A Paris, le 23 mars 2009.



Faut-il renforcer les moyens d'un pompier pyromane ?

Quand on ne sait pas que le pompier en question est pyromane, on sera tenté de répondre par l'affirmative.

Quand il est de notoriété privée et non pas publique qu'il en est ainsi, un problème se pose, il faut d'abord informer.
 
François Guillaumat et moi-même avions informé dans Le Spectacle du Monde, en novembre 1998, avec un article intitulé "Le monde entre crise et krach".

Un an plus tard, en novembre 1999, la Hoover Institution (Stanford University) a publié une étude non signée intitulée " The Case Against the International Monetary Fund".

Soit dit en passant, une coïncidence fera qu'un ami - qui avait choisi d'émigrer aux Etats-Unis -, sera chargé de la partie économétrique de l'étude
Il m'informe aujourd'hui qu'en gros, celle-ci montre  qu'il y a un biais systématique dans les études du Fonds :
"le FMI voit la vie en rose dans les pays où il finance des 'plans de stabilisation'". 
Merci à lui dont j'ai déjà eu l'occasion de parler dans
ce texte.


L'étude fait le point sur les récents - alors – événements financiers de la fin de la décennie 1990, à savoir la "crise mexicaine", la "crise des pays de l'Asie du Sud Est", la "crise russe".

Elle explique pourquoi et comment il faut imputer ces événements par priorité à l'action d'une institution internationale qui ne devrait plus exister car le système dont elle procédait a disparu par faillite, vingt ans auparavant .

Enfin, elle laisse entrevoir que la même cause provoquera le même effet.



Et l'histoire postérieure - jusqu'à aujourd'hui inclus - a apporté de nouvelles preuves de la justesse de l'analyse.

Quelle institution d'un système failli est en question dans l'étude ? C'est donc le Fonds monétaire international (F.M.I.).

Pourquoi est-il néfaste ?
A cause du "risque d'abus de pouvoir" qu'il personnifie et que des économistes dénommeront aussi "hasard moral" comme on va le voir ci-dessous.

Pourquoi parler de cela aujourd'hui ?
Parce que, à l'occasion de la prochaine réunion du G20, le 2 avril 2009, certains ont fait savoir qu'ils voudraient voir accroître les fonds dont dispose le F.M.I. dans des proportions importantes et augmenter ainsi ses missions, malgré ce qu'en dit l'étude citée et ce qu'ont confirmé les faits antérieurs et postérieurs à cette étude, s'il en était besoin.


1. L'institution Fonds monétaire international.

En juillet 1944, les délégués de quarante-quatre nations se sont réunis à Bretton Woods, New Hampshire (Etats-Unis), pour concevoir un système monétaire international d'après-guerre qui promouvrait le commerce mondial, l'investissement et la croissance économique.

Les concepteurs ont créé le Fonds monétaire international (F.M.I.) pour surveiller que le "nouveau régime monétaire de Bretton Woods " cherchait à garder les monnaies nationales convertibles à des taux de change stables et pour fournir le financement temporaire, bon marché, des déficits des balances des paiements résultant de taux de change désordonnés.

En réalité, les concepteurs du régime de Bretton Woods ont créé un accord de fixation des prix internationaux qui a été mis en application par le FMI.

Après avoir rejoint le Fonds, chaque pays membre a déclaré un prix de sa monnaie en dollar américain.

Le Trésor américain, de son côté, a lié le dollar à l'or en consentant à acheter et vendre de l'or à d'autres gouvernements à 35 $ l'once ;
l'inflation des années 1960, cependant, a rendu l'engagement américain de vendre de l'or à ce prix impossible à respecter.

Pour préserver les réserves d'or des Etats-Unis, le Président Richard Nixon a fermé la "fenêtre de l'or" en août 1971, désolidarisant en fait le dollar de l'or et mettant fin à la mission originelle du Fonds de surveiller un système de taux de change fixes.



2. Près de trente années plus tard.

En février 2008, le FMI détenait 103,4 millions d’onces (3217 tonnes) d’or, qui sont confiées à des dépositaires désignés.
Au 20 février, les avoirs en or du FMI se chiffraient à $95,2 milliards (aux prix courants du marché à cette date).

