Paris, le 18 septembre 2009.



Introduction
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Il n'est plus à démontrer que la monnaie est une invention des êtres humains et non pas des hommes de l'Etat.

Les pays où est apparue la monnaie en revêtant des formes différentes, animées (animaux) ou inanimées, durables (métaux) ou reproductibles (blé), où ces formes ont été changées avec le temps et où de nouvelles s'y sont, le cas échéant, juxtaposées progressivement (par exemple coupures de billets, dépôt dans une banque tirable par chèques, etc., monnaie électronique),
étaient des zones géographiques limitées par des obstacles naturels où vivaient les êtres humains.

Pour leur part, les hommes des Etats de ces pays ou nations sont parvenus à introduire des obstacles artificiels et à monopoliser la monnaie, chacun chez soi : en sont résultés des monnaies nationales monopolisées et le système monétaire international.

En conséquence, il faut distinguer la monnaie, ses formes "techniques" et ses formes "étatiques" ou "légales".

Et la distinction de ces deux types de formes n'a rien d'évident à faire tant elles se mélangent et le conditionnement étatique est fort.

A cet égard, il ne faut pas regarder le doigt de tel ou tel sage qui montre la lune – à savoir telle ou telle forme de monnaie –, mais la lune – à savoir la monnaie - ou, à la limite, ses formes "techniques" pures.

Il faut avoir conscience qu'à la fois clé de voûte et clef de verrouillage des monopoles monétaires nationaux depuis le XXème siècle, la banque centrale nationale assujettit les autres banques du territoire de l'Etat, voire des firmes financières sans relation avec la monnaie.

Et la "théorie de la monnaie" ou, si vous préférez, la "théorie monétaire" a démontré que cette organisation dirigiste a, à l'échelle du monde, trois grandes conséquences:

- le système monétaire international et ses problèmes,
- des problèmes de balances de paiements ;
- des ajustements économiques plus ou moins sévères.

"Système monétaire international" (S.M.I.) est un euphémisme pour désigner les règles dont conviennent, en matière de monnaies nationales monopolisées, les hommes de l'Etat à l'échelle du monde.
Cela s'est fait dans des passés proches ou lointains, mais peu en deçà du XXème siècle, tantôt à chaud, tantôt à froid, via, le cas échéant, des instances internationales (Fonds monétaire international, G 20, etc.) ou non (cas des accords bilatéraux entre les USA et la Chine sur le prix du yuan en dollar, cf. cet entretien).
Et les règles n'ont fait que s'accumuler et peser sur les échanges mondiaux.

Soit dit en passant, on aura l'occasion de faire ci-dessous une analogie entre le S.M.I. et une bataille navale entre hommes de l'Etat – fondée sur l'analogie entre le moyen d'échange qu'est la monnaie et le moyen de transport qu'est tout type de navire, le cadre de la théorie monétaire étant plus analogue à un cadre aqueux qu'à un cadre terrestre -.

Ces règles portent sur les taux de change des monnaies – désormais, les prix relatifs des monnaies nationales monopolisées échangeables internationalement -, les taux d'intérêt à court terme – les taux à long terme échappant aux hommes de l'Etat – et les échanges internationaux d'objets, matériels ou non.

Nouveauté récente à souligner : la banque centrale européenne assujettit depuis 1998 les banques d'un territoire à plusieurs Etats différents, autonomes.
Et cette nouveauté a emporté la nouveauté que l'"euro" n'est pas une monnaie nationale, mais régionale.

Ma thèse d'Etat.

Il y a trente ans (1979), je soutenais une thèse d'Etat sur le thème de "l'inflation mondiale et la demande de réserves internationales". J'y exposais que la demande de réserves internationales était une cause importante de l'inflation mondiale.
Oui, la détention de réserves internationales est rationnelle et elle s'explique en des termes analogues à ceux de la demande de monnaie … privée (qui a vu le jour dans la décennie 1930 seulement)
Oui, sa variation peut être cause de l'inflation mondiale, toutes choses égales par ailleurs.

