Paris, le 11 janvier 2009.



Aujourd'hui, les Etats du monde ont en majorité, chacun, un déficit budgétaire annuel et un endettement importants, voire sans précédent pour certains d'entre eux (à commencer par l'Etat de France), et croissants.

Qui finance les montants de ces déficits budgétaires annuels et refinance ceux des endettements qui viennent à remboursement dans l'année ?
Tout simplement, pensera-t-on, et apparemment seul, le marché financier.  Et le jour où le marché n'officiera plus pour des raisons qui lui seront propres, ce seront des faillites d'Etat en cascade.


1. Le marché de l'épargne.

Le marché financier ne saurait cacher ou faire oublier le marché de l'épargne dont il n'est qu'un compartiment...

C'est en vérité le marché de l'épargne - dont les théories néo keynésiennes n'ont que faire - qui finance déficits et endettements étant donnés les choix de portefeuille des épargnants, par ailleurs contribuables, et les innovations de ces trente dernières années - que ni Lord Keynes, ni ses disciples n'ont cherché à subodorer, ils n'en avaient pas d'ailleurs les moyens intellectuels -.

Et si ce marché refusait d'offrir à des taux d'intérêt "honnêtes", les montants d'épargne demandés par les Etats, c'en sera fait pour ceux-ci malgré ce que leurs hommes peuvent en dire aujourd'hui .

Dès à présent, on peut en voir un scénario, certes non catastrophique, dans le cas des entreprises, bancaires ou non.
En effet, les entreprises ont des difficultés ou de plus en plus de difficultés à se financer à des taux d'intérêt raisonnables, à trouver l'épargne dont elles ont besoin pour investir et créer des richesses. 

Cependant le scénario est embrouillé. 
S'il en ainsi, ce n'est pas parce que les banquiers seraient des poltrons - comme certains commentateurs ou politiques l'avancent ou tentent de le faire croire - ni parce que le marché de l'épargne aurait des réserves pour prêter. 
La première cause, assez communément méconnue, réside dans les montants colossaux d'épargne que les Etats parviennent à détourner pour leur propres nécessités sous prétexte qu'ils seraient "plus sûrs", "moins risqués" que les entreprises en question... Le marché ne peut pas faire face à tout en même temps.

Rien n'interdit néanmoins que le marché de l'épargne abandonne ce préjugé qu'ont théorisé les financiers mathématiciens comme quoi une obligation d'Etat serait "la moins risquée" : c'est alors que beaucoup de choses changeraient rapidement au détriment des Etats.

En attendant, en tant qu'entreprises, des banques sont directement frappées par l'appel permanent de l'Etat de France au marché de l'épargne.

Alors, les hommes de l'Etat ont beau jeu de dire ensuite qu'il faut que les banques viennent en aide aux entreprises alors qu'ils sont les premiers, dans le pétrin en suivant la voie qu'ils suivent,  à mettre les unes et les autres.



2. L'arbitraire social.

Si seulement c'était la seule difficulté qu'ils infligent aux entreprises, donc à la mise en difficulté de la création de richesses, ce ne serait pas trop grave quoique...
Mais il y en a d'autres.

Qui parle, par exemple, en France, de l'augmentation de la cotisation sociale vieillesse de 0,3% ("30 points de base" dans le langage des financiers) qui devait intervenir le 1er janvier dernier et qui a été différée (décision apparemment bonne prise par le Premier ministre mi-décembre 2008) ?
Cette augmentation était destinée à "financer" le déficit de la sécurité sociale vieillesse, un déficit toujours renouvelé.

Pour le chef d'une entreprise bancaire ou non, cette nouvelle augmentation réglementaire aurait constitué une augmentation arbitraire du prix du travail, laquelle augmentation n'aurait même pas été connue du salarié pour ce qu'elle est.
Comment y aurait-il fait face ? En s'endettant, en réduisant les investissements ou en licenciant ? Sûrement pas en augmentant les prix de ses produits, ni en baissant les salaires !

Pour l'instant, l'augmentation est donc reportée, mais son éventualité prochaine est une "épée de Damoclès" pour toutes les entreprises et, partant, pour le marché du travail, menace qui ne peut qu'avoir des effets économiques défavorables .

Qui plus est, ce report laisse inchangé le montant du déficit de la sécurité sociale vieillesse qui doit être pris en charge par les comptes de l'Etat. 
Il approfondit ainsi un peu plus le déficit et l'endettement qui seront présentés au marché de l'épargne en 2009.
Et cela pèse indirectement sur le financement des entreprises.


3. L'illusion financière. 

Il reste que les dirigeants en place de certains Etats voudraient créer l'illusion et faire accroire que ce seraient eux-mêmes qui financent certaines opérations qu'ils mettent en oeuvre !
Par exemple, comme on le dit en ce moment en France, l'Etat accorderait des "prêts de fonds propres" aux banques.  Très précisément, Bercy a fait savoir le 8 janvier dernier que les banques françaises bénéficieront d'un nouveau prêt de l'Etat de 10,5 milliards d'euros d'ici à la fin du premier trimestre.
 
"On travaille sur le premier trimestre. Il s'agit des 10,5 milliards supplémentaires sur lesquels nous avons eu une autorisation de la Commission européenne",
a-t-on précisé au ministère des Finances.

Le président de la République a annoncé que l'Etat irait "au-delà de la première tranche de fonds propres prêtés en décembre", soit 10,5 milliards d'euros rémunérés à un peu plus de 8% d'intérêts annuels.

