Il s'agit d'un cours en préparation pour l'année universitaire 2007-08 pour les étudiants de master de sciences des organisations (mention "économie appliquée") (1ère année) de l'Université Paris Dauphine (second semestre)




Le suivi du cours sera donné sur : http://monsite.wanadoo.fr/econindustrielle/index.jhtml


1. Objectifs de l'enseignement.

Faire comprendre pourquoi la finance est une industrie comme une autre et s'attendre à son évolution.
Faire connaître qu'elle est une industrie de services
- qui présente plus de points communs que de différences avec les autres industries,
- que cela a été laissé de côté jusqu'à récemment du fait des diverses réglementations nationales de la concurrence et
- que cela a changé en conséquence des progrès scientifiques et techniques (innovations) et des variations des réglementations nationales (réformes).


2. Description de l'Enseignement.

Comme l'économie appliquée en général, l'économie industrielle appliquée à la finance part de faits observables et, dans la période récente, elle n'a que l'embarras du choix tant se sont produits des faits financiers extraordinaires qui méritent attention.

A la différence de l'économie appliquée, elle va permettre d'expliquer ceux qui auront été choisis.
Mais qu'est-ce que l'"économie industrielle" ? C'est un domaine de la science économique.
Et la nouvelle théorie des organisations tend à corriger les errements de certains domaines de l'économie industrielle.
Appliquée à la finance,
elle est en mesure d'expliquer l'évolution récente des marchés financiers et celles à attendre.
Elle permet la description et l'analyse économiques des faits financiers choisis à partir du concept central de l'organisation industrielle, à savoir celui de la concurrence.

2.A. Point de départ.

Parmi d'autres, un type de fait original dont l'actualité a émergé en 2005 et est de plus en plus brûlante : l'OPA de Euronext sur le "liffe", l'OPA de la bourse de Francfort sur la bourse de Londres qui a été abandonnée et maintenant l'accord entre Euronext et le New York Stock Exchange à la suite de l'OPA du NYSE sur Euronext.

Ce type de fait était impossible il y a encore une quinze d'années. Il était aussi imprévisible pour certains économistes alors qu'il ne l'était pas pour d'autres.  Par exemple, le rapport Ferguson (janvier 2001) n'y était pas sensible. 

En tant qu'enseignement d'économie appliquée, l'enseignement visera à décrire et à analyser économiquement le fait à partir des concepts de l'économie/organisation industrielle, domaine de la théorie économique.


2.B. L'"économie industrielle" en perspective.

L'"économie industrielle" est un domaine de la science économique. Elle permet de décrire et d'analyser la réalité économique avec les concepts originaux qu'elle fournit.
Le domaine a évolué depuis que Marshall l'avait investi. Il existe aujourd'hui plusieurs approches de l'économie industrielle.
Il y a par exemple l'"économie industrielle moderne" (cf. Lecaillon 1988 par exemple) qui traite de la "concurrence imparfaite" et dont le cheminement - qui n'est pas celui de Lecaillon - peut être retracé, par exemple, ainsi:
- Les coûts de transaction et le pouvoir de monopole,
- L'intégration verticale,
- La discrimination par les prix,
- La contestabilité des marchés,
- L'économie des réseaux,
- L'antitrust,
- L'économie de l'information et de la connaissance,
- La gestion du risque et des asymétries de l'information.


Le choix de l'approche retenue dans le cours procède de son objet, à savoir la finance, à la fois "chose" et "organisation", dans un contexte où l'économiste ne saurait faire abstraction de la durée, ni de l'ignorance des êtres humains, ni du droit : c'est l'approche "nouvelle économie industrielle" (cf. Lepage 1989 par exemple).


2.C. L'économie industrielle appliquée à la finance : les marchés financiers à la lumière de l'"économie/organisation industrielle".