Et le problème est aujourd'hui d'actualité.  Il est même à la fois latent et aigu avec la demande de réserves internationales de la Banque de Chine... : cette banque centrale va-t-elle changer de stratégie de demande ?

Le S.M.I. convenu à Bretton Woods - et après - venait d'être dénoncé. Ses principales règles étaient jusqu'alors l'étalon de change-or, des balances des paiements équilibrées en permanence, des taux de change en or fixes et le F.M.I. pour aider à tout cela.

Les banques centrales nationales et autres autorités monétaires reconnues juxtaposaient de plus en plus à l'or dans leurs actifs des monnaies étrangères (dont des Droits de tirage spéciaux - D.T.S. -, "monnaie" procédant du F.M.I. et allouée au début de la décennie 1970), l'ensemble recevant le nom de "réserves internationales".

Les balances des paiements nationales étaient de moins en moins équilibrées en permanence.

Il y avait périodiquement des réévaluations de monnaies nationales monopolisées (le Deutsche Mark ou le Yen par exemple) et des dévaluations d'autres (le Franc français menait le bal !).

Les Statuts du F.M.I. de 1944-45 avaient été amendés.

A cette époque, la théorie monétaire n'avait encore guère droit de cité dans la théorie économique officielle et enseignée, au moins en France, sauf à développer les conséquences de l'hypothèse que les gouvernements doivent avoir une politique monétaire et celle que chaque pays doit avoir sa propre structure d'unités monétaires.

La dénationalisation de la monnaie.

Friedrich von Hayek venait de publier en 1978 Denationalisation of Money, seconde édition révisée et étendue d'un texte qu'il avait publié en 1976, après avoir partagé le prix Nobel de sciences économiques, deux ans plus tôt, avec Gunnar Myrdal, économiste suédois pour le moins fermé à la théorie monétaire.

Dans cette publication (Hobart Papers 70 de l'Institute of Economic Affairs), il remet en question la double hypothèse précédente.
Et comme il l'écrit :

"The further pursuit of the suggestion that government should be deprived of its monopoly of the issue of money opened the most fascinating theoretical vistas and showed the possibility of arrangements which have never been considered".

Pour leur part, des hommes de l'Etat de certains pays européens s'efforçaient alors de constituer un système monétaire européen (S.M.E.).

Quant aux Statuts du F.M.I., ils étaient encore et encore amendés quoique l'organisation eût du être abandonnée une bonne fois pour toutes puisqu'elle n'avait plus de raison d'être.

Et les monnaies nationales monopolisées échangeables internationalement n'avaient plus de fondement.

L'inflation mondiale faisait rage comme l'avait prédit Jacques Rueff (mort en avril 1978) tandis que les diagnostiqueurs de causes habituels l'imputaient à l'augmentation des prix du pétrole.

Et d'autres ajustements économiques plus ou moins sévères allaient se produire jusqu'à aujourd'hui inclus.
Par exemple, en France, au début de la décennie 1980, avec la présidence de la République Mitterrand (Jacques Delors, ministre de l'économie et des finances), un contrôle des changes sera instauré après les dévaluations du franc français de 1981 et 1982 !

Le point "G"...

Dans un article de 1965, Milton Friedman avait souligné que :

"'… [une foule de gens] se prononcent en faveur de 'la consolidation des accords internationaux de coopération monétaire' au moyen d'une 'surveillance multilatérale' … exercée par les corps consultatifs internationaux existants' pour employer les euphémismes de la récente étude des représentants du Groupe des Dix (août 1964)".

Le Groupe des Dix ("G10"), réincarné, entre autres, en "G20" entre temps, va se réunir les 24 et 25 septembre prochains, à Pittsburgh.

