les Anglais - dont le pays ne fait pas partie de la zone « euro » - font de l’humour sur ces pays en retenant leurs initiales en anglais et en formant le mot P.I.G..S. (« cochons » en français) pour les désigner.  En vérité, le mot est susceptible de diverses interprétations qui seront laissées de côté.

Et demain ? Tout est possible.

7.B. Le dilemme de la Banque centrale européenne.

En pratique, les Etats à budget déficitaire peuvent emprunter, chacun, sur le marché financier, mais à des taux d’intérêt à long terme différents, fonctions de divers éléments qui leur sont propres et qui intéressent le marché financier (au nombre de quoi leur notation par les firmes du même nom…).

Pour sa part, la Banque centrale européenne (B.C.E.) a la capacité de fixer les taux d’intérêt à – très – court terme qui s’avèrent être les mêmes pour tous les Etats qui font le choix de s’y adresser. Statutairement indépendante des Etats des pays membres de la zone euro, la B.C.E. a néanmoins un conseil de gouverneurs qui sont nommés par consensus politique. Cherchez l’erreur…

La B.C.E. est donc face au dilemme suivant : financer, ou non, à – très – court terme les déficits des budgets des Etats qui le lui demandent, à commencer par ceux des pays dans lesquels le marché financier a de moins en moins confiance ou, si on préfère, qui empruntent à des taux d’intérêt à long terme de plus en plus élevé (cf. annexe ci-dessous).

En termes comptables, le financement en question ne peut qu’aller de pair avec une création monétaire, i.e. avec une inflation comme on aurait dit au XIXème siècle.
En conséquence économique, toutes choses égales par ailleurs, il y aura d’abord des « bulles de prix » ici ou là, puis une augmentation généralisée des prix, ce qui est en contradiction avec l’objectif statutaire de la mission de la B.C.E. qui est la stabilité des prix en euro.

Ce dilemme de la B.C.E. n’a donc rien à voir avec un quelconque lien économique sui generis entre la monnaie et le budget d’un Etat. Par exemple, il ne saurait être considéré comme une conséquence d’un tel lien.

C’est un fait d’ordre moral, juridique, à quoi est confronté le conseil des gouverneurs de la B.C.E. et qui revient à dire : « nous sommes honnêtes ou non, nous respectons nos engagements ou non, bref, nous sommes responsables ou non ».

S’ils choisissent d’être responsables, ils ne financent pas le déficit, ils ne prêtent pas.
Quid du lien entre la monnaie et le budget de l’Etat ?
Force est de reconnaître qu’il n’y a en a pas. En effet, la monnaie reste ce qu’elle est et l’Etat en question doit frapper à une autre porte ou modifier son budget, ses dépenses ou sa fiscalité.

S’ils choisissent de ne pas être responsables, - ce qu’en définitive, ils sont institutionnellement -, ils financent le déficit et prêtent de la monnaie « euro ».
Dans ce cas, effectivement, leur choix va avoir des effets économiques au nombre de quoi l’un d’eux se fera sentir sur le budget de l’Etat, il devient réalité, et un autre sur la monnaie, la quantité de monnaie augmente.

Mais ces effets procèdent du choix irresponsable, ils ont l’un et l’autre pour cause ce choix de la B.C.E. : mais l’un des deux effets signalés n’est pas la cause de l’autre

L’idée qu’il y a un lien économique entre le budget de l’Etat et la monnaie laisse à penser le contraire : la variation de la quantité de monnaie serait la cause du déficit du budget ou l'inverse, le déficit du budget celle de la variation de la quantité de monnaie.

A sa façon, la monnaie est un « juge de paix » sociale alors que le déficit du budget d’un Etat est le ferment de la guerre et de l’esclavage.

7.C. Le dilemme des peuples.

Pour les peuples des pays de la zone euro, un dilemme se pose aussi, en des termes différents, mais personne n’en parle.

Il est le suivant : ou bien accepter que les Etats « s’entraident »– de fait procédent à des transferts « sur leur dos » – comme le conseillent certains hommes de l'Etat, ou bien le refuser et s’exposer alors à ce que la B.C.E. se résolve à abandonner son objectif statutaire et donc à ce qu’ils supportent l’impôt d’inflation – autre forme destructrice de transfert -, pour ne pas parler du déficit de la balance des paiements de la zone euro et de la baisse du prix de l’euro dans les monnaies étrangères qui s’ensuivront nécessairement.


8. « Faites vos jeux » : "Etat européen" ou pas "Etat européen" ?

Les hommes de l'Etat n’ont pas respecté les engagements sur leurs budgets dont ils étaient convenus hier, pourquoi respecteraient-ils davantage ceux pris en matière de monnaie ?

