Paris, le 17 mai 2014.




1. Il y a exactement deux cent vingt ans...

Si l'on en croît Wikipedia, le mot "robespierrisme" est apparu en septembre 1794, il y a deux cent vingt ans exactement.

Les historiens ont employé le terme pour désigner, en premier lieu, un groupe d'hommes appartenant à ce qu'on a dénommé "la Montagne" et qui rassemblait l'aile gauche des députés de la Convention nationale, durant la Révolution française.
"La Montagne" constituait une forme de parti politique hétérogène qui n'était pas sans anticiper sur la situation politique française actuelle.

Selon ce groupe, il ne suffisait pas de protéger de ses ennemis extérieurs et intérieurs la liberté conquise par la Révolution, qu'avaient confirmée les insurrections du 10 août 1792 et des 31 mai et 2 juin 1793.

Il fallait l'asseoir par une alliance durable du peuple et de la Convention, avec
- des institutions civiles (que Louis Antoine de Saint-Just et Billaud-Varenne énonceront au printemps 1794) et
- des mesures sociales (comme les décrets de Ventôse, liés
* au décret de germinal sur la centralisation de la justice révolutionnaire à Paris, et
* à la loi de Prairial qui
accentua la Terreur en procédant à la réorganisation du Tribunal révolutionnaire, et
a ouvert une courte période appelée « Grande Terreur », qui dura jusqu'à la chute de Robespierre le 27 juillet 1794, et
priva les accusés du droit de défense et de recours).

Dans le cadre de l'enquête qu'elle a menée au lendemain du 9 thermidor, la Convention a employé le mot « robespierriste » pour qualifier les hommes qui se sont rangés aux côtés de la Commune insurrectionnelle pour demander la libération de Robespierre et de ses collègues.
Dans ce cas, les députés « robespierristes » désignaient uniquement ceux qui comptaient parmi ses intimes, amis (Saint-Just, Couthon, Le Bas) ou frère (Augustin Robespierre), à l'exclusion notable d'un Jacques Louis David, qui ne dut d'échapper à la guillotine qu'à son absence à la Convention ce jour-là.

Pour le reste, le mot « robespierriste » désignait les membres des Sections, de la Commune de Paris et du Club des Jacobins compromis dans la Commune insurrectionnelle, qui avaient été arrêtés le 10 thermidor et les jours suivants.

Le 10 thermidor, étaient guillotinés des députés, des fonctionnaires - comme on dirait aujourd'hui - et des membres de la Commune;
le 11 thermidor, c'étaient 71 membres de la Commune qui connaissaient la même issue;
au total, 105 « robespierristes » ont été exécutés.

Sous la Convention thermidorienne, dominée par les montagnards dantonistes et les modérés du Marais (renforcés par les députés girondins survivants, rappelés en 1795), les républicains libéraux ont employé le mot « robespierriste » dans le cadre de leur lutte contre les représentants montagnards et les militants révolutionnaires partisans du maintien du gouvernement révolutionnaire de l'an II et de la Terreur.

Sous le Directoire, le terme de « robespierriste » a tendu à s'estomper aux dépens de « terroriste » et de « jacobin », qui était décliné en « néo-jacobin » avec la création du Club du Panthéon en 1795-1796, puis du Club du Manège en 1799.


2. L'€uro, fusion politique.

Le robespierrisme et l'€uro font deux en apparence.
Le mot "€uro" est déjà,  pour le moins, beaucoup plus récent...

Il est fondamentalement le nom donné à une fusion obligée d'organisations monopolistiques de pseudo monnaie, abrégé de "monnaies nationales réglementées", depuis 1998 (cf. le texte de janvier 2012).

Le fait est oublié aujourd'hui ou mis de côté, volontairement ou non.

La fusion avait été décidée par des hommes de l'Etat de plusieurs pays de l'Europe géographique, après consultation des peuples par referendum (Traité de Maastricht, cf. sur le sujet le texte de 1992)

Elle a donné lieu, en particulier, à la création d'un organisme privilégié par ces derniers, à savoir la Banque centrale européenne (B.C.E.).