Qu'a-t-il à son actif depuis 1964 sinon d'avoir eu un élargissement de 10 à 20 en 1999 ? Il a peut-être "consolidé", il a peut-être "surveillé", mais on sait ce qu'il est advenu malgré tout.

A la veille de la réunion, dont l'ordre du jour est :
- le renforcement de la transparence et la responsabilisation ;
- l’amélioration de la bonne réglementation ;
- la promotion de l’intégrité dans les marchés financiers ;
- le renforcement de la coopération internationale ;
- la réforme des institutions financières internationales.
la position affichée du gouvernement français semble être une réglementation - un plafonnement - des bonus des traders, voire une taxe sur les transactions financières.

Que penser de tout cela ?


1. L'Arlésienne.

L'ajustement économique remarquable en cours – dénommé "crise" par certains -, avec quoi ferraille étroitement le G20 depuis deux ans, tranche avec les précédents, ceux de la période "1965- aujourd'hui", voire ceux d'avant, pour au moins une raison jamais évoquée : les "diagnostiqueurs" de causes – à commencer par les Français – sont muets sur le S.M.I..

A l'occasion des précédents ajustements, les diagnostiqueurs de causes avaient coutume de voir dans le S.M.I., véritable Arlésienne, une cause importante, sinon la cause, et de ne pas trop impliquer les politiques des hommes de l'Etat.

Aujourd'hui, comme auparavant, ils donnent en général quitus aux hommes de l'Etat des politiques qu'ils ont menées et des déficits budgétaires croissants à quoi celles-ci ont donné lieu.
Mais ils sont muets sur le S.M.I..
Ou bien, à l'image d'une tendance française, ils avancent que l'ajustement serait pire si l'euro, élément du S.M.I., n'avait pas été créé – il y a maintenant dix ans – et substitué ainsi au FF, au DM, etc. En d'autres termes, loin d'être néfaste, le S.M.I., dans l'état où il se trouve aujourd'hui, aurait été bénéfique.

Qu'est-ce qui a bien pu amener ce changement de conduite ?

Ma réponse :
un consensus a supplanté l'exclusion. La théorie monétaire n'est plus mise de côté, mais elle est dénaturée.

Comment expliquer autrement que les diagnostiqueurs de causes en arrivent à évoquer, comme déterminantes, des causes aussi farfelues que les salaires des "traders" qu'ils jugent exorbitants et, a fortiori, les bonus qui peuvent leur être versés.
La cause des "paradis fiscaux" qu'ils ont soutenue un temps – en particulier, en connivence avec le "paradis fiscal" qu'est l'O.C.D.E.  – semble n'être plus mise au premier plan désormais.

Et, dans la foulée, ils veulent que soient "plafonnés ou "encadrés" mondialement les "bonus" des "traders" !


2. "Il y a ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas".

La création de l'euro dans le S.M.I. de 1998 bouleversé par l'ajustement économique observable alors dans les pays d'Asie du Sud Est et en Russie, a été présenté comme un facteur stabilisateur et non un choc supplémentaire.

Mais pourquoi, dans tous les domaines, est-il jugé sage "de ne pas mettre tous les œufs dans le même panier" ou de "diversifier les risques" ?

Pourquoi, dans le domaine monétaire, serait-il sage - bien plus, "efficace" disent certains - d'avoir toujours moins de monnaies nationales monopolisées ? Car c'est de telles monnaies qu'il s'agit.

Suivant en cela ce qu'a écrit Milton Friedman en 1962, et complété en 1965, il convient d'abord de distinguer les étalons-or et les pseudo étalons-or - dont nous sommes sortis aujourd'hui -.
Et pour comprendre cette distinction, il convient de faire une première distinction entre une monnaie unifiée et un ensemble de monnaies distinctes, liées entre elles par des taux de change fixes, avec ou sans l'aide du mécanisme de l'or.

