Paris, le 14 février 2010.




1. Le marché financier.

Aujourd'hui, le marché financier donne une capacité aux hommes de l’Etat d’endetter par la force les contribuables de leur pays, d’emprunter des montants de monnaie sans commune mesure avec ceux qu’ils pouvaient emprunter hier.

La cause du changement se trouve d’abord dans les innovations des dernières décennies : l’innovation technique en relation avec les nouvelles techniques d’informations et de communications et l’innovation financière en relation avec la recherche économique en matière de gestion de patrimoine ou de portefeuille.


2. Choix politiques et imposture…

La cause du changement se situe aussi dans les choix politiques que font - et ont faits ces dernières décennies - les hommes de l’Etat.

Aux termes de ces choix, ils ne réduisent pas ou n’infléchissent pas comme ils le devraient la tendance croissante des dépenses publiques, ils n’augmentent pas les recettes fiscales à due concurrence, mais s’accommodent de la différence entre le montant des dépenses publiques et celui des recettes de la fiscalité, à savoir du montant du déficit du budget de l’Etat.

Les hommes de l’Etat s’en accommodent d’autant plus que le marché financier « leur sert la soupe » - si on puit dire - : ils peuvent en effet y emprunter les montants de monnaie dont ils ont besoin, aussi importants soient-ils, pour couvrir le montant du déficit périodique.

Et tous ces emprunts en circulation concrétisent l’endettement des Etats à rembourser dans l’avenir.


2.A. Des pourcentages de P.I.B. sans signification.

Mais, à entendre les propos tenus ces derniers temps – et d’autres moins récents …  - par le « ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique » en exercice en France, les dépenses publiques, les recettes de fiscalité, le déficit budgétaire, l’emprunt périodique et l’endettement étatiques seraient cinq notions indépendantes les unes des autres

Une preuve chiffrée de cette aberration, s’il faut n’en citer qu’une, est donnée par la démarche officielle tant française qu’étrangère qui consiste à exprimer le déficit de l’Etat non pas par rapport aux recettes de la fiscalité ou aux dépenses publiques comme l’exigerait la simple logique comptable, mais par rapport au produit intérieur brut (P.I.B.).


2.B. L’objet frontière.

Déjà, et à supposer que faire le rapport ait un sens, il y aurait beaucoup à dire sur cet agrégat de la comptabilité nationale dénommée P.I.B. qui résulte en particulier de l’évaluation des services des agents de l’Etat « au coût des facteurs », i.e. d’une évaluation purement arbitraire !

On dira seulement qu’il s’agit d’un « objet frontière »:

… « Les objets frontières sont ces objets qui “habitent“ plusieurs communautés de pratiques et satisfont les besoins informationnels de chacune d’entre elles.

Ils sont ainsi assez plastiques pour s’adapter aux besoins locaux et aux contraintes des différentes parties qui les utilisent, et cependant assez robustes pour maintenir une identité commune à travers ces différents sites.

Ils sont faiblement structurés pour ce qui est de leur usage commun, mais deviennent fortement structurés quand ils sont utilisés dans un site particulier.
Ils peuvent être aussi bien abstraits que concrets. » [Bowker et Star, 1999 p. 297].

Les promoteurs du concept insistent sur le caractère souvent flou, non exhaustivement défini, de ces objets frontières, qui leur permet précisément de servir à la fois dans plusieurs univers qui auparavant s’ignoraient.

Ceci suggère de rapprocher cette idée de celle de « langage commun » […].

Le langage naturel a des propriétés analogues : c’est parce que les locuteurs ne passent pas leur temps à expliciter le sens et le contenu des mots prononcés que la communication est possible.

Les objets produits par la statistique publique (le taux de chômage, l’indice des prix, le P.I.B. ....) sont dans le même cas.
Une explicitation complète de leur mode de construction et de leur contenu risquerait de ruiner leur efficacité argumentative,
non pas seulement parce qu’elle « dévoilerait » des conventions ou des approximations non soupçonnées par l’utilisateur,
mais tout simplement pour des raisons d’« économie » du cours des échanges, des débats, des démonstrations dans lesquels les arguments statistiques trouvent place.

[Je ne saurais trop insister sur le fait que c'est un statisticien - donc "coupable" - qui écrit ces mots : ceux-ci ont d'autant plus de "valeur" et doivent d'autant plus faire frémir...]