Une partie de ces avoirs —12,97 millions d’onces (403,3 tonnes)— ont été acquis depuis le deuxième amendement des Statuts du FMI, adopté en avril 1978, et avait une valeur de marché de $11,9 milliards au 20 février 2008.

Cette partie des avoirs en or du FMI n’est pas sujette à restitution aux pays membres.

Le FMI a acquis la majeure partie de ses avoirs en or avant le deuxième amendement des Statuts, dans le cadre de quatre grandes catégories d'échanges :

a) il avait été établi que 25 % des souscriptions initiales et des augmentations ultérieures de quotes-parts devaient être réglées en or.
Cela a représenté la principale source d’avoirs en or du FMI.

b) toutes les commissions — c’est-à-dire les intérêts acquittés sur l’encours des crédits du FMI aux pays membres — étaient normalement payables en or.

c) un pays membre souhaitant acquérir la monnaie d’un autre pays membre pouvait vendre de l’or au FMI.
Les ventes d’or au FMI par l’Afrique du Sud en 1970–71 représentent les plus importantes des transactions effectuées dans cette catégorie.

d) les pays membres avaient la possibilité de rembourser en or les crédits accordés par le FMI.


3. Politique actuelle du FMI concernant l'or.

Le deuxième amendement des Statuts du FMI a mis fin à l'utilisation de l'or comme dénominateur commun dans le régime de change instauré après la deuxième guerre mondiale et comme base d'évaluation des droits de tirage spéciaux (DTS).

Le prix officiel de l'or a également été aboli et l'emploi de l'or dans les échanges entre le FMI et ses membres a cessé d'être obligatoire.
L'amendement exigeait en outre du FMI qu'il s'abstienne de diriger le prix de l'or dans ses échanges ou de lui attribuer un prix fixe.

Les Statuts du FMI limitent désormais l'utilisation de l'or dans ses opérations et échanges.

Le FMI peut vendre de l'or directement au cours du marché; il peut accepter de l'or de la part d'un pays membre en paiement de ses obligations, l'échange étant effectué à un prix convenu sur la base du prix du marché au moment de l'acceptation.

Ces échanges sur or requièrent une décision à la majorité de 85 % du nombre total de voix attribuées.

Le FMI n'est toutefois pas autorisé à utiliser de l'or pour d'autres échanges tels que les prêts, les prêts sur or et les swaps, ni comme garantie ; il n'est pas non plus autorisé à acheter de l'or.


Les Statuts prévoient également la restitution aux pays membres du FMI à la date du 31 août 1975 de l’or détenu par le FMI à la date du deuxième amendement.

La restitution fait intervenir la vente d’or à ce groupe de pays membres à l’ancien prix officiel de 35 DTS l’once, étant entendu que l’or serait vendu aux pays membres qui accepteraient de l’acheter au prorata de leurs quotes-parts à la date du deuxième amendement.

Toute décision de restitution d’or doit être approuvée par une majorité de 85 % des voix totales attribuées.


Les Statuts ne prévoient pas de restitution de l’or acquis après la date du deuxième amendement.

La politique du FMI dans ce domaine de l'or est régie par les principes suivants :
* L'or, actif sous-évalué détenu par le FMI, confère une solidité fondamentale à son bilan.
Toute mobilisation d'avoirs en or du FMI devrait éviter d'affaiblir sa position financière globale.

* L'institution doit continuer à détenir une quantité d'or relativement importante parmi ses actifs, non seulement par souci de prudence, mais aussi pour faire face à des situations imprévues.

* Elle a pour responsabilité systémique d'éviter de perturber le fonctionnement du marché de l'or.

* Les gains réalisés sur toute vente d'or doivent servir dans la mesure du possible à créer un fonds de placement dont seuls les produits seraient utilisés.


4. Nouvelle mission.

En recherchant de nouvelles missions dans la décennie 1970, le FMI a rapidement évolué vers celle de "médecin financier" des pays en voie de développement.

Ses dirigeants ont habilement utilisé une série de crises économiques mondiales pour faire augmenter son capital de base, ses "capitaux propres", et ses activités de financement.