La caractéristique économique décisive d'une monnaie unifiée comme le dollar aux Etats-Unis ou l'euro dans les pays dits de l'euro est que les transferts de monnaie se font automatiquement sans qu'aucune action administrative ne soit nécessaire pour les effectuer, ni ne puisse entraver leur réalisation.
Si un résident de France effectue un paiement à un habitant de Berlin, cet échange, en lui-même, réduit nécessairement les encaisses monétaires des habitants de France et augmente celles des Berlinois.
Si l'ensemble des résidents de France verse aux habitants de Berlin davantage qu'ils ne reçoivent en retour, la quantité de monnaie détenue en France diminuera alors nécessairement en raison de cette opération (toutes choses égales par ailleurs) tandis que la quantité détenue par les Berlinois augmentera nécessairement.

Dans un système de monnaies distinctes, liées entre elles par des taux de change fixes, avec ou sans l'aide du mécanisme de l'or, tout dépend de ce que décident les banques centrales qui monopolisent les monnaies en question, par exemple, le Fed, banque centrale des Etats-Unis, ou la banque centrale européenne.

En conséquence de la monnaie unifiée, il ne peut y avoir de déséquilibre de la balance des paiements alors qu'en conséquence de l'autre système, ils ont droit de cité et peuvent croître et embellir.

Mais il existe un troisième type de système, celui des taux de change variant librement. Ce système est de même nature que la monnaie unifiée pour autant qu'il n'entrave pas les échanges et qu'il ne donne pas lieu à des problèmes de balance des paiements.

Seulement, ce système n'exclut pas l'existence des banques centrales. Il prête donc le flanc à ce que celles-ci cherchent à contrôler et manipuler les taux de change.
Si tel est le cas, le système devient voisin du système des taux de change fixes signalé : ils sont l'un et l'autre des procédés interventionnistes dont découlent les problèmes de balance des paiements et les ajustements économiques en général.

En d'autres termes, au cœur de la distinction des étalons-or et des pseudo étalons-or, se trouve l'organisation "banque centrale" et, en particulier, son statut juridique de banque centrale dépendante ou indépendante de l'exécutif politique.

A propos de l'or et l'ajustement économique de 1929 et après..., on pourra écouter Milton Friedman :
 



De la banque centrale indépendante
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S'agissant de la banque centrale indépendante, les deux questions que se posait Friedman à son sujet sont les suivantes :

1) "Peut-on souhaiter un système dans lequel un petit nombre d'individus, qui ne sont pas directement responsables devant le corps électoral, ni même, en principe, indirectement du fait de leur soumission à l'autorité de l'exécutif politique, aient tous pouvoirs pour influencer l'évolution économique en contrôlant le système monétaire?"

2) "Souhaitable ou non, est-elle possible ? Un tel système peut-il durer ?"

Et Friedman de répondre "non" à la question 1).

Pour répondre à la question 2), il a observé les faits et conclut :

"Les banques centrales indépendantes sont des institutions de la Belle Epoque. Chaque fois que se sont produites de sérieuses divergences entre leurs politiques et celles que soutenaient les autorités politiques centrales […], les autorités politiques ont invariablement tôt ou tard, agi à leur guise".

Mais écoutez, un instant, le maître parler de la banque centrale des Etats-Unis :
 




3. Il y a surtout ce qui est et ce qu'on fait croire.


3.A. La monnaie n'est pas une création des hommes de l'Etat.

Il est traditionnel d'entendre ou de lire un développement sur la monnaie qui commence par la donnée ou un rappel des "rôles" ou des "fonctions" de celle-ci : à savoir, unité de compte, moyen de paiement et réserve de valeur.

Autre introduction prisée, on évoque la quantité de monnaie - en France, on aime à parler de "masse monétaire" ! - mesurée comptablement, à partir d'une comptabilité bancaire, comme si la monnaie n'avait aujourd'hui qu'une seule quantité mesurable sans discussion possible et non pas plusieurs discutables.

En conséquence de telles introductions, est vif le sentiment que la monnaie est tout simplement une création consciente des hommes de l'Etat.

