A Paris, le 9 mai 2014






1. Les méthodes de l'économie politique.

L'économie politique a différentes méthodes pour expliquer les phénomènes économiques.
Nous laissons de côté l'idée absurde que l'économie politique n'a pas de méthode, option chère aux marxistes.
Nous laissons aussi de côté qu'elle n'a, comme méthodes, que
- celle qui consiste à appliquer des règles de mathématique que son auteur ne saurait justifier ou
- celle qui consiste à transposer des représentations mathématiques de phénomène non économique,
autant d'options courantes velléitaires, mais pernicieuses.

Par exemple, s'agissant du phénomène des échanges de propriétés entre personnes juridiques physiques, il y a indirectement la "boite de Vilfredo Pareto" (cf. ce texte de décembre 2013 ) ou bien l'"équation des échanges" d'Irving Fisher (cf. ce texte de novembre 2010 ).

La "boite de Pareto" peut être généralisée sans difficulté et faire intervenir, pour l'explication, le marché, le "marché conclu", l'accord, l'égalité ou l'équilibre d'un marché et de son prix ou d'un ensemble de marchés et de ses prix.

L'"équation des échanges" peut être modifiée comme l'avait fait Milton Friedman (cf. le texte de 1970 ) et mettre l'accent sur des revenus.


Autre exemple, le phénomène de ce qu'on dénomme "monnaie".

Il y a les méthodes précédentes qu'on peut prolonger et aussi celle du "marché de la monnaie" introduite dans la première moitié du XXè siècle par certains économistes et rapidement dévastée par des réglementations dont les causes avancées ne tiennent pas et sont incompréhensibles.

Le "marché de la monnaie" a amené à mettre l'accent sur l'équilibre ou le déséquilibre de celui-ci ou sur ceux de l'ensemble des marchés, marché de la monnaie inclus.

Ces prétendues méthodes se sont intéressées et s'intéressent principalement à la quantité de ce qu'ils dénomment "monnaie", à ses variations, à ses causes ou à ses effets économiques.


2. L'oubli de l'existence de ce qu'on dénomme "monnaie".

Toutes ces méthodes majoritaires ont en commun, à l'exception de quelques unes d'entre elles, de ne pas expliquer l'existence de ce qu'on dénomme "monnaie" et l'€uro est exemplaire à ce propos.


2.a. Une monnaie réglementée n'est pas une monnaie.

L'€uro est une monnaie réglementée, nouvelle à l'échelle de l'histoire, dont le paquet des réglementations qu'elle constitue a détruit le principe, qui semble ignoré de ses auteurs, de ce qu'on dénommait "monnaie" (cf. ce texte de décembre 2012 ).
L'oxymore est évident.

Contrairement à ce que prétendent certains, l'€uro n'a rien à voir avec la "théorie de la zone optimum de monnaie" (cf. ce texte ou celui-ci
Robert Mundell a eu l'occasion d'enfoncer le clou sur le sujet (cf. ce texte ).

A l'initiative des hommes de l'Etat des gouvernements des divers pays de la zone €uro, le paquet de réglementations qu'est l'€uro est pris sans raison, sans cause, sinon celle de vouloir changer la réalité économique ou celle d'espérer atteindre telle ou telle situation économique qu'ils imaginent et désirent (cf. par exemple ce texte de mai 2014): tout se passe comme si "ils désiraient vouloir voler dans les airs".

"L'imagination est d'autant plus fourbe qu'elle ne l'est pas toujours", a dit le poète.
En l'espèce, l'absurdité de l'hypothèse de l'autoréalisation des volontés qui vient souvent la corroborer la renforce (cf. ce texte de 1996).

2.b. Une monnaie nominaliste n'est pas une monnaie.

L'€uro n'est aussi qu'un mot non défini, nominaliste, chargé en conséquence des imaginations de chacun, à commencer par les imaginations matérialistes désirées des hommes de l'Etat (cf. ce texte de janvier 2014), c'est l'autre oxymore.

En effet, il est défendu par des politiques et leurs stipendiés qui croient justifier ce que les précédents pérorent - dans le meilleur des cas - par un canevas matérialiste qui reposent sur les comptabilités nationales.
Celles-ci varient selon les pays et des organismes internationaux se font forts de les harmoniser comme Eurostat, le FMI, l'OCDE, etc., tout cela débouchant sur un "machin macroéconomique" du type de ce texte.

Il faudrait y insister: jusqu'aux "objets frontières" (cf. texte de août 2010), summum du nominalisme qu'elles sont arrivées à introduire, les éléments de telle ou telle comptabilité nationale excluent la notion de "service" qu'est l'acte d'échange quotidien de vous et moi, pour mettre le seul accent sur des résultats matériels mesurés du type "production", "revenu", etc. puisés dans des considérations, dans des "agrégats" fondés sur les macroéconomies de prétendus savants.