Mais l'expansion des activités de financement du FMI ont-elles résolu les problèmes de balance des paiements des Etats membres et encouragé des politiques économiques prudentes et favorisant la croissance ?
L'évidence, en grande partie apportée par les études du FMI soi-même, montre que le Fonds fait plus de mal que de bien.

Des études historiques aussi bien que par exemple les initiatives prises par le F.M.I. pour le Mexique, l'Asie de l'Est et la Russie à la fin de la décennie 1990 révèlent que les programmes de financement du FMI qui prescrivent rarement des politiques économiques appropriées ou des réformes institutionnelles suffisantes, sont au mieux inefficaces.

Au pire, elle sont des incitations à des investissements imprudents et à des décisions de politique publique qui réduisent la croissance économique, encouragent la dépendance à long terme au FMI, donnent lieu à des transferts de patrimoine par l'intermédiaire des taux d'intérêt bonifiés et ouvrent la portent à la réalisation du hasard moral et à ses conséquences.


5. Le hasard moral.

Selon l'étude de la Hoover Institution, il est un fait peu controversé aujourd'hui, c'est celui que l'accès au crédit du FMI dépend de la balance des paiements d'un pays - principalement du niveau ou de la tendance de ses réserves en monnaies étrangères – et que les gouvernements sont les premiers responsables de leur problèmes de balance des paiements. (1)
1 Plusieurs études ont examiné les caractéristiques économiques des pays qui empruntent au FMI et des pays qui n'empruntent pas.
Les pays qui empruntent ont des problèmes de balance de paiements plus importants, des réserves de change moindres et des politiques économiques nationales relativement expansionnistes.
Pour une discussion détaillée, voir
- Bird, IMF Lending to Developing Countries, pp. 118-24, and
- Patrick Conway, 1994, "IMF Lending Programs: Participation and Impact," Journal of Development Economics 45, December, pp. 365-91.

Un gouvernement peut induire une baisse de ses réserves en monnaie en maintenant un taux de change surévalué ou un taux de croissance monétaire excessif.

Aucune politique n'indique une situation d'urgence, mais chacune peut déclencher l'aide du FMI.

Une étude du FMI (1981) non publiée conclut que la politique monétaire et fiscale surexpansionniste est la cause principale des problèmes de balance des paiements, en empruntant aux pays; les facteurs exogènes sont les moins importants (2)
2 Roland Vaubel, "The Political Economy of the IMF: A Public Choice Analysis," in Bandow and Vasquez, Perpetuating Poverty, p. 40.

L'affirmation que les gouvernements sont principalement responsables de leurs problèmes de balance de paiements est confirmée par des preuves supplémentaires. (3)
3. Voir Thomas M. Reichmann, 1978, "The Fund's Conditional Assistance and the Problems of Adjustment, 1973-75," Finance & Development 15, December, pp. 38-41;
- Mohsin S. Khan and Malcolm D. Knight, 1983, "Determinants of Current Account Balances of Non-Oil Developing Countries in the 1970s: An Empirical Analysis," IMF Staff Papers 30, December 1983, pp. 819-42; and
- Sebastian Edwards, (1984) "The Role of International Reserves and Foreign Debt in the External Adjustment Process," in Adjustment, Conditionality, and International Financing, ed. Joaquin Muns, Washington, D.C.: International Monetary Fund, pp. 143-73.


Les politiques économiques nationales fragiles, et non pas les chocs externes momentanés, expliquent la demande persistante de l'aide du FMI.

En outre, la garantie implicite de sauvetages subventionnés par le FMI réduit le coût des politiques fiscalement irresponsables, quoique rapportant politiquement, qui encouragent une imprudence encore plus grande.
Les économistes appellent "hasard moral" cette réponse comportementale.

Dans les marchés d'assurance privés, le hasard moral est restraint par des franchises.
Dans des marchés de crédit privés, le hasard moral est restraint par des taux d'intérêt du marché et des conditions de prêt comme l'engagement de garantie adéquate.
Ni les taux d'intérêt ni des conditions de prêt ne restraignent réellement le hasard moral des programmes de financement du FMI.


