Paris, le 28 septembre 2009.



Le G20 a publié, dimanche 27 septembre 2009, sur son site, une "déclaration des dirigeants" à la suite de la réunion des 25 et 26 à Pittsburgh.
Les membres du G-20 sont, rappelons-le :

Afrique du Sud, Allemagne, Arabie saoudite, Argentine, Australie,
Brésil,
Canada, Chine, Corée du Sud,
Etats-Unis,
France,

Inde, Indonésie, Italie,
Japon,
Mexique,
Royaume-Uni, Russie,
Turquie,

Union européenne.


Deux points de forme de la "déclaration" sautent aux yeux et doivent être évoqués d'emblée, brièvement :

- le texte n'a qu'une version anglaise et l'anglais employé est un anglais qu'
à coup sûr, ne saurait pratiquer la reine d'Angleterre tant il est affligeant : c'est en vérité un vocabulaire de financiers sans guère de connaissances économiques qui tient beaucoup de la vulgate financière;

- un seul nom de dirigeant de pays est cité ponctuellement, à l'occasion, celui de la chancelière d'Allemagne, Madame Merkel : est-ce à dire que les rédacteurs de la "déclaration" sont allemands ? ou qu'elle a été déterminante dans la "déclaration" ?


A la lecture, on ne peut qu'être frappé par la désuétude des propos tenus.  Il n'y en a pas en effet un mais plusieurs, malgré les apparences et les commentaires qui ont prévalu.

Très exactement, il y en a dix grands développés en cinquante paragraphes, à savoir :

1. Un cadre pour une croissance forte, durable et équilibrée.

2. Renforcer le système international de réglementation financière :
a) Développer un capital de haute qualité et atténuer le
     caractère pro cyclique:

• Réformer les pratiques de rémunération pour soutenir
   la stabilité financière ;

• Améliorer les marchés de dérivés de gré à gré ;
b) Traiter des résolutions transfrontalières et des
     institutions financières d'importance systémique
    d'ici fin 2010.


  3. Moderniser nos institutions mondiales pour qu'elles
      reflètent l'économie mondiale d'aujourd'hui.
  4. Réformer le mandat, la mission et la gouvernance du
       F.M.I. .
  5. Réformer la mission, le mandat et la gouvernance de
       nos banques de développement .

 
  6. Sécurité énergétique et changement climatique.

  7. Renforcer le soutien aux plus vulnérables.
  8. Mettre l'emploi de qualité au centre de la reprise.
  9. Une économie mondiale ouverte.
10. Le chemin ouvert par Pittsburgh.


Ces propos, et les propositions qu'ils impliquent, sont sans grand intérêt et m'amèneront à ne pas m'y attarder. 

Les cinq premiers ne font que reprendre les documents finaux des groupes de travail qui ont préparé la réunion.

Tantôt il s'est agi de développer des considérations financières en des termes très discutables :

groupe de travail 1: Enhancing sound regulation and 
                                   strengthening transparency ;
groupe de travail
2: Reinforcing international
                                   cooperation and
                                   promoting integrity in financial
                                  markets.

Tantôt il s'est agi de faire revivre des institutions internationales faillies et qui ne peuvent que l'être de nouveau :

groupe de travail 3: Reform of the I.M.F. ;
groupe de travail
4: The World Bank and other
                                   multilateral development banks.


Les cinq autres propos nous situent en pleine "social démocratie" ou, si on préfère, en "démocratie sociale".

Soit dit en passant, les macroéconomistes apprécieront le propos "9. Une économie mondiale ouverte".

S'il y a bien un modèle d'"économie fermée" chère à certains d'entre eux, c'est bien l'économie mondiale.
Jusqu'à présent, on n'a pas vu en effet de "terrien" faire des échanges avec des "non terriens", ce qui serait le cas si l'économie mondiale était ouverte.

Des lecteurs vont me dire : "ce n'est pas comme cela qu'il faut comprendre l'expression".
Soit, mais je leur répondrai : "pourquoi dénaturer des concepts de la théorie économique ? Parce qu'on les ignore?"


