Paris, le 15 octobre 2012.




1. De l'Union monétaire latine...

Il y a près de 120 ans, Vilfredo Pareto (1893) écrivait un article intitulé "L'avenir de l'Union monétaire latine" dans le numéro d'octobre de la Bibliothèque universelle et Revue suisse - reproduit dans le livre intitulé Le Péril socialiste (éditions du Trident) - "[...] l'union latine étant dénoncée pour le 1er janvier [prochain] [...]" et la dernière convention en date tendant à la prolonger, datant de 1885 (rappelons que l'U.M.L. avait vu le jour en 1865).

Il y mentionnait que les causes principales pour lesquelles l'Italie n'avait plus qu'une monnaie de papier étaient :
- le pays dépense plus que ne lui permettent ses ressources ce qui fait qu'il est constamment débiteur de l'étranger et
- l'énorme destruction de richesses produite par la protection et par le pillage économique auquel se livrent les politiciens.

Il constatait que :

"Les maux dont souffre maintenant l'Italie ne doivent trop nous étonner quand nous voyons ceux qui, pour des causes bien moindres, ont fondu sur les Etats-Unis".

Trois ans et demi plus tard, dans le même périodique, en mars puis avril 1897, il dénonçait l'étatisme italien en soulignant :

"Relisez de Tocqueville et vous serez frappé de l'analogie entre la situation de la société à la fin du dix-huitième siècle et à l'heure présente.

Le même aveuglément des classes dirigeantes qui prépare, alors, la domination des jacobins, prépare maintenant le succès plus ou moins prochains des socialistes."

Pour autant, il n'oubliait pas les états voisins, ceux d'Allemagne et de France:

"Le mouvement qui entraîne ces états [...] est vraiment des plus remarquables.

C'est d'abord la protection douanière qui, depuis 1870, s'étend et augmente chaque jour d'intensité.

C'est la spoliation organisée en faveur d'une partie de la classe riche. 
La leçon donnée ainsi au peuple ne sera pas perdue, et un jour viendra où les spoliateurs d'aujourd'hui seront spoliés à leur tour.

A l'ombre de la protection se développent et prospèrent les monopoles privés ;
les trusts et les pools aux Etats-Unis,
les Kartelle en Allemagne,
les syndicats, en France.
Seule l'Angleterre y échappe, grâce au libre échange.

Ces monopoles privés sont encore plus malfaisants que les monopoles de l'état."

Et pour cette raison, ajoute-t-il, ils préparent le monopole de l'état!
A cet égard, il souligne que :

"Quand on aura [...] réussi à faire disparaître toutes les sociétés que l'initiative privée a créées et crée chaque jour pour venir en aide aux travailleurs, il sera aisé de proclamer que ceux-ci ne doivent plus avoir d'espoir qu'en l'intervention de l'état."

120 ans plus tard, c'est en particulier réussi, en grande partie, en France
- où la part des dépenses de l'état et de ses dépendances est de l'ordre de 57% du produit intérieur brut - pour ne pas parler du reste, du "non quantifié" - et
- où des élections récentes ont permis au nouveau gouvernement qui en procède d'enrichir, toute honte bue, sa brochette de ministères d'un "ministère du redressement productif".


2.  ... A l'€uro et "boule de gomme".

Certes, grande différence, par ignorance ou par noir dessein de ses "classes dirigeantes", la France n'a plus aujourd'hui comme monnaie le "franc" défini par 322mg d'or ou 5g d'argent, librement convertible, comme le réglemente l'U.M.L.

Tout s'est passé comme si la classe politique avait abandonné le domaine - quoiqu'elle le contrôlât - pour mieux s'occuper d'un nouveau, autrement rentable à ses yeux.