6. Le hasard moral du gouvernement : l'expérience russe.

Toujours selon l'étude de la Hoover Institution, le hasard moral était évident en juillet 1998 quand la Russie a promis de mettre en oeuvre des politiques économiques clés en échange d'un engagement de prêt du FMI de $11.2 milliards.

Bien que la Russie ait manqué à sa parole sur plusieurs accords antérieurs et que le personnel du FMI à Moscou ait déconseillé une aide supplémentaire, le conseil de direction a approuvé le prêt.

Moins d'un mois après la réception du premier versement de $ 4.8 milliards - qui a été gaspillé à étayer le rouble assez longtemps, selon les mots d'un officiel du fonds, "pour que les oligarques puissent sortir leur argent du pays" (4)
4. David E. Sanger, 1998 "As Economies Fail, the IMF Is Rife with Recriminations," New York Times, 2 October, p. A10. Extrait de McQuillan and Montgomery, International Monetary Fund, pp. 22-23, 136-37, and 147-48.


- le gouvernement de Yeltsin a abandonné ses engagements, a dévalué le rouble, a manqué à ses engagements sur la dette, a commencé à faire tourner la planche à billets avec abandon, a renvoyé pratiquement chaque réformateur du gouvernement et a échoué à faire voter beaucoup des réformes promises.

Les prêts du FMI à la Russie, poussée par le Département d'Etat de Clinton sous la doctrine du "Trop nucléaire pour faire faillite", ont permis au gouvernement russe de reporter les réformes institutionnelles qui étaient politiquement difficiles, mais nécessaires pour une croissance économique autonome.

Les prêts ont été souvent utilisés pour subventionner des entreprises publiques inefficaces.
Sans les renflouements, des officiels russes auraient été forcés de vendre des actifs au secteur privé pour payer leurs factures.
Pendant ce temps, l'économie de la Russie continue à s'enfoncer, appauvrissant les Russes avec elle. Le PNB réel par personne a baissé de 37 % depuis l'écroulement de l'Union soviétique en 1991.

Trois quarts des Russes - avec un revenu mensuel moyen de 100 $ - survivent à peine.
Un quart de la main-d'œuvre de Russie reçoit ses salaires tard, en espèce, ou pas du tout. Les taux d'intérêt ont atteint 150 %.
L'espérance de vie à la naissance pour les mâles est tombée en trois ans, à soixante et un ans, depuis 1990.

Il n'y a aucune preuve que les prêts du FMI ont aidé le peuple russe.
Au lieu de cela, l'aide des renflouements isole les oligarques et, plus largement, les hommes de l'Etat des conséquences négatives de leur politique insouciante en sapant le processus naturel de réforme qu'autrement la concurrence mondiale promouvrait.


7. Le hasard moral des investisseurs : la "cause" mexicaine et l'"effet" Asie du Sud Est.

Selon l'étude de la Hoover Institution, les programmes de financement de FMI encouragent aussi le hasard moral des investisseurs internationaux.

Considérons, par exemple, la crise de la monnaie mexicaine de 1994-95.
Dans une tentative de créer l'illusion d'une économie en fort développement avant l'élection présidentielle d'août 1994, le gouvernement mexicain a gonflé l'offre de monnaie, accrut les dépenses sources de déficit et a épuisé les réserves de change dans une tentative futile de maintenir un peso surévalué.

Le gouvernement mexicain a financé cette expansion illusoire en émettant presque $30 milliards d'obligations à court terme liées au dollar connues sous le nom de "tesobonos".
La plus grande partie de cette dette a été achetée par les banques des Etats-Unis, japonaises et européennes.

Suite aux politiques surexpansionnistes du gouvernement mexicain, vers la fin de 1994, le Mexique avait seulement $5 milliards de réserves pour couvrir $23 milliards de dettes "tesobono", qui seraient sûrement retiré du Mexique comme elles arriveraient à échéance et aucun investisseur privé ne désirerait prêter la monnaie forte.
En février 1995, le FMI a engagé $17.8 milliards au Mexique avec l'accord que tous les créanciers étrangers seraient gardés intacts.