Plus profondément même, le travail statistique suppose l’addition et donc l’agrégation de choses dont l’incommensurabilité éventuelle ne peut être surmontée qu’au prix de conventions d’équivalence.

Ainsi formulée, la démarche est (ou semble) consciente, voulue, assumée.

Mais l’idée d’objet frontière suppose une forme de « naturalisation » de l’objet résultant de la mise en équivalence, qui fait disparaître son caractère conventionnel, ce qui lui permet de circuler d’une communauté de pratiques à une autre, en oubliant ces conventions originelles.

L’analyse fine de l’histoire d’un système statistique montre les opérations concrètes, souvent lourdes et coûteuses, qu’implique la mise en place d’une telle machinerie administrative et cognitive.

La notion d’objet frontière s’applique bien aux outils techniques et juridiques, conçus et façonnés dans les années 1940 et 1950 en vue, notamment mais non uniquement, de sous-tendre un système d’information statistique.

En effet, plusieurs d’entre eux (le Plan comptable général, le fichier des entreprises, la loi de 1951, la nomenclature des CSP, l’indice des prix...) servent à des usages nombreux, sont mis en avant dans des contextes différents par des acteurs qui n’ont rien en commun sinon la référence à ces objets.

D’une certaine façon, la «planification à la française», concertée et indicative, débattue dès les années 1950 dans des «commissions de modernisation» rassemblant des « représentants des partenaires sociaux », est une sorte d’orchestration de ces objets frontières [Hickman 1965, Desrosières 1999].

La comptabilité nationale est, de ce point de vue, un "super objet frontière", dont certains ont pensé à un certain moment (des années 1950 à 1970) qu’il pouvait potentiellement englober tous les autres. » (cf. A. Desrosières, 2003 )




2.C. Bref…

Bref, et malgré ce qu’en disent ou n’en disent pas notre ministre et les officiels nationaux ou étrangers (y compris les organisations internationales), rapporter l’une ou l’autre des notions citées, et en particulier le déficit budgétaire, au P.I.B. ne veut strictement rien dire !

Et il en est de même de l’endettement de l’Etat exprimé en pourcentage du P.I.B.

Pardonnez-moi ces mots, Monsieur le Ministre, mais, au mieux, « vous pédalez dans la crème Chantilly…» (ci-contre) - que vous devez bien connaître...-, au pire, vous tendez à abuser le citoyen…



3. Quelques dissonances exemplaires supplémentaires.

La rhétorique mise de côté, on peut se demander si le choix politique du déficit budgétaire périodique et de tout ce dont il procède peut durer encore longtemps.

Pour répondre à l’interrogation, plusieurs éclairages complémentaires sont à combiner.


3.A. Les déficits budgétaires de l’Etat de la France.

Si on prend l’exemple de l’Etat de la France, force est de constater que le déficit budgétaire s’est creusé sans arrêt depuis la décennie 1970 et le soi disant « premier choc pétrolier » (cf. Finances-publiques ).

Il s’est approfondi dans le même sens malgré des gouvernements successifs prétendument politiquement différents, voire diamétralement opposés.


3.B. Le passage à l’euro.

Il s’est renforcé dans le même sens, d’une part, malgré le remplacement de la monnaie nationale « franc français » par une monnaie nouvelle, régionale, dénommée « euro », créée de toutes pièces, sortie de l’imagination de certains hommes de l’Etat, à partir du 1er janvier 1999.

D'autre part, … malgré aussi l’objectif que s’étaient donnés les hommes de l'Etat des pays de l’euro qu’en 2002, les Etats devraient avoir des budgets en équilibre.

En d’autres termes, l’euro devait être l’image monétaire de l’équilibre budgétaire des pays de l’euro et il s’est avéré à l’expérience celle d’une véritable peau de panthère de déficits budgétaires.



3.C. Le prix du DM en FF.

Reste que le remplacement de la monnaie - il faut le souligner -, s’est fait en 1998 sur la base de taux de change pour le moins discutables.

En particulier, il a été convenu que :

                        1 € = FF 6,55957 = DM 1,95583

soit :
                           DM 1 000 = FF 3 353,86

d’où :
                                 1 € = U.S. $ 1,18

Mais, depuis la grande réforme monétaire de 1948 en République fédérale allemande (R.F.A.) instituant le Deutsche Mark (DM), jamais le franc français (FF) et le DM n’avaient évolué en harmonie et, périodiquement, le FF avait été dévalué par rapport au DM ou bien, si on préfère, le DM avait été réévalué par rapport au FF.

