L"organisation capitaliste" – c'est-à-dire la capitalisation permanente des
épargnes respectives des êtres humains de la meilleure façon - est mouvement,
changement, progrès à l'image de la perfectibilité de ses découvreurs, les
êtres humains.
Pour cette raison, et soit dit en passant, parler de "système capitaliste" est
approximatif, un système n'étant jamais qu'une organisation immobile, inerte,
sans changement. A fortiori, parler
de capitalisme en prêtant à ce mot un caractère déterministe est entrer dans
les rets de l'absurdité de l'initiateur du mot - Karl Marx - et des prosélytes
de celui-ci.
1. Du
"landflucht" à la délocalisation.
Il reste qu'hier, étant donnés l'organisation capitaliste et les
changements qu'elle occasionne, on disait que la ville (du fait de l'industrie
nouvelle) avait attiré la main d'œuvre – agricole - de la campagne ou que la
main d'œuvre avait fui la campagne pour la ville, au grand dam des
propriétaires ou employeurs agricoles. Ce fut en particulier la question du
"landflucht" dans la décennie 1870.
Diverses causes étaient invoquées mais celle qui revenait était la rémunération
plus élevée versée par l'industrie urbaine.
Hier, en effet, les Junkers de Prusse, propriétaires employeurs fonciers, ne
pouvaient que constater que les employés abandonnaient le travail de la terre
pour aller travailler dans les industries capitalistes nouvelles, plus
rémunératrices. A cette occasion, ils inventèrent le terme "landflucht" (désertion des campagnes) pour dénommer
le phénomène.
Et, comme le rappela Ludwig von Mises
en 1958 (cf. "Première leçon :
capitalisme") :
"Et au Parlement allemand, l'on discuta de ce qui pourrait être fait contre ce
que les nobles propriétaires terriens considéraient comme un fléau.
Le Prince Bismarck, le fameux Chancelier de l'Empire allemand, dit un jour dans
un discours :
« J'ai rencontré à Berlin un homme qui jadis travaillait sur mon domaine, et
j'ai demandé à cet homme : Pourquoi êtes-vous parti du domaine, pourquoi
avez-vous quitté la campagne, et pourquoi vivez-vous maintenant à Berlin ?
».
Et si l'on en croit Bismarck, l'homme répondit :
« Il n'y a pas au village une jolie brasserie comme nous en avons à Berlin, où
l'on peut s'asseoir, boire de la bière et entendre de la musique. »
C'est là, bien entendu, une histoire vue du côté du Prince Bismarck,
l'employeur.
Ce n'était pas le point de vue de tous ses employés. Ils s'engageaient dans les
industries parce que l'Industrie leur payait de meilleurs salaires et portait
leur niveau de vie plus haut que jamais auparavant."
Et Mises d'ajouter :
"Aujourd'hui, dans les pays capitalistes, la différence est relativement faible
quant aux besoins fondamentaux, entre la façon de vivre des classes dites
supérieures et inférieures ; de part et d'autre l'on a de quoi se nourrir, se
vêtir et se loger. Mais au dix-huitième siècle et avant, la différence entre
l'homme des « classes moyennes » et l'homme du bas de l'échelle était que le
premier avait des souliers, tandis que le second allait nu-pieds.
Aux États-Unis aujourd'hui, la différence entre un riche et un pauvre signifie
très souvent que l'un a une Cadillac et l'autre une Chevrolet. La Chevrolet
peut être une voiture d'occasion, mais au fond elle rend les mêmes services à
son propriétaire : lui aussi peut rouler assis au volant, d'un point à un
autre. Plus de cinquante pour cent des gens aux États-Unis habitent une maison
ou un appartement dont ils sont propriétaires."
Qu'en est-il aujourd'hui en 2007 ?
Sans référence à l'organisation capitaliste ni aux changements que
celle-ci induit, la "pensée unique" française préfère avancer que la
main d'œuvre de tel pays est attirée par tel autre ou que la main d'œuvre fuit
tel pays pour tel autre – c'est la question de l'immigration/émigration humaine
-.
Et certains se formalisent à propos de l'immigration humaine, d'autres à propos
de l'émigration humaine et des troisièmes à propos de l'immigration et de
l'émigration humaines étant données les causes du phénomène qu'ils
privilégient.
La "pensée unique" française dit aussi - c'est plus récent -, que la firme
de tel pays est attirée par tel autre ou que la firme fuit tel pays pour tel
autre, - c'est la question de la délocalisation
- au grand dam des hommes politiques et des employés dans le pays
abandonné. Là encore, diverses causes sont avancées mais la principale, celle
qui revient, tient dans les coûts moindres supportés par la firme dans le pays
hôte ; le cas échéant, elle est déguisée par les contempteurs du phénomène en
l'expression "dumping social".