La finance est un domaine controversé de la science économique. Par exemple, pour certains, la finance n'est pas un domaine de la science économique, mais un domaine des mathématiques (Markowitz, etc.). Pour d'autres, la finance est le 'nième marché' et on peut le laisser de côté pour expliquer l'équilibre économique général ou macroéconomique (Keynes étant donnée la règle de Say/Walras). Dans cette perspective, les faits sont pour le moins difficilement explicables.
Il y a aussi à signaler les critiques de la "finance actuelle" qui ont en commun de ne pas sembler comprendre qu'il y a finance et finance. Il y a la finance, fille des règles de la comptabilisation des opérations - exprimées en monnaie - des personnes juridiques physiques ou morales, elle-même fille des règles de droit (propriété, responsabilité et échange/contrat) ou de la réglementation du législateur qui président à la vie des êtres humains en société. Cette finance constitue en vérité un cadre juridique où s'inscrit en particulier l'analyse financière.
Il y a la finance, domaine de l'économie pure reconnu et exploré à partir de la décennie 1950 – par conséquent depuis seulement récemment, à l'échelle de l'histoire de l'économie politique -.
Et il y a la finance éclairée par l""économie/organisation industrielle" qui ne néglige pas les deux acceptions précédentes, mais qui considère que les marchés financiers forment une "industrie" .
On soulignera dès à présent que nombre d'offres de marché ne sont pas définies comme des industries bien qu'empiriquement le mot "industrie" soit le plus souvent utilisé pour "personnifier" l'offre du marché d'un produit par des firmes regroupées ainsi par l'observateur, bref soit un mot générique. C'est le cas de la finance qui jusqu'à récemment n'avait pas été envisagée comme une industrie et n'est pas considérée aujourd'hui encore comme telle par certains .

Etant données les diverses approches de l'économie industrielle, laquelle choisir ? Ce genre de question est en général problématique pour l'économiste quand les approches disponibles sont sans point commun.
Dans le cas de l'économie industrielle appliquée à la finance, la réponse est en fait assez simple à donner car non seulement les approches présentent des points communs mais encore son objet, la finance, conditionne le choix : il faut choisir l'approche "nouvelle économie industrielle" (NEI), "nouvelle théorie des organisations" (NTO).
En effet, il convient de souligner que la finance ne peut être étudiée que si on prend en considération un contexte d'analyse où on ne fait pas abstraction de l'ignorance des êtres humains, ni des règles de droit, ni de la durée. L'approche NEI, la NTO le permet, pas les autres qui négligent en partie dans leurs hypothèses l'ignorance de chaque être humain, les règles droit et les relations entre ces deux considérations.

La finance est aujourd'hui une industrie comme une autre, qu'on peut dénommer "industrie financière". En une quinzaine d'années, elle a entièrement changé de forme, de "structure", et d'une certaine façon – certes discutable-, a rompu ses amarres avec la monnaie, l'"industrie monétaire…"
Il y a certes des instruments financiers échangeables, avec ou sans intermédiaire,
* l'éventail des instruments est en élargissement permanent observable depuis une trentaine d'années ;
* l'instrument est parfois échangeable, une fois en circulation, sur un marché secondaire par l'une des parties contractantes.

Il y a surtout les "marchés financiers" (bourses de valeurs, "entreprises de marché") dont parlent les journalistes et beaucoup d'économistes.
Ils ne sont jamais que des "firmes" de services :
* la production tient dans des "paniers de services financiers" ou des "produits financiers", standardisés ou non, dont la firme offre le service de l'échange ; soit dit en passant, il conviendra de ne pas confondre le prix des services vendus par l'entreprise de marché et le prix (ou le taux d'intérêt) des instruments financiers dont l'entreprise de marché offre la cotation et la capacité de les échanger ;
* les produits, services ou non, résultent de l'emploi de techniques trop souvent passées sous silence bien qu'en innovation technique extraordinaire ces dernières années ;
* ces techniques transforment des "facteurs de production", des "ressources" en propriété.