Le DM était ainsi passé en seulement cinquante années :

                             de FF 0,74 à FF 3,35,

soit une multiplication par plus de 4,5 !

Et certain a eu le culot de parler, certes en 1979, vingt ans avant l'euro, des "Trente glorieuses" !

Et que serait-il advenu si, au début de la décennie 1990, l'Allemagne n'avait pas été réunifiée et si le DM de la R.F.A. n'avait pas été tout simplement instauré dans feue la République "démocratique" allemande ? L'addition n'aurait-elle pas été plus salée encore pour le FF?


3.D. L’étonnement.

Quand on savait ou n’oubliait pas ces faits, quand on se remémorait en particulier l'évolution précédente, il y avait de quoi être interloqué par la décision de remplacement, toutes choses égales par ailleurs.

Il y avait d’autant plus lieu de l’être qu’après 1998,
- les hommes de l’Etat de la France ne laissaient pas présager qu’ils changeraient leurs choix politiques pour les harmoniser avec ceux de leurs homologues d’Allemagne – la France était alors en pleine cohabitation politique, Jacques Chirac, président de la République dit "de droite", Lionel Jospin, Premier ministre dit "de gauche" -,
- et les hommes de l’Etat de l’Allemagne ne laissaient pas davantage espérer qu'ils changeraient leurs choix politiques pour les harmoniser avec ceux des Français – la réunification allemande qui ne datait que du début de la décennie 1990, était en cours et loin d'être achevée -.


3.E. Un flash de théorie économique.

Arrivé à ce point, il convient de faire remarquer - en passant - que, d’une façon générale, dans le passé, la monnaie a réduit progressivement le coût de l’échange en desserrant la contrainte de la double coïncidence des besoins, en divisant le temps de l’échange en deux temps – le temps de la vente du bien non préféré contre monnaie et le temps de l’achat du bien désiré avec la monnaie – et, avouons-le, les économistes ont été longs à s’en apercevoir et à en donner l’explication – encore aujourd’hui, certains économistes…-.

La raison d'être de la monnaie est la réduction du coût de l'échange et, à ce titre, elle est à envisager comme un processus d'innovation majeur de l’humanité. Rien d'autre, mais c'est déjà beaucoup.

Et le coût de l’échange n’a pas été encore réduit à zéro.
Et on peut seulement espérer qu’il deviendra asymptotiquement nul dans l’avenir grâce à l’ingéniosité de l’esprit humain.

A l’opposé, l’institution de l’euro a provisoirement interrompu le processus dans l'aire des pays qui l’ont adopté comme monnaie ou, tout au moins, l'a fortement entravé.

Qu’on le veuille ou non, l’euro a augmenté le coût de l’échange en instaurant une nouvelle contrainte qui n'existait pas auparavant, à savoir celle de la coïncidence multiple des choix politiques des hommes de l’Etat (cf.
ce billet).

Cette coïncidence multiple est une contrainte qu’ont passée sous silence les hommes de l’Etat et qu’ils effleurent de temps à autre quand ils parlent de « coordination des politiques économiques » à défaut de faire allusion à son spectre, le "pacte de stabilité et de croissance".


3.F. Le pacte de stabilité et de croissance.

A l'initiative - en 1995 - de Theo Waigel, le ministre des finances de l'Etat de l'Allemagne en exercice alors, les hommes de l'Etat des pays du futur euro en étaient en effet arrivés à convenir d'adopter un "pacte de stabilité et de croissance" à la réunion des Chefs d'Etat et de gouvernement de décembre 1996, à Dublin.

Point phare : ils s'engageaient à appliquer rigoureusement des dispositions relatives à la stabilité budgétaire ("prévenir tout déficit excessif dans la zone euro"). 
L'esprit du pacte était avant tout d'être dissuasif grâce à ... toute une batterie de sanctions en cas de non respect de cet engagement.

Ils le signeront le 17 juin 1997 à l'occasion d'une réunion analogue à Amsterdam.  Et, selon certains observateurs, "la signature vaudra traité"!


3.G. Un exemple d'irresponsabilité institutionnelle.