Par traité et par statuts, la B.C.E. est indépendante des Etats de la zone €uro et peut mener "librement" la politique monétaire qu'elle juge bonne.

Elle regroupe les banques centrales nationales qui, elles, n'ont pas disparu et qui ont, chacune, une part de capital dans le capital de la B.C.E.

Selon certains, la fusion était une étape vers l'union européenne politique, un Etat européen.
Mais cette proposition n'a aucune explication théorique, en particulier économique.
Elle est sans relation avec les "zones optimum de monnaie" dont R.A. Mundell avait développé la théorie dans les décennies 1960 et 1970.

En d'autres termes, la fusion a été politique, i.e. sans raison ou bien une raison a chassé l'autre jusques à aujourd'hui inclus.
Peu importe la dernière en date.

D'un point de vue plus technique, les hommes de l'Etat sont convenus de réaliser la fusion sur la base des taux de change des "pseudo monnaies nationales réglementées" de l'époque de 1998, i.e. des taux de change ponctuels en relation avec le marché.

Leur démarche s'inscrivait dans la suite des conséquences des réglementations antérieures qui étaient intervenues dans les décennies 1930, 1940 et 1970 (cf. ce texte de septembre 2012).

Ces réglementations avaient fait que les marchandises monnaie (en or ou en argent) des siècles passées et les substituts de monnaie bancaires (en billets ou en comptes de dépôt dans des banques) qui y étaient adossés au début du XXè siècle ont été interdites.

Ont perduré, à la place, des "pseudo monnaies nationales réglementées", véritables "substituts de rien bancaires" aux mains du bon vouloir des autorités monétaires nationales (cf. ce texte de mai 2011).

Ces faits ont été sans précédent dans l'Histoire.

Les taux de change convenus n'étaient ainsi en rien des taux de change d'équilibre à long terme dont pouvaient discuter certains économistes et comme beaucoup le croient à tort.

S'ils n'existent plus, s'ils ont été exécutés..., les réglementations qu'ils cachaient ont perduré.


3. Ce qu'on dénomme "monnaie".

La démarche suivie n'aurait pas du faire oublier la raison d'être de ce qu'on dénomme "monnaie".

Il y a en effet deux grandes façons de l'approcher (cf. le texte de Ludwig von Mises de la décennie 1920):
- une façon erronée au terme de quoi ce qu'on dénomme "monnaie" résulte des décisions de l'Etat ;
- une seconde exacte au terme de quoi ce qu'on dénomme "monnaie" est le résultat des échanges de marchandises de vous et moi.

Etant donné l'approche par les échanges, la seule explicable, deux nouvelles façons sont à préciser:
- selon l'une, l'important est l'équilibre économique général, soit qu'il s'explique par la théorie éponyme, soit que la théorie macroéconomique s'en occupe ;
- selon l'autre, l'important se trouve dans les échanges de marchandises de vous et moi.

La façon majoritaire est la première façon alors que la seconde devrait s'imposer.


4. Les prix des échanges.

La seconde façon permet de comprendre qu'une grande conséquence, souvent oubliée, d'un échange de marchandises convenu tient dans les prix des marchandises.

Sans échange, il n'y a pas de prix (cf. ci-dessous).

Sans monnaie, et si mené à bien, tout prix est un taux d'échange de marchandises convenu entre les personnes juridiques parties de l'échange.

Avec monnaie, tout prix est un taux d'échange de marchandise contre monnaie convenu entre les mêmes.

4.a. La confusion entre monnaie et finance.

Dans la foulée, la démarche n'aurait pas du conforter aussi la confusion entre la monnaie et la finance.

Certes, la monnaie et la finance ont en commun d'être des conséquences des coûts des échanges de marchandises de vous et moi.

Mais, la monnaie a pour conséquences des prix en monnaie des marchandises des personnes juridiques alors que la finance a pour conséquences des taux d'intérêt de leurs créances/dettes.

4.b. La confusion entre monnaie et liquidité.

A contribué à cette confusion, l'introduction dans la littérature économique de la notion de liquidité, "faux" intermédiaire entre la monnaie et la finance.

En vérité, la liquidité était, au début du XXè siècle, une façon de la comptabilité générale d'analyser ce qu'elle présentait (cf. ci-dessous).