La finance est ainsi une industrie de services et ses marchés organisés ne sauraient être identifiés au principe de l'échange - du contrat, du marché, de la concurrence - qui explique les prix en monnaie observables des choses échangeables.


2.D. La concurrence en finance à la lumière de l'économie/organisation industrielle.

* Pendant longtemps, les "marchés financiers organisés" ont été des monopoles privilégiés, réglementaires ;
* Ces dernières années, la plupart ont transformé leur organisation juridique : hier, "sociétés mutuelles" en situation de monopole réglementaire, ils sont devenus "sociétés de capital" en situation de concurrence ;
* Depuis récemment, l'industrie est donc devenue explicitement concurrentielle ;
* pourquoi et comment la transition s'est-elle effectuée ? L'économie industrielle donne la réponse.

* Ces dernières années, par l'intermédiaire de leur conseil d'administration, certains marchés organisés ont aussi fait le choix de fusionner avec d'autres : par exemple, la "bourse de Paris" a fusionné avec d'autres bourses pour constituer aujourd'hui l'"entreprise de marché" dénommé "Euronext". Pourquoi ce choix et comment la fusion s'est-elle effectuée ? L'économie industrielle donne la réponse.

* Des entreprises de marché en ont absorbé d'autres : par exemple, "Euronext" a absorbé/acquis le "Liffe". Pourquoi ce choix et comment l'absorption s'est-elle effectuée ? L'économie industrielle donne la réponse.

* Aujourd'hui, des entreprises de marché hésitent à en racheter d'autres ou à fusionner avec celles-ci. Pourquoi l'expectative? ? L'économie industrielle donne là encore la réponse.


3. Le cours sera présenté sous la forme de dix grandes questions.

Question 1. La condition de l'action de l'être humain est son ignorance de l'avenir et le coût évalué de celle-là par celui-ci.

Q.2. Droit de propriété, coût de transaction, échange/contrat :
réduction (du coût) de l'ignorance limitée par l'intermédiaire des règles de droit (par leur découverte, puis par leur application et leur respect)
Applications :
"le" marché financier…
le contrat financier ou de prêt/emprunt de richesses ou de monnaie ;
le contrat d'échange à terme, ferme ou à option ;
le contrat OTC (de gré à gré) par opposition au contrat standardisé, réglementé par …

Q.3. Le contrat de société et la firme :
réduction du coût de transaction (aspect du coût de l'ignorance limitée) par la personne juridique morale/organisation "firme".
Application :
la bourse de valeurs/marché financier organisé : une firme/"entreprise de marché".

Q.3bis. La firme productrice de services et la technique de production pu de transformation des facteurs de production en propriété.
Application : les règles techniques employées par un marché financier organisé/entreprise de marché.

Q.4. Coûts de production de l'industrie et fonctions de coût de l'industrie.
Application : l'industrie boursière/des marchés financiers organisés.

Q.5. Détermination des prix et quantités d'un produit (panier de services ou non).
Application : un marché financier organisé et l'industrie des marchés financiers organisés.

Q.6. Concurrence, monopole réglementaire et service public.
Application : les "bourses de valeurs" hier, en France et dans le monde : des sociétés/associations mutuelles/coopératives en situation de monopole réglementaire.

Q.7. Concurrence et monopole naturel.
Application: les "bourses de valeurs" étaient-elles des monopoles naturels ?

Q.8. Déréglementation des services publics .
Application: la déréglementation des bourses de valeurs, en France et dans le monde.

Q.9. Interdépendance stratégique : oligopole, cartel et fusion :
Application (cf. les faits cités et d'autres) :
- Euronext ;
- L'OPA aboutie de Euronext sur le Liffe ;
- L'OPA de Deutsche Boerse sur London Stock Exchange abandonnée ;
- Les fusions des "entreprises de marché" de Chicago,
- L'OPA aboutie du NYSE sur Euronext.

Q.10. La politique de la concurrence (politique antitrust) et le droit de la concurrence.
Application : ce qui se passe en finance.