La France a, comme monnaie réglementée, l'"euro" (cf. ce billet de septembre 2012), "néant habillé en monnaie" car sans relation avec quelque réalité que ce soit mais défini dans la décennie 1990, par des règles politiques qui, tout en n'ayant pas été respectées dans la décennie 2000, croissent en nombre et embellissent en institutions nouvelles, chaque jour qui passe (cf. ce billet de septembre 2012).

Et "l'euro" est, en vérité, une façon schématique de dénommer un avatar (apparu donc à partir de 1999-2002) de l'U.M.L. (qui avait disparu de fait en 1914 après maintes conventions successives, toutes destinées pourtant à prolonger son existence contre vents et marées).

a. Football et mathématique.

Il n'en reste pas moins que l'euro est au ballon de football ce que la monnaie est au cercle.

En écrivant cela, je fais allusion à la critique d'un propos de Stuart Mill sur l'existence des objets par Henri Poincaré.

Contrairement à ce qu'a écrit Mill, à savoir qu'en définissant le cercle, on affirmait qu'il y avait des choses rondes dans la nature, Poincaré explique que l'existence du cercle signifie simplement une absence de contradiction dans ce qui est avancé. 
En effet, les objets mathématiques ne sont pas des objets matériels et ne sauraient passer pour l'être.

En particulier, pour cette raison, il faut être très réservé dans l'application d'une mathématique à un domaine de la pensée non mathématique. 
Et Poincaré d'insister, à l'occasion, sur le cas des probabilités.

Dans cet ordre d'idée, l'application de la mathématique du groupe Bourbaki à la théorie de l'équilibre économique général depuis la décennie 1950, jamais justifiée - et pour cause ...-, mérite le détour. 
Mais, en définitive, peu importe puisqu'elle met de côté la monnaie...


Les mathématiques ne peuvent pas d'ailleurs se réduire à la logique car y intervient l'intuition du mathématicien (cf. Poincaré, Science et méthode). 

Encore faut-il, pour le reconnaître, admettre l'existence du mathématicien et ne pas lui préférer celle de la "communauté des mathématiques" ou, mieux encore, de la "communauté scientifique"...

b. Arithmétique et monnaie.

Dans le même ordre d'idée, et pour ces raisons, les autres sciences ne sauraient se réduire à telle ou telle mathématique.

Les mathématiques appliquées au domaine de la monnaie en fournissent un exemple d'école.

La comptabilité bancaire, au travers de quoi la monnaie est parfois définie, témoigne en effet d'une application de l'arithmétique. 
Elle a été, au départ, l'alliance des règles de droit et des règles de l'arithmétique. 

Mais les réglementations du XXè siècle, tant nationales qu'issues de la coopération internationale, l'ont coupée des règles de droit - interdiction de la convertibilité des substituts de monnaie en monnaie or - et les règles de l'arithmétique qui continuent à être respectées la font surnager du chaos juridique ainsi créé (cf. ce billet de septembre 2012).

Comme pour parer au plus pressé, des économistes conscients de la situation en arrivent plus que jamais à confondre "monnaie" et "quantité de monnaie" en se plaçant dans la ligne de la théorie de la quantité de monnaie - curieusement dénommée en français "théorie quantitative de la monnaie" - qui vise à expliquer les effets économiques des variations de la quantité de monnaie, sans trop se soucier du fait que la monnaie en question est réglementée...


3. La course poursuite.

L'existence de la monnaie n'a pourtant rien à voir avec tout cela.
"Monnaie" a été, au départ, le nom donné à une innovation non cernée à côté de quoi passent beaucoup car ils sont hypnotisés par l'apparence et non par le fond.

Ce qu'on dénomme "monnaie" aujourd'hui cache une course poursuite entre l'innovation monétaire permanente et les réglementations discrètes de celle-ci, tantôt l'innovation s'affranchissant des réglementations, tantôt la dernière réglementation en date parvenant à incarcérer la dernière innovation.

Soit dit en passant, quel que soit son objet affiché, la réglementation cache un rationnement de la liberté de l'être humain - de fait, une restriction du droit naturel -.