Le paquet de prêts a sauvé des Américains et d'autres ressortissants étrangers qui investissaient dans les "tesobonos", les "cetes" (la dette gouvernementale "intérieure" à court terme) et les titres des sociétés non financières du Mexique.

Cet accord signala aux prêteurs internationaux qu'ils n'avaient pas besoin de s'inquiéter des risques d'investissement futur - le FMI les sauverait de leurs décisions imprudentes.

Le sauvetage des investisseurs au Mexique par le FMI en 1995 a réellement privatisé les profits d'investisseur et socialisé les pertes d'investisseur.
En enlevant le risque de défaut, le FMI a encouragé des investissements mondiaux plus risqués qui, comme Friedman le remarque, "ont aidé à alimenter la crise de l'Asie de l'Est qui a éclaté deux ans plus tard." (5)
5 Friedman, "Markets to the rescue," p. A22.


La garantie implicite du fonds a contribué en 1995 à un apport de capitaux de $90 milliards en 1996 en Indonésie, en Malaisie, aux Philippines, en Corée du Sud et en Thaïlande.
Des banques commerciales étrangères ont fourni la plus grande partie du crédit privé extérieur à ces pays - $58 milliards sur un total $76 milliards.

En juin 1997, la dette bancaire étrangère avait cru à 25 % du PIB de la Corée du Sud, à 35 % de celui de l'Indonésie et à 45 % de celui de Thaïlande, la plus grande partie de la dette était de la dette à court terme.
La dette à court terme de la Corée était trois fois ses réserves en monnaie étrangère.

Les banques et les sociétés de l'Asie du Sud Est ont emprunté à court terme en monnaies étrangères - yens, marks et dollars - pour baisser leurs coûts de financement.
Par le prêt de banque dirigée par le gouvernement, beaucoup de cette monnaie a été canalisée dans des entreprises à long terme douteuses, souvent contrôlées par des "copains" politiques, qui ont remboursé en monnaies locales quand ils le faisaient.

Cette pratique a exposé les emprunteurs asiatiques à trois risques :
(1) une incapacité de rembourser les créanciers à cause des rendements des investissements inadéquats,
(2) un refus des créanciers étrangers de renouveler leurs prêts à court terme et
(3) une cassure des parités de change qui dévaluait la monnaie nationale et augmentait le fardeau de payer la dette libellée en monnaie étrangère.

Les trois risques se sont réalisés en 1997, apportant une insolvabilité largement étendue et des sauvetages supplémentaires d'investisseurs étrangers par le FMI.
Le fonds a engagé $3.9 milliards en Thaïlande en août 1997,
$11.5 milliards en Indonésie entre novembre 1997 et juillet 1998 et
$21 milliards en Corée du Sud en décembre 1997.

Allan Meltzer, professeur d'économie politique à l'Université de Carnegie Mellon, observe que,

' Si des banques [étrangères] et des institutions financières avaient supporté des pertes au Mexique, elles auraient exercé un jugement élémentaire sur les risques d'Asie. ' (6)
6 Allan H. Meltzer, 1998, "Asian Problems and the IMF," Cato Journal 17, winter, p. 269.


Grâce aux sauvetages du FMI, néanmoins, les prêteurs étrangers ont ignoré les principes de base de la bonne banque.
Meltzer donne des détails :

"La prudence est l'élément manquant des problèmes mexicains et asiatiques.
En son absence, les banquiers et autres prêteurs ont pris des risques excessifs.
Ils n'ont aucune incitation à apprendre combien de prêts les emprunteurs ont en circulation, combien les emprunteurs ont emprunté à court terme pour prêter à long terme, ou quel risque de change a été pris.
Les prêteurs n'ont guère de soucis parce qu'ils ramassent avec peu ou pas de perte quoiqu'il arrive.

Avec le régime de sauvetage actuel, les investisseurs et les hommes de l'Etat ne supportent pas le coût complet de leur comportement insouciant.
Les prêts du FMI encouragent des investissements mondiaux plus risqués et des politiques économique nationales surexpansionnistes qui contribuent au chaos financier mondial. "

Voir addendum ci-dessous à propos des errements des "experts" du F.M.I. dans le cas de l'Argentine.


