Paris, février 2002.
Le texte ci-dessous est paru, avec le même titre, dans le périodique de
l'Aleps, 35 avenue Mac Mahon, Paris 17è.

intitulé
Liberté économique et progrès social, n° 99, février 2002,
pp. 31-35 .

Si l'euro n'a pas été créé ex nihilo, il ne résulte pas non plus d'un
progrès de la connaissance, d'une réduction de l'ignorance, d'une réduction de
coût de celle-ci.
Une camarilla d'hommes de plusieurs Etats européens ont décrété sa création.
Cela résulte de leur fatale prétention et laisse présentir une vaine coercition
future supplémentaire des personnes.
L'euro n'est
en effet que :
- un accord politique,
- une unité de compte et
- un processus de transition.
1. L'accord politique.
L'Euro est un accord politique en ligne - brisée - avec les traités de
Maastricht, d'Amsterdam et de Nice (en cours de ratification par les peuples
des Etats en question) et conclu par les Chefs d'Etat et de gouvernement. Il a
trois grandes caractéristiques.
1.A. Un accord de taux de change fixes.
Il est d'abord un accord de taux de change qui a été forgé en trois temps (mai
1998, décembre 1998, janvier 2001).
Les puissances publiques de onze pays, parties dans l'accord, sont convenues de
fixer bilatéralement, un beau jour de ce mois de mai, les taux de change - spot
- de leur monnaie à certains niveaux et elles ont confirmé ces niveaux quelques
mois plus tard, en décembre, tout en les fixant par rapport à l'euro.
En janvier 2001, la puissance publique grecque les a rejointes.
Si les niveaux de taux de change - spot - retenus l'ont été, c'est que les
experts des puissances publiques nationales les considéraient refléter les
situations économiques respectives des pays, à la fois leurs situations
respectives présentes, mais aussi les situations futures vraisemblables
auxquelles ils s'attendaient.
En tant que tel, l'euro n'a rien d'original. Il rappelle tous les accords de
change fixe qui ont été signés dans le passé et ont été appliqués jusqu'au jour
où ils ont été dénoncés par les mêmes qui les avaient passés.
1.B. Un accord de taux d'intérêt à court terme
égaux.
L'euro est ensuite un accord de taux d'intérêt à court terme. Les puissances
publiques nationales sont convenues de faire abandonner à leurs autorités
monétaires respectives la gestion des taux d'intérêt à court terme - spot - de
leur monnaie nationale.
Elles sont convenues d'instaurer à la place une banque centrale européenne -
banque créée quelques temps auparavant - qui aurait la tâche de gérer les taux
d'intérêt à court terme - spot - de l'euro à partir de décembre 1998 (gestion
des taux d'escompte, taux de refinancement, et taux de prêt marginal).
La Banque centrale européenne (BCE) est à la fois un produit de l'accord
politique et le principal gestionnaire de l'accord pour l'avenir.
Les taux d'intérêt à court terme - spot - ont été progressivement égalisés
(convergence) pour devenir les taux d'intérêt à court terme - spot - de
l'euro.
De plus, les "experts" ont admis qu'ils seraient désormais toujours égaux et
que leur égalité ne serait pas perturbée par les variations éventuelles des
taux d'intérêt de l'euro que déciderait par la suite la B.C.E..
Cela est très original et n'a pas de précédent dans l'histoire.
Ainsi, de fait, en vertu de la convention de fixation des taux de change - spot
- des monnaies de l'euro à certains niveaux, l'euro existe depuis mai 1998, et
en vertu de l'égalisation des taux d'intérêt à court terme - spot - nationaux
les uns aux autres et de leur gestion par la B.C.E., il est né le 31 décembre
1998.
1.C.
Un accord de fusion des monnaies étatiques nationales en une monnaie
interétatique internationale.
L'euro est enfin un accord de fusion des monnaies
étatiques nationales en une monnaie interétatique internationale.
Entre le 1er janvier 2002 et le 17 février 2002, des pièces en métal marquées
en euros et des coupures de billets libellées en euros devraient être mises en
circulation et remplacer, aux taux de change convenus en mai 1998, leurs
homologues marqués ou libellés en francs français, en deutsch mark, etc.,
lesquelles seront retirées de la situation. Les pièces en métal pourront de
nouveau circuler indifféremment dans les douze pays comme elles le faisaient il
y a un siècle dans le cadre de l'Union monétaire latine entre cinqu pays
!
A cela près, l'accord de fusion est très original et n'a pas de précédent dans
l'histoire pour les raisons suivantes.
Jusqu'à présent, les gouvernements avaient cru, périodiquement dans le passé,
pouvoir établir entre leurs monnaies respectives des relations fixes une fois
pour toutes.
Et l'histoire économique a démontré que cela a toujours été vain.
Et la théorie a expliqué pourquoi les pays ne sauraient entretenir de telles
relations. Il arrive toujours un jour où les coûts du caractère artificiel de
la fixité (en particulier, sur les marchés des changes) ne peuvent plus étre
cachés et où les taux de change spot et non spot observables, signaux
précurseurs, annoncent le début de la fin de l'accord de fixité.