4. Bibliographie.

Coase, R. H. (1937), "The Nature of the Firm", Economica, novembre, pp.386-405.

Commission des Communautés Européennes, (1988), "La création d'un espace financier européen", Economie Européenne , N° 36, mai, 222 p.

Deguen, D. et alii (1988), Les nouveaux instruments financiers et les marchés financiers à terme (Rapport au Ministre d'Etat, Ministre de l'économie, des finances et de la privatisation), La Documentation Française, Paris, 310 p.

Demsetz, H. (1968), "The Cost of Transacting", The Quarterly Journal of Economics, 82, 1, février, pp.33-53.

Dickinson, G. (1993), "Market Services and Europe Integration", European Economy (Social Europe), n°3, pp.183-210.

Elzinga, K.G. (1999), "Industrial Organization and Human Action", Cato Journal, 19,2, pp.233-245. Site internet : http://www.cato.org/pubs/journal/cj19n2/cj19n2-3.pdf

Euronext, site Internet : www.Euronext.com

Greenspan, A. (2000), " Technology and Financial Services" (remarks before the Journal of Financial Services Research and the American Enterprise Institute Conference, in honor of Anna Schwartz), Washington, D.C. April 14.

Greenspan, A. (2000), "Structural changes in the economy and financial markets"(remarks at the America’s Community Bankers Conference, Business Strategies for Bottom Line Results), New-York, 5 décembre.

Gual, J. et Neven, D. (1993), "Banking" dans "Market Services and Europe Integration", European Economy (Social Europe) , n°3, pp.151-182.

Guillaumat, F. (2001), "Comment l'étude des structures industrielles peut-elle être scientifique" (thèse de sciences économiques), Université Paris IX Dauphine, Paris, 584p. Site internet : http://membres.lycos.fr/marcgrunert/Th%E8sedeGuillaumat.htm

Lecaillon, J. (1988), Eléments d'économie industrielle, Montchrestien (Domat économie), Paris, 210p.

Lepage. H. (1989), La Nouvelle économie industrielle, Hachette (coll. Pluriel), Paris, 450p.

Machovec, F.M. (1999), "Mises, Monopoly and the Market Process" (comment on Elzinga), Cato Journal, pp.247-258. Site internet : http://www.cato.org/pubs/journal/cj19n2/cj19n2-3.pdf

Ménard, C. (ed.) (2004), The International Library of the New Institutional Economics, en particulier, tome I et tome II, Edward Elgar Publishing Limited

Mishkin, F.S. et Strahan, P.E. (1999), "What Will Technology Do to Financial Structure?", NBER Working Paper No. w6892, January, 30p.

Pirrong, C. (2000), "A Theory of Financial Organization", The Journal of Law and Economics , 43 , octobre, pp.437-471.

Telser, L.G. (1981), "Why There are Organized Futures Markets", Journal of Law and Economics, 24 , 1, avril, pp.1-22

Telser, L.G. et Higginbotham, H.N. (1977), "Organized Futures Markets : Costs and Benefits", Journal of Political Economy, 85 , 5, octobre, pp.969-1000.



Textes de mon cru en relation avec l'économie industrielle.

1) Un texte sur Ronald Coase alors que celui-ci venait d'être choisi pour recevoir le prix Nobel de science économique 1991.

2) Un texte sur Frédéric Bastiat à propos de la loi de l'association et de la future théorie de l'agence.

3) Un texte de 2005 sur la délocalisation à quoi conduisent les faiblesses de l'économie française.

4) Un texte de 2006 sur des déviances de l'économie industrielle en France (non affaire Clearstream et capitalisme de connivence français)

5) Un texte d'août 2006 sur le "dumping social et la compétitivité".

6) Le suivi du cours d'économie industrielle (année universitaire 2004-05).

7) Un texte de juin 2007 sur des mesures politiques qui à la fois décourageraient les délocalisations et renfloueraient l'organisation de la sécurité sociale.


Retour au sommaire.