Paris, le 23 novembre 2015.



1. La monnaie.

La monnaie, cette chose qu'avaient inventée les gens il y a bien longtemps et qu'expliquait J.B. Say en 1815, dans son Catéchisme, par la notion d'"intermédiaire de l'échange" (cf. ce texte de novembre 2015), n'existe plus du tout aujourd'hui dans les mêmes termes.

La théorie de la monnaie qui prétend l'expliquer n'est qu'une supercherie sans égal.


2. Le coût des échanges.

Ce qu'on dénomme "monnaie" n'est plus, en particulier, un élément de la théorie de la valeur, point de départ, hier, de l'économie politique.

Malgré cela, on ne saurait le retrancher en deçà de l'origine de l'économie politique.

La  monnaie, valeur de l'économie politique,  a, en effet, une origine.
Cette origine, c'est le coût des échanges entre les gens.

Le coût est une façon de parler rhétorique "au bon sens du mot" des choses de la réalité comparé aux façons de parler rhétoriques "au mauvais sens du mot", en particulier, dans le domaine de ce qu'on dénomme "monnaie" (où il est question de "fonctions", de "difficultés, de "bonne ou mauvaise monnaie", etc.).

Il faut d'abord être sensible au fait que le coût n'est pas objectif, mais subjectif.
Le coût de la monnaie ne tombe pas du ciel, chacun donne des coûts aux actions qui lui importent au nombre de quoi il y a l'action d'échange et la recherche de son amoindrissement.


Cette origine de la monnaie, ce sont aussi les échanges coûteux des marchandises qu'ils ont menés jusqu'au jour où, dans un lointain passé, leurs aïeux ont cherché à amoindrir le coût de l'échange qu'ils cernaient ou ressentaient et y sont parvenus.

L'homme a en effet inventé l'"intermédiaire de l'échange" pour amoindrir les coûts qu'il cernait ou ressentait dans l'échange.
L'intermédiaire allait de pair avec l'échange indirect et non plus avec l'échange direct ou troc (barter ou swap en anglais).

La monnaie, création de valeur, a eu, en conséquence, des effets économiques bénéfiques autres que l'amoindrissement du coût de l'échange (comme les prix en monnaie, la comptabilité des échanges, le calcul économique, etc.).

Et on peut penser que cela a contribué à ce qu'elle ne disparaisse pas à la suite des malversations dont elle a été l'objet.


3. L'état.

Parallèlement, l'homme a aussi inventé l'organisme qu'on dénomme "état".

Quand ?
On ne sait.

Ce qu'on sait, c'est que les hommes de l'état se sont emparés de la production de monnaie, intermédiaire de l'échange, et s'en sont donnés le privilège de monopole et les profits..., étant donné la réglementation connexe de l'obligation de l'acceptabilité de la monnaie.


4. Même l'action humaine entravée, l'invention voit le jour.

Qu'à cela ne tienne, étant donné son ignorance de la réalité où il vivait et qu'il tendait à diminuer, l'homme a continué à inventer et à innover.

Il en est arrivé à créer, par l'intermédiaire des banques, des substituts de monnaie (billets et dépôts bancaires).

Et Vilfredo Pareto pouvait écrire à la fin du XIXème siècle (cf. son livre d'économie politique):

"[...] c'est la seule initiative privée qui nous a donné les virements de compte chez les banquiers, les chèques, les warants, et qui est parvenue ainsi à économiser la monnaie métallique" (Pareto, 1896-97, §277).

"Le système des chèques et de leur compensation s'est développé indépendamment de toute action des gouvernements.
Ceux-ci n'ont su qu'y mettre obstacle par les droits de timbre dont ils frappent les chèques" (ibid. §523).



Mais il prévenait :

" La facilité avec laquelle les personnes préposées à la "production" de la monnaie abusent de l'autorité qui leur est confiée, si elles ne sont pas contenues par la concurrence, est un de ces faits révélés par l'histoire" (ibid. §345).

"Toutes les tentatives faites, dans le sens indiqué [substituer à la monnaie marchandise des moyens moins coûteux] par les Etats, ont abouti à des désastres." (ibid., §277).




5. Le mal perpétuel.

Malgré ces préventions, les hommes de l'état se sont emparés, en partie, de ce qu'avaient créé les banquiers, à commencer par la production des billets en papier et des dépôts en compte émis, bref la majorité de la production des substituts de monnaie bancaires.

Et, au XXème siècle, ils ont interdit l'échange des substituts de monnaie bancaires contre monnaie -or ou -argent à taux fixe, à la demande.
Et la monnaie a vu ses termes disparaitre les uns après les autres.

Sont restés des substituts de monnaie bancaires, de fait, substituts de rien, "néants habillés en monnaie".

Ce sont, en effet, des substituts de monnaie bancaires sans substitution possible, sans conversion, des "néants habillés en monnaie" aurait dit Jacques Rueff.

Ils restent création de valeur pour autant que les gens acceptent encore de les échanger contre des marchandises.


6. La fragilité de l'existence de la "monnaie".

C'est ainsi que ce qu'on dénomme "monnaie" aujourd'hui, de façon erronée, est d'une existence fragile.

Elle l'est du fait de cet assentiment des gens dont on en saurait prédire la durée.

Elle l'est aussi car son existence conditionne les prix en monnaie
1- à quoi aboutissent les échanges des marchandises en "monnaie" des gens et
2- que les "indices" créés par des statisticiens font interpréter invariables ou presque ... aujourd'hui.

Sans "monnaie" utilisée, pas de prix en monnaie.
Mais sans échange libre - trop réglementé... -, pas de monnaie non plus ...

En conséquence,
- ou bien les hommes de l'état continuent à détruire les termes de ce que les hommes ont créé hier et ce qu'on dénomme "monnaie" disparaît définitivement,
- ou bien ils s'en abstiennent, prenant alors conscience de l'alternative liberté-dirigisme à quoi ils sont confrontés et ce qui reste de la "monnaie" persiste.


7. Il n'y pas de bonne réglementation.

Il ne faut jamais oublier la réglementation étatique qui est allée de pair avec l'interdiction de la conversion des substituts de monnaie bancaires en monnaie-or ou -argent, à savoir l'obligation d'acceptation des "néants", billets ou dépôts bancaires (cf. ce texte de mai 2011).

Les réglementations étatique de la "monnaie" ne doivent pas cacher non plus celles des échanges dont elles sont des effets et qu'elles ne sauraient faire oublier.

En d'autres termes, les économistes ne se sont pas intéressés  dans le passé aux conséquences des échanges de choses qui ont été occasionnées par les réglementations étatiques des "monnaies" et qui sont un coût d'échange économique.

On ne peut que s'en étonner.


8. Le cas de l'€uro.

Les dernières réglementations monétaires ponctuelles qui ont vu le jour dans des pays de l'Europe géographique sous le nom d'€uro et qui se sont ajoutées aux antérieures, témoignent de ce coût de l'échange.

Malheureusement, par définition statistique, le prix de l'€uro dans telle ou telle autre "monnaie" exclut les quantités de "monnaie" y afférent et, donc, empêchent de calculer les coûts cachés.

Exemplaire est l'évolution du prix de l'€uro en dollar (cf. ci-dessous).



Ce graphique atteste de tous les coups de butoir ignorés qu'ont supportés les échanges de choses des gens depuis 1999 et que les variations ont tendus à faire disparaître jusqu'à aujourd'hui (cf. ce texte de novembre 2015), moyennant les dégâts qu'on sait, mais pas le coût qui reste ignoré...





Retour au sommaire.