Il y a d'autres canevas tragiques comme celui des statistiques cher à ceux qui ne connaissent rien au domaine que font miroiter les nombres qu'ils affectionnent (exemplaire est l'ouvrage récent de T. Piketty).


3. Les règles de droit.

Le seul canevas à faire valoir au départ de l'étude d'un phénomène économique et d'un raisonnement économique est celui des règles de droit, de justice naturelle.

Malheureusement, depuis le début du XXè siècle, il ne l'est plus, les politiques ont décidé qu'ils pouvaient s'en séparer.

Pour leur part, les économistes majoritaires sont parvenus à exclure de l'économie politique les règles de droit pour y faire s'épanouir, à la place, telle ou telle mathématique ou bien telle ou telle représentation mathématique d'un phénomène non économique, agrémentée d'un paquet de réglementations, tout cela devant être interprété par le savant ou le lecteur (cf. ce texte d'avril 2014 ).

Heureusement, vers la fin de la décennie 1960, un domaine américain nouveau dénommé "law and economics" a tendu à secouer le consensus et à tenter de changer la démarche (cf. ce texte de Cooter et Ulen2007).

Parallèlement, des économistes se sont interrogés sur l'absurdité de l'hypothèse que des coûts importants, comme ceux en relation avec ce qu'on dénomme "monnaie", étaient
- soit laissés de coté,
- soit supposés nul comme c'est le cas dans la théorie de l'équilibre économique général (cf. Ulph et Ulph, 1975 ) ou dans telle ou telle théorie macroéconomique (cf. Allen 1999 ).

Malgré cela, une grande majorité d'économistes s'escriment à continuer à faire comme si les règles de droit n'existaient pas, n'avaient pas d'effet sur les actions de vous et moi et interprétaient, sans raison, des représentations mathématiques, statistiques ou non, de phénomènes économiques qu'ils n'ont pas définis.

Cerise sur le gâteau, ils parachutent des réglementations pour faire aboutir l'ensemble qu'ils désirent.


4. L'oubli de l'analyse "coût-bénéfice".

Le grand mal au coeur des errements précédents est que l'analyse "coût-bénéfice" qui devrait être la méthode première pour s'harmoniser à l'économie politique, n'est pas utilisée.
Elle ne l'est pas, en particulier, à propos de l'existence de ce qu'on dénomme "monnaie".

En effet, il n'est pas question d'évoquer les bénéfices des actions humaines à quoi a contribué ce qu'on dénomme "monnaie" et le coût de l'acte d'échange qu'elle a caché.

Lui sont préférées des arguties de rhétorique au mauvais sens du mot, sans justification, comme les "fonctions de la monnaie" (en vérité, une partie d'entre elles...) et les inconvénients économiques présumés de ces dernières.

En effet, la grande majorité des économistes semble s'astreindre à limiter ce qu'ils dénomment "monnaie" à des fonctions économiques, ou plus exactement à une partie d'entre elles, comme si l'économie politique avait pour objet des fonctions.

Les trois fonctions admises depuis au moins le XIXè siècle, sont les fonctions de "moyen d'échange/paiement", de "réserve de valeur" et d'"unité de compte".

Même Ludwig von Mises faisait grand cas de la seule fonction qu'il appréciât, à savoir celle de "moyen d'échange/paiement" (cf. le texte ).

Encore aujourd'hui, pour ne prendre qu'un seul exemple, un homme français de la Banque centrale européen n'hésite pas à y faire référence sans autre forme de procès (c'est Benoit Coeuré dans "Euro banknotes – a secure means of payment and a symbol of Europe ", 22 avril 2013, qui en arrive à parler d'Aristote! Quelle connaissance économique?).

Quitte à adopter un instant la démarche fallacieuse des fonctions économiques de la monnaie, pourquoi ne pas la mener au bout, c'est-à-dire aux dernières fonctions ou rôles supposés découverts au XXè siècle, à celle de sa « fonction macroéconomique », à la politique monétaire, à cette action d'une autorité privilégiée qui voudrait que la variation de la quantité de monnaie par ses soins contribuât aux variations de prix et de l'activité économique, au chômage, dans le sens désiré.

Curieusement, la politique monétaire n'est jamais évoquée en tant que nième « fonction ».


A l'opposé, quelques économistes ont cherché, à leur façon, à sortir du biais dans quoi ils se sentaient coincés.