Ce pacte, comme il fallait s’y attendre, rapidement, des Etats dont celui de la France ne l'ont pas respecté (cf. graphique ci-dessous pour les années 2004 et 2005).

                                              Graphique



C’est, entre autres, dans cette conjoncture, que la Commission de Bruxelles a préconisé le renforcement de la "coordination des politiques économiques et budgétaires" :

… « Romano Prodi, président de la Commission, a déclaré :

"Je suis fermement convaincu que ces propositions permettront de renforcer le pacte et de le rendre plus crédible.

Je suis heureux de constater que les travaux réalisés par cette Commission ont porté leurs fruits, aboutissant à un projet de propositions qui contribuera à promouvoir la croissance en Europe".

Joaquín Almunia, membre de la Commission chargé des affaires économiques et monétaires, a ajouté :

"La Commission souhaite faire avancer ce débat d'une manière ouverte et transparente et en coopération étroite avec les États membres.

Nos propositions introduisent une plus grande logique économique dans la mise en œuvre du pacte de stabilité et de croissance, tout en renforçant la surveillance et l'application effective.

Elles visent à étayer la stabilité macroéconomique et à garantir des finances publiques viables, tout en contribuant à améliorer le potentiel de croissance de l'U.E. et à réaliser les objectifs de l'agenda de Lisbonne".(3 septembre 2004)



Plus précisément :

… "Dans une communication adoptée ce jour, la Commission européenne recommande de mieux coordonner les instruments de gouvernance économique de l'U.E. afin d'accroître la contribution de la politique budgétaire à la croissance économique.

Elle est également d'avis qu'il serait bénéfique, pour le pacte de stabilité et de croissance (P.S.C.), d'accorder une plus grande attention à la viabilité des finances publiques et de prendre davantage en considération la diversité des situations économiques dans une Union à 25 élargie.

Cette communication fait suite à l'appel lancé à la Commission par le Conseil européen de juin à soumettre des propositions en vue de renforcer et de clarifier la mise en œuvre du P.S.C.
Elle s'inspire d'idées contenues dans la communication du 24 juin 2004 intitulée «Les finances publiques dans l'UEM – 2004».

La Commission est d'avis que le renforcement de la coordination des politiques économiques devrait passer par un recours accru aux grandes orientations de politique économique.
Il pourrait être fait davantage appel à la pression collégiale et aux alertes rapides aux fins de la surveillance dans ce cadre.

En ce qui concerne la coordination et la surveillance des politiques budgétaires, l'objectif est de consolider les fondements économiques du P.S.C., tout en améliorant son application effective et sa crédibilité.

Les principales mesures qui pourraient être prises pour clarifier et améliorer la mise en œuvre du P.S.C. sont les suivantes:

i) mettre davantage l'accent, dans le cadre de la surveillance des positions budgétaires, sur la viabilité de la dette. Cristalliser l'attention sur le critère de la dette et la viabilité à moyen et long terme suppose de surveiller de plus près l'évolution actuelle de la dette, de même que les facteurs susceptibles d'influer sur sa dynamique à moyen et long terme;

ii) tenir davantage compte de la situation de chaque pays dans la définition de l'objectif à moyen terme de positions budgétaires «proches de l'équilibre ou excédentaires»;

(iii) prendre en considération les conditions économiques et leur évolution dans la mise en œuvre de la procédure concernant les déficits excessifs.
Lors de la constatation de l'existence d'un «déficit excessif» et de l'adoption de recommandations et de délais en vue de sa correction, il serait sans doute utile de tenir davantage compte de l'impact sur le budget de périodes de croissance économique exceptionnellement faible;

iv) agir plus rapidement afin de corriger les évolutions budgétaires inadéquates.
Le processus de surveillance budgétaire devrait permettre de dégager des excédents en période de conjoncture favorable afin de pouvoir faire face aux conséquences du vieillissement démographique, de ménager une marge de manœuvre suffisante pour résister aux ralentissements de l’activité et, enfin, d’assurer un dosage approprié des politiques économiques au cours du cycle.

Enfin, la Commission insiste sur la nécessité d'une forte cohérence entre les objectifs de politique économique et budgétaire de l'Union et, partant, d'une coordination étroite entre les G.O.P.E. et le P.S.C."


Une semaine plus tard, le 10 septembre 2004 :


Scheveningen (Pays-Bas) (A.F.P.) -

Les ministres européens des Finances ont accepté vendredi le plan de la Commission européenne comme un point de part pour une réforme du pacte de stabilité mais sans qu'un réel consensus se dégage sur les modalités précises.