Par exemple en France, depuis plusieurs années, les adeptes du "patriotisme
économique", hommes politiques ou autres, ne peuvent que constater que des
employeurs déplacent les entreprises qu'ils ont créées en France dans d'autres
pays, qu'ils évaluent moins coûteux. Ils ont donc forgé le mot "délocalisation"
pour caractériser le phénomène. Le cas échéant, ils introduisent une cause
qu'ils jugent déterminante pour expliquer le phénomène, ils la dénomment
"dumping
social".
2. Du
"Speenhamland" à la "fillonnie" (... ou à la
filouterie).
Malgré la permanence des phénomènes (mobilité, changement) conséquences de
l'organisation capitaliste et de la perfectibilité humaine, des gouvernements
ont eu par le passé la prétention de maîtriser certains de leurs aspects par
des réglementations de leur cru. Et le dernier en date en France, à savoir le
gouvernement dont le Premier Ministre est François Fillon, n'échappe pas à la
"tradition".
Avant-hier (décennie 1790), alors que l'industrie, nouvelle forme
d'organisation, était en pleine expansion et avait besoin de main d'œuvre
en conséquence, le gouvernement britannique eut l'idée de mettre sur pieds le
système réglementaire de Speenhamland - la loi de Speenhamland, communément appelée la "loi sur les
pauvres", a été en vigueur en Grande-Bretagne de 1795 à 1834.
Au terme de ce système, le travailleur qui ne recevait pas le salaire minimal
légal (qu'avait fixé le gouvernement), se voyait verser la différence entre le
salaire officiel et le salaire touché.
L'employeur agricole pouvait ainsi payer un salaire dont le taux était
inférieur au taux légal et espérer que son employé ne serait pas incité à
abandonner la campagne pour aller à la ville et y travailler dans l'industrie
nouvelle, plus rémunératrice …
Aujourd'hui, année 2007, le gouvernement français tend à mettre sur pieds un
système réglementaire voisin, malgré des apparences opposées.
Au terme de la nouvelle réglementation - qu'on pourra toujours dénommer
"fillonnie" du nom de son supporter ministériel -, le travailleur dont la durée
de travail sera supérieure à la durée légale – fixée par le "gouvernement
Jospin" de 1997-2002 à 35 heures par semaine – se verra verser un salaire dont
la partie rémunérant la durée de travail excédentaire ne supportera ni impôt à
l'Etat, ni cotisation à l'organisation de la sécurité sociale
obligatoire.
L'employé recevra ainsi un salaire dont le taux sera supérieur,
comparativement, au taux légal (charges comprises) bien que l'employeur ne
verse rien de plus.
En conséquence, l'employeur pourra espérer que l'employé sera incité à
travailler davantage.
Reste l'Etat, "cette grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce
de vivre aux dépens de tout le monde" (selon la définition de Frédéric
Bastiat).
Comment peut-il faire fonctionner en pratique une telle "usine à gaz"
réglementaire ?
Une chose est certaine : à supposer que la bureaucratie parvienne à écrire une
réglementation claire, compréhensible pour l'employeur, il faudra mettre en
oeuvre une police spécifique pour vérifier son application et déjouer les
fraudes éventuelles ! Encore un coût. Et quel coût : il sera vraisemblablement
digne de celui de la loi sur les 35 heures elle-même !
Dès à présent, selon Catherine Delgado du quotidien La Tribune :
"Trois confédérations, la CGT, la CFDT et la CGC ont exprimé d'une seule voix
ce jeudi 7 juin 2007 leur opposition à cette réforme qui prévoit la
défiscalisation et des allègements de cotisations sociales sur les heures
supplémentaires, et devrait coûter quelque 6 milliards d'euros par an à l'Etat
[…]
FO, qui ne s'est pas associée à cette déclaration commune, n'en est pas moins
critique, que ce soit sur
- la différence de traitement des salariés selon leur temps de travail,
- la confusion quant au chiffrage de la mesure ou
- la question de la compensation du manque à gagner pour la Sécurité sociale
(compensation promise par l'Etat, en application de la loi Veil de 1994), mais
au sujet de laquelle tous les syndicats sont sceptiques."
L'Etat – c'est-à-dire en fait les contribuables – versera-t-il à l'organisation
de sécurité sociale obligatoire la différence entre les "prélèvements
officiels" qui auraient du lui échoir sans la réglementation et les
prélèvements qu'elle obtient du fait de celle-ci ?
Les gens du syndicat FO en doutent dès à présent : y aurait-il de la filouterie
dans la fillonnie ?
L'avenir le dira.
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9. Economie industrielle appliquée à la finance
lundi 22 août 2005
Fillonnie et filouterie : à voir
Par Georges Lane le lundi 22 août 2005, 18:41
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