"On leur prêtera des fonds propres pour qu'elles puissent prêter davantage",
a indiqué le chef de l'Etat.

Dès le 8 décembre 2008, le jour où la Commission européenne avait approuvé le plan bancaire français, le chef de l'Etat français avait demandé au ministère des Finances d'engager des discussions avec les réseaux bancaires français "pour examiner l'opportunité d'une seconde tranche".
Ce prêt en fonds propres fait partie d'un plan de quelque 360 milliards d'euros conçu en octobre dernier pour aider les banques à traverser la crise de liquidité.

En échange, les banques se sont engagées à augmenter le montant de leurs crédits à l'économie de 3 à 4% d'ici à la fin de l'année.

Mais tout cela n'est que rhétorique. 
Etant donné le déficit budgétaire annuel et l'endettement de l'Etat de France, c'est le marché de l'épargne qui prête, personne d'autres.  Faut-il le répéter ?

En l'espèce, l'Etat se donne seulement des rôles nouveaux supplémentaires (donc, soit dit en passant, des dépenses nouvelles à payer), ceux d'intermédiaire financier et de garant ... en définitive de premier ressort - malgré ce qui est dit - car le garant de dernier ressort est à la fois le "cheptel des contribuables" et la création de richesses par chacun d'eux.  Et que la création de richesses diminue et la garantie s'amenuisera avec toutes les conséquences qu'on peut imaginer.

Certains penseront que, plutôt que l'Etat, la Banque de France, opérateur sur divers compartiments du marché financier, aurait pu faire crédit à ces banques dites "de second rang" comme elle le faisait par le passé, le cas échéant, à l'incitation des hommes de l'Etat et comme cela se passe actuellement aux Etats-Unis au grand dam de certains , si l'on en croît Bloomberg, :

"Richmond Federal Reserve Bank President Jeffrey Lacker warned that the central bank should avoid using its balance sheet to finance a fiscal stimulus plan, saying such a strategy is 'fraught with risks.'

'Many historical instances of monetary instability have been the result of central banks being prevailed upon to use their balance sheets for fiscal ends,'
Lacker said in a speech to the Maryland Bankers Association in Baltimore.
 
“Mixing monetary and fiscal policy is fraught with risks.'

U.S. central bankers have boosted the Fed’s total asset holdings by $1.25 trillion to $2.14 trillion over the past year by increasing loans to banks and corporations, and through direct purchases of bonds and other credits to support specific industries, firms and markets.
The Richmond Fed president said the credit interventions could have been financed by the U.S. Treasury, keeping them in the fiscal domain.

'No matter how one assessed the overall merits of such programs, it is important to recognize that these are fiscal measures,” Lacker said.
He said the programs don’t conflict with monetary policy strategy for the moment. Still,
'there could well come a time at which monetary stimulus needs to be withdrawn to prevent a resurgence of inflation, even though credit markets are not deemed fully healed.'”


Mais, aujourd'hui, en France, en droit constitutionnel, la "banque centrale" et l'"Etat" font "deux" - comme dans la plupart des pays, il existe une indépendance institutionnelle de l'une vis-à-vis de l'autre -.

Surtout - et comme dans les autres pays de la "zone euro" -, le temps de la "planche à billets" et de l'inflation est triplement révolu. Primo, le "graveur de bits d'information sur un disque dur" a remplacé la "planche à billets". Secundo, la Banque de France est sous tutelle de la Banque centrale européenne, laquelle est indépendante des hommes de l'Etat de France et exclut, par statut, de faire de l'inflation. Tertio, ... (cf. ci-dessous).

Bref, le crédit de la Banque de France aux banques de second rang n'est plus possible comme, malheureusement, il l'était hier .


4. Bref.

Comme le montrent ces deux exemples,
les voies que prend l'Etat de France s'avèrent mener à la mise en difficulté des entreprises (bancaires ou non) et, en conséquence, à celle de leur création de richesses, malgré ce que peuvent dire ses hommes. 
L'Etat a pourtant un besoin impérieux de cette création de richesses car elle est l'assiette de la fiscalité, car elle contribue à un envol moindre de ses déficit et endettement et car ainsi elle ne le rapproche pas de la faillite.

En effet, que les hommes de l'Etat l'oublient ou feignent de l'oublier, il n'en reste pas moins que même les Etats font faillite.

Parmi les pays de l'euro - pour rester en Europe -, l'Etat de l'Allemagne est exemplaire.  Il est bien placé pour le savoir et ses hommes pour ne pas la faire oublier : elle s'est produite après la guerre de 1914-18, puis après la guerre de 1939-45
Celui de la France l'a souvent "seulement" tutoyée (par exemple, il y a près de cinquante ans, en 1958 , pour ne pas parler de ce qui s'est passé les premières années de la décennie 1980).  Il est parvenu finalement à l'éviter en recourant, en particulier, à la dévaluation du franc français. 
Seulement, la dévaluation du franc français est désormais impossible puisque s'y est substitué l'euro (tel est le tertio annoncé ci-dessus).  Reste seul le moyen sans précédent que serait la sortie de l'euro.  Il semble bien l'oublier ces derniers temps...

Espérons un sursaut de raison avant le rappel à l'ordre que ne pourra manquer de faire le marché de l'épargne et qui ne pourra qu'être tragique pour les Français.


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