Originalité des innovations monétaires, elles ont tendance à se juxtaposer, ... comme les réglementations. 

Traditionnellement, une innovation chasse la précédente...
En effet, la "pièce de monnaie" en (alliage de) métal coexiste avec la "coupure de billet en papier" bancaire apparue plus récemment et avec le "compte bancaire" apparu encore plus récemment sous une forme ou sous une autre, dont la forme "électronique" (cf. ce billet).

L'originalité de l'euro est, pour sa part, d'être un paquet de réglementations qui enfle telle la grenouille de la fable...,  mais dont on ne connaît toujours pas le "boeuf modèle".

On regrettera, en passant, qu'au XXè siècle, des économistes aient laissé emberlificoter la théorie de la monnaie dans les rets de la réglementation au point qu'aujourd'hui monétaristes et réglementeurs sont larrons en foire.


Nous vivons aujourd'hui les effets à court et long termes de cette course poursuite et il ne s'agit pas d'être dupes de ceux qui feignent d'en être les instigateurs, le cas échéant, à leur corps défendant.

Quant aux effets néfastes, pour les faire disparaître, il suffit d'abroger la cause, à savoir la coercition monétaire, car l'existence de la monnaie ne tient en rien à la réglementation, mais en tout à l'échange synallagmatique présent.


4. Gare à la protection.

En tant qu'innovation, la monnaie, c'est ce qui contribue à diminuer le coût de l'échange synallagmatique présent, rien d'autre. 
Et tant qu'il ne sera pas réduit à zéro, il faudra s'attendre à des innovations dans le domaine, n'en déplaise à qui que ce soit.

Ce n'est pas un problème de quantité, de forme en quantité, mais un problème d'existence.
Rien ne justifie de confondre "monnaie" et "quantité de monnaie", de dire "monnaie", "argent" ou "euro", voire "liquidité", et de penser "quantité de monnaie, argent, euro, liquidité ...", sauf, bien sûr, si on est perdu et si on cherche à s'accrocher à quelque chose pour tenter de comprendre. 

Mais en l'espèce, la prise est pire que l'incompréhension. 
En effet, elle fait entrer au pays d'Alice, celui des Merveilles, où "la" quantité de monnaie serait un frein à la croissance des échanges si elle n'est pas augmentée ... et un accélérateur de la croissance économique si la banque centrale procède à un "quantitative easing" - ou plusieurs... - conséquent(s).

Et ce sont les théories de l'offre de monnaie depuis la décennie 1950 et, depuis la décennie 1930, les théories de la demande de monnaie - dont la théorie de la préférence pour la liquidité - qui font abstraction de la réglementation et de ses méfaits.


Tant que la croissance de la pyramide des réglementations n'altérera pas trop l'évaluation par chacun du coût d'opportunité de l'action d'échange dans le mauvais sens, on pourra continuer à parler de l'euro en pensant "quantité d'euro", voire "quantité de liquidités" et l'euro perdurera... contre vents grecs et marées espagnoles.
Certes les dommages sont importants, mais le tout peut tenir encore, cahin-caha...

Sinon, gare...

Attention donc à la protection que veulent encore accroître certains innocents ou ignares (T.V.A.  sociale, etc.) et à la destruction qu'elle occasionne, qu'a décrite Pareto et que taisent les prétendus disciples ou prosélytes de ce dernier!


Encore faut-il pour comprendre tout cela ne pas refuser l'"école de pensée économique autrichienne" - qui est d'ailleurs tout autant "... française" quand on sait combien Ludwig von Mises, Friedrich von Hayek ou Murray Rothbard connaissaient bien les auteurs français ... non socialistes -, et ne pas dénaturer l'économie de Vilfredo Pareto (cf. ce billet de juillet 2009).

Ou alors "sag warum" :



Traduction française : http://www.youtube.com/watch?v=e-vMOd3RgbY&feature=related




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