Malheureusement, pas plus que le lait ou la houille, la monnaie n'est une création des hommes de l'Etat et délimitée dans l'espace et le temps. Des économistes de la fin du XIXème siècle l'ont démontré (cf. par exemple Carl Menger (1871), Principles of economics ou bien (1892) "On the Origin of Money", Economic Journal, volume 2, pp.239-55 translated by C.A. Foley).

Mais, contrairement au lait ou à la houille, la monnaie n'est pas non plus un objet de la nature, animée ou inanimée.

En effet, la monnaie procède des échanges d'objets entre êtres humains, de l'action humaine qu'est l'échange synallagmatique ou catallactique qui, comme toute action, prend, au minimum, du temps aux échangistes potentiels.
Certains diront qu'il y a des obstacles naturels à l'échange : Stanley Jevons a insisté sur le point en faisant intervenir la riche notion de "double coïncidence des besoins" nécessaire à l'échange sans monnaie.
A ce titre, l'échange est évalué coûteux.


3.B. Ce qu'est la monnaie.

Dans ces conditions, qu'est ce que la monnaie ?

Ce qui a divisé le temps de l'échange de l'objet X possédé contre l'objet Y désiré en deux temps : à savoir, le temps de la vente de X contre de la monnaie M – prix de vente de X en monnaie - et le temps de l'achat de Y contre de la monnaie M – prix d'achat de Y en monnaie -.

Au seuil de ce second temps de l'échange, la monnaie est donc un droit ou pouvoir ou capacité d'acheter des objets, un droit/pouvoir/capacité d'achat général.
Il n'y a pas d'autre définition raisonnable à donner, il n'y a pas à hésiter sur cette définition : "telle est la lune."

Et, de ce fait, la monnaie n'a strictement rien à voir avec la finance comme une certaine vulgate tendrait à le faire croire.

En d'autres termes, la monnaie est l'intermédiaire qui a réduit le coût des échanges, le coût – d'opportunité - d'un échange étant le revenu qui est abandonné et qui pourrait être obtenu si les facteurs de l'échange – à commencer par le temps qui y est passé – étaient employés dans une action autre que l'échange, la production par exemple.

Comme le coût des échanges n'a pas été réduit, une fois pour toutes, d'emblée, à zéro, des efforts ont visé depuis lors à ce qu'il se rapproche de ce chiffre et ils ont été couronnés de succès.

C'est la raison pour laquelle, aujourd'hui, en pratique, il existe diverses formes "techniques" de monnaie et pourquoi les formes se succèdent les unes aux autres quand elles ne se juxtaposent pas, la dernière en date étant la "monnaie électronique ou numérique".

Pour caractériser cet état de fait, les économistes de l'école de pensée autrichienne réservent le mot de monnaie à l'or, à l'argent, bref, à la dernière forme matérielle qu'elle a revêtue - et parlent des "substituts de monnaie" – coupures de billets en papier émises par une banque, dépôt dans un banque sur quoi on peut tirer de différentes façons, par chèques ou autrement -.

Répétons-le, les formes de monnaie ne devraient pas faire perdre de vue ce qu'est la monnaie. Il ne faut pas regarder le doigt du sage qui montre la lune – i.e. les formes de la monnaie -, mais la lune – la monnaie -.


3.C. Perte de savoir.

Avant 1914

La monnaie a aussi reçu diverses marques (Louis, Napoléon, dollar, franc, etc.)

Les marques - comme les formes - ont contribué à faire perdre le savoir de ce qu'est la monnaie.
En d'autres termes, elles ont conduit à regarder le doigt de tel ou tel sage qui montrait la lune et non plus la lune.

On a ainsi déclaré en particulier, au prix d'un subterfuge, qu'il y avait des monnaies nationales et qu'il n'y avait pas de monnaie mondiale après que, dans les nations en question, le législateur national eut accordé, un beau jour, le privilège de monopole de "battre monnaie" ou d'"émettre des billets" à un récipiendaire de son choix – tel a été le subterfuge -.