Avec la fusion programmée des monnaies, tout se passe comme s'ils tendaient à
faire en sorte que ce qui, hier, pouvait annoncer le début de la fin (à savoir
l'évolution des taux de change sur les marchés des changes) soit dissimulé et
comme s'ils croyaient que les opérateurs seront dupes.
Ils oublient seulement les informations que donnent les autres marchés,
organisés ou non.
Certes, ils ont pris soin de bâillonner le marché des titres financiers à court
terme des Etats puisqu'ils ont donné à la B.C.E. la gestion des taux d'intérêt
à court terme (hier, ils établissaient des contrôles des changes plus ou moins
contraignants).
Mais il reste les marchés des titres financiers à moyen et long termes et les
marchés d'action, bref et plus généralement, les marchés des capitaux. Et ces
marchés spot ou non spot, organisés ou non, fourniront les signes précurseurs
de la fin.
Certes, avec la création de la B.C.E. et le fonctionnement du système européen
des banques centrales, ils renforcent encore, à leurs yeux, leur jeu de
construction.
Il n'empêche que tout se passe comme s'ils réalisaient ce qu'on dénomme dans
l'industrie une opération de fusion-acquisition, opération sans antécédent dans
le domaine monétaire. Ils oublient seulement que deux opérations de ce type sur
trois échouent. Comment la première opération jamais réalisé dans le domaine
monétaire peut-elle avoir la plus petite chance de réussir ?
2. Une unité de compte.
Conséquence de l'accord politique et première réalité actuelle de l'euro,
l'euro est une unité de compte. A l'heure actuelle, il est l'unité de compte
des échanges sur les marchés financiers et d'actions, de capitaux, des Douze.
Par exemple, Euronext S.A. cote les prix des actions en euros et non plus en
francs français.
Il est aussi une unité de compte possible pour la comptabilisation des
opérations des entreprises, bancaires ou non. Par exemple, on reçoit des
relevés bancaires exprimés en francs français et en euros.
A ce titre, l'euro est une monnaie qui peut circuler puisqu'il fait des comptes
bancaires libellés en euros un moyen de paiement qui peut circuler,
électroniquement ou non, par débits/crédits (par chèques).
Et on peut le convertir en les monnaies nationales des douze jusqu'à décembre
2001 (à des prix fixes), et en les monnaies autres (à des prix variables, non
fixés a priori).
3. Un processus de transition.
Autre conséquence de l'accord politique, les hommes des Etats ont inventé un
processus de transition. Le processus n'a rien d'original en tant que tel.
Plusieurs fois dans le passé, des gouvernements nationaux l'ont mis en œuvre
dans le cadre d'une réforme monétaire à la suite des destructions causées par
les grandes inflations que la politique monétaire ou budgétaire de leurs
prédécesseurs ou d'eux-mêmes avaient provoquées.
3.A. Une nouvelle étape dans la formation des relations
internationales interétatiques.
Le processus a une première originalité qui tient à sa
cause.
On vient de l'écrire : les pays en question ont décidé de fusionner leurs
systèmes monétaires nationaux respectifs en un système monétaire international
régional. En d'autres termes, le remplacement de la monnaie se fait à une
échelle internationale et non plus nationale.
La cause est
originale car, tout à la fois, elle montre une nouvelle étape dans la formation
des relations internationales inter étatiques et ne se trouve pas dans le désir
de sortir une bonne fois pour toutes de la possibilité de l'inflation - de ses
destructions - dont abusent les hommes de l'Etat.
3.B. Une étape vers la création d'un Etat
européen.
Le processus de transition a une seconde originalité qui tient à son principal
effet attendu et annoncé par les hommes de l'Etat, à savoir que l'euro devrait
favoriser la création d'un Etat européen.
L'originalité de cette considération, pour ne pas parler de son caractère
farfelu, est sans commune mesure avec toute autre parce que non seulement
l'histoire économique est sans exemple d'un tel phénomène, mais encore il
n'existe aucune théorie scientifique qui puisse expliquer une telle attente ni
aucun fait passé qui laisse augurer sa réussite.
Bien au contraire, l'histoire montre et la théorie économique explique qu'à
condition d'avoir été institué, l'Etat un beau jour capture la monnaie
existante.
Les hommes de l'Etat ont tendance à agir ainsi … parce qu'ils veulent augmenter
les revenus de l'Etat et pensent pouvoir y parvenir de cette façon.
Ils laissent de côté par là même soit par ignorance, soit par vision à très
court terme, tous les coûts que leur action va susciter et qui feront que
nécessairement leur belle construction s'effondrera et fera supporter de
nouveaux coûts aux gens.
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6. Economie européenne
lundi 22 août 2005
IV. L'euro : si ex nihilo non est, sed ex quo ?
Par Georges Lane le lundi 22 août 2005, 20:42
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