Les grands argentiers ont par ailleurs au cours de leurs réunions à Scheveningen confié au Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker le soin de représenter la zone euro.

Les propositions de Bruxelles, pour assouplir le pacte qui lie les pays européens, ont suscité l'enthousiasme des pays en déficit et la méfiance des partisans de la rigueur, qui souhaitent le moins de changement possible.

Les ministres sont convenus que la proposition de la Commission était "une bonne base", a affirmé le ministre néerlandais Gerrit Zalm, qui présidait les réunions. "Les ministres sont convenus aussi que le traité ne devait pas être changé et que les modification apportées à ses règlements, si elles s'avèrent nécessaires, devaient être réduites au minimum", a-t-il assuré.

Mais sur les mesures précises, il n'y a pas encore d'accord à ce stade, a reconnu M. Zalm.
Ainsi, "il n'y a pas eu d'accord" sur la définition des circonstances exceptionnelles qui peuvent permettre à un pays d'échapper à des sanctions.
"On en peut pas tout régler en une seule réunion", a-t-il dit.

De son côté, le commissaire européen aux Affaires économiques Joaquin Almunia, s'est réjoui que "les ministres ont entériné" ses propositions "comme point de part" pour un aménagement du texte.

Mais il a reconnu que la réforme serait un "travail difficile". "Il s'agit d'un processus politique et les ministres doivent faire des choix difficiles pour restaurer la crédibilité du pacte", selon le commissaire.

Le chemin de la réforme du pacte semble long: Bruxelles espère pouvoir faire des "propositions techniques "d'ici à la fin de l'année ou l'an prochain".

Les deux grands pays de la région, la France et l'Allemagne, en déficits persistants et qui ont obtenu l'an dernier le gel du pacte pour échapper à des sanctions, semblaient les plus satisfaits du plan de Bruxelles.

Ces propositions "vont dans le bon sens", a affirmé le ministre français Nicolas Sarkozy.
Les suggestions de Bruxelles "ne sont pas un affaiblissement du pacte", a renchéri son homologue allemand Hans Eichel.

Bruxelles suggère notamment une meilleure prise en compte des conditions spécifiques de chaque pays, du niveau de sa dette publique, et propose un assouplissement des procédures en déficits excessifs.

En revanche, le ministre autrichien Karl-Heinz Grasser, qui a été l'un des farouches opposants au traitement de faveur accordé l'an dernier aux grands pays s'est dit nettement opposé à une réforme qui enlèverait son tranchant au texte.
"L'Autriche ne s'associera jamais à un affaiblissement du pacte", a-t-il asséné.

Le ministre belge Didier Reynders s'est prononcée pour une réforme a minima.

Le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, présent à la réunion, s'est également "prononcé pour qu'il y ait le moins de changement possible au texte", selon un participant.




3.H. "Vogue la galère".

L’euro était donc alors dans sa cinquième année d’existence!
Et vogua la galère sur une mer parfois très démontée jusqu'à aujourd'hui ...

Le pacte avait été dénoncé de fait en novembre 2003 pour être réécrit en 2005.
Mais en février 2006, la "question allemande" et la "question française" s'étaient de nouveau profilées.  La Commission de Bruxelles avait envisagé de lancer des procédures pour "déficit excessif", une mesure destinée à convaincre que la règle s'applique avec la même rigueur aux Etats des "grands pays" de l'euro comme des "petits".


4. « Les économies malades de l’euro».

Dans ces conditions, il faut être conscient que la monnaie dénommée « euro » cache des variations – certains diront des « transferts » - qui auraient été aisément observables si, entre autres, le DM et le FF étaient restés en circulation… car elles seraient passées, en particulier, par le canal du prix relatif des monnaies, par exemple par celui du taux de change DM/FF.

Le taux de change aurait plus ou moins varié : on aurait dit alors vraisemblablement que le DM s’appréciait par rapport au FF ou que le FF se dépréciait par rapport au DM.

Au lieu de cela, les variations, les « transferts » sont cachés, mais ils existent et, tels des termites, ils sapent les économies et occasionnent des effondrements inaperçus ou encore mal perçus.

En vérité, les sapeurs sont présents non seulement en France et en Allemagne, mais aussi dans les autres pays de l’euro et, par exemple, des méfaits sensibles viennent d’émerger ou de se faire sentir en Grèce.

