Paris, le 30 novembre 2011.





1. "Monnaie euro", prix et taux d'intérêt.

La "monnaie euro" cache des variations de prix en monnaie qui auraient dû se faire (cf. par exemple ce billet du 5 juillet 2008), qui ne se sont pas faites, mais dont la réalisation potentielle ne peut être mise de côté et la nécessaire exclue.

Ces variations de prix ne sont pas à confondre avec celles à quoi elle a déjà donné lieu (cf. par exemple, ce billet de juillet 2009).

1.A. Blocage des taux de change.

La "monnaie euro", c'est en effet d'abord le choix d'un blocage de prix, celui des taux de change des monnaies nationales concernées au niveau qu'ils avaient en mai 1998. 
En ce qui concerne la France :

                                     1 € = 6,55957 FF

Ce choix a été effectué contractuellement par les hommes de l'Etat des Etats futurs membres, le représentant français était le ministre de l'économie et des finances de l'époque, M. Strauss Kahn :

Rien ne saurait justifier les taux de change convenus - et a fortiori la pérennité qu'ils cachent -, sauf, peut-être, l'aune des règles budgétaires, elles aussi convenues, mais l'année précédente (cf. par exemple, ce billet du 14 février 2010).  Mais ces dernières ne seront pas respectées!

1.B. Fixation des taux d'intérêt aléatoire.

La "monnaie euro", c'est aussi la politique de fixation des taux d'intérêt à court terme par son grand chambellan, à savoir la Banque centrale européenne.

Mais là encore, rien ne saurait justifier les niveaux des taux d'intérêt qui ont été pratiqués sinon la capacité que la Banque avait de les fixer à sa main et qui tenait à son privilège de monopole d'émission de la "monnaie euro", monnaie elle-même d'utilisation obligatoire pour les gens effectuant des échanges dans les limites de son territoire de juridiction.
Malgré ce que certains veulent faire croire, il n'y a pas de règle établie en la matière.

De plus, en quoi cette expérience de monopole réglementaire supplémentaire serait-elle le facteur de stabilité que certains s'époumonent à déclamer ?
Il s'agirait de l'expliquer, ce qu'ils auraient grande peine à faire...

La politique de fixation des taux d'intérêt aléatoire n'a fait qu(e s)'ajouter au blocage des taux de change.
Quoiqu'elle, au moins, ne soit pas cachée et donc oubliable, ses effets n'ont pu qu'être déstabilisants comme ceux de son homologue.


2. Toujours la rhétorique au mauvais sens du mot.

Les expressions "chocs macroéconomiques exogènes" ou "risques systémiques" sont à la mode depuis au moins "les augmentations du prix du pétrole" dans la décennie 1970, présentées comme telles.

Depuis lors, les politiques et autres commentateurs n'hésitent pas à les employer dans leurs discours ou articles pour expliquer tel ou tel phénomène économique, monétaire ou autre, voire d'éventuels effets de celui-ci, au moins le croient-ils ou espèrent-ils le faire croire.

Avec cette façon de s'exprimer, ils excluent "par construction" de donner les causes de ce dont ils parlent, d'où les dénominations.


Effet "collatéral" - nouvel adjectif à la mode -, ces expressions doivent-elles contribuer à convaincre qu'on vit dans un monde économique mécanique et magique ?

On peut le penser d'autant qu'en définitive, les effets ne sont pas eux-mêmes, trop évoqués ou que l'explication qui en est donnée ne convainc personne, à la longue.
Et puis, il peut s'agir d'effets une fois pour toutes ou d'effets récurrents, d'effets à court terme ou à long terme pour rester dans le fil de la même rhétorique.
Et les effets à court terme inattendus qui se produisent peuvent être pris pour donner lieu à d'autres effets qui, rétrospectivement, s'avèreront à moyen ou long terme et renforceront les effets à long terme, eux-mêmes inattendus.


3. La réalité.

Il n'en reste pas moins que ces expressions recouvrent une double réalité:
- l'une, sur quoi ils insistent implicitement, tient à un trouble, une perturbation, une inégalité inattendue de l'offre et de la demande sur tel ou tel marché ou bien un déséquilibre inattendu jugé "conjoncturel" ou "structurel" qui doivent se résorber, et
- l'autre, dont ils ne parlent pas, se trouve dans la nouvelle réglementation de plus, en marge des règles de droit, qui alimente à la fois le stock des réglementations et l'insécurité juridique.

Le fait est que les trouble, inégalité ou déséquilibre se résorbent à terme plus ou moins éloigné par variation de prix ou de taux d'intérêt, comme l'explique la théorie économique, même si nos politiques ou commentateurs pensent le contraire.