Forts de leurs ignorances (cf. ce texte de 1975 de Friedrich von Hayek sur John Maynard Keynes), des économistes ont tendu à faire se confondre, par la suite, monnaie et liquidité.
Par exemple, encore aujourd'hui, rien ne justifie de voir dans le concept de "préférence pour la liquidité" de Keynes une composante de la "demande de monnaie".


5. La comptabilité privée.

Tout cela cache une conséquence de la monnaie dans les échanges de marchandises convenus autre que les prix en monnaie, à savoir la comptabilité privée des échanges convenus.

Les prix en monnaie permettent l'enregistrement des échanges convenus dans les comptes de toute personne juridique.

Sans prix en monnaie, la comptabilité est impossible malgré ce qu'en ont dit longtemps certains (par exemple, sur la comptabilité de l'U.R.S.S.).

. Fausseté et erreurs de la comptabilité nationale.

Reste que cette comptabilité privée, exacte, ne saurait être confondue avec ce qu'on dénomme "comptabilité nationale", qui varie d'un pays à un autre depuis qu'elle a commencé à exister, ici ou là, dans la décennie 1940 et que des organismes dits "internationaux" (comme Eurostats, le Fonds monétaire international, l'Organisation de coopération et de développement économique, etc.) sont chargés d'harmoniser.

La comptabilité nationale n'est qu'une façon de réglementer, sans le dire, des choses que ses constructeurs ignorent ou qu'ils refusent de conditionner par les échanges convenus de marchandises de vous et moi.
Le débat présent est merveilleux (cf. ce texte de mai 2014).

La comptabilité nationale est en définitive une dénaturation, peu évoquée, de la comptabilité générale (cf. ce texte de 1971).


6. Les gains à l'échange.

La monnaie a permis de créer non seulement des prix en monnaie et une comptabilité générale, mais encore des gains à l'échange.

Les gains à l'échange des personnes juridiques qui y sont parties sont une conséquence très méconnue des échanges convenus.

Quand elle n'est pas méconnue, la proposition a été dénaturée de différentes façons, en particulier, par les théories marxistes ou marxiennes, qui, en toute impunité, proclament que l'échange provoque l'inégalité et amènent à s'y opposer.

Ils refusent le principe logique du gain que tout échange procure aux personnes juridiques qui y sont parties.

A chacune, elle procure un gain qui lui est propre, qui est fondé sur ses valeurs et dont aucune mesure ne saura jamais rendre compte car ces valeurs sont ignorées des tiers.

Bien que de perspectives différentes, les opposants parviennent à s'entendre un instant en faisant l'hypothèse absurde qu'ils connaissent ces valeurs, qu'elles sont pour eux des mesures et qu'ils peuvent en tirer les pires conséquences.


7. Vers un nouveau thermidor?

L'€uro repose, au total, sur la destruction de "pseudo monnaies nationales réglementées" qui, elles-mêmes, avaient été détruites par des réglementations antérieures du XXè siècle qui avaient mis un terme à une découverte - la marchandise monnaie - et des innovations - via les banques - qui avaient fait leur preuve dans le passé.

Ces destructions successives de la liberté initiale et de son évolution n'ont pas de justification.

L'€uro, tout ce qu'il cache, est devenu un tabou d'une nature voisine de ce que représentait "le ro...bespierrisme".














                                                                         La chute de Robespierre
                       (gravure d'après Fulcran-Jean Harriet).

"Le ro...bespierrisme" et l'€uro ont en commun la terreur: hier, celle d'être guillotiné et, aujourd'hui, celle de devoir abandonner l'€uro.

Mais la terreur en question n'est pas de même nature.  
La terreur d'être guillotiné que des "dirigeants" faisaient miroiter à "leurs citoyens" ne doit pas être confondue avec la terreur d'abandonner l'€uro avancée par les successeurs de ces mêmes dirigeants.

La terreur de l'un était une réalité, la terreur de l'autre est une illusion soigneusement conditionnée par des ignorants ou des destructeurs de l'économie politique.
Celle-ci mérite, elle aussi, son 8-10 thermidor





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