Il y a quelques mois, l'Irlande avait été en ligne de mire, mais le cas est oublié aujourd'hui - au moins provisoirement... - car les Irlandais ont finalement voté pour le projet de traité constitutionnel en octobre 2009.

Ces méfaits proviennent donc des fondements arbitraires de l’euro qui ont été convenus par les hommes de l’Etat dans la décennie 1990.
Ils nous offrent une nouvelle version de la fable de Jean de La Fontaine intitulée Les animaux malades de la peste, version qui a commencé à se porter à nos oreilles mais sans titre. 
Pourquoi ne pas lui donner comme titre « les économies malades de l’euro » ? A coup sûr, certains diront alors, amers, qu’au moins l’euro aura conduit à cette « superproduction » étatique !


En effet, le « baudet » sur qui des hommes de l’Etat et autres commentateurs stipendiés commencent à crier « haro », « ce pelé, ce galeux d'où [vient] tout le mal", c’est donc l’Etat de la Grèce.






Cet Etat n’a pourtant fait jusqu’à présent qu’exprimer ses dépenses, ses recettes fiscales, son déficit budgétaire, ses emprunts, son endettement en pourcentage du P.I.B. de la Grèce, des pourcentages longtemps voisins de ceux des autres pays de l’euro (cf. par exemple graphique ci-dessus pour 2004-05)

Certes, le déficit budgétaire de l'Etat héllénique a augmenté ces derniers mois - il représente à l'heure actuelle plus de 12 % du P.I.B. de la Grèce - et son endettement est supérieur à 100% du P.I.B. (cf. ce texte par exemple).

Et alors ?

Cet Etat a un montant de déficit budgétaire qui tourne en dérision la limite de 3%... comme celui de la France.

A la différence de celui de la France, en revanche, cet Etat n’a pas un montant de dette de « sécurité sociale vieillesse » non comptabilisé, voire non comptabilisable car non échangeable, dans son endettement réel!

Il n'a pas non plus, à ma connaissance, comme l'a celui de la France, des comptes de la "sécurité sociale vieillesse" que les commissaires aux comptes ne veulent pas certifier (cf. ce billet de décembre 2009).

En vérité, l’Etat de la Grèce n’est ni plus ni moins responsable que l’Etat de la France ou qu'un autre Etat des pays de l'euro car, dans tous les cas, leurs hommes sont, eux, institutionnellement irresponsables.


5. "Refusez le déficit ou acceptez l'esclavage".

"Soyez libéraux, soyez dirigistes, mais ne soyez pas menteurs", voilà des mots qu’a eu l’occasion d’écrire Jacques Rueff à plusieurs reprises dans les décennies 1940-1950 après avoir expliqué que le déficit est un mensonge, que le mensonge est la porte d’entrée dans la voie de l’esclavage et la permanence du déficit, le cheminement dans cette voie... et que, si on ne veut pas devenir esclaves, il faut refuser le déficit.

Aujourd’hui, les menteurs pensent vraisemblablement avoir trouvé une échappatoire à l’argument en distinguant un « déficit structurel » et un « déficit conjoncturel » ou bien un "bon déficit" et un "mauvais déficit" ou, mieux encore, un « bon grand emprunt » et de « mauvais petits emprunts ».

Malheureusement, ils ne font que se vautrer dans une irresponsabilité institutionnelle qu’ils sur dimensionnent et qui pourrait bien les anéantir un jour ou l’autre …, et nous avec, s'ils ne font pas d'autres choix politiques.



Pour rester dans le monde greco-latin d’où venait jadis la lumière philosophique, on dira que l’euro pourrait bien devenir le chemin qui les mènera à la Roche Tarpéienne (ci-contre) alors qu’il n’aura jamais été leur capitole.

Une chose est certaine : le choix politique du déficit budgétaire et de tout ce dont il procède ne pourra plus perdurer très longtemps, ni en Grèce, ni en France, ni ailleurs .


Addendum.

J'ai oublié de signaler dans le corps du billet un billet que j'ai écrit sur le site de La Page Libérale le 24 juillet 2006 et qui était intitulé "A 5,5 milliards d'euros d'erreurs près".
Il concerne la France, le gouvernement de son Etat et son administration.

Je me permets de vous en conseiller la lecture.




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