Il est aussi que ces derniers croient que les politiques monétaire ou budgétaire de l'Etat peuvent y suppléer et qu'ils les mettent en oeuvre malgré les résultats qu'on sait et supporte.
On laissera de côté la fameuse phrase toute faite "ce serait pis si la politique n'avait pas été suivie...", des billets précédents en ont montré l'inanité.


Quid de la nouvelle réglementation de plus?

Aucune réglementation n'est perpétuelle.
Il arrive toujours un jour où ses effets néfastes sont observables sans discussion possible, sont reconnus car vécus, et où elle est abrogée (la réglementation dite "des trente cinq heures" a, certes, la "peau dure"...).
Les effets en question peuvent, bien sûr, être à court terme ou à long terme.

Toute la difficulté est d'arriver à mettre le doigt sur la réglementation, étant donnés les effets observables ou supportés.


4. Un effet à long terme de réglementations passées.

Jamais aujourd'hui, par exemple, il n'est question de considérer que la situation économique actuelle et la "monnaie euro" soient l'effet de telle ou telle réglementations édictées dans le passé.

A contrario, mais cela revient au même, jamais il n'est question des effets à long terme de réglementations comme, par exemple, les interdictions de la convertibilité des substituts de monnaies nationales (billets et dépôts bancaires) en monnaie or qui ont fleuri, nationalement, dans la décennie 1930 et, internationalement, depuis 1971-73 (cf. ce billet de juillet 2011).

 
Je pose la question : "pourquoi ?"

Est-ce à dire que ces réglementations n'ont pas eu d'effet ? Ou bien seulement des effets à court terme, sans lendemain?
Dans ce cas, il s'agirait au moins de le montrer.

A l'opposé, serait-ce parce qu'une réponse pourrait être que tous les maux actuels ne sont jamais que les effets à long terme de ces réglementations ?

Serait-ce parce qu'ils sont même des effets accrus à cause de l'entêtement, conscient ou non, des politiques dans la destruction des monnaies nationales sorties de la "cuisse de l'histoire" et dans la construction, à la place, de "substituts de rien" bancaires dénommés encore aujourd'hui, contre toute connaissance, "monnaies"?

La "monnaie euro" n'en est-elle pas un parangon?

Les questions bouillonnent!


5. Vie ou mort du parangon.

Une chose est certaine : le problème de l'existence ou de la "mort" de la "monnaie euro" ne saurait être traité à partir des modèles macroéconomiques en circulation pour la raison que ces modèles excluent l'alternative et se moquent des règles de droit. 
Y faire référence est nul et non avenu.

Les modèles font intervenir seulement la variable "quantité de 'monnaie euro'".
Or il y a un précipice méthodologique infranchissable entre une quantité de "monnaie", fût-elle égale à zéro..., et une monnaie qui n'existe pas ou plus.
Des artifices rhétoriques ne sauraient le faire franchir.
La "monnaie euro" et sa quantité font deux, ce que (néo)keynésiens et (néo)monétaristes refuseront d'admettre malgré l'impasse où ils se trouvent.
Bref, à partir de la macroéconomie, on ne saurait envisager la "mort" de la "monnaie euro".


Seule la logique est d'une aide certaine.
L'important est donc la "monnaie euro".
Et celle-ci est blocage de taux de change, fixation de taux d'intérêt à court terme aléatoire et effet à long terme d'interdictions antérieures écarté, consciemment ou non.

Sur les conséquences à attendre du paquet de ces éléments, aucun "officiel" n'a aventuré sa réflexion ou n'en a fait mention.

Mais nous les voyons désormais "se déballer" sous nos yeux les unes après les autres... 
Et elles enrichissent, chaque jour qui passe, ce qu'il faut entendre par "monnaie euro". 
Elles rappellent en particulier que la monnaie n'est pas un bien, sauf à prendre ce mot au sens moral.
La monnaie est un processus de diminution du coût de l'échange que personne ne saurait accaparer et maîtriser, même s'il en donne l'impression et s'efforce de trouver les moyens d'y parvenir.
Pour le comprendre, il faut bien évidemment raisonner en termes de droit, d'actions humaines et de coûts des actions humaines, autant de considérations exclues par les modèles macroéconomiques.


Faut-il s'en satisfaire ?

A chacun ses goûts...

A coup sûr, les hommes de l'Etat des Etats membres n'en sont pas satisfaits.
Et fidèles à leur démarche aveugle initiale, ils ont fait le choix d'abonder les éléments de base avec d'autres réglementations (par exemple, la facilité européenne de stabilité financière - F.E.S.F. -).

Paquet de réglementations au départ, la monnaie euro" tend à devenir un "château de ... réglementations"...













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