Depuis 1914.

Sur leur lancée, les législateurs nationaux ont continué à contribuer à faire perdre ce savoir et la période "1914 - aujourd'hui" est exemplaire.
On est passé d'une situation, en 1914, où les monnaies nationales en or étaient le soubassement des échanges entre deux personnes de deux pays différents, voire de deux personnes du même pays, à une situation, en 2009, où ce soubassement a totalement disparu suite à des décisions autonomes ou collectives des hommes de l'Etat ou des législateurs nationaux.

On en est arrivé à parler du prix d'une monnaie nationale en une autre au lieu de parler du prix du change, i.e. du prix de la monnaie nationale fixé en or ou en argent.

Des monnaies nationales, désormais sans soubassement, ont donc été fusionnées en 1998 en une monnaie régionale de marque "euro" sur la base de leurs prix relatifs.

"Et pourtant çà marche" diront certains, "Cà marche, c'est magique !".

D'autres penseront que "çà marche jusqu'au jour où çà ne marche plus, et alors le pire est à craindre …"


3.D. Guerres et crises.

Rappelons quelques faits.

Ont eu l'initiative de cette évolution puis en ont été les instigateurs les hommes de l'Etat de par le monde, qu'ils soient ceux d'un même Etat national ou ceux de plusieurs, via les obstacles artificiels qu'ils inventaient alors que leur connaissance de la question monétaire était tout comme celle des économistes en vogue d'une pauvreté affligeante. La théorie de la monnaie n'était pas reconnue (cf. ci-dessous).


a) 1914-18 et après...

En vérité, les hommes de l'Etat ont tiré parti de la guerre de 1914-18 qu'ils s'étaient déclarés, des conséquences de la paix qu'ils étaient parvenus à rétablir, de cette connaissance indigente et de l'idéologie ambiante de l'organisation consciente de l'économie nationale, voire internationale, pour empêcher les "crises" et favoriser la croissance économique et le développement social.

Les décisions furent critiquées par des économistes minoritaires quand elles furent prises à cause de ce qu'elles ne manqueraient pas d'apporter et qui s'est réalisé.
Des crises se sont effectivement produites.

Par exemple :



b) 1939-45 et après...

Les mêmes ont ensuite tiré parti de la guerre de 1939-45 que, là encore, ils s'étaient déclarés, des conséquences de la paix que, là encore, ils étaient parvenus à rétablir sans mettre en cause, bien au contraire, ni leur connaissance monétaire ni l'idéologie ambiante de l'organisation consciente de l'économie nationale ou internationale pour empêcher les "crises" et favoriser la croissance économique et le développement social.
Grande différence avec l'épisode précédent néanmoins : ils ont créé des "organisations internationales" genre "Fonds monétaire international", "Banque internationale pour la reconstruction et le développement" (B.I.R.D., dénommée aujourd'hui curieusement "banque mondiale"), etc. et les ont multipliées.

Les décisions furent critiquées par des économistes minoritaires quand elles furent prises à cause de ce qu'elles ne manqueraient pas d'apporter et qui s'est réalisé.
Et des crises se sont effectivement produites.


c
) 1947-89 et après...

Les mêmes ont enfin tiré parti de la guerre froide de 1947-89 "qu'ils ne s'étaient pas déclarés", des conséquences de la paix qu'ils ont obtenue, sans mettre en cause, bien au contraire, l'idéologie désormais controversée de l'organisation dirigiste de l'économie nationale ou internationale pour empêcher les "crises" et favoriser la croissance économique et le développement social.

Et ce fut la disparition de quelques monnaies nationales monopolisées qui furent fusionnées dans la nouvelle monnaie régionale dénommée "euro".