8. La solution du marché financier.

Loin de donner de nouvelles missions au FMI et d'augmenter les capitaux dont il pourrait disposer ($500 milliards !), il est plus que temps de l'abandonner.

Certes, sa bureaucratie s'y opposera, ne serait-ce vraisemblablement qu'à cause du régime de retraite par capitalisation extraordinaire et du régime fiscal des rémunérations plus que privilégié dont elle bénéficie. 

Mais il en va de l'intérêt général, cet intérêt dont les dirigeants d'icelui ont plein la bouche mais à quoi ils tournent le dos en bons socialistes qu'ils sont.

Il faut se rendre compte en effet qu'en définitive, le FMI est un ensemble d'entraves spécifiques aux possibilités qu'ouvre le marché financier et dont la disparition promouvrait un système monétaire international ordonné et efficace.

L'ajustement financier actuel est dans la droite ligne des ajustements antérieurs et, en particulier, de ceux évoqués ci-dessus, même s'il est beaucoup plus important en raison des autres risques d'abus de pouvoir qui se sont réalisés (par exemple, "subprime" et assureurs mis en difficultés), à rattacher vraisemblablement au risque d'abus de pouvoir du F.M.I..

Il ne semble pas excessif de conclure dans les termes de l'étude citée et en disant d'abord que les banques n'ont strictement rien appris en matière de gestion des risques financiers - à défaut de continuer à s'en moquer - depuis l'étude de la Hoover Institution.

Les réformes clés sur quoi conclut l'étude sont à rappeler car elles n'ont pas vieilli d'un pouce. Elles concernent les marchés des changes : il faut des taux de change libres, non manipulés par les pouvoirs publics.

Elles portent aussi sur les règles d'enregistrement des échanges économiques : il faut une comptabilité et des pratiques de révélation de l'information internationalement acceptées.

Elles ont trait encore aux marchés financiers : il ne faut plus qu'ils soient perclus du "hasard moral", fruit des réglementations étatiques aveugles et paralysantes pour ne pas dire destructrices.

Bref, il faut retrouver des règles fondamentales légales, politiques et constitutionnelles – les "règles de juste conduite" comme les dénommait Friedrich von Hayek - qui permettront, d'une part, à de nouveaux marchés libres d'apparaître et de combler des éventuelles insuffisances de la réalité économique actuelle et, d'autre part, aux pays de réussir ainsi, chacun, une croissance économique autonome et le développement.

Cela permettra de sortir du socialisme mondial où le XXème siècle a jeté le monde.




Addendum : exemple de l'Argentine.

IMF Says Its Policies Crippled Argentina.

Selon Paul Blustein, Washington Post Staff Writer, 30 July 2004,  Page E01 :

Internal Audit Finds Warnings Were Ignored

The International Monetary Fund's handling of the crisis in Argentina three years ago almost certainly deepened a recession that threw millions of Argentines into poverty and sparked political chaos throughout the country, according to a report released yesterday by the IMF's internal audit unit.

By overlooking Argentina's growing indebtedness in the 1990s and continuing to lend the country money when its debt burden had become unsustainable, the fund significantly contributed to one of the most devastating financial crises in history, the report concluded.

The crisis peaked when the Argentine government defaulted on nearly $100 billion in debt to private creditors and had to abandon the "convertibility" system that pegged the peso to the dollar at a one-to-one rate.
The ensuing crash led to an 11 percent decline in Argentine output in 2002, sent the jobless rate soaring and toppled a series of presidents in a country that the IMF had once hailed as a model of free-market reform and development.

"It would have been an ugly crisis anyway, but perhaps not quite as bad if the fund had supported a change in strategy earlier,"

said Isabelle Mateos y Lago, an economist from the IMF's Independent Evaluation Office, which produced the report.

The report provides potent ammunition to critics who contend that IMF rescues often fail to save developing countries from investor panic and even make matters worse.
It also reinforces the complaint that the IMF's loan packages frequently bail out private lenders without requiring them to accept reductions in their claims, causing countries' debt burdens to build and their problems to fester.