Par exemple, Jacques Rueff en était arrivé à voir dans ce qu’on dénomme « monnaie » non pas une ou plusieurs fonctions économiques, mais un "récipient à valeur" - du genre "tasse à thé" ... (cf. ce texte de mars 2008)-.
Les échanges de vous et moi sont transférés par ce qu’on dénomme « monnaie » et permettent les échanges synallagmatiques ou catallactiques des contenus des "récipients à valeur" entre vous et moi, à savoir les "valeurs" des droits de propriété des choses qui sont convenus d'un commun accord, les richesses ou créances, les objets ou services,.

Il importe d'être sensible au fait qu'à défaut d'être associée aux autres, la fonction "macroéconomique" de politique monétaire est adossée à ce qu'on dénomme la "politique de crédit", autre paquet de réglementations décidées par "X", "Y" ou "Z" d'un ou plusieurs pays.

Soit dit en passant, sauf à dénommer "chat" un chien, rien ne justifie de confondre "politique de la monnaie" et "politique de crédit".
A titre de comparaison, voici la courbe des résultats de la "politique monétaire" (en milliards d'€uro, période 1999-2014)):

M3 euro mai 2014
Source : http://research.stlouisfed.org/fred2/series/MYAGM3EZM196N

la courbe des actifs de la banque centrale européenne (en millions d'euro, 1999-2014): 



Source : http://research.stlouisfed.org/fred2/series/ECBASSETS

et celle de la "politique de crédit" (en taux de variation annuels des crédits au secteur privé, période 2007-2014):


Source : http://blogs.wsj.com/moneybeat/2014/04/29/europes-credit-squeeze-gives-ecb-a-headache/

Globalement, pour la période 2002-2014 (en %, échelle de droite):



Source : http://info.kopp-verlag.de/hintergruende/deutschland/tyler-durden/angela-merkel-weint-das-ist-nicht-fair-ich-bringe-mich-nicht-selbst-um-.html?fb_action_ids=736405153071509&fb_action_types=og.likes

A cette occasion de la confusion de la politique de la monnaie et de la politique du crédit, lui est juxtaposée, le cas échéant, une troisième politique, à savoir la "politique budgétaire" pour expliquer prétendument des phénomènes économiques ou des concepts, par exemple, du type "zone optimale de monnaie".
Et plus rien ne devient compréhensible pour le commun des mortels.


Bref, la démarche refuse que la monnaie procède des échanges de marchandises de vous et moi.
Elle met au firmament de sa pseudo connaissance que la monnaie est le fruit de la politique des hommes de l'Etat (l'histoire est ancienne, cf. décennie 1920 Mises sur le point) et fait joujou avec les taux d'intérêt à court terme.


5. Le réveil.

Pourquoi, dans ces conditions, s'intéresser à ce qu'on dénomme "monnaie", en général, et à l'€uro, en particulier?

Justement pour la raison précédente et pour s'y opposer.

Il ne faut pas oublier que l'existence de la monnaie avait diminué le coût de l'échange des ancêtres de vous et moi jusqu'au jour où les hommes de l'Etat ont jugé qu'ils avaient un moyen de plus d'abonder leurs ressources.
Et ils ont commencé à la réglementer, soit directement, soit indirectement (via la banque centrale nationale) pour en arriver à la faire disparaître comme c'est le cas dans la situation actuelle avec, en particulier, l'€uro (aux mains de la Banque centrale européenne, pour l'instant, indépendante par statuts).

Il faut savoir que monnaie et réglementation font "deux" en théorie et en pratique (cf. ce texte d'avril 2013).

Il faut aussi savoir que monnaie et découverte/innovation ont longtemps fait "un" en pensée économique, illustration du principe de l'économie politique qu'est la loi de l'économie (cf. ce texte de mai 2010).

L'€uro n'est pas une découverte/innovation comme certains tentent de le faire croire, mais un paquet de réglementations qui ne peut qu'échapper à ceux qui disent le maîtriser, avant son abandon définitif (cf. ce texte d'avril 2014).

Et il convient de ne pas mélanger la question de l'existence de la monnaie et la question de sa quantité, étant entendu que tout prix en monnaie d'une propriété échangée entre deux personnes juridiques n'est jamais qu'une quantité de monnaie unitaire échangée convenue et rien d'autre.


Cela remet en question les relations - de fait, comptables - entre la quantité de monnaie, d'une part, et, d'autre part, l'activité économique et ses prix en monnaie.

La variation de la quantité de monnaie n'est pas une condition de la variation de l'activité économique comme le croient et le défendent les économistes majoritaires depuis au moins John Maynard Keynes (cf. le texte de Friedrich von Hayek, 1975, sur Keynes) et les erreurs de la décennie 1930 (cf. la grande erreur ci-contre tirée du Chicago Tribune intitulée "économie planifiée ou destruction planifiée").


Nous aurons l'occasion de revenir sur la question dans des billets ultérieurs.






Retour au sommaire.