Ce fut le renforcement du pouvoir de nuire des banques centrales nationales dépendantes qui monopolisaient les monnaies nationales disparues et qui sont désormais associées au conseil d'administration de la Banque centrale européenne créée pour l'occasion et prétendument indépendante des hommes de l'Etat des nations associées.

Les décisions furent critiquées par des économistes minoritaires quand elles furent prises à cause de ce qu'elles ne manqueraient pas d'apporter et qui s'est réalisé.
Et des crises se sont déjà produites : nous sortirions de la dernière en date actuellement si on en croît les "experts"…


d) "Maudit argent"...

Bref, longtemps objet comme un autre – et cela depuis son invention -, comme par exemple le lait ou la houille, aujourd'hui, la monnaie n'est plus un tel objet.
La monnaie ne circule plus sous forme d'or ou d'argent – quoique le mot "argent" continue à être utilisé en France aveuglément ! -. En d'autres termes, l'or ou l'argent ne circule plus comme "monnaie".

Pour fixer les idées, on dira que la monnaie n'est plus un tel objet depuis les premières décennies du XXème siècle.
Et le coin a été remarquablement enfoncé avec la circulation de l'"euro" à partir de 1999, dernière année du siècle.

La monnaie serait encore un objet comme un autre si elle n'avait pas été monopolisée par les hommes de l'Etat et si les êtres humains n'avaient pas reçu l'obligation d'effectuer leurs paiements en monnaie nationale monopolisée.

La monnaie nationale monopolisée doit donc tout aux hommes de l'Etat, aux législateurs nationaux, à l''impôt sans pleurs", à l'"illusion fiscale", à l'idée qu'il n'y a pas de lois économiques.


3.E. La théorie monétaire a acquis récemment droit de cité.

Des troisièmes observeront des faits monétaires de leur choix, quittant ainsi des yeux les doigts du sage, mais sans les porter pour autant sur la lune.

Les décisions des hommes de l'Etat qui ont porté préjudice aux soubassements du S.M.I. ont souvent été prises à chaud, en catastrophe.

Elles ont eu des conséquences sur les prix - exprimés en monnaies nationales monopolisées - des échanges et sur les conjonctures nationales.
Le cas échéant, on a parlé de "crise".

Dans la perspective de ce billet, étant donné ce qu'est la monnaie, la "crise" se définit tout simplement comme un moment économique où les coûts de l'échange sont devenus tels qu'ils rendaient des échanges impossibles, qu'ils décourageaient les êtres humains d'échanger ou que ceux-ci n'avaient plus la capacité de faire les échanges qu'ils désiraient faire : certains diront alors qu'"il n'y avait plus de marché"...

Bien sûr, "ç'aurait été pire si les décisions n'avaient pas été prises" diront des quatrièmes. Laissons les à cette conclusion de haut vol.

En fait, toutes les décisions des hommes de l'Etat ont été fondées sur des arguments d'autorité plutôt que sur une réflexion approfondie ou sur le respect pur et simple de la liberté de faire de chacun. On ne saurait parler de justification.
Dernier exemple en date : la création de l'euro à partir d'une caricature de la théorie de la zone optimale de monnaie de Robert Mundell.

Il faut savoir que la reconnaissance de la théorie de la monnaie ou de la théorie monétaire est en effet récente. Longtemps, elle a été refusée en tant que telle par les hypothèses des théories économiques dominantes, aussi farfelues fussent-elles.

Au XXème siècle, pour ne pas remonter au-delà, par exemple :
* I. Fisher avait pourtant écrit une théorie quantitative de la monnaie en 1911, The Purchasing Power of Money: Its Determination and Relation to Credit, Interest, and Crises;
* L. von Mises, une théorie de la monnaie et du crédit en 1912 ;
* J. Rueff, une théorie des phénomènes monétaires en 1927 après avoir écrit une théorie du change, phénomène naturel, en 1922, le "change" étant le prix d'une monnaie nationale en or ;
etc.