At the same time, the study helps rebut criticism that the fund insists on excessive austerity in developing countries. In Argentina's case, the report concluded that officials were too lenient.

Although it remains to be seen whether IMF policies will change as a result, fund officials have long said that the Argentine debacle taught them harsh lessons.
The report echoes criticisms made by IMF staffers, including Michael Mussa, the fund's chief economist from 1991 to 2001.

The report's critique is exceptionally damning, showing how fund officials overlooked vulnerabilities, ignored warnings from some staffers and shrank from confronting the economic forces that brought Argentina to its knees.
It goes considerably further than earlier assessments by citing internal IMF memoranda, minutes of meetings and other previously undisclosed facts about key developments in the crisis.

For example, the report questions why the IMF agreed in the late 1990s to a three-year program that would provide loans on a contingent basis if Buenos Aires needed the money.
A memo by the fund's research department in November 1997 complained that the program, and in particular the list of reforms required of Argentina, was "not ambitious enough to warrant Fund support," according to the report.
Those concerns, however, were downplayed by others at the IMF, especially top management, the internal report concluded.

Although Argentina's yearly budget deficits were not overly large, the government's indebtedness was rising at an alarming rate because of off-budget spending.
Yet the size of the debt "became the main focus of [IMF] briefing papers and policy discussions only in late 1999 or early 2000," when it was approaching 50 percent of gross domestic product, the report says.
"By then, the economy was in recession, and efforts to reduce the debt . . . were difficult and possibly also counterproductive," the IMF study found.

The report also disparages the IMF's strategy for the two rescues it marshaled for Argentina beginning in late 2000, when investors began pulling money out of the country and interest rates spiked.

The first rescue included a $14 billion loan package from the fund, and IMF officials knew the risk of failure was high, according to the report.
At a meeting of the 24-member board, which represents member countries, several directors "articulated the view that, under realistic assumptions, the debt dynamics were unsustainable and therefore the program was very unlikely to succeed," the report states.

The report does not fault the board for giving Argentina the benefit of the doubt so late in the crisis, because the alternative -- forcing the country into default and devaluation -- would have been painful.
But "the critical error," according to the report, was that the IMF didn't prepare an exit strategy that could have been used once it became clear the rescue wasn't working. S
uch a strategy -- presumably including a change in currency policy and a restructuring of debt, bolstered by fresh IMF assistance -- might have limited the fallout if it had been used before the recession deepened and the country's banks were weakened in 2001, according to the report.

The report is especially scathing concerning the second rescue, an $8 billion loan in August 2001.
At a meeting of senior staffers, management sided with advocates of the loan who argued that giving the country one last chance would "ensure that the [Argentine] authorities, not the IMF, took responsibility" for the painful changes that might have to be made, including a deep devaluation of the peso.

The loan was granted, the report says, despite an assessment that the chances of success were "at most . . . 20-30 percent," and even though a majority of staffers had concluded that "the additional few billion dollars would not buy enough time to make a difference, but would be more likely to disappear in capital flight."
The net result, IMF staff members argued, would simply be more government debt, not a more stable economy -- which is precisely what happened, the report noted.

The report makes six recommendations for changes in IMF policy, strongly urging the fund to design alternative fall-back plans when it mounts rescues of countries.

An appended response from the staff agrees with many of the findings but takes issue with others, saying, "some of its conclusions depend very much on hindsight."

The report comes at a time when the IMF and Argentina are again at loggerheads over the country's policies, and it could have an impact on the dispute, although officials of the evaluation office said they have no position on the situation.

The fund this week delayed a loan disbursement to Buenos Aires, and although Argentine officials didn't respond as they have in the past -- by threatening to withhold scheduled debt payments to the IMF -- Economy Minister Roberto Lavagna suggests he might use the findings to justify a hard line.

Noting the report that Argentina is not solely responsible for its "huge debt," Lavagna writes:
"It should be recognized that this institution has the courage to expose and analyze its own mistakes. This should be commended. Recognizing errors is, however, just the first step in a healthy self-criticism exercise. The second step is bearing responsibility for failures, namely sharing the burden of redressing their consequences."

Sans commentaire.



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