Les macro économistes aiment à avancer que les effets économiques d’une politique budgétaire sont plus rapides à se faire sentir que ceux d’une politique monétaire. Voilà avec ce non respect des règles budgétaires par les hommes de l'Etat, un nouvel exemple du phénomène - si le non respect des règles monétaires devient effectif -, quoique d’un autre ordre…

Apparemment, les peuples n’ont pas mis le doigt, jusqu’à présent, sur le dilemme à quoi ils sont confrontés.

Pour leur part, les hommes de l’Etat n’ont pas pris soin de les informer de la situation, véritable « épée de Damoclès ».

Et pour cause…
A soi seule, l’ « entraide » des Etats des pays de l’euro que certains voient d’un bon œil est en définitive une forme déguisée et provisoirement atténuée d’un Etat, de l'Etat européen dont le projet a été refusé jusqu'à présent par le vote des peuples.

En d’autres termes, tout se passe comme si certains s'efforçaient à ce que ce dernier, qui n’a pas pu entrer par la « grande porte » ou, si on préfère, avait été sorti par le vote des peuples, tentait d'entrer par une « porte dérobée » ou par la fenêtre. La voilà…, c’est la porte ou la fenêtre de l’« entraide », i.e. la porte ou la fenêtre de la bonne vieille redistribution qui suscite envie, jalousie et destruction de toutes sortes, celle qui suscite à terme guerre ou esclavage.

D’où viendra la lumière ?


Annexe.

La Banque Centrale Européenne déclare ne pas avoir acheté d'obligations publiques de la zone euro sur le marché secondaire la semaine dernière.
Elle en avait acheté € 369M il y a quinze jours.

Certes, la B.C.E. va continuer d'aider les pays en difficulté, qui vont en avoir bien besoin cette semaine avec la Grèce mise sous pression et le Portugal malmené.

Mais les € 77,5Mds d'obligations d'Etats de la zone euro, achetés depuis le printemps dernier au début de la crise grecque, commencent à peser lourd dans la besace de l'institution dirigée par Jean-Claude Trichet.
Et cette dernière aimerait bien voir les Etats réagir d'une part et le F.E.S.F. l'épauler d'autre part.

Car ce montant représentant plus de 16% du total des obligations grecques, portugaises et irlandaises en circulation, commence a sérieusement alourdir le bilan de la banque centrale et à réduire ses marges de manoeuvre.
Il est surtout contraire à la direction qu'elle semble vouloir prendre : à savoir un resserrement monétaire.

En effet, il est presque acquis maintenant que la B.C.E. relèvera son principal taux directeur, fixé à 1% depuis 2 ans, en avril lors de la prochaine réunion des gouverneurs. C'est du moins ce qu'a laissé entendre Jean-Claude Trichet lors de son discours.

C'est pourquoi, selon l'hebdomadaire allemand Spiegel, la B.C.E. fait actuellement pression sur les gouvernements de la zone euro pour que le F.E.S.F. reprenne les € 77Mds d’obligations publiques qu’elle a rachetées... principalement des obligations grecques, irlandaises et portugaises.

Jean-Claude Trichet tiendrait tout particulièrement à ce que cela soit ainsi, mais se « se heurte à un mur dans les gouvernements des pays membres » selon le quotidien allemand.

La B.C.E. tient à passer le relais afin de se libérer de cette tâche qui sort largement du cadre de sa mission de stabilité des prix.
Le F.E.S.F. qui deviendra un fonds d'aide permanent à partir de 2013 semble donc tout indiqué pour reprendre se portefeuille ... explosif.

Mais la partie n'est pas gagnée pour la B.C.E., en effet, nombre de pays membres de la zone euro sont contre, dont l’Allemagne où députés de la majorité et économistes font campagne contre ! 


Elle l'est d'autant moins qu'en Irlande, le peuple a changé par le vote de majorité, ce dernier week-end

En balayant le Fianna Fáil au pouvoir, les électeurs irlandais ont sanctionné les responsables de la faillite du pays. Désormais, le parti Fine Gael (centre droit) et le Labour (centre gauche) vont gouverner ensemble.

Bien que pro-européen convaincu, Enda Kenny, président du Fine Gael et futur Premier ministre, va demander à l'UE la renégociation du prêt qui a renfloué Dublin.

Il entend non seulement en faire baisser le taux d'intérêt, mais aussi exiger que les créanciers renoncent à une partie de leur ardoise. Cela promet une discussion serrée avec Angela Merkel, qui ne veut pas en entendre parler.

A moins que l'Eire ne se résigne à augmenter l'impôt sur les sociétés, concession que le leader du Fine Gael a juré de refuser... «Au vu des attentes du public et de l'ampleur de la tâche, il est difficile de dire si l'on est heureux ou triste pour Enda Kenny», écrit l'éditorialiste de l'Irish Times.

Pour l'instant, une chose est certaine (cf. cet article)...


Addendum.

Cet article du Ludwig von Mises Institute mettant en regard le "cas" du Portugal et le "cas" de la Finlande.




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