Une théorie de la demande de monnaie a vu le jour dans la décennie 1930 et a surtout été développée dans la décennie 1950 par Friedman et ses amis de l'Université de Chicago. Soit dit en passant et rétrospectivement, la "demande de monnaie" était envisagée auparavant comme une "non demande".

La théorie de l'offre de monnaie est elle aussi récente comme l'ont souligné Brunner et Meltzer, par exemple en 1964.

En conséquence, le concept de marché de la monnaie - dénommé "relation de la monnaie" par Ludwig von Mises - a acquis progressivement droit de cité dans la théorie économique.


4. Contre la tendance.

Après qu'elle a été vouée aux gémonies pendant longtemps (grosso modo, jusqu'à la décennie 1960) et exclue de la théorie économique "honorable", la théorie monétaire est aujourd'hui, en grande partie, dénaturée par le consensus sur la base de l'hypothèse, entre autres, qu'une monnaie monopolisée serait "meilleure" que la monnaie libre, concurrentielle, développée, entre autres, par Hayek.

En fait, de même que "la mauvaise monnaie chasse la bonne dans un monde réglementé arbitrairement" et amène tous les dégâts des ajustements économiques violents, des crises, de même, la fausse théorie monétaire chasse la vraie dans un monde où les hommes de l'Etat et d'autres groupes de pression tendent à verrouiller la recherche et à la maintenir dans des impasses.

Au contraire, dans un monde de liberté, la théorie monétaire vraie décourage la théorie monétaire fausse et la bonne monnaie empêche qu'apparaissent la mauvaise ainsi que les conséquences néfastes de cette dernière.

Comme le soulignait Friedman dans le texte de 1965 évoqué, un véritable étalon-or est un système monétaire où l'or a un rôle officiel et où les hommes de l'Etat – ou de la banque centrale - renoncent à utiliser la politique monétaire aux fins d'influencer l'économie nationale, l'emploi ou le niveau des prix.
L'étalon-or vrai est la forme de la liberté dans le domaine monétaire.

A ce système s'opposent les pseudo étalons-or qui se distinguent les uns des autres par le degré d'interventionnisme des hommes de l'Etat et, par conséquent, par les problèmes de balance de paiements ou les ajustements à attendre et qui en résultent.

Avec tous ces systèmes monétaires où l'or intervient, sont en rupture les systèmes sans référence à l'or où tantôt les prix des monnaies échangeables internationalement sont manipulés par les banques centrales, tantôt ils varient librement.

Et Friedman de conclure qu'il est paradoxalement plus aisé de favoriser un véritable étalon-or via l'adoption d'un système de prix libres des monnaies échangeables internationalement que via un pseudo étalon-or, articulé à des banques centrales, qu'elles soient indépendantes ou non d'un pouvoir exécutif.

Le S.M.I. actuel est un système sans référence à l'or où les prix des monnaies nationales ou régionales monopolisées échangeables internationalement et les taux d'intérêt à court terme sont manipulés par les banques centrales.

Il n'y a rien à en attendre de ce système sinon des ajustements économiques dévastateurs dont le rythme de survenance va s'accélérer étant données la circulation de l'information permise par les techniques numériques et la gestion possible de cette information par tout échangiste.


5.  Un dernier mot.

Dans ces conditions, la prochaine réunion du "G 20" qui n'a pas à son ordre du jour la réforme du S.M.I., sera une réunion de plus, qui détériorera l'économie mondiale à défaut d'améliorer quoi que ce soit.
Dans la bataille navale à quoi on peut comparer le S.M.I. et que se livrent les hommes de l'Etat depuis le XXème siècle, pour "G 20" annoncé, aucune cible ne sera touchée : "dans l'eau" sera donc la réponse.

Quant à la position française à cette réunion, telle qu'elle est annoncée par les médias, et même si elle influence la position de l'Union européenne, elle est non seulement dérisoire, mais calamiteuse.
Puissent ses hérauts écouter, un jour, Milton Friedman parler du "gouvernement limité".



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