Bref, les propos, et les propositions qui vont de pair, ne forment pas un inventaire à la Prévert, mais on n'en est pas loin.

On n'en est d'autant plus pas loin que la "déclaration" est complétée par une annexe intitulée "Les valeurs centrales de l'activité économique durable" qui se termine par ces mots :

•" Nous avons la responsabilité d'assurer une architecture économique et financière internationale qui reflète les changements dans l'économie mondiale et les nouveaux défis de la mondialisation."

Dans la décennie 1930, on n'eût dit mieux et on sait la suite.

Cette dernière phrase est en définitive misérable. Les dirigeants des pays du G20 seraient-ils frappés d'amnésie ou bien une inculture incommensurable les enveloppe-t-elle ?  Qu'ils lisent au moins Ludwig von Mises, Friedrich von Hayek, Jacques Rueff et bien d'autres pour se rafraîchir la mémoire ou la remplir et comprendre l'absurdité d'un tel propos.


Après ce morceau de bravoure, un texte en quatre points intitulé "Le cadre du G-20 pour une croissance forte, durable et équilibré" conclut la "déclaration" dans laquelle, enfin, Ô miracle!, au détour d'un alinéa de deux lignes, sont évoquées les politiques monétaires des pays membres du G20 qui

"… doivent être compatibles avec la stabilité des prix dans le contexte de taux de change orientés par le marché qui reflètent les fondamentaux économiques sous jacents".

Est-ce bien suffisant ?


Dans cette "déclaration", et hormis le vocabulaire financier employé - par exemple, "les fondamentaux économiques sous jacents"!- nous ne sommes pas en 2009, ni même en 1975 (où le problème était alors l'"inflation mondiale"), mais davantage en 1945, voire en 1933– quand le dollar était devenu momentanément inconvertible en or avant d'être dévalué en 1934-.
La pensée social-démocrate ou démocrate sociale règne bien dans les cénacles qui se qualifient de "dirigeants" ou "d'experts", fussent-ils des financiers.

Cela illustre à soi tout seul le caractère désuet de la "déclaration".


Plus grave, la destruction de la monnaie pratiquée dans le monde depuis la décennie 1920 semble désormais acquise pour autant que la manipulation des monnaies nationales ou régionales à quoi procèdent les dirigeants du G20 en permanence n'est même plus considérée comme une cause possible de l'ajustement économique en cours - qu'ils dénomme "crise" -, a fortiori comme "la" cause.

Lénine aurait-il plus que gagné ! Lui qui avait dit que "pour détruire le régime bourgeois, il fallait détruire sa monnaie."  Aujourd'hui, c'est la pensée en matière de monnaie qui apparaît détruite.


Malgré ce qu'a dit Piqueur de la Mirandole  sous le titre "G vain" et dont nous informe Jacques Garello dans l'éditorial de La nouvelle lettre du 26 septembre 2009 intitulé "Quand le G 20 est tiré, il faut le boire", je maintiens le titre de mon billet du 18 septembre "'G20 ?' – 'dans l'eau!'".

Dans le "pseudo combat naval" que se livrent les hommes de l'Etat dans la "mer des liquidités" - dont ils semblent croire qu'ils peuvent régler le niveau en toute impunité – qu'est le système monétaire international, et dont peu parle, en "G20", aucun navire de combat n'a été touché et ne pouvait l'être : l'ignorance économique ou, à défaut, un consensus peu éclairé des dirigeants et des groupes de travail y règnent.

On devrait se souvenir que ce n'est pas un missile qui a fait couler le Titanic, mais un iceberg...
Dans la "mer des liquidités", il faut convenir qu'il y a des icebergs…, dont un très gros se dénomme "refus de la fausse monnaie".
L'ignorer n'empêche pas qu'il existe et qu'il pourra se rappeler au bon souvenir de tous, le moment venu, si l'entêtement persiste.


Retour